Civilisation_Óc_Eo

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En raison de l’abondance des trouvailles archéologiques en étain, l’archéologue français Louis Malleret n’hésita pas à emprunter le nom Óc Eo pour désigner cette civilisation de l’étain. On commence à avoir désormais une vive lumière sur le royaume du Founan ainsi que sur ses relations extérieures lors de la reprise des campagnes de fouilles menées tant par des équipes vietnamiennes( Đào Linh Côn, Võ Sĩ Khải , Lê Xuân Diêm) que par l’équipe franco-vietnamienne dirigée par Pierre-Yves Manguin entre 1998 et 2002 dans les provinces An Giang, Đồng Tháp et Long An où se trouve un grand nombre de sites de culture Óc Eo. On sait que Óc Eo était un grand port de ce royaume et une plaque tournante dans les échanges commerciaux entre la péninsule malaisienne et l’Inde d’une part et entre le Mékong et la Chine de l’autre.

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Văn Hóa Óc Eo

Au Musée d’histoire (Saigon) 

Comme les bateaux de la région ne pouvaient pas couvrir de longues distances et devaient suivre la côte, Óc Eo devint ainsi un passage obligatoire et une étape stratégique durant les 7 siècles de floraison et de prospérité du royaume du Founan.

Cette civilisation de l’étain se distingue non seulement par sa culture du riz flottant mais aussi par son commerce avec l’extérieur. On a découvert un grand nombre d’objets autres qu’indiens trouvés sur les rives du Founan : fragments de miroirs en bronze datant de l’époque des Han antérieurs, statuettes bouddhiques en bronze attribuées aux Wei, un groupe d’objets purement romains, des statuettes de style hellénistique en particulier une représentation en bronze de Poséidon. .Ces objets étaient échangés probablement contre des marchandises car les Founanais ne connaissaient que le troc. Pour l’achat des produits de valeur, ils se servaient des lingots d’or et d’argent, des perles et des parfums. Ils étaient connus comme d’excellents bijoutiers. L’or était finement travaillé avec de nombreux symboles brahmaniques. Les bijoux (boucles d’oreilles en or au fermoir délicat, admirables filigranes d’or, perles de verre, intailles etc… ) exposés dans les musées de Đồng Tháp, Long An et An Giang témoignent non seulement de leur savoir-faire et de leur talent mais aussi de l’admiration des Chinois dans leurs récits durant leur contact avec les Founanais.

Culte_des_ancêtres

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Au Viêt-Nam, la piété filiale est l’une des notions fondamentales dans la famille vietnamienne.

Celle-ci est réglée par le culte des ancêtres. Ces derniers apportent de bons conseils et leur aide seulement aux descendants vivants s’ils sont respectés et honorés, en particulier leurs tombes bien entretenues. On trouve dans la plupart des foyers vietnamiens un petit autel domestique sur lequel sont posées des tablettes de bois, une par ancêtre décédé, jusqu’à la cinquième génération. On trouve sur chaque tablette l’inscription du nom du défunt mais aussi celle de tous les titres possédés et acquis durant sa vie active. D’une manière générale, ces inscriptions ont été écrites en caractères chinois. Dans chaque famille vietnamienne, c’est l’aîné des enfants qui a la charge d’entretenir l’autel domestique. Il est possible que ce soit la personne la plus âgée de la branche aînée de la famille qui ait cette responsabilité lorsqu’il s’agit d’une “grande famille”. Aucune importance n’est imposée en ce qui concerne le sexe du responsable. Une fille peut assumer cette responsabilité aussi bien qu’un homme. 

Le culte des ancêtres est mis plus spécialement à l’honneur lors de la fête du Tết, le Nouvel an vietnamien. On se sert de cette occasion pour offrir aux défunts non seulement un repas mais aussi de l’encens et des faux billets qui seront brûlés durant la fête.

Chapeau_conique

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Comme la tunique, le chapeau conique ( ou nón bài thơ ) est aussi le symbole du Viêt-Nam traditionnel. Contrairement à Áo Dài, le chapeau conique est utilisé pour une question pratique. Il est un moyen efficace de protection contre le soleil et la pluie. Sans ce chapeau, vous serez complètement épuisé si vous avez l’occasion de passer une journée dans le delta du Mékong sous un soleil accablant. Si ce chapeau ne peut apporter aucune grâce et aucun charme comme c’est le cas de la tunique, il représente néanmoins pour la plupart des vietnamiens la simplicité et la pratique habituelle. Il est d’un poids léger et tressé avec les feuilles de latanier. Il est très utilisé seulement à Huế et dans les campagnes.

Chapeau conique

Laquage_des_dents

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Il est possible de rencontrer encore dans les campagnes du Viêt-Nam surtout dans le Nord des femmes aux sourires joviaux et aux dents habillées de noir. Cette technique de noircir les dents ou “laquage des dents” est une coutume ancienne répandue en Asie ( Japon, Malaisie, Indonésie, Philippines etc…). Au Viêt-Nam, cette coutume remonte au IIè millénaire avant J.C. . Elle concerne surtout les vietnamiens du Nord et du Centre qui sont de nature plus traditionalistes que les vietnamiens du Sud et certaines minorités des régions montagnardes. 

Le principe de laquage des dents reste identique et comprend toujours deux phases: décapage des dents et application d’un vernis. Mais les méthodes employées , surtout les couleurs et les produits sont spécifiques et propres à chaque peuple. Au Viêt-Nam, l’entretien du laquage est indispensable tous les 2 ou 3 ans.

Au Viêt-Nam, outre ses qualités esthétiques, le laquage des dents est également utilisé pour ses vertus prophylactiques vis à vis de la carie dentaire. Cette coutume est de moins en moins respectée au Viêt-Nam car on sait que les produits utilisés sont toxiques et que le noircissement des dents est irréversible, ce qui décourage les jeunes.

 

Yếm (La Camisole)

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English version

Faisant partie intégrante de la tunique à 4 pans ( Áo tứ thân), Yếm est en quelque sorte le cache-seins le plus populaire porté par les Vietnamiennes d’autrefois. On trouve dans sa fabrication un carré de tissu en soie ou en coton dont les extrémités sont fixées par des cordons se laçant dans le dos et au niveau du cou dans le but de couvrir et soutenir la poitrine et laisser nu le reste de la partie supérieure du corps, ce qui provoque non seulement l’attrait de la séduction mais aussi la fraîcheur agréable durant les jours d’été. Par contre en hiver, elle devient en quelque sorte le sous-vêtement auquel s’ajoute la tunique à 4 pans afin de permettre aux Vietnamiennes de se protéger contre le froid. 

Dans la tradition vietnamienne, la taille de guêpe (thắt đáy lưng ong) est l’un des traits caractéristiques de la beauté féminine. C’est peut-être pour cela que la naissance de ce cache-seins est liée à cette conception dans le but de mettre en valeur la ligne des femmes en faisant ressortir le corps segmenté de la guêpe par l’association du licol-cou et de la cravate à l’arrière de cette camisole. Celle-ci a été portée par toutes les couches de la population sans exception. Mais il y a la notion de couleur qui permet de différencier les catégories des gens qui la portent. La couleur marron est destinée pour les paysannes tandis que les filles éduquées préfèrent des couleurs harmonieuses, élégantes et discrètes. Quant aux personnes âgées, la couleur foncée reste la plus employée. Malgré cette observation, il est possible de voir Yếm avec des couleurs excentriques. 

On ne connait jamais sa provenance mais on note que Yếm fut apparue pour la première fois au XIème siècle sous la dynastie des Lý. Elle subit beaucoup de modifications au fil du temps avant d’être redevenue récemment un article de mode glamour, concurrent de Áo dài. Dans l’ancien temps, elle était accompagnée par le port d’une jupe et d’un turban en étoffe (noir ou brun) ou de gaze violet ou d’un fichu qui se termine par un « bec de corbeau » au dessus du front. (khăn vuôn mõ quạ). C’est seulement sous le règne de l’empereur Minh Mạng que le pantalon noir fut imposé à la place de la jupe.  

Yếm est une source inépuisable pour les poètes vietnamiens parmi lesquels figure la célèbre Hồ Xuân Hương. Celle-ci a eu l’occasion de décrire non seulement l’image romantique et glamour de cette camisole vietnamienne mais aussi l’innocence de la jeune fille vivant dans une société réglée par l’immuable éthique confucéenne, dans son poème intitulé : La Jeune fille assoupie en plein jour (Thiếu nữ ngủ ngày). 

Mùa hè hây hẩy gió nồm đông
Thiếu nữ nằm chơi quá giấc nồng
Lược trúc lỏng cài trên mái tóc
Yếm đào trễ xuống dưới nương long
Ðôi gò Bông đảo sương còn ngậm
Môt lạch đào nguyên suối chưa thông
Quân tử dùng dằng đi chẳng dứt
Ði thì cũng dở ở không xong.

Frémissement de la brise d’été
A peine allongée, la jeune fille s’assoupit
Le peigne, de ses cheveux, a glissé
Le cache seins rouge s’est défait
Pas de rosées sur les deux collines du Pays des Fées
La source aux fleurs de Pêcher ne jaillit pas encore
L’homme de bien, hésitant, ne peut en détacher sa vue
Partir lui est pénible, mais inconvenant de rester.

Yếm est citée tant de fois dans les poèmes populaires. Elle traduit la force et l’intensité de l’amour à travers ces deux vers suivants: 

Trời mưa trời gió kìn kìn.
Đắp đôi  dải yếm hơn nghìn chăn bông.

Il pleut et il fait du vent avec intensité.
Se couvrir d’une paire de Yếm mieux que se procurer mille couettes.

Il est difficile de se séparer de la personne dont on est tombé amoureux à moins qu’on soit devenu cette camisole (ou Yếm) pour pouvoir la retenir. C’est ce qu’on a dans les deux vers suivants:

Kiếp sau  đừng hóa ra người
Hóa ra dải yếm buộc người tình nhân.

Dans la prochaine vie, il ne faut pas être né homme
Mais il faut se transformer en camisole pour retenir l’amante.

 

Quê_Hương


Bao năm xa cách Quê Hương
Nỗi sầu viễn xứ biết dường nào nguôi
Mai nầy vĩnh biệt chôn vùi
Đất người thể xác ngậm ngùi nghìn thu.

English version

Quê Hương đây là những chữ đầu tiên mà chúng ta học đựợc với thầy cô lúc ở trường.  Con phải yêu thương Quê Hương, đó là câu   thầy cô thường nhắc  đến mỗi ngày . Nó làm chúng ta trăn trở khi lúc chúng ta còn là những cậu hay cô bé  ở nhà trường. Tại sao chúng ta phải yêu thương Quê Hương ? Nó đâu có  cái gì gọi là phi thường cả. Nó chỉ là một  cái tên mà thôi. Chúng ta không nhận  được bao giờ sự hiện diện của nó khi lúc còn sống ở Việtnam. Đôi khi  chúng ta còn không thèm muốn nhắc đến nó nửa  vì nó tiêu biểu sự nghèo nàn và khổ cực. Cũng  như  mẹ, chúng ta chỉ có một lần   trong đời mà thôi. Nó vẫn sống mãi trong lòng chúng ta và cũng khó có ai có thể thay thế nó đựợc  với thời gian. Chính nó là lý lẽ cuộc sống của chúng ta đấy. Không có nó, chúng ta không thể lớn lên  được. Dù  sống ở xứ người hay ở một nơi nào hẻo lánh đi nửa, hình bóng Quê Hương nó vẫn bám theo chúng ta.   Nó  lúc nào cũng  đem đến   với chúng ta  sự trìu mến và luyến tiếc cả. Nếu chúng ta có dịp thức trắng đêm,  chúng ta mới nhận thấy  đêm khuya nó quá dài. Nếu chúng ta có phương tiện đi xa Việtnam, chúng ta mới nhận thấy chúng ta thiếu Quê Hương đấy.  Nhà thơ Ðỗ Trung Quân đã diễn tả được nó  qua bài thơ mang tựa là: “Bài Học đầu tiên cho con” mà cố nhạc sỹ Anh Bằng lỗi lạc sáng tác lại  bằng nhạc. Quê Hương là chùm khế ngọt  con trèo hái mỗi ngày. Quê Hương là  đường đi học . Con về rợp bướm vàng bay. Quê hương là con diều biếc , tuổi thơ con thả trên đồng. Quê hương là con đò nhỏ. Êm đềm khua nước ven sông. Quê hương là cầu tre nhỏ . Mẹ về nón lá nghiêng che….

Đúng vậy Qụê Hương, chính là dĩ vãng quá khứ, tuổi trẻ, bản sắc  và kỷ niệm của chúng ta. Khó mà chúng ta trưởng thành nếu chúng ta không có khăng khít với quá khứ.  Vì  sự thăng trầm trong cuộc sống, có  thể chúng ta quên đi Quê Hương một lúc nào  nhưng mãi mãi chúng ta không bao giờ mất nó được  đâu. 


Ce sont les premiers mots que nous avons appris de notre maître à l’école. Il faut aimer Quê Hương, ce que répétait tous les jours notre maître. Cela nous rendait parfois perplexes quand nous étions encore sur le banc d’école. Pourquoi devons-nous aimer Quê Hương? Il n’a rien d’extraordinaire. Il n’a que le nom. Nous ne la voyons pas. Nous n’arrivons même pas à sentir sa présence au Viêt-Nam. Quelquefois, nous avons l’envie de le nier car il est synonyme de  la pauvreté et la misère. Pourtant il est comme notre mère, unique pour chacun de nous. Il est vivace et irremplaçable. Il est notre raison d’être. Nous ne pouvons pas grandir si nous ne pensons pas à Quê Hương. Même si nous vivons à l’étranger ou dans un coin le plus refoulé de la planète, l’ombre de Quê Hương continue à s’agripper à nous  avec tendresse et regret. Si nous avons l’occasion de passer une nuit blanche, nous constatons que la nuit est très longue. Si nous avons l’opportunité de quitter le Viêt-Nam, nous nous rendons compte qu’il nous manque Quê Hương. Le poète Ðỗ Trung Quân arrive à le décrire à travers son poème intitulé “Bài Học đầu tiên cho con” (Première leçon pour mon enfant ) que feu compositeur talentueux Anh Bằng parviendra à mettre en chanson plus tard. Quê Hương c’est une grappe de caramboles sucrés que mon enfant cueillait tous les jours. Quê Hương c’est le chemin d’école inondé des papillons  jaunes que mon enfant prenait tous les jours lors du retour. Quê Hương c’est le cerf-volant de couleur glauque que mon enfant avait l’habitude de faire s’envoler sur la prairie. Quê Hương c’est la petite barque qui s’avançait  doucement le long de la rivière. Quê Hương c’est le petit pont en bambou que notre mère avait l’habitude de prendre lors du retour avec son chapeau conique incliné pour se protéger contre le soleil … 

Effectivement, Quê Hương c’est notre passé, notre jeunesse, notre identité, nos souvenirs. Nous ne pouvons jamais grandir si nous n’avons aucun attachement à notre passé. A cause des aléas de la vie, nous pouvons oublier momentanément Quê Hương mais nous ne le perdons pas à tout jamais.

Cité interdite Pékin (Troisième partie)

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Troisième partie

La tradition d’apposer des clous dorés sur les portes exista à l’époque des dynasties Sui et Tang (581-907). En ce qui concerne la cité interdite, parmi ses 4 portes principales, il y a une possèdant cinq passages et le reste à 3 passages. C’est la porte du Midi (Ngọ Môn). À part la porte de l’Est (Ðông Hoa Môn) ayant 8 rangées de 9 clous dorés (8*9=72, un nombre pair et un multiple de 3), les autres portes ont chacune 9 rangées de 9 clous dorés (9*9=81, un nombre impair et un multiple de 3). On trouve non seulement dans l’utilisation de ces clous le caractère décoratif mais aussi l’aspect solennel et majestueux du régime féodal de cette époque.

On se pose des questions sur le choix du nombre pair (ou Yin) de clous dorés posés sur la porte de l’Est. On n’arrive pas à résoudre cette énigme jusqu’à aujourd’hui. Certains pensent que lors des obsèques des empereurs Jiaqing (Gia Khánh) et Daoguang (Ðạo Quang), on emprunte le passage de cette porte pour l’enterrement. C’est pourquoi elle est connue aussi sous le nom “porte du démon”(Qủi môn). Cela pourrait expliquer l’utilisation du nombre pair (ou Yin) de clous dorés car c’est par cette porte qu’on rejoint le monde Yin des ténèbres (Âm Phủ). Le nombre de clous dorés posés sur les portes est aussi fixé en fonction de l’importance de la fonction assumée par l’occupant dans la hiérarchie impériale.

Du fait que l’empereur est le fils du Ciel, il est censé d’avoir moins de pièces (9999 étant le plus grand nombre Yang) pour sa cité par rapport à ce que possède Dieu dans le ciel pour sa résidence (10.000). Il s’agit bien d’un nombre symbolique représentant une infinité dénombrable en Chine. Lors de l’enquête menée en 1973, on arrive à dénombrer seulement 8704 pièces à la cité interdite.

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Quant à la couleur jaune, dans la théorie du Yin et du Yang et de ses 5 éléments, on la voit associée non seulement à la terre mais aussi à la position centrale dans la gestion des choses, des espèces et des quatre points cardinaux. Etant la couleur du soleil à son zénith, le jaune radieux n’appartient qu’à l’empereur car elle est le symbole de la vénération et de la protection divine. Il était interdit au peuple de se servir d’un certain nombre de couleurs: rouge, jaune, bleu d’azur etc… à cette époque. Par contre, dans la Chine antique, il avait le droit d’utiliser les couleurs suivantes: le noir, le blanc et le gris. Rien n’est étonnant de retrouver les deux couleurs dominantes: le pourpre et le jaune dans toutes les constructions de la Cité. (les murs pourpres et les tuiles vernissées jaunes des toits des édifices). Il y a quand même quelques exceptions qui ne sont pas étrangères au respect de la théorie du Yin et du Yang et de ses 5 éléments. C’est le cas du pavillon de la Culture (Wenyuan) abritant une bibliothèque. Il est recouvert de tuiles vernissées noires. Le feu reste toujours le sujet d’inquiétude dans la cité. Il est déclaré plusieurs fois sous la dynastie des Qing. Le dernier en date a eu lieu au moment où l’empereur Guangxu était sur le point de se marier avec sa cousine Long Dụ (Long Yu) dans un mois. C’est un mauvais présage pour le mariage. Arguant de ce prétexte, l’impératrice douairière Cixi exécuta sur le champ les deux eunuques responsables de la mise en place des lanternes. On fait allusion à la couleur noire, symbole de l’eau dans le but de prévenir le feu et de protéger les collections de livre. D’autres salles situées près de la porte de l’Est Donghuamen (Ðông Hoa Môn) supportent une toiture de tuiles vernissées vertes car elles correspondent aux logements des princes. C’est aussi la couleur verte associée à l’Est dans la théorie de 5 éléments (Ngũ Hành).

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 Malgré le nom qu’il porte, ce palais de la Pureté céleste est témoin de plusieurs intrigues, de rivalités, de complots, de volte-faces et d’assassinats. De plus, derrière le trône, au dessus du paravent, est toujours accroché un panneau transversal portant en épigraphe la devise suivante du troisième empereur des Qing, Shunzhi (ou Thuận Trị en vietnamien): Quang minh chính đại (ou La très grande rectitude). Elle est accompagnée plus tard par les commentaires flatteurs de son successeur, l’empereur Kangxi (Khang Hi): C’est une belle composition de tout temps, rayonnante et éternelle, méritant d’être l’exemple pour la postérité. Malheureusement, derrière ce panneau se cachent depuis toujours les conflits latents de la famille impériale.

Durant les 500 ans de règne des deux dynasties Ming et Qing, on relève plusieurs évènements importants ayant eu lieu dans ce palais. D’abord l’empereur Jiajing (Gia Tĩnh) des Ming (1507-1567) connu pour sa débauche et sa cruauté indescriptible, a failli de mourir asphyxié par ses domestiques. Humiliées par son comportement paranoïaque et profitant du sommeil profond de ce dernier, celles-ci ont tenté de le tuer un soir en l’assommant et en serrant son cou avec sa ceinture. Mais à cause de la dénonciation de l’une d’entre elles auprès de l’impératrice, l’empereur fut sauvé in extremis. Ces domestiques furent exécutées sur le champ y comprise la concubine favorite de l’empereur. Puis l’empereur Taichang (Thái Xương) des Ming (1582-1620), de son nom personnel Zhu Changluo (Chu Thường Lạc) mourut subitement après un mois d’intronisation. On lui prête des abus sexuels ou un empoisonnement. Cela provoque une lutte implacable entre les clans pour la prise du pouvoir et d’influence. Cette affaire est connue sous le nom “Affaire des pilules roses” (Án Hồng Hoàn) car avant de mourir subitement, l’empereur a avalé des pilules. Enfin l’avant-dernier des empereurs des Ming, le fils de Taichang, Zhu Youjiao (Chu Do Hiệu) (1605-1628) connu sous le nom de règne Tianqi ( Thiên Khởi ), s’est laissé empêtré dans l’affaire connue sous le nom “Án di cung (Affaire des palais )”. Profitant du jeune âge de l’empereur, la concubine de son père, Ly Tuyen Thi continue à faire pression sur lui. Elle s’entête à résider dans le palais Qianqing. Elle demande à l’empereur de lui accorder le titre d’impératrice douairère dans le but de pouvoir s’ingérer dans les affaires d’état. Face à la fermeté de l’empereur, elle est contrainte de quitter le palais et de vivre dans un autre palais qui brûlera complètement quelques semaines plus tard. Heureusement, elle s’en sort indemne avec sa fille. On vit dans cette affaire la mainmise de l’empereur malgré sa contestation. Les historiens chinois ont l’habitude de regrouper ces trois affaires ci-dessus et de les désigner sous le nom “Vãn Minh Tam Án (Trois Affaires à la fin de la dynastie des Ming )”.

Sous le règne des empereurs Qing, on note deux évènements majeurs. Malgré son despotisme éclairé, Kangxi (Khang Hi) connut la fin de son règne ternie par les intrigues qui opposaient ses héritiers présomptifs. En nommant au départ son fils Yinreng comme prince héritier à 2 ans, Kangxi décide de changer d’avis et de choisir finalement pour lui succèder son 14ème fils, le prince Dân Trinh (Yinti). 

Il range sécrètement derrière le panneau transversal portant la devise “La très grande rectitude”, une boîte contenant ses recommandations suivantes: Truyền vị thập tứ tử ( léguer le pouvoir à mon 14ème fils) car c’est son fils préféré. Selon l’on-dit, lorsque Kangxi est gravement malade et éloigné de son fils Yinti en campagne dans la région de Xinjiang, son quatrième fils, le prince Yingzheng profite de cette situation pour saisir la boîte et modifier le contenu en supprimant le mot “thập”(dix), ce lui permet de devenir empereur. Selon certaines rumeurs, après la modification, il se réfugie dans le jardin pour vérifier l’état de santé de Kangxi. Il lui a donné entre-temps à boire un bol de gingseng douteux. Pour certains historiens, la mort subite de Kangxi est attribuée à la responsabilité de Yingzheng (Dân Chính) et continue à alimenter les conversations des gens. A peine intrônisé en 1723 sous le nom de Yongzheng (Ung Chính), il s’empresse d’éliminer ou d’exiler tous ses opposants potentiels (ses demi-frères et leurs partisans). Soucieux du problème de succession dont il prend connaissance lors de son propre avènement, il met en place un système ingénieux permettant au souverain en titre de choisir secrètement et sans contestation son successeur en rédigeant une lettre de recommandation désignant le successeur en deux exemplaires, l’un rangé dans une boîte placée derrière le fameux panneau transversal, l’autre porté toujours par l’empereur en titre. En cas du décès de celui-ci, il est possible de chercher l’exemplaire rangé dans la boite et de le comparer avec celui qu’a porté l’empereur décédé pour intrôniser le nouveau empereur. Aucune contestation n’est possible. Ce système de nomination continue à être maintenu jusqu’au règne de Xianfeng (Hàm Phong). Il est tombé en désuétude car l’empereur Xianfeng avait avec l’impératrice Ci xi, un seul fils, l’empereur Tongzhi (Đồng Trị). Afin de maintenir astucieusement la régence, elle abolit carrément ce système par la désignation successive des empereurs enfants Guangxu (Quang Tự) et Pu Yi (Phổ Nghi).  Quant au palais de tranquillité terrestre (Kunning) (ou Khôn Ninh en vietnamien), on ne trouve que sept figurines car c’est la demeure de l’impératrice à l’époque des Ming. Mais c’est aussi l’endroit où sont honorées les divinités à l’époque des Qing.  SUITE

 

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Cité interdite (Tử Cấm Thành)

Après avoir vaincu son neveu Jianwen dont la mort continue à rester une énigme pour les historiens , le troisième empereur de la dynastie des Ming, Chou Di connu sous le nom de règne Yong Le (Vĩnh Lạc), décida de transférer la capitale à Pékin à la place de Nankin pour des raisons stratégiques. Face à la menace mongole toujours pesante sur l’empire, il aimerait riposter rapidement à toute tentative du raid. Il chargea l’architecte en chef Ruan An d’origine vietnamienne (Nguyễn An en vietnamien) de superviser la construction de la Cité interdite sur les ruines de la capitale impériale mongole Khanbalik (ville du Khan) créée par Kubilai Khan en 1267 et décrite par Marco Polo dans son “Devisement du Monde, le livre des Merveilles”, en 1406 selon un protocole bien défini. Deux cent mille ouvriers ont été employés à cette tâche gigantesque qui dura 14 ans.

 

Cố Cung

Outre la participation d’un grand nombre de provinces chinoises dans la fourniture des matériaux: le marbre de Xuzhou (Jiangsu), les briques de Linqing (Shandong), la pierre des carrières de Fangshan et de Panshan non loin du Pékin, le bois de charpente nanmu provenant du Sichuan (Tứ Xuyên), les colonnes du Guizhou (Qúi Châu) et du Yunnan (Vân Nam) etc.., on relève également la restauration du grand canal impérial datant de l’époque de la dynastie des Sui ( nhà Tùy). Cette voie d’eau s’avère indispensable pour l’acheminement de ces matériaux et des denrées alimentaires jusqu’à la capitale, Pékin. Entre 1420 et 1911, un total de 24 empereurs de deux dynasties Ming et Qing y ont résidé. Le dernier empereur vivant dans cette cité était Pu Yi. 

 

© Đặng Anh Tuấn


 On se pose des questions sur le maintien et la conservation de la cité par les Qing lors de leur prise au pouvoir car jusque-là, dans la tradition chinoise, les vainqueurs avaient l’habitude de détruire systématiquement tous les palais des dynasties précédentes. On peut prendre exemple sur le fondateur des Ming, Zhu Yuanzhang (Chu Nguyên Chương) connu sous le nom de règne Hongwu (Hồng Vũ). Celui-ci a donné l’ordre à ses troupes de détruire la ville de Khan (Khanbalik) à Pékin et a tranféré la capitale à sa ville natale Nankin (Nam Kinh). On ignore les raisons qui ont poussé les Qing à conserver la cité de leurs prédécesseurs. Malgré l’effort de ces derniers de rénover les palais de la cité, d’y ajouter d’autres édifices et de les marquer de leur sceau, la cité continue à garder éternellement l’empreinte de son fondateur Yong Le. Celui-ci, l’un des trois illustres empereurs de la Chine impériale (avec Wu Di des Han, Tai Zhong des Tang) chargea l’amiral eunuque Zheng He (Trinh Hòa) d’entreprendre dans l’océan indien de grandes voyages d’exploration dont les récits ont été rapportés plus tard par son compagnon de route, Ma Huan (Mã Hoàng ) dans son livre intitulé “Merveille des océans”. Profitant de l’ursurpation de pouvoir de Hồ Qúi Ly, il annexa le Viêt-Nam en 1400. Sans les 10 années de résistance du peuple vietnamien avec Lê Lợi, le Viet Nam serait probablement une province chinoise.


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Etant une véritable ville dans une ville et construite dans un quadrilatère de 960m sur 750m, la cité est divisée en deux parties: la cour extérieure (waichao) (ou Tiền triều en vietnamien) dévolue à la vie cérémonielle et la cour intérieure (neichao)(ou Hậu tẩm en vietnamien), réservée à la demeure de l’empereur et de sa famille. Trois pavillons ont été trouvés dans la partie extérieure: le palais de l’Harmonie Suprême (Taihe)(ou Thái Hòa en vietnamien), le palais de l’Harmonie Parfaite (Zhonghe) (Trung Hoa Ðiện) et le palais de l’Harmonie Préservée (Baohe) (ou Bảo Hòa en vietnamien) tandis que la partie intérieure abrite le palais de la Pureté Céleste (Qianqing)(ou Cung Càn Thanh en vietnamien), la salle de l’Union (Jiaotai)(Ðiên Giao Thái en vietnamien) et le palais de la Tranquillité Terrestre (Kunning) (Khôn Ninh en vietnamien ) entourés respectivement par les « six Palais de l’Est » et les « Six Palais de l’Ouest »(Tam Cung Lục Viện en vietnamien). Du fait que la cour extérieure est caractérisée par le principe Yang, ses palais sont surélevés par rapport à ceux de la cour intérieure de principe Yin (Âm) grâce à la construction et à l’élévation d’un même soubassement de marbre. Cela fait ressortir non seulement la splendeur de ses palais mais aussi le caractère imposant du principe Yang. De même dans la cour intérieure, le palais de la pureté céleste (Càn Thanh) où l’empereur vivait et travaillait, est surélevé par rapport aux autres palais du fait qu’il est caractérisé par le principe Yang. On voit ici un exemple concret du principe Yang dans le principe Yin. (Dương trong Âm). Entre le palais de la pureté céleste (Yang) et le palais de la tranquillité terreste (Yin), se trouve la salle Jiaotai. Etant le trait d’union du Yin et du Yang représentés respectivement par le palais Qianqing (Càn Thanh) (demeure de l’empereur) et le palais Kunning (demeure de l’impératrice), cette pièce témoigne de l’harmonie parfaite entre ces principes pour souligner implicitement la paix. Tous les bâtiments de la cité sont orientés vers le Sud pour bénéficier des bienfaits de l’énergie Yang.

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Ordonnée par la géomancie traditionnelle chinoise, la cité est limitée au nord par la colline artificielle Jingshan (colline du charbon) et par la Muraille de Chine dans le but de se protéger des effets néfastes du souffle Yin du Nord (vents froids, guerriers de la steppe, mauvais génies etc …). De même, on signale au sud, la présence des fossés remplis d’eau et la rivière aux eaux d’or, ce qui permet de faire circuler ainsi l’énergie enfouie dans le sol, le Qi dont la fuite est empêchée par la création de différents niveaux au sol. C’est cette forme d’aménagement qu’on trouve dans la construction d’un même soubassement de marbre à trois gradins pour les trois palais réservés aux cérémonies officielles. Le Qi est ainsi ramené par la construction d’un passage en pente descendante puis remontante entre les palais dans le but de rompre la monotonie de la platitude du sol et de le véhiculer trois fois de suite vers le sommet où se dresse le trône de l’empereur. Celui-ci doit être le trait d’union entre le Ciel et la Terre: face au sud, dos au nord, le côté gauche à l’est et le côté droit à l’ouest. Chaque point cardinal est sous la protection d’un animal: l’oiseau vermeil pour le Sud, la tortue noire pour le nord, le dragon bleu pour l’est et le tigre blanc pour l’ouest. Au plafond, dans l’axe vertical du trône, se trouve au dessus de la tête de l’empereur, la voûte céleste représentée par un caisson à l’intérieur duquel est niché un dragon sculpté.

 

Située sur l’axe sud-nord, la cité interdite obéit en fait à la loi des nombres et au choix des couleurs. La sélection des nombres impairs (Yang) est apparue dans l’agencement des figurines en terre cuite sur les arêtes des toitures, dans la décoration et l’ornementation des portes de la cité interdite par la présence visible des clous dorés et dans la disposition maximale de pièces que compte la cité.  Les figurines, toujours en nombre impair de 1 à 9, marquent non seulement l’importance de l’édifice impérial mais aussi la fonction qu’occupe le propriétaire dans la hiérarchie impériale. Le nombre des figurines est fixé par le recueil de lois et de décrets de la dynastie des Qing connu sous le nom “Da Qing Hui Dian”. Les figurines en terre cuite représentant chacune un symbole, sont établies dans un ordre très précis: dragon, phénix, lion, destrier céleste (thiên mã), hippocame (hải mã), yaju (áp ngư), douniu (đấu ngưu), suanni (toan nghê), Xiezhi (hải trãi), hangshi (khỉ) . Elles sont toujours précédées par l’immortel sur le dos du phénix. Par exemple, le dragon et le phénix, symboles de l’empereur et de l’impératrice, représentent la dignité suprême tandis que l’hippocame est le signe du courage et de la droiture. Il y a une exception à cette règle d’alignement. C’est le cas du palais de l’harmonie suprême Taihe (Ðiện Thái Hòa) où 10 figurines sont présentes sur les arêtes de sa toiture car c’est ici que l’empereur a organisé les festivités importantes (intronisation, mariage, anniversaire,nouvel an, solstice d’hiver etc ..). L’utilisation de ces figurines est destinée à protéger les édifices contre les esprits malfaisants et à montrer la puissance et la suprématie de l’empereur. Par contre, pour le palais de la Pureté Céleste (Qianqing) (ou Càn Thanh en vietnamien) le rôle est moins important que celui du palais de l’harmonie suprême. Bien que l’empereur y travaille, on ne dénombre que neuf figurines sur les arêtes de sa toiture. SUITE

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Troisième partie

Con số âm dương

On est habitué à dire en vietnamien : sống chết đều có số cả (Chacun a son jour J pour la vie comme pour la mort).
Ði buôn có số, ăn cỗ có phần (On a sa vocation au commerce comme on a sa part au festin).

Dans la vie courante, chacun a sa taille pour ses vêtements et pour ses chaussures. On s’aperçoit que contrairement aux Chinois qui adorent les nombres pairs, les Vietnamiens privilégient plutôt les nombres impairs (sô’ dương) que les nombres pairs (sô’ âm). 

On trouve l’utilisation fréquente des nombres impairs dans les locutions vietnamiennes : ba mặt một lời ( On a besoin d’être face à face en présence d’un témoin), ba hồn bảy vía ( trois âmes et 7 supports vitaux pour les hommes càd on est paniqué), Ba chìm bảy nổi chín lênh đênh ( très mouvementé), năm thê bảy thiếp ( avoir 5 épouses et 7 concubines càd avoir plusieurs femmes ), năm lần bảy lượt (plusieurs fois), năm cha ba mẹ ( hétéroclite), ba chóp bảy nhoáng ( avec précipitation et sans soin ), Môt lời nói dối , sám hối 7 ngày (Une parole mensongère équivaut à sept jours de repentance), Một câu nhịn chín câu lành (Eviter une phrase vexante c’est avoir 9 phrases aimables) etc … ou celle des multiples du chiffre 9 : 18 (9×2) đời Hùng Vương ( 18 rois légendaires Hùng Vương ), 27 (9×3) đại tang 3 năm ( 27 tháng)(ou un deuil porté sur trois ans qui se traduit en fait par 27 mois seulement), 36 (9×4) phố phường Hànội (Hànội avec 36 quartiers ) etc.. On n’oublie pas de citer non plus les chiffres 5 et 9 ayant chacun un rôle très important.

Le chiffre 5 est le chiffre le plus mystérieux car tout commence à partir de ce nombre. Le Ciel et la Terre ont les 5 éléments ou agents (Ngũ hành) donnant naissance aux mille choses et êtres.  Il est placé au centre du Plan du Fleuve et de l’Ecrit de la rivière Luo qui sont à la base de la mutation des 5 éléments (Thủy, Hỏa, Mộc, Kim, Thổ)( Eau, Feu, Bois, Métal et Terre). Il est associé à l’élément Terre dans la position centrale dont le paysan a besoin pour permettre de connaître la direction des points cardinaux. Cela revient ainsi à l’homme le centre dans la gestion des choses et des espèces et des quatre cardinaux. C’est pour cette raison que dans la société féodale, cette place revient au roi car c’est lui qui a gouverné les gens. En conséquence, le chiffre 5 lui appartenait ainsi que la couleur jaune symbolisant la Terre. Cela explique la couleur qu’ont choisie les empereurs vietnamiens et chinois pour leurs habits. 

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