Royaume d’Ayutthaya (Vương quốc Ayutthaya)

Version vietnamienne

Le royaume de Sukhothai ne survécut pas après la disparition du grand roi Rama Khamheng car ses successeurs Lo Tai (1318-1347) et Lu Tai (1347-1368), accaparés par la foi religieuse négligeaient de veiller sur leurs vassaux parmi lesquels il y avait un prince brave et énergique d’U Thong (*) connu pour ses ambitions territoriales. Celui-ci n’hésita pas à soumettre Lu Tai de Sukhothai. Il devint ainsi le fondateur de la nouvelle dynastie en prenant Ayutthaya située dans la basse vallée du Ménam Chao Praya pour capitale. Il prit le titre de Ramathibodi 1er (ou Rama le Grand) (ou Ramadhipati). Son royaume n’était pas unifié au sens strict du terme mais il était en quelque sorte un mandala(**). Le roi était au centre de plusieurs cercles concentriques du système mandala. Le cercle le plus lointain était constitué de principautés autonomes (ou muäng ) gouvernées chacune par un membre de la famille royale tandis que le cercle le plus proche était aux mains des gouverneurs nommés par le roi. Un édit datant de 1468 ou 1469 rapporta qu’il y avait 20 rois vassaux rendant hommage au roi d’Ayutthaya.

พระนครศรีอยุธยา


©Đặng Anh Tuấn

(*) U Thong: district situé dans la province de Suphanburi. C’est le royaume de Dvaravati que les Chinois ont désigné souvent sous le nom de T’o Lo po ti. C’est ici que le moine chinois célèbre Huan Tsang (Huyền Trang) était de passage lors de son voyage en Inde pour ramener des textes originaux bouddhiques.

(**) Terme mandala employé par WOLTERS,O.W.1999. History, Culture and Religion in Southeast Asian Perspectives. Revised Edition, Ithaca, Cornell university and the Institute of Southeast Asian Studies. pp 16-28.


Malgré cela, son emprise et son autorité étaient relatives sur des principautés éloignées pouvant afficher à tout moment leur indépendance et leur prétention avec leurs chefs charismatiques. Son rôle religieux (dharmarâja) servit de contrepoids à la rivalité potentielle de ces rois vassaux. C’est pourquoi le royaume d’Ayutthaya connut souvent des guerres de succession et des luttes internes durant son existence.

A son apogée, le royaume d’Ayutthaya occupa à peu près le territoire de la Thailande d’aujourd’hui amputé du royaume tampon de Lanna (dont la capitale était Chiangmai ) et d’une partie de l’Est en Birmanie. Selon le chercheur Nguyễn Thế Anh, ce type de configuration politique se retrouva aussi pour un certain temps au début du XIème siècle au Vietnam mais il disparut au profit de la la centralisation du pouvoir dans la capitale au moment du transfert de cette dernière à Thăng Long (Hànội) sous le règne de Lý Thái Tổ (Lý Công Uẩn).

Selon l’historien thaïlandais Charnvit Kasetsiri, ce prince d’U Thong était issu d’une famille chinoise. Grâce à l’alliance matrimoniale avec le roi de Lopburi, il réussît à s’imposer pour succéder à ce dernier. Dès lors, Ayutthaya devint le centre du pouvoir politique siamois jusqu’à sa destruction par les Birmans du roi Hsinbyushin en 1767. Expansionniste, Ramathibodi ne tarda pas à prendre Angkor en 1353. Cela se renouvela encore deux fois avec Ramesuen (le fils du roi Ramathibodi) en 1393 et avec Borommaracha II en 1431. Les Khmers furent obligés de transférer leur capitale à Phnom Penh avec le roi khmer Ponheat Yat. Malgré leur mise à sac d’Angkor, les rois d’Ayathuya continuèrent à se poser volontiers en héritiers des rois de l’empire angkorien. Ils reprirent à leur compte non seulement l’organisation de la cour et la titulature des vaincus mais aussi leurs danseuses et leurs parures. Le retour à la tradition de la monarchie angkorienne était manifeste. Le roi devint en quelque sorte un dieu vivant dont l’apparition publique était rare. Ses sujets ne pouvaient plus le regarder en face sauf ses proches familiaux. Ils devaient lui adresser la parole dans un langage spécifique employé pour la royauté. Doté d’un pouvoir divin, le roi pouvait décider du sort de ses sujets. C’est sous le règne de Ramathibodi qu’une série de réformes fut entamée. Il fit venir les membres de la communauté monastique cinghalaise dans le but d’établir un nouvel ordre religieux. En 1360, le bouddhisme theravadà devint la religion officielle du royaume. Un code juridique incorporant la coutume thaïe et basé sur le Dharmashāstra hindou fut adopté. Quant à l’art d’Ayutthaya, il évolua au début sous l’influence de l’art de Sukhothai. Puis il continua à trouver son inspiration dans le domaine de la sculpture avant de retourner aux modèles khmers au moment où le roi Trailokanatha succéda à son père sur le trône en 1448. Bref, on trouve dans le style d’Ayutthaya un mélange du style de Sukhothai et du style khmer.

Etant décrite par l’abbé de Choisy, membre d’une délégation française envoyée en 1685 par le roi Louis XIV auprès du roi siamois Narai comme une ville cosmopolite et merveilleuse, Ayutthaya devint très vite la proie des convoitises birmanes à cause de sa richesse et de sa grandeur. Malgré la signification du nom porté en sanskrit ( “forteresse imprenable”), elle fut pillée et dévastée par les Birmans du roi de Toungoo Bayinnaung en 1569. Puis elle fut mise à sac de nouveau par les Birmans du roi Hsinbyushin en 1767. Les Birmans profitèrent de cette occasion pour faire fondre l’or qui recouvrait les statues de bouddha mais ils délaissèrent un autre bouddha en stuc dans l’un des temples de la capitale. Pourtant se trouve sous le stuc, la statue en or massif. Il s’agit bien d’un stratagème employé par les moines siamois pour dissimuler le trésor au moment où les Birmans assiégeaient la capitale. Ce bouddha doré est actuellement dans le Wat Traimit situé au coeur du quartier chinois à Bangkok.

Après la destruction de la capitale Ayutthaya, les Birmans se retirèrent en emmenant non seulement les butins et les prisionniers (60.000 siamois au moins ) mais aussi le roi d’Ayutthaya et sa famille. Dès lors, le royaume d’Ayutthaya fut démembré complètement avec l’apparition de plusieurs seigneurs locaux. Sa capitale n’était plus le centre de pouvoir politique. Selon l’anthropologue américain Charles Keyes, Ayutthaya ne recevait plus les influences cosmiques nécessaires à sa pérennité. Sa raison d’être n’est plus justifiée. Elle sera bientôt remplacée par la nouvelle capitale Thonburi, tout proche de Bangkok, accessible par la mer (en cas de l’invasion birmane ) et fondée par le gouverneur de la province Tak de nom Sin. C’est pourquoi on est habitué à l’appeler Taksin (ou Trịnh Quốc Anh en vietnamien) ou Taksin le Grand dans l’histoire de la Thaïlande.

Etant d’origine chinoise Teo chiu (Tiều Châu), celui-ci réussît à s’imposer comme l’unificateur et le libérateur de la Thaïlande après avoir éliminé tous les prétendants et vaincu les Birmans à Ayutthaya après deux jours de combats acharnés. Son règne ne dura que 15 ans (1767-1782) . Pourtant c’est sous son règne que la Thaïlande retrouva non seulement l’indépendance mais aussi la prospérité. Elle devint aussi l’un des états puissants de l’Asie du Sud Est en réussissant à libérer définitivement le royaume concurrent de Lanna (Chiang Mai) du joug birman en 1774 et en étendant son influence et sa vassalité sur le Laos et sur le Cambodge par des expéditions militaires. Elle commença à s’intéresser à la position stratégique que joua au début du 18ème siècle la principauté de Hà Tiên gouvernée par un Chinois cantonais Mac King Kiou (ou Mạc Cửu en vietnamien), hostile à la nouvelle dynastie des Qing (Mandchous) dans le golfe de Siam. Elle caressa toujours l’idée de monopoliser et de contrôler le commerce dans le golfe de Siam.

C’est au Laos que les Thaïs dirigés par le général Chakri ( futur roi Rama 1er) ont pris le Bouddha d’émeraude aux Laotiens et l’ont ramené à Thonburi en 1779 avant de l’installer définitivement au palais royal de Bangkok. Ce Bouddha devient ainsi le protecteur de la dynastie Chakri et le garant de la prospérité de la Thaïlande.

Etant morcelé en trois entités: le royaume de Vientiane, le royaume de Luang Prabang et le royaume de Champassak après la mort d’un grand roi du Laos, Surinyavongsa, le Laos tomba provisoirement sous le joug thaïlandais. Par contre, au Cambodge, profitant des dissensions internes liées à la succession du trône et ayant toujours la politique expansionniste vers l’est dans le but de contrôler complètement le golfe de Siam, les Thaïs n’hésitèrent pas à entrer en conflit armé avec les Vietnamiens des seigneurs Nguyễn ayant jusqu’alors un droit de regard sur le Cambodge qui avait accordé aux Vietnamiens des facilités d’installation dans son territoire (Cochinchine) avec le roi Prea Chey Chetta II en 1618.

Bibliographie:

Cổ sử cá quốc gia Ấn Độ hóa ở Viễn Đông. G. E. Coedès. Nhà xuất bản Thế Giới 2011.

La féodalité en Asie du Sud Est, Nguyễn Thế Anh. Paris, PUF,1998, pp. 683-714

La conquête de la Cochinchine par les Nguyễn et le rôle des émigrés chinois. Paul Boudet. BEFEO, Tome 42, 1942, pp 115-132

Contribution à l’étude des colonies vietnamiennes en Thailande. Bùi Quang Tung

Guerres et paix en Asie du Sud Est. Nguyễn Thế Anh- Alain Forest. Collection Recherches asiatiques dirigées par A. Forest. Editeur L’Harmattan.

Thailand and the Southeast Asian networks of the Vietnamese Revolution,1885-1954. Christpher E. Goscha

Birth of the thaï nation (Thaïland)

French version

According to Thai historical inscriptions found in Vietnam, there are three important waves of migration initiated by the Thai of Yunnan in northwest of Vietnam during the 9th and 11th centuries. This corresponds exactly to the period where Nanzhao was annexed by Dali destroyed, in turn, three centuries later by Kubilai Khan Mongols in China. During this penetration, the Proto-Thaïs were separated into groups: the Thaï of Vietnam, the Thaï in Burma (or Shans), the Thaï in Laos (or Ai Lao in Vietnamese) and the Thaï in Northern Thailand. Each of these groups began to adopt the religion of these host countries. The Thaï of Vietnam do not have the same religion as those of other territories. They continue to keep animism (vạn vật hữu linh) or totemism.

This is not the case of the Thaï living in Northern Thailand, Upper Burma, Laos which were occupied at this time by Indianized and Buddhist theravàda Môn-Khmer kingdoms (Angkorian empire, Môn Dvaravati, Haripunchai, Lavo kingdoms etc …) after the dislocation of Indianized Funan kingdom. The Môn had a key rôle in the transmission of Theravadà Buddhism from Sinhalese tradition for Thai newcomers.

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A long common history with the Vietnamese (Thaïland)

French version

 

 

The Lạc Long Quân-Âu Cơ myth insinuate so skilfully the union and the separation of two Yue ethnic groups, one being of Lạc branch (the Proto-Vietnamese) coming down to the plains by the pursuit of water courses and rivers, the other (the Proto-Thaïs) taking refuge in mountainous areas. There are the Mường in this exodus. Being close to the Vietnamese at the linguistic level, the Mường have managed to keep their ancestral customs because they were sent away and protected in high mountains. They had a social organization similar to that of the Tày and the Thaïs.

Located in Kouang Tong (Quãng Đông) and Kouang Si (Quãng Tây) provinces, the Si Ngeou (Tây Âu) kingdom is none other than the land of the Proto-Thaïs (Thai ancestors). It is here that Shu prince Thục Phán took refuge before the Văn Lang kingdom conquest. It should also be remembered that Chinese emperor Shi Houang Di had to mobilize at this time more than 500.000 soldiers for the Si Ngeou kingdom conquest after having successfully defeated the Chu kingdom (Sỡ Quốc) army with 600.000 soldiers. You have to think that in addition to the implacable resistance of its warriors, the Si Ngeou kingdom should be very large and densely populated for the commitment of the substantial military force from Shi Houang Di (Tần Thủy Hoàng).

Despite the premature death of Si Ngeou king named Yi-Hiu-Song (Dịch Hu Tống),the resistance led by the Yue of Thai branch or (Si Ngeou)(Tây Âu) succeeded in obtaining a few expected results in Southern Kouang Si with the death of general T’ou Tsiu (Uất Đồ Thư) leading a Chinese army of 500.000 men, which has been mentioned in Master Houa-nan annals (or Houai–nan –tseu in Chinese or Hoài Nam Tử in Vietnamese) written by Liu An (Lưu An), grandson of Kao-Tsou emperor (or Liu Bang), founder of Han dynasty between 164 and 173 before our era. Si Ngeou was known for the courage of its formidable warriors. This corresponds exactly to the temperament of the Thai living in the past, described by French writer and photographer Alfred Raquez:(3)

Being belligerent and adventure racer, the old-time Thai were almost constantly at war with their neighbours and often saw their successfull excursions. After each victorious campaign, the prisoners were taken with them and deported in a part of Siam territory as far away as possible from their countries of origin.

After the disappearance of this kingdom and that of Âu Lạc, the Proto-Thaï remaining in Vietnam at this time under the bosom of Zhao To (a former general of Tsin dynasty who later became the first emperor of Nan Yue kingdom) had their descendants forming properly today the ethnic minority Tày of Vietnam. Other Proto-Thaï fled to Yunnan where they united at the eighth century in Nanzhao kingdom (Nam Chiếu) then Dali (Đại Lý) where buddhism of Greater Vehicle began to take root. Unfortunaly, their attempt was in vain. Shu, Ba, Si Ngeou, Âu Lạc (5), Nan Zhao, Dali countries are part of the list of kingdoms annexed one after the other by the Chinese during their exodus. In these countries submitted, the Proto-Thaïs presence was very important. In front of the Chinese continous pressure and the Himalaya inexorable barrier, the Proto-Thaï had to get back in the Indochinese peninsular (4) by penetrating slowly like a fan in Laos, northwest region of Vietnam (Tây Bắc), northern Thailand and Upper Burma.


(4) Indochina in wider sense. This is not French Indochina.

(5) The Âu Lạc kingdom of An Dương Vương was annexed by Chinese General Zhao To (Triệu Đà) who later became the founder of Nanyue kingdom. This one will be in turn under the control of Han dynasty, half a century later.


Bibliography:

(3): Comment s’est peuplé le Siam, ce qu’est aujourd’hui sa population. Alfred Raquez, (publié en 1903 dans le Bulletin du Comité de l’Asie Française). In: Aséanie 1, 1998. pp. 161-181.

Naissance de la nation (Thaïlande)

English version

Selon les inscriptions historiques thaï trouvées au Vietnam, il y a trois vagues importantes de migration entamées par les Thaïs de Yunnan dans le Nord-Ouest du Vietnam durant les 9ème et 11ème siècles . Cela correspond exactement à la période où le royaume de Nanzhao fut annexé par le royaume de Dali anéanti à son tour 3 siècles plus tard par les Mongols de Kubilai Khan en Chine. Lors cette infiltration, les proto-Thaïs se divisèrent en plusieurs groupes: les Thaïs du Vietnam, les Thaïs en Birmanie (ou Shans), les Thaïs au Laos (ou Ai Lao) et les Thaïs dans le nord de la Thaïlande. Chacun de ces groupes commence à épouser la religion de ces pays hôtes. Les Thaïs du Vietnam n’ont pas la même religion que ceux des autres territoires. Ils continuent à garder l’animisme (vạn vật hữu linh) ou le totémisme.

Ce n’est le cas des Thaïs vivant dans le nord de la Thailande, la haute Birmanie, le Laos qui furent occupées à cette époque par des royaumes môn-khmer indianisés et bouddhistes theravàda (empire angkorien, royaumes môn Dvaravati, Haripunchai, Lavo etc ..) après la dislocation du royaume du Founan (Phù Nam) indianisé. Les Môn jouèrent un rôle important dans la transmission du bouddhisme theravàda provenant de la tradition cinghalaise auprès des nouveaux venus thaïs.

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Thaïlande (Organisation sociale et politique des Thaïs)

English version
 

 
On peut dire qu’aux deux composantes principales de la religion des Thaïs (culte aux génies (Phra) et aux esprits (Phi) et bouddhisme du Petit Véhicule) s’ajoute l’hindouisme. Celui-ci joue un rôle très important en Asie du Sud est asiatique avant que le bouddhisme theravadà réussisse à s’imposer et à embrasser la Birmanie, la Thaïlande, le Laos et le Cambodge.

Il y a autant de génies que d’esprits malveillants dans le panthéon thaï. Cette croyance animiste n’est pas incompatible avec le bouddhisme theravàda car les Thaïs placent les divinités protectrices (les phra) au niveau intermédiaire entre les hommes et les dieux hindous liés étroitement au bouddhisme theravadà. Ils sont en quelque sorte les serviteurs de Bouddha. Le bouddhisme tolère les rites locaux. C’est pourquoi on trouve souvent un petit temple soigneusement entretenu et dédié à Brahma aux quatre visages (Thần Bốn Mặt) aux alentours des bâtiments importants thaïlandais dans le but de permettre à cette divinité d’éloigner les esprits malveillants et de protéger ces lieux. D’autres divinités ne sont pas passées inaperçues dans les endroits publics (pagodes, aéroports, palais royal etc… )

Etant venus tardivement dans ces pays hôtes, les Thaïs devaient assumer au début tous les métiers “ingrats”. Comme leur peau était basanée, les Khmers les appelaient par le nom Syàma (Xiêm La), un mot sankscrit qui signifie “bronzé”. C’est sous ce nom qu’ils furent mentionnés vers 1050 dans l’une des inscriptions chames de Po Nagar (Nha Trang) comme des prisonniers de guerre lors de la confrontation entre les Chams et les Khmers de l’empire angkorien. Ils étaient apparus aussi comme des éclaireurs hardis, des mercenaires de l’armée de l’empire angkorien dont la présence a été rapportée dans l’un des bas-reliefs d’Angkor-Vat. Selon l’archéologue français Bernard Groslier, ils n’étaient que des montagnards turbulents, sans écriture et sans religion. Ils n’avaient aucune chance d’ébranler même les postes frontières de l’empire khmer et des royaumes môn de culture Dvaravati.

Ce n’est pas le cas des Vietnamiens qui commencèrent à bousculer à la même époque le Champa car selon Bernard Groslier, ces derniers constituant déjà une nation remarquablement équipée par la civilisation chinoise durant la longue domination, pouvaient entamer la lutte à armes et à chances égales avec les Chams. Les Thaïs devaient attendre au moins deux siècles pour assimiler les leçons de leurs maîtres avant de pouvoir les remplacer et les surpasser par la suite. En venant du nord et en contact fréquent avec la culture Dvaravati, ils se convertirent très vite au bouddhisme Theravàda (ou Petit Véhicule) ou (Phật Giáo Nguyên Thủy en vietnamien) mais ils continuèrent à garder leur structure sociale organisée en de puissantes chefferies féodales (ou mường).

Pour les Thaïs, la Thaîlande est considérée toujours comme la grande et la puissante chefferie (Mueang des Thaïs libres ou Mường của các người Thái tự do). Même le paradis est organisé en chefferies administrées par des divinités (ou les Devata). C’est ce qui a été rapporté par les Thaïs du Vietnam. Cela concorde avec la remarque d’Alfred Raquez sur la pratique courante des Siamois dans le regroupement de leurs prisonniers en chefferie:

Les Siamois ne semaient pas leurs prisonniers à travers le royaume. Ils les laissaient au contraire groupés, formant des khong à la tête desquels ils plaçaient des chefs de même origine ou naïkhong. Ceux-ci, magistrats suprêmes, réglaient toutes les affaires de la communauté et se trouvaient presque seuls en rapport direct avec les autorités du pays.

La chefferie est à la base de l’organisation sociale, religieuse et politique des Thaïs. Les chefferies sont considérées petites (mường nhỏ) ou grandes (mường lớn) en fonction de leur taille et de leur importance. Cela correspond respectivement à ce qu’on a en France avec le district ou la province. Mais il y a toujours une chefferie centrale (mường luông) vers laquelle convergent les autres chefferies. C’est ce qu’on observe dans l’organisation des chefferies thaïes au Vietnam. Chaque chefferie est dirigée par un chef ou un seigneur issu de l’aristocratie locale ayant en plus un rôle religieux important. C’est lui qui est chargé d’assumer le culte de l’esprit du sol. C’est pourquoi il a une prééminence sur les villageois. Ceux-ci lui doivent non seulement le service armé en cas d’une guerre mais aussi la corvée. Chaque chefferie a ses propres coutumes. Son organisation administrative et militaire ressemble à celle des Mongols qui permet de distinguer les nobles et les guerriers avec le reste (les roitelets et les paysans serfs). Chacun a son grade ou son rang dans un système nommé sakdina (sakdi signifiant pouvoir et na rizière). Supposons que chaque paysan possède 25 rai (quantité de terre équivalente à 1600 m2 ou rẫy en vietnamien ). Un patron de grade 400 en sakdina peut avoir 16 paysans sous ses ordres car 16= 400/25. Quant à un noble ou un seigneur, il peut avoir 400 personnes sous ses ordres si son grade s’élève à 10000 dans le système  sakdina. (400=10000/25). Bref, en fonction de son grade, il peut disposer d’un certain nombre de gens pour le système de corvées civiles et militaires.

Chaque chefferie est constituée de plusieurs hameaux (ou thôn en vietnamien) gérés chacun par un conseil de notables et ayant 40 ou 50 maisons excepté certain pouvant atteindre jusqu’à 100 maisons. Analogues aux Vietnamiens, les Thaïs installent d’une manière générale leur hameau et leur chefferie dans les plaines alluviales (celle de Chao Praya par exemple ) et les régions ayant des cours d’eau importants et propices à la culture du riz inondé, au transport et à l’interconnexion des routes pour faciliter l’échange avec les autres chefferies thaïes.

Art de Sukhothaï (Nghệ thuật Sukhothaï)

 

 

Version vietnamienne

English version

Avec le premier grand royaume thaï Sukhothai, on voit naître une nouvelle civilisation qui savait tirer profit de la culture indigène sous l’élan d’une personnalité exceptionnelle et aussi marquante qu’était le roi Rama Khamheng. Pour Georges Coedès, les Thaïs étaient de remarquables assimilateurs. Au lieu de détruire tout ce qui appartenait aux anciens maîtres (Môn-Khmers) comme le firent les Vietnamiens lors de la conquête du Champa, les Thaïlandais tentèrent de se l’approprier et de retrouver les thèmes dans les vieux répertoires môn-khmers pour créer un nouveau style propre et particulier en laissant transparaître les traditions locales dans l’architecture (les chedis) et la statuaire (les Bouddhas). Le Mahàyàna fut abandonné désormais en faveur du bouddhisme du Theravàdà auquel était consacrée entièrement l’esthétique thaïlandaise. Celle-ci tira évidemment ses formules iconographiques et plastiques de l’art khmer et de celui du Dvaravati (Môn).

L’éclosion de l’art de Sukhothaï témoigne d’une volonté d’innovation et d’une vitalité remarquable malgré certaines influences cinghalaises, birmanes et khmères. C’est ce qu’on voit dans la grande création de l’iconographie des Bouddhas. Ceux-ci représentés sous la forme humaine étaient sculptés selon des règles très précises que les artistes thaïlandais devaient respecter minutieusement. Selon Bernard Groslier, il y a un peu d’exagération dans la beauté de ces oeuvres afin de pouvoir accentuer la stylisation et montrer l’originalité d’une société nouvelle et dynamique. L’allongement démesuré trouvé dans les bras et les oreilles et la déformation excessive du chignon supérieur rappellent bien le manque du réalisme.

Malgré cela, la sculpture bouddhique de Sukhothai témoigne incontestablement d’un art entièrement original et d’une période où la nation thaïlandaise avait besoin d’une identité culturelle et religieuse et d’une personnalité propre illustrée par l’exemple trouvé dans la création du Bouddha marchant. Sa forme gracieuse  ne peut pas passer inaperçue et  réussit à pénétrer les Thaïlandais. Une fluidité est trouvée dans le mouvement de ce Bouddha. Son allure est à la fois légère et sereine. Sa tête en forme d’ovale, ses sourcils arqués en demi cercle parfait et prolongés par un nez aquilin et long, sa chevelure en bouclette  surmontée d’une longue flamme (unîsa)(tradition cinghalaise), sa bouche entourée par une double ligne (tradition khmère), ses vêtements collés au corps sont les traits caractéristiques de l’art bouddhique de  Sukhothaï.

Sous le règne de Rama Khamheng (ou Rama le Brave), une nouvelle société se forma à partir de l’héritage môn-khmer. Cette société trouva son modèle administratif et social auprès des Mongols. L’écriture thaïe fut créée et basée sur la cursive khmère qui trouvait sa lointaine origine dans l’Inde méridional. Le bouddhisme theravàda fut adopté comme la religion d’état. Malgré cela, l’animisme continua à se perpétuer comme en a témoigné le culte de l’esprit du sol évoqué par Rama Khamheng. Celui-ci installa sur une colline près de Sukhothai un autel dédié à un esprit nommé Phra Khapung Phi, supérieur à tous les autres esprits pour assurer la prospérité du royaume. Cela lui revint la charge d’honorer ce culte tous les ans. C’est aussi cet état d’esprit qu’on a vu encore au début du XXème siècle au Vietnam avec la cérémonie rituelle de Nam Giao (Huế) célébrée par l’empereur car étant le fils du Ciel, il était censé de demander chaque année la protection et la bénédiction du Ciel pour le pays. (idem en Chine avec le temple du Ciel (Thiên Đàn) à Pékin).

On n’est pas étonné de trouver encore de nos jours cette tradition, cette idée de l’esprit supérieur dans le Bouddha d’Eméraude (ou Phra Keo Morakot), palladium de la Thaïlande et protecteur de la dynastie de Chakri dans la chapelle du palais royal à Bangkok. Pour Bernard Groslier, le parallélisme n’est pas gratuit: les Thaï appartiennent au monde primitif de la pensée chinoise. On se pose des questions à cette comparaison car on ne peut pas ignorer qu’analogues à des Vietnamiens, les Thaï faisaient partie du groupe Cent Yue dont la plupart des ethnies étaient des animistes et appartenaient au monde agricole. Ils étaient habitués à honorer le culte des génies du sol, de l’agriculture ou du village avant d’être sous la coupe de l’influence chinoise. Rama Khamheng réussît à nouer des relations diplomatiques avec la Chine de Koubilai Khan. Il favorisa la venue et l’installation des artisans chinois dans la capitale. Avec leur savoir-faire, le royaume de Sukhothai ne tarda pas à être connu avec ses fameuses céramiques de Sawankhalok.

 

 

Sukothaï kingdom (Vương quốc Sukhothaï)

French version

Sukhothaï kingdom

Taking advantage of the exhaustion of Angkorian empire due to ceaseless wars against its neighbors (Champa, Vietnam) and gigantic works in the construction of temples (Bayon, Angkor Thom, Ta Prohm, Angkor Vat etc.) of Jayavarman VII, the death of the latter and the Mongolian invasion against Indochina (Khmer empire in 1283, Champa (between 1283-1285), Ðại Việt (or Vietnam) of the Trần (1257-1288)) and Pagan kingdom (Burma), the Thai began to etablish their political power as well in Thailand as Burma.

In Thailand, on the northern fringe of the Ménam basin, two Thai princes named Po Khun Bangklanghao and Po Khun Phameung managed to free Sukhothai from the influence of the Môn and the Khmers in 1239. Po Khun Bangklanghao thus became the first king of the Thai independent kingdom Sukhothai whose name means “the dawn of the happiness”. But it is rather to his son Rama Khamheng the great task to enlarge the Thai kingdom by conquering not only the northern Malaysia until Ligor (or Nakhon Si Thammarat) but also Khmer possessions in the direction Luang Prabang (Laos). At the same time, in the northern Thailand, after the annexation of Haripunjaya in 1292, another allied Thai prince named Mengrai, founded his kingdom Lannathai (kingdom of the million rice fields) by taking Chiang Mai for capital.

Rama Khamheng and Mengrai, two Thai princes shared the supremacy, the one in the centre and the other in northern Thailand. Other small Thai kingdoms were founded in Phayao and Xiang Dong Xiang Thong (Luang Prabang) in Laos. In Burma, the Pagan kingdom did not manage to resist to the invasion of the Mongols. The Thai of Burma (or Shan) took advantage of this opportunity to dismember the kingdom in several states shan.

Royaume de Sukhothaï (Vương Quốc Sukhothaï)

English version

En Thaïlande, sur la frange nord du bassin du Ménam, deux princes thaïs de nom Po Khun Bangklanghao and Po Khun Phameung réussirent à libérer Sukhothai de l’emprise des Môn et des Khmers en 1239. Po Khun Bangklanghao devint ainsi le premier roi du royaume thaï indépendant Sukhothai dont le nom signifie “l’aube du bonheur”. Mais c’est plutôt à son fils Rama Khamheng la grande tâche d’agrandir le royaume thaï en conquérant non seulement le nord de la Malaisie jusqu’à Ligor (ou Nakhon Si Thammarat) mais aussi des possessions khmères du côté de Luang Prabang (Laos). En même temps dans le nord de la Thaïlande, après l’annexion de Haripunjaya en 1292, un autre prince thaï allié de nom Mengrai, fonda son royaume Lannathai (royaume du million de rizières) en prenant Chiang Mai pour capitale. Rama Khamheng et Mengrai, deux princes thaïs se partagèrent désormais la domination, l’un dans le centre et l’autre dans le nord de la Thaïlande. D’autres petits royaumes thaïs furent crées à Phayao et à Xiang Dong Xiang Thong (Luang Prabang) au Laos. En Birmanie, le royaume de Pagan n’arriva pas à résister à l’invasion des Mongols. Les Thaïs de Birmanie (ou les Shan) profitèrent de cette opportunité pour démembrer le royaume en plusieurs états shan.

 

 

Being student (Đạo nghĩa làm người học trò)

French version

In memory of my teachers,
the Brothers of Jean Baptiste de la Salle.
 
etre_eleve

No Vietnamese can remain impassible when it comes to recall the years of study spent at school with their teacher. The image of their school keeps on being intimately carved in their memories.

That is the way composer Phạm Trọng Cầu felt in his song Trường Làng Tôi ( My village school ). How could they forget what has contributed in giving them their education, teaching them, and putting them on the road of apprenticeship in life? For them, one word taught by or one day of study with their teacher is enough to justify the obligation toward him.

Trường Làng Tôi ( My village school )

That is why it was repeated time and again when they were young that

Nhất nhật vi sư
Bán tự vi sư

Học một ngày cũng thầy
Học nữa chữ cũng thầy

The one who teaches us for one day or even half a word is worth being our teacher. Without the teacher, they cannot become who they are today. They owe him part of their life, their success and above all their education because it is him that gave them not only knowledge but also taught him the wisdom and apprenticeship of life. The following famous remark : Không thầy đố mầy làm nên ( Without the teacher you cannot succeed ) continues to occupy their mind and justify their behavior, their deep feelings toward their teacher. They give him such a crucial role that they do not hesitate to use the word “teacher” ( or Thầy in Vietnamese ). Thầy is sometimes used to address the father because it is he that gave them the first lesson in education. That is why the teacher remains the second person to be respected in the unchanging following Confucian trilogy: Quân, Sư, Phụ.

Whichever their age, position and level of education, they continue to remain the little pupil, the young disciple of their teacher.

They are not willing to neglect their respect toward their teacher even in moments the most perilous in their life. This was shown by emperor Hàm Nghi toward his teacher before the colonial authorities who were not able to identify Hàm Nghi physically when he was captured. The only person who could identify him was his teacher; therefore the latter was brought by force before the young Hàm Nghi. For the respect of his old teacher, he could not let him kneel down. He was obliged to prevent his teacher from executing this gesture. Because of this inopportune attitude, he was thus identified by the colonial authorities. He preferred to die instead of making an irreparable mistake toward the one who had taught him not only dignity and courage but also the duty toward his people and country. It was also the case of emperor Duy Tân with is tutor Eberhard in charge of supervising and reporting all his activities to the colonial authorities. Instead of being hated, he became one of the people that Duy Tân continued to respect during his reigning years. It was a habit to say in Vietnamese:
Kính thầy mới được làm thầy.
We should respect our teacher before becoming a teacher later.

It is in this Confucian spirit that young Vietnamese students were raised. They always try to listen to their teacher. They sometimes adopt an ambiguous attitude so as not to vex or bother their teacher even though when they are not entirely in agreement with him. It is the respect that emperor Gia Long knew how to maintain toward his tutor and spiritual guide, the bishop of Adran, His Highness Pigneau de Behaine during his reigning years. Age is not a factor in the behavior of a student toward his teacher who in several occasions was younger than him. It is shocking and moving to see sometimes an old student crossing arms in front of a young teacher but that never contradicts the intimate sentiments, the profound and sincere attachment he continues to keep for his teacher the way he does for his mother and his country. He knows what his teacher expects from him. He tries to keep up with this expectation, which sometimes puts him in a delicate and aberrant situation where he is himself in competition with his teacher.

It was the case of Phạm Duy Tri with his teacher Nguyễn Khắc Kínhduring a royal examination that took place in 1562 under the Mac dynasty. Issue of a very poor family and orphan of father at very early age, he was raised by his mother who did not hesitate to offer the teacher the only buffalo she possessed in order for the latter known for his years of experience in teaching in the village, to accept her son as his disciple. Moved by this mother’s sacrifice, teacher Nguyễn Khắc Kính agreed to take him as his student. A few years later, thanks to his assiduity and intelligence, he ended up in surpassing his teacher, which the latter saw during the provincial and general exams where he was himself a candidate. Knowing perfectly well his student’s state of mind and his profound sentiments the latter always reserved for him, he did not want his student, because of the respect he had toward him, to be penalized and would not put all his weights and ardor in the royal examination. For that, he told his student:

If you do not want to be brilliant in that exam, I would understand your behavior, your feelings. But you have to remember that this examination is reserved for the one who deserves to be chosen to serve the country. You must take into account the interest of the nation before any personal considerations. You should not betray your ideals and your country.

He reminded him the sentence that any school teacher would repeat to his student:
Bất nhượng ư sư
Không nên nhường thầy.

Do not concede to your teacher what you deserve.
Moved by the advice, Phạm Duy Tri nodded his head and kept what his teacher had told him. He passed the royal exam and acquired the title of Trạng Nguyên ( 1st doctor ). As for his teacher, he was classified second and received the title of Bảng Nhãn ( or 2nd doctor ).

The feelings that a Vietnamese has for his teacher never fade with the time, which was shown by lord Nguyễn Phúc Nguyên toward his spiritual teacher and counselor Ðào Duy Từ. To thank him, lord Nguyễn Phúc Nguyên did not hesitate to grant him a vibrant homage by giving to one of his fortifications located in central Vietnam the name “Lũy Thầy” (fortification of the Teacher ). This fortification was built to counter the Trinh from the north. Thanks to this naming, he was successful in giving gratitude a wide range through history and the entire nation. Today the fortification is still known by this name.

On the other hand those feelings become as the time goes by a kind of cement that link a Vietnamese a little more to his school, his village and his native country. They are also a gift of affection and respect that Vietnamese love to give their teacher in the Confucian spirit.

Culinary art ( Nghệ Thuật Ẩm Thực của người Việt)

French version
 
amthucvn

Vietnamese people grant a great importance to eating. It is the first necessity in their daily life and culture. Nothing is more amazing to see the use of “an” as the prefix in a great number of words. Among them we find: ăn nói ( to speak ), ăn mặc ( to wear ), ăn ở ( to live ), ăn tiêu ( to consume ), ăn ngủ ( to sleep ), ăn trộm ( to steal ), ăn gian ( to cheat ), ăn hiếp ( to bully ) and so on…It is usually said: Trời đánh tránh bữa ăn to means even God dare not disturb the Vietnamese during their meal.


Their eating is carefully elaborated according to the concept of Yin and Yang and the five elements (Thuyết Âm Dương Ngũ Hành) which serves as the fundamental basis of their Van Lang civilization.
Yin-Yang ( Âm Dương ) is the representation of the two poles of all things, a duality that is at the same time contradictory and complementary. Of the nature Yin is whatever is fluid, cold, humid, passive, somber, interior, female in essence like the sky, the moon, night, water, winter. Of the nature Yang is whatever is solid, hot, luminous, active, exterior, male in essence like the earth, the sun, fire, summer. Human is the hyphen between these two poles or rather between the Earth (Dương) and the Sky ( Âm ). Harmony may only be found in the equilibrium that human brings to its environment, universe and body. Vietnamese food therefore finds all its meticulous preparation and particularity in the dialectic relationship of the theory of Yin and Yang. It also shows the respect of the millennial cultural tradition of a farming country and of a civilization known for its rice farming on flooded rice fields (trồng lúa nước).

Yin – Yang in Vietnamese culinary art

© Đặng Anh Tuấn

That is why rice should not be missed in a Vietnamese meal. It is at the basis of several Vietnamese dishes (bánh cuốn, bánh xèo, phở, bún, bánh tráng, bánh chưng vân vân ) (ravioli, crepe, pho, vermicelli, rice paper, sweet rice cake etc..) Rice can be whole, round, long, crushed, scented, glutinous etc… More than a food, rice is for the Vietnamese people a tangible proof of their Bai Yue culture, a trace of civilization that is not lost under the weight of long Chinese domination.

The manner in Vietnamese eating is not foreign to the search for the middle-of-the-road attitude encouraged in the concept of Yin and Yang. ” Eating together ” requires in their view a certain respect, a certain level of culture in the art of eating because there exists an undeniable interdependence among the guests in the share of food and space. It is usually said: Ăn trông nồi , ngồi trông hướng.

When eating look for where the rice cooker is and when sitting look for where the direction is. That is the maxim that Vietnamese parents used to tell their children about their table manners. One has to behave oneself when invited to a meal. One should not eat too fast for not to be called impolite but should neither eat too slowly as one should not make other guests wait. Emptying one’s plate or the cook pot is not allowed because it gives the feeling of being greedy. On the contrary, eating too little implies a lack of mannerliness, which may vex the host. This cautious behavior could be summed up by the following statement: Ăn hết bị đòn, ăn còn mất vợ. (Emptying the cook pot deserves spanking, leaving some leftover leads to losing the spouse ). It is in the constant search for equilibrium evoked in the Yin and Yang theory that a Vietnamese must exercise in due course at a meal. It should not be ignored the “varied” nature brought in by Vietnamese food that is characterized by the diversity and visible exuberance in colors of the ingredients in the preparation.

Around a bowl of rice is the creation of a multitude of colors, flavors and dishes. The expression of the 5 senses (ngũ giác) is also found in a Vietnamese meal:  
smell: by the release of aromas and flavors of foods served,
sight: by various coloration of the ingredients that go in the preparation of the dishes,
taste: by the flavors of the dishes,
hearing: by the sound made by the sucking of tea or stock with the mouth,
touch: by the nonstop handling of chopsticks.

For some Vietnamese specialties (gà nướng (roasted chicken), gà luộc ( boiled chicken ), gỏi cuốn (spring rolls) ), the use of hand is highly appreciated. Most Westerners used to attribute to the Chinese the holder of chopstick civilization. However it is the product of the cradle of the rice growing civilization of South East Asia. It is what the Chinese historian Ðàm Gia Kiện has written in his book entitled “Cultural History of China” ( Lịch sử văn hóa Trung Quốc ) ( 1993, page 769 ):
At the time prior to the unification of China by Qin Shi Huang Di, the Chinese continued to use their hands to grasp food. It was a tradition found in people growing millet (kê), barley (mạch) and eating bread, hum bao ( bánh bao ) and meat. They only began to use chopsticks during their expansion toward Southern China.
That assertion has been justified by recent scientific discoveries. Chopsticks can only be made in a region where abundance of bamboo is not in doubt. That is the case of Southern China and South East Asia. They are the rudimentary tool shaped to the image of the bird’s bill to efficiently pick up grains of rice and fish without having to soil the hands with the plates containing water (soup, broth, fish cauce etc…). It is found in the Vietnamese use of chopsticks a simple as well as humoristic philosophy. A pair of chopsticks is always compared with a married couple.

That is why one used to say:
Vợ chồng như đôi đũa có đôi
Bây giờ chồng thấp vợ cao như đôi đũa lệch so sao cho bằng.

Husband and wife are like a pair of chopsticks
Now that husband is short and wife is tall
Like mismatched chopsticks can’t be paired at all.

During the Lê dynasty, breaking a pair of chopsticks is like a dissolution of marriage. One prefers having a stupid spouse to having a disastrous pair of crooked chopsticks. This preference is evoked many time in the following statement:

Vợ dại không hại bằng đũa vênh.

Besides the “vivacious” and “lively” characteristics found in the handling of chopsticks, the “collective” characteristics should not be ignored as an attribute to this rudimentary utensil. It is often referred to a bundle of chopsticks to evoke solidarity. The saying: Vơ đũa cả nắm( gather chopsticks in a bunch) reflects that idea when we want to criticize someone and his family in a dispute or debate.

The Vietnamese fierce will to give a big attention to the balance of Yin and Yang is found again in their way of eating. A good meal must meet a certain number of criteria where interdependence cannot be ignored:

  • 1) It must be in agreement with the weather. It cannot be defined as good even when it is served with tasty dishes.
  • 2) It must occur at a pleasant place and time otherwise it is not deemed good either.
  • 3) It must be shared with close friends otherwise the word good cannot be attributed to it.

That is why coming from the criteria mentioned above, a good Vietnamese meal is not necessarily well stuffed. Sometimes meagerness is found in a good meal. It is that of Vietnamese poor peasants where a clever mixture of aromatic herb flavors plays a preponderant role.
The judicious search for balance of Yin and Yang is undeniably shown in the dishes, the human body and between man and the environment. In the Vietnamese culinary art three following important points are turned up: 
1) Yin-Yang equilibrium in the makeup of the dishes.
 
Vietnamese people tend to distinguish dishes according to classification they established in relation to the five elements of Yin-Yang: hàn ( cold ) ( Water ), nhiệt ( hot ) (Fire), ôn ( warm ) ( Wood ), lương ( fresh ) ( Meta l) and bình ( temperate ) (Earth). They take into account the compensation, interaction and combination of ingredients and condiments in the elaboration of a dish. One notices a series of vegetables and condiments in in the makeup of Vietnamese recipes. Known for curing illnesses caused by the “cold” ( coughs, colds etc…), ginger (gung), the condiment of the Yang characteristics, is visible in all the dishes having tendency to bear the cold: Bí đao ( marrow quash ), cải bắp ( cabbage ) rau cải ( lettuce ) and cá ( fish ). Hot pepper is of Yang nature ( hot ) and frequently used in dishes having cold, temperate or foul-smelling characteristics ( seafood, steamed fish for example ). One used to eat fermented chicken’s or duck’s eggs ( trứng gà lộn, trứng vịt lộn ) having the Yin characteristics ( Âm ) along with a very flavorful leaf ( rau răm ) of the Yang ( Dương ) tendency. The Yin (Âm) bearing water melon is always eaten with the Yang ( Dương ) natured salt. The most typical Vietnamese dish remains the fish sauce. In the preparation of this national sauce, it is noticed there are 5 flavors classified according to the 5 element of Yin and Yang: mặn ( salty ) with the fish juice ( nước mắm ), đắng ( bitter ) with the zest of lemon ( vỏ chanh ), chua ( sour ) with the juice of lemmon ( or vinegar ), cay ( hot ) with powdered or crushed hot pepper and ngọt ( sweet ) with powdered sugar. Those five flavors ( mặn, đắng, chua, cay, ngọt ) combined and found in the national sauce of Vietnamese people correspond respectively to five elements defined in the theory of Yin and Yang( Thủy, Hỏa, Mộc, Kim, Thổ) ( Water, Fire, Wood, Metal, Earth).
 
2) Yin-Yang equilibrium in the human body.
 

Vietnamese food is sometimes used as an effective medicine to cure dysfunctions caused by the loss of balance in Yin and Yang in the human body. For the Vietnamese, the scenario seen in nature is also found inside their bodies. When an organ becomes too Yin, it leads to a slowdown in physical metabolism (feeling cold, slow heartbeats, indigestion etc…). On the other side, if it becomes too Yang, it triggers an acceleration of physical metabolism ( feeling hot, fast heartbeats, physical and mental hyperactivity etc…). A well-balanced Yin-Yang maintains life and assure good health. To regain this balance a person whose illness is of Yin nature ( Âm ) must eat dishes bearing Yang (Dương) characteristics. On the contrary a Yang-natured illness must be treated with Yin-natured dishes. To the Vietnamese, eating is taking care of oneself. Constipation (a Yang illness) can only be cured among the Yin dishes (chè đậu đen, chè đậu xanh etc..( meung bean, black bean compote, a Vietnamese desser t). On the other hand, Yin-natured diarrhea or stomach ache can be treated effectively with Yang-natured seasoned dishes (ginger (gừng, galangal (riềng)). The cold (a Yin-natured illness must find its solution in a bowl of rice porridge full of ginger slices.
 

3) Yin-Yang equilibrium with the environment. 
One used to say in Vietnamese : Ăn theo mùa ( Eating according to season ). This saying reflects the state of mind of the Vietnamese to be always in phase with nature and the environment in food.

In Summer, the supply of heat favors an abundance of vegetables, seafoods and fish. Therefore the Vietnamese people tend to eat vegetables and fish. They used to boil vegetables, pickle them (dưa) or make salads (gõi). Dishes that contain water are appreciated. It is the case of pho, the national stock of the Vietnamese people. Bitter and sour flavors cannot be absent either in the Vietnamese cuisine. It is the case of a mildly sour soup prepared with fish (or shrimps), tamarind (or pine apple) and tomatoes ( canh chua cá, canh chua tôm ).

On the other hand in Winter, to resist the cold, the Vietnamese prefer to eat meat and fatter dishes (of Yang characteristics). We notice a massive use of oily liquids (vegetable or animal) and condiments (ginger, chilly, garlic, pepper etc…). Slow cooking meat on low heat in fish sauce (rim thit), sauteing (xào) or frying meat (rán) are the cooking methods frequently used and conformed to climatic variations. Known as a tropical country (Yang)(Dương), Vietnam possesses a great number of dishes of cold characteristics ( Âm ). That is what the father of Vietnamese traditional medecine Hải Thượng Lãn Ông ( Lê Hữu Trác ) had an opportunity to emphasize in his work entitled “Nữ Công Thắng Lãm”. Out of 120 foodstuffs, he succeeded in picking about a hundred of Yin characteristics. This remark puts in evidence the unquestionable preference of Vietnamese for Yin dishes in their traditional food structure and the importance they keep granting to the search for a balance with nature and the environment. Vietnamese cuisine finds more and more followers in the West. Unlike other cuisines that play with sauces, it prefers using a lot of aromatic herbs and condiments. It is a cuisine that stands out for its lightness and digestibility. Much less fatty than Chinese cuisine, it does not miss showing its subtlety and originality. No less than 500 dishes are counted among them remains the imperial roll ( chả gìo). In this cuisine one finds not only a harmony of flavors and a multitude of subtle variations around a bowl of rice but also a profound and intimate agreement with nature and the environment.

There, Yin-Yang does not lose its vitality, the Vietnamese people, their soul and their temperament.

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