Être jeune

etre_jeune1

English version

Malgré la guerre qui a ravagé ce pays depuis tant d’années, les jeunes vietnamiens continuent à avoir la rage de vivre. Cela étonne énormément ceux qui ne connaissent pas le Viêt-Nam. Dans ce pays, Etre Jeune relève toujours de l’exploit car les conditions de vie sont extrêmement dures et la nature est aussi extrêmement rude et impitoyable, en particulier pour ceux qui vivent dans le Nord et sur les hautes terres du Centre. Il faut savoir résister vaillamment aux intempéries de la nature mais il faut apprendre à vivre aussi avec les créatures sauvages, à ruser, à les combattre.


On commence à travailler très jeune aussi au Viêt-Nam. Dès leur plus jeune âge dans les zones rurales, les garçons gardent les buffles, les font paître sur les diguettes tandis que les filles aident aux travaux de la maison. Très jeunes, à six ou sept ans, elles savent faire cuire du riz, porter leur petit frère, nourrir les cochons et les canards, porter à boire aux animaux familiers ou participer aux travaux artisanaux familiaux. Dans les années où la guerre a pris de l’ampleur, les jeunes étaient chargés aussi de creuser des tranchées le long des diguettes pour s’y jeter à l’approche des avions, vivant dans des souterrains et des tunnels pour échapper aux bombardements. Les filles ont deux fois plus de travaux que les garçons. Ce sont elles qui étaient les premières à être proposées et vendues comme esclaves ou concubines pour quelques kilos de riz lorsqu’on n’arrivait plus à nourrir une famille de plusieurs enfants dans les années 30-40. Le roman de Ngô Tất Tố ” Quand la lampe qui s’éteint”, paru en 1930, nous rappelle cette réalité. Pour payer un fonctionnaire corrompu, une paysanne était obligée de vendre sa fille pour une piastre. Si de nos jours, cette pratique est interdite, on constate quand même un grand nombre de jeunes filles prostituées sur les trottoirs des grandes villes. Dans ces dernières, malgré l’enseignement gratuit, beaucoup de jeunes, pour pourvoir à la subsistance de leur famille, doivent vaquer à leurs petits boulots, vendre des cigarettes ou des journaux, ramasser des sacs plastique etc … Les conditions de vie sont aussi lamentables. Beaucoup de jeunes issus des familles de traîne-misère et de la guerre continuent à grouiller toujours dans des enchevêtrements de baraques mal consolidés, sombres et affreusement sales.
Il y aurait 67000 taudis à Saigon fin 1994. C’est le chiffre retenu par les autorités et diffusé par la presse. On retrouve encore les scènes décrites par le romancier Khái Hưng dans son ouvrage intitulé Les bas-fonds ( Ðầu Ðường Xó Chợ ) avec des trottoirs et des rigoles encombrés en permanence d’épluchures de légumes, de feuilles de bananiers et des lambeaux de chiffons dans les quartiers pauvres des grandes villes.
Face à l’indifférence de la société, le romancier Duyên Anh n’a pas hésité à dénoncer l’indigence de ces jeunes dans ses romans dont le plus connu reste le best-seller “La Colline des fantômes”. En s’inspirant de ce roman, le réalisateur Rachid Bouchareb a retracé l’histoire des amérasiens qui paient le prix de la folie des adultes et de la guerre dans son film “Poussières de vie” en 1994.
Malgré les carences de la vie, on aime à être jeune dans ce pays car si on n’a pas les montagnes de jouets et de cadeaux qui submergent nos enfants en Occident à l’approche de Noël, on a en revanche des jeux populaires, des souvenirs d’enfance inoubliables. Dans les campagnes, on pouvait aller pêcher dans les rizières et poser les nasses dans les arroyos pour attraper les crevettes et les petits poissons. On pouvait chasser les papillons et les libellules avec des pièges faits avec les tiges de bambou. On pouvait grimper dans les arbres pour chercher des nids d’oiseaux. La chasse aux grillons restait le jeu préféré de la plupart des jeunes vietnamiens.

En se promenant en groupe, les oreilles grandes ouvertes au chant des grillons, les yeux scrutant les moindres recoins, on essayait de repérer les tanières d’où sortait le chant. On avait l’habitude de faire sortir l’insecte de son trou en l’inondant de l’eau ou de ses déjections, puis de l’enfermer dans des boîtes d’allumettes, de le faire chanter avec des petites plumes ou de lui faire boire un peu d’alcool de riz pour l’exciter lors des combats des grillons.

etre_jeuneDans les villes, on jouait au foot avec les pieds nus, au milieu de la rue, les poteaux des buts étant constitués par les vêtements entreposés. Les matchs étaient souvent interrompus par le passage des vélos. On jouait aussi au jeu de volant au pied (ou Ðá Cầu) dans la rue. Le volant de la taille d’une balle de ping-pong était fabriqué avec un bout de tissu enveloppant une pièce de monnaie en zinc. 
Nés dans la guerre, les jeunes vietnamiens ne dédaignaient pas les jeux de la guerre. On fabriquait soi-même les fusils en carton ou en bois, on se battait avec des épées en branches. On pouvait jouer aussi aux jeux des cerfs-volants. Cette enfance, cette jeunesse, tous les Vietnamiens l’ont eue même la romancière Marguerite Duras.

Celle-ci n’hésitait pas à rappeler son enfance indochinoise dans son roman Les lieux : Mon frère et moi, on restait partis des journées entières pas dans les arbres mais dans la forêt et sur les rivières, sur ce qu’on appelle les racs (rạch), ces petits torrents qui descendent vers la mer. On ne mettait jamais de souliers, on vivait à moitié nus, on se baignait dans la rivière.

Dans ce pays où la guerre a tant ravagé et où les treize millions de tonnes de bombes et soixante millions de litres de défoliants ont été versés, être jeune dans les années 60-75 était déjà une faveur du destin. Les jeunes du Viêt-Nam actuel ne connaissent plus la peur et la haine de leurs aînés mais ils continuent à avoir un avenir incertain. Malgré cela, dans leur regard, il y a toujours une lueur de la vie intense, une lueur d’espoir. C’est ce qu’on appelle souvent “la magie de l’enfance et de la jeunesse vietnamienne”.

Il faut être jeune dans ce pays pour avoir

un tel attachement, une impression toujours poignante.

 

 

 

 

Le monde des animaux dans la croyance vietnamienne

English version

conseu

© Đặng Anh Tuấn

Depuis la nuit des temps, les Vietnamiens ont l’habitude de vivre dans un environnement inhospitalier. Leurs conditions de vie sont très dures et la nature est extrêmement rude et impitoyable. Il faut apprendre à vivre avec les créatures sauvages, à ruser et à les combattre. C’est avec elles que sont nés un grand nombre de préjugés et de superstitions. C’est dans la plupart des chansons populaires qu’on relève non seulement une sorte d’expérience vécue par les Vietnamiens avec le règne animal mais aussi une certaine philosophie à la fois juste et simple. En s’appuyant sur des observations et des comportements trouvés dans le monde des animaux, ils ont réussi à enrichir leurs chansons populaires en donnant à ces dernières un caractère plus tonique, plus humoristique, plus attrayant et plus moralisateur.

heron

Sans se référer à ces créatures sauvages et familières, elles perdraient probablement l’attrait qu’elles continuent à garder jusqu’alors. L’exemple suivant témoigne incontestablement de cet agrément emprunté dans le règne animal:

Chim khôn tiếc lông
Người khôn tiếc lời
L’oiseau intelligent tient à ses plumes
L’homme intelligent ne prodigue pas ses paroles.

Sans faire allusion à l’oiseau et à son plumage, le deuxième vers n’aurait pas probablement toute sa portée significative et sa subtilité. De même, tout est décrit et résumé d’une manière concise dans le proverbe suivant:

Một con quạ, đồn ba con ác

Il existe un seul corbeau. Avec la rumeur, on se retrouve avec trois pies pour désigner un hâbleur.

Au lieu de réutiliser le mot “quạ” désignant le corbeau, on préfère le mot “ác” qui, malgré la même signification trouvée dans le dictionnaire sino-vietnamien, est aussi synonyme du mal. Par sa prononciation et sa connotation, cela nous fait penser inéluctablement à quelque chose nuisible tout en gardant intacte la portée significative de ce proverbe. Rien n’est étonnant de voir le corbeau y figurer car cet oiseau est détesté et honni par les Vietnamiens. Grâce à cette créature haïssable, on pourrait mesurer le degré d’importance accordé à la réflexion qu’on aime retenir avec ce proverbe.

Par le biais de ces chansons populaires, des proverbes et des légendes, les Vietnamiens ont l’occasion de montrer maintes fois leurs opinions sur le règne animal. Certaines créatures sauvages sont respectées et sacrées, d’autres ne le sont pas. À force de partager le même environnement, ils n’hésitent pas à les associer dans leur vie journalière, à réserver à chacune d’elles un égard particulier et à leur donner un classement hiérarchique à l’image de la société vietnamienne. Tout cela a été dicté indiscutablement par leurs observations et leurs expériences vécues qui deviennent au fil des années des préjugés transmis de génération en génération et ancrés intimement dans leur esprit.

L’aigrette est une sorte de héron qu’on est habitué à voir en compagnie avec des paysans sur les champs des rizières. S’appuyant sur de longues jambes, elle ne cesse pas d’y barboter silencieusement à la recherche de la nourriture ou elle s’avance gravement aux longues enjambées.

Cette image n’est pas étrangère à l’impression que les Vietnamiens ont accordée à cette créature. Est-elle l’échassier mystérieux qu’on a vu gravé sur les tambours de bronze de Ðồng Sơn? En tout cas, elle est le symbole de la pureté et du sacrifice. C’est ce qu’on a retrouvé dans la chanson populaire suivante:

Con cò lặn lội bờ ao
Tôi có tội nào ông sáo với măng
Có sào thì sáo nước trong
Chớ sáo nước đục đau lòng cò con !

Je suis l’aigrette qui barbote au bord de la mare
Si j’ai mal fait, vous pourrez me faire cuire avec les jeunes pousses de bambou
Mais en cas de préparation, faites-moi cuire dans de l’eau claire et propre
Ne me faites pas cuire dans l’eau malpropre. Cela fera mal au coeur à la pauvre petite aigrette!

S’identifiant à la femme vietnamienne, elle est évoquée dans une autre chanson:

Con cò lặn lội bờ sông,
Gánh gạo đưa chồng tiếng khóc nĩ non,
Nàng về nuôi cái cùng con,
Ðể anh đi trãy nước non Cao-Bằng.
Analogue à l’aigrette barbotant au bord du fleuve,
Portant le riz paddy, elle accompagne son mari avec douleurs et pleurs
En rentrant à la maison, elle s’occupe de sa belle- mère et de ses enfants,
Elle lui laisse le temps d’accomplir le service militaire.
L’aigrette est tellement appréciée que dans certaines régions du Việt Nam on n’hésite pas à lui accorder le titre de noblesse: Monsieur le Paysan (Ông nông). Ce respect est dû probablement à son beau plumage et à son allure imposante au milieu des champs des rizières. À force de la côtoyer, les paysans la considèrent comme un compagnon qui sait participer à leurs occupations journalières. De même le héron (vạc) est synonyme de l’élégance et de la longévité. On a l’habitude de dire: Cưỡi hạc chầu trời pour faire allusion à une personne âgée qui rend l’âme en douceur. Par contre, on voit d’un mauvais oeil le corbeau. À cause de son plumage noir, cette créature est synonyme du malheur. Son apparition instantanée devant la maison ou son passage annoncent un mauvais présage. Pour reprocher au public d’avoir une opinion erronée, on n’hésite pas à emprunter ce proverbe.

Quạ ăn dưa bắt cò phơi nắng
Nghĩ lại sự đời quạ trắng cò đen

Le corbeau est en train de manger la pastèque tandis que l’aigrette est punie sous un soleil accablant
En s’adonnant à la réflexion sur la vie, on s’aperçoit que le corbeau est blanc et l’aigrette devient noire

De même l’ours n’est pas très choyé. On l’appelle “Cha Cụ” ou “Cha gấu” (le père ours). Le qualificatif de “Cha” est très péjoratif. On voit dans cette désignation le caractère méprisable et ridicule. On voudrait faire allusion probablement à quelqu’un qui, étant pourtant père d’une famille, n’est pas à la hauteur de son rôle et ne mérite pas d’avoir un égard particulier. S’agit -t-il de la lourdeur et de la lenteur de ce plantigrade dans sa démarche? Malgré cette appellation injustifiée, l’ours n’est pas aussi malheureux par rapport aux autres créatures auxquelles la discrimination est encore plus visible. Le pélican (chim bồ nông), malgré sa taille respectable et sa poche extensible où sont emmagasinés les poissons destinés à nourrir ses jeunes, ne reçoit que le mince titre “thằng bè” ( ou le mec mastoc ). La sarcelle (con le le) est désignée souvent par le nom “thằng bồng” tandis que le martin pêcheur (chim bói cá) est connu souvent sous l’étiquette “thằng chài” (celui qui pêche à l’épervier) .

Pour ce dernier, il n’y a pas de doute sur le choix de cette attribution qui est liée probablement à l’agilité de cet oiseau dans sa plongée et dans la capture des poissons. Le qualificatif de thằng est employé intentionnellement dans le but de signifier l’état d’infériorité de la créature ou de la personne en question par rapport à d’autres espèces ou à d’autres individus. C’est aussi le cas du plongeon qu’on appelle souvent sous le nom thằng cộc ou thằng cha cộc. Certains oiseaux sont carrément féminisés car on leur accorde le titre “mệ” (ou grand-mère) ou mạ (ou mère). C’est le cas du héron (con diệc) qu’on a l’habitude d’appeler sous le nom ” mạ diệc ” (la mère héron). Une autre créature de la même famille que le héron, le crabier, reçoit le titre “mệ thợm” (la commère crabier).


Rien n’est contredit par la description de ces créatures dans le proverbe suivant:

Chống cậy mà đi là con cha cộc
Con độ mũi nốc là con thằng chài

L’oiseau qui s’appuie sur les bâtons dans sa marche est bien le plongeon
L’oiseau qui perche à l’avant de la barque est bien le martin-pêcheur

Certaines créatures sont considérées comme celles provenant du Ciel ou vivant à ciel ouvert. On trouve dans leur nom le mot “Ciel” (trời). C’est le cas de vịt trời (canard sauvage), ngỗng trời (oie sauvage) ou ngựa trời (mante religieuse) ou cheval du ciel. Par contre, pour d’autres créatures, le respect dicté par la crainte et les représailles n’est plus mis en doute. Les Vietnamiens pensent que ces créatures arrivent à capter leur pensée et qu’elles arrivent à s’échapper par conséquent de leur piège mortel. C’est pourquoi le mot “Thiêng” est utilisé dans le but de désigner ces créatures surnaturelles. C’est le cas de la petite souris (con chuột). Malgré sa taille minuscule, ils n’osent pas l’appeler par son nom. Ils préfèrent de lui attribuer le titre “Ông thiêng” (ou Monsieur le Sacré) car il est capable d’effectuer des représailles et de connaître tous les secrets et les intimités de leur famille et de leur maison. De même, le moineau (chim sẽ) reçoit le même honneur que la petite souris. Par sa force surnaturelle, il arrive à s’échapper de leur piège et peut leur causer de gros dégâts en détruisant tous leurs stocks de riz. 

La fourmi fait partie aussi des créatures surnaturelles en même temps que l’éléphant (ông voi) et le tigre (ông cọp, ông Ba Mươi). Ces derniers ont la capacité d’écouter leurs conversations, ce qui fait d’eux connus souvent sous le nom “Ông thính” (Monsieur l’écouteur). On attribue au tigre l’aptitude d’emporter sur son dos l’âme de sa victime. Celle-ci, errante et connue sous le nom “Ma” oblige le tigre à revenir sur le lieu ou l’endroit où la victime habite pour chercher ses offrandes. C’est une façon d’interpréter le retour du tigre aux alentours de l’endroit où la victime a été dévorée dans le but de s’emparer d’autres proies. 

C’est pour cette raison qu’il est indispensable de retrouver à tout prix ce qui appartient à la victime, de le brûler ensemble avec son sosie en papier ainsi que celui du tigre. Puis il faut les enterrer avec soin dans le but de faire entrer définitivement l’âme dans la tombe. On ne cesse pas de croire que les moustaches du tigre ont un caractère nuisible pour la santé. Pour parer à des dégâts que peuvent provoquer ces moustaches, on décide de les brûler immédiatement lors de la capture de ce fauve. On attribue également la formation des chenilles hérissonnes à partir de la bave du tigre. Il est impossible de trouver un médicament pour cicatriser une plaie provoquée par le contact inopiné avec ces bestioles.

Pour la plupart des Vietnamiens, le tigre est à la fois un animal redouté et vénéré. Par crainte des représailles, ils lui réservent non seulement des signes de respect mais aussi des temples et des autels dédiés en son honneur et éparpillés un peu partout dans la forêt. Même avant de le tuer après sa capture, ils n’oublient pas non plus de lui rendre un dernier hommage en célébrant préalablement une cérémonie. Ils sont habitués à se comparer au tigre par le biais de la maxime suivante:

Hùm chết để da, người chết để tiếng.
Le tigre mort laisse sa peau et l’homme décédé sa réputation.
et à accorder au roi des animaux une vénération irréprochable. Malgré cela, l’animal préféré reste le dragon. Celui-ci fait partie des quatre animaux au pouvoir surnaturel (Tứ Linh) ( dragon ( rồng, long ), licorne ( lân ), tortue ( qui, rùa ) et phénix ( loan, phượng, phụng ) ) et occupe la première place. Il est l’animal emblématique choisi traditionnellement par l’empereur sur ses vêtements. Il passe aussi pour un élément clé de la mythologie Việt. Tout Vietnamien se croit fermement descendant de cet animal fabuleux et mythique. La licorne est synonyme du bonheur. Quant à la tortue, elle est non seulement le symbole de la longévité mais aussi celui de transmission des valeurs spirituelles dans la tradition vietnamienne. Sa présence a été citée maintes fois dans l’histoire du Viêt-Nam par le biais des légendes. (L’arbalète magique offerte par le génie de la tortue d’or au roi An Dương Vương dans la lutte contre le général chinois Triệu Ðà, la remise de l’épée au génie de la tortue d’or par le futur roi Lê Lợi après sa victoire éclatante sur les envahisseurs chinois, les Ming dans le lac Hồ Hoàn Kiếm). Le phénix s’identifie toujours à la beauté. On fait référence souvent à cet oiseau mythique dans le mariage. Pour décrire quelqu’un ayant le profil de fils du ciel (tướng thiên tử) on lui dit qu’il a le nez du dragon et les yeux de phénix ( mũi rồng mắt phượng ).

Pour séparer les amoureux, on a l’habitude de dire: Chia loan rẽ phượng. Loan est employé souvent pour faire allusion à un phénix femelle tandis que le vocable “phượng” est réservé pour un mâle.

Outre ces animaux mythiques, il y a un animal dont on a parlé souvent dans les annales vietnamiennes. C’est le dragon d’eau (ou con thuồng luồng). C’est un serpent ressemblant beaucoup à l’anguille, c’est ce qui a été décrit dans le dictionnaire de P. Génibrel. Pour se protéger contre les dragons d’eau, les Vietnamiens avaient l’habitude de se tatouer. Ils n’étaient pas ainsi reconnus différents et ils évitaient d’être tués par ces animaux au moment de leur pêche. Cette coutume disparut seulement sous le règne du roi Trần Anh Tôn lorsque celui-ci renonça lui-même à cette pratique. Le dragon d’eau est aussi le sujet du proverbe suivant:

Thuồng luồng không ở cạn
Le dragon d’eau ne vit pas dans les endroits où il y a peu d’eau.

pour dire que les gens de qualité ne fréquentent pas le petit peuple.

Dans les régions côtières, l’animal vénéré reste la baleine (ou cá voi, cá ông). Rien n’est surprenant de voir surgir dans chaque village longeant la côte, un autel réservé à ce mammifère. L’attachement profond des pêcheurs vietnamiens à ce cétacé est dû en grande partie aux bienfaits qu’il leur rend. 

Autel réservé à la baleine (Poulo Cham) (Cù Lao Chàm) 

autel_baleine

Au Viêt-Nam, on fait attention aux signes avant-coureurs des phénomènes naturels en observant le comportement des créatures sauvages. Par le feulement du tigre à la recherche de la nourriture, le bramement sec et saccadé du cerf ou le cri de l’écureuil, on pourrait s’informer des changements climatiques (la venue de la pluie ou du vent venant du nord). Le hululement du coq des pagodes (chim bìm bịp) annonce la descente des crues. En voyant les fourmis de terre se hâter à construire de gros nids en terre sur les arbres longeant la berge du fleuve, on peut deviner que la montée des eaux serait imminente. Le chant injustifié du coq prévoit une mauvaise nouvelle. Le grignotement des souris dans la maison n’est pas non plus de bon augure. Le chuintement de la chouette ou du hibou près de la maison annonce la mort imminente du malade s’il y en a dans la maison. La chute de l’araignée accrochée au plafond est une marque d’infidélité dans le ménage. Le vol de la libellule au ras du sol ou en hauteur     signale la venue imminente de la pluie ou du soleil. C’est ce qui a été dit dans le petit dicton suivant:

Chuổn chuổn bay thấp thì mưa
Bay cao thì nắng, bay vừa thì râm
La libellule qui vole au ras du sol entraîne la pluie
En prenant de la hauteur, elle emmène le soleil et en volant à une altitude moyenne, elle ramène l’ombre.

On peut trouver une explication scientifique à ce dicton car la libellule possède comme le poisson une poche de vapeur permettant de réguler les altitudes de son vol en fonction de l’humidité de l’air. C’est l’application judicieuse de la poussée d’Archimède dans l’air à travers ce comportement. Cette superstition a été exploitée dans le passé avec ingéniosité par un grand nombre de dirigeants vietnamiens pour consolider leur légitimité dans la conquête du pouvoir. Elle devient aussi une arme redoutable et efficace dans la lutte contre les agresseurs étrangers. On peut dire qu’elle fut à cette époque ce qu’on a aujourd’hui avec la guerre de communication. La crédulité a été mise en évidence maintes fois dans l’histoire du Viêt-Nam. Pour faciliter l’accès au trône du jeune vertueux Lý Công Uẩn, le futur roi de la dynastie des Lý, le bonze érudit Vạn Hạnh, décida de marquer discrètement le mot “Thiên tử” (fils du ciel) sur le dos d’un chien blanc dans le village Cổ Pháp et de faire circuler la rumeur de l’apparition prochaine d’un nouveau roi né sous le signe astrologique du chien dans le courant de l’année du chien de métal pour ramener la paix au peuple. C’est pourquoi personne ne contesta la légitimité de Lý Công Uẩn le jour de sa prise de pouvoir et de son intronisation dans l’année du chien (Canh Tuất 1010) sous la pression de son adjoint Ðào Cam Mộc et de ses proches dirigés par le bonze Vạn Hạnh car on pensa que tout était décidé à l’avance et qu’il était envoyé par le ciel pour devenir roi. Il était né sous le signe du chien de bois (Giáp Tuất ) en 974. Pour mettre la capitale à l’abri des caprices du fleuve rouge, Lý Công Uẩn, sur les conseils des géomanciens, avait l’intention de déplacer la capitale à Thăng Long (ou Hà Nội plus tard). Pour ce transfert, il fut obligé de faire croire à son peuple qu’il a vu un dragon d’or s’envoler de cette localité dans le songe. Cela lui permit de neutraliser pacifiquement toute idée de contestation et de révolte. De même, plusieurs siècles plus tard, rien n’était étonnant de voir l’édification d’une histoire prodigieuse, d’une légende sur le personnage de Lê Lợi , un riche fermier Mường à Lam Sơn, dans le but d’unifier tout le peuple vietnamien face à son destin et d’empêcher toutes les velléités de soumission dans la lutte contre les envahisseurs chinois ( les Ming ). Ce fut aussi la résistance organisée par un Vietnamien d’origine Mường pour la première fois dans l’histoire du Viêt-Nam. On réussit à faire croire au peuple qu’avant la naissance de Lê Lơi, il y avait un tigre noir fréquentant les alentours de son village. Dès sa naissance, on ne vit plus apparaître ce tigre. On attribua ainsi à Lê Lơi la réincarnation de ce roi des animaux. C’est Nguyễn Trãi, son conseiller politique et militaire qui l’a décrit dans son ouvrage “Lam Sơn Thực Lục” dans les termes suivants: 

Vua Lê vai tả có bảy nốt ruồi, long lá đầy người, tiếng như chuông lớn, ngồi như hổ ….
Le roi Lê ayant sur son épaule gauche 7 boutons, son corps poilu, sa voix retentissant comme une cloche, s’assoit comme un tigre …
C’est aussi à Nguyễn Trãi l’idée géniale de faire circuler le message suivant gravé sur les feuilles à l’aide des cure-dents et du miel. Ce texte était rongé ensuite au fil des mois par les fourmis à cause de l’odeur du miel:
Lê Lợi vì dân, Nguyễn Trãi vì thân
Lê Lợi pour le peuple, Nguyễn Trãi pour Lê Lợi

dans le but de montrer au petit peuple que la volonté venait de Dieu lui-même et que Lê Lợi était désigné comme le seul héritier légitime dans la lutte contre les envahisseurs Ming.

Pour faire disparaître l’affliction visible d’un grand nombre de gens devant le sort réservé aux adversaires de Gia Long , en particulier à la famille du roi Quang Trung (décapitation de son fils, le roi Cảnh Thinh, déterrement de sa tombe, supplice infligé à tous ses partisans et ses proches par le biais de piétinement des éléphants) et pour légitimer sa prise de pouvoir, beaucoup de légendes autour de Gia Long ont été mises en plein jour. C’est d’abord l’histoire de sa rencontre avec son jeune général eunuque Lê Văn Duyệt. Connu pour son courage et sa force, celui-ci menait jusqu’alors une vie cachée et réservée avec sa mère dans un coin refoulé du Sud Viêt-Nam. Il n’hésita pas à tuer tous ceux qui osaient le déranger. Ayant connu sa réputation et poursuivi sans relâche par les Tây Sơn (les paysans de l’Ouest), Nguyễn Ánh, le futur empereur Gia Long décida d’aller le voir et voulut se lier d’amitié avec lui. Accompagné par son subordonné Nguyễn Văn Thành, il trouva sa maison mais Lê Văn Duyệt y fut absent à ce moment. Sa mère les invita à déjeuner et leur demanda de se retirer immédiatement car elle connaissait bien le caractère de son fils. En voyant des étrangers dans la maison, celui-ci n’hésitait pas à les tuer. Face à la résolution de Nguyễn Ánh de vouloir rencontrer son fils, elle fut obligée de les héberger cette nuit là. En rentrant à la maison, Lê Văn Duyệt fut énervé par la présence des étrangers. Mais il s’aperçut que le jeune homme était entouré par un serpent dont la tête était adossée contre sa poitrine. Troublé par cette protection divine, il demanda timidement à sa mère: Qui est cette personne protégée par le serpent? Surprise par cette question, celle-ci revint dans la chambre où le jeune Nguyễn Ánh dormait. Elle ne trouva aucun serpent. Il n’y avait que Lê Văn Duyệt qui a vu cette scène. Pour ce dernier, il n’y avait plus de doute qu’il était en face d’un personnage hors du commun et sous la protection divine. Il alla le réveiller et lui demanda ses nouvelles. Lê Văn Duyệt devint de ce jour l’un de ses meilleurs et brillants fidèles dans la reconquête du pouvoir. D’après l’érudit français Léopold Cadière, l’animal fabuleux ressemblant au dragon trouvé sur le costume impérial de Gia Long ou sur le palier de son trône évoquerait probablement la protection du serpent dont Nguyễn Ánh bénéficia durant ses années de vicissitudes. Une autre fois, pour aller se réfugier dans l’île de Phú Quốc, Nguyễn Ánh a failli être capturé par les Tây Sơn si son bateau n’avait pas été retenu et gêné par la présence d’une bande de crocodiles. Intrigué par cet augure, il s’agenouilla à l’avant de son bateau et invoqua le Ciel :

S’il y a des ennemis qui veulent me tendre un piège mortel à l’entrée du fleuve Ông Ðốc, vous me faites signe en faisant disparaître et réapparaître ces crocodiles trois fois de suite sinon vous me laissez partir maintenant car le temps est tellement précieux pour moi.

Effectivement, la disparition et la réapparition de ces reptiles eurent lieu trois fois de suite. Témoin de ce phénomène inhabituel répondant à son exaucement, il renonça à partir. Pour être sûr de la présence de ses ennemis, un éclaireur fut envoyé sur-le-champ. Il n’y eut plus de doute que ses ennemis l’attendaient en surnombre ce jour là. Si on ne sait pas que Nguyễn Ánh serait sous la protection divine ou non, on constate qu’à travers ces récits historiques, il était un jeune prince très courageux et intrépide. Il fut poursuivi une fois par ses ennemis. Il fut obligé de traverser le fleuve à la nage malgré la présence d’un grand nombre de crocodiles. Il dut recourir au buffle qui pataugeait au bord du fleuve pour entreprendre la traversée.

L’homme vietnamien est né avec cette croyance. Sans celle-ci, il lui paraît difficile de surmonter les difficultés journalières rencontrées dans un environnement inhospitalier où la fatalité est de mise. Si la superstition porte quelque image de la pusillanimité, elle reste néanmoins une arme efficace dont l’homme vietnamien ne manque pas l’occasion de se servir pour forger son destin et réaliser son dessein. Il ne se laisse pas entraîner trop dans l’esprit cartésien pour réfuter tout ce qui appartient à l’héritage de croyances de son peuple. 

The challenge (Thách Thức)

defi

 

French version

This word is not unfamiliar to the Vietnamese. On the contrary, it is synonymous to perseverance, resistance, ingenuity and confrontation for these frail people whose feet have been burried in the rice fields’ mud since the dawn of time. They never stop at taking up, from generation to generation, the challenge incessantly imposed by the excesses of a harsh and inhospitable nature and by the Midle Empire, their big brother and hereditary enemy at the border. The Vietnamese dedicated to the latter a surprising admiration but at the same time pledged an implacable resistance in the goal of keeping their national independence and cultural traits. China has many times tried to assimilate Vietnam during its millennial domination but it succeeded in blurring the particularities without making them disappear completely. It was quick to be aware of that, because on any favorable occasion, the Vietnamese displayed their resistance and difference. They even tried to confront the Chinese in the field of literature. That has been reported in a great number of accounts that keep on to be plentiful up until now in the history of Vietnamese literature.

According to what was said, after having succeeded in putting down the revolt of the two sisters Trưng Trắc Trưng Nhị and pacifying Giao Chỉ ( ancient country of the Viet ), Chinese General Ma Viện( MaYuan ) of the Han dynasty erected in 43 at the Sino-Vietnamese border a pillar several meters high bearing the following notice:

Ðồng trụ triệt, Giao Chỉ diệt
Ðồng trụ ngã, Giao Chỉ bị diệt.

Vietnam would disappear forever with the fall of this pillar.

To avoid the pillar’s fall, the Vietnamese tried to strengthen it by throwing, as they walked by, a piece of soil around that huge column, and thus progressively helped in building a mound making the mythical pillar disappear.

To be ironic about the Vietnamese’s fear and worry of losing their country, the Ming emperor did not hesitate to use unfriendly terms to arrogantly tell the Vietnamese envoy Giang Văn Minh ( 1582-1639 ) during a reception:
Ðồng trụ chí kim đài dĩ lục

This Bronze pillar is now buried in green moss
to remind Giang Văn Minh of the putting down of the Trung sisters’ revolt and the pacifiaction of his country by the Chinese. Remaining unruffled, Giang Văn Minh responded with a surprising insight and an energetic and courageous determination:

Ðằng giang tự cổ huyết do hồng
That Ðằng river was then blended with red blood.

This was not the first time such a litterary competition took place. Under the reign of king Lê Ðại Hành ( The Great Expediter ), monk Lạc Thuận had an opportunity to catch the admiration of Chinese ambassador Li Jiao ( Lý Giác ) whom he helped cross the river by posing as a boatman.

He was quick to complete the four-versed poem started first by Li Jiao who saw two wild geese playing on the water wave crests:
Ngỗng ngỗng hai con ngỗng
Ngữa mặt nhìn trời xanh
Goose, goose, the two geese
Looking up the blue sky they tease

by the following two verses:
Nước biếc phô lông trắng
Chèo hồng sóng xanh khua

Bluish green water contrasts white feather
Showing pink feet splitting blue waves over.

It is shown not only the rapidity of monk Lac Thuan’s improvisation but also his ingenuity of placing in parallel the ideas and the words to be used in this four-versed poem.
But obviously credits on the confrontation finally go to to the learned Mạc Ðỉnh Chi because he knew how to show during his stay in China his capability of resistance and his talent of knowing how to cleverly answer all questions s and avoid all traps. He was sent to China (1314) by king Trần Anh Tôn after the latter had defeated the army of Kubilai Khan’s Mongols with general Trần Hưng Ðạo. Because of an unexpected delay, he could not show up on time at the gate of the fort at the Sino-Vietnamese border. The mandarin in charge of the supervision of the fort agreed to open the gate if f only Mạc Ðỉinh Chi could appropriately parallel the mandarin’s sentence containing 4 words “quan”.

Quá quan trì, quan quan bế,
nguyện quá khách quá quan
Qua cữa quan chậm, cữa quan đóng,
mời khách qua đường qua cữa quan.

Late at passing the gate, the mandarin gate is closed,
Passing pedestrian please pass the gate.

Unruffled at this litterary challenge, he replied to the mandarin with a surprising ease by the following sentences:
Xuất đối dị, đối đối nan, thỉnh tiên sinh tiên đối.
Ra câu đối dễ, đối câu đối khó
xin tiên sinh đối trước

Easy to pose the sentence, difficult to parallel it.
Parallel sentence poser please pose first.
It is noted that in this reply, there are not only the word “đối” that is repeated 4 times in parallel with the word “quan”, but also the virtuosity of respecting the rhymes and the rules in composing parallel sentences by Mạc Ðỉnh Chi in his verses while making it known to the mandarin the situation he was tangled up with. This enormously pleased the Chinese mandarin who was quick to to open the fort gate and greet him with great pomp. This incident was reported to the Peking court and was fast to bring desire to the best Chinese learned mandarins to measure up with him in literary field.
One day, he was riding his mule in the capital city of Peking. The mule did not go fast enough, which annoyed a Chinese mandarin who followed him on his way. Irritated by the disturbing slowliness, the mandarin turn to him saying with an arrogant and contemptuous tone:

Xúc ngã ky mã, đông di chi nhân dã, Tây di chi nhân dã?
Chạm ngựa ta đi là người rợ phương Ðông hay là người rợ phương Tây?

Slowing my horse is the barbarian from the East or from the West?
That mandarin took what he had learned in the book Mencius ( Mạnh Tử )(1) to refer to the barbarians, those who do not possess the same culture of the Midle Empire by using the words “đông di”. Surprised by the hurting remark while he knew that China was at that time governed by by the nomad tribes, the Mongols, Mạc Ðĩnh Chi replied with his black humor:

 

Át dư thừa lư, Nam Phương chi cường dư, Bắc phương chi cường dư
Ngăn lừa ta cưởi, hỏi người phương Nam mạnh hay người phương Bắc mạnh?

Impeding my mule is the strong people from the North or from the South?

Mạc Ðỉnh Chi also took what he had learned from the book Trung Dung (2) to remind the mandarin that he was not sure that the people from the North were stronger than those from the South. The mandarin turned pale of shame and was so vexed by the spirited and spontaneous reply that he was forced to drive off. Another time, in a discussion with Mạc Ðỉnh Chi and wanting to know his character, the Yuan emperor read him the following phrase:

Nhật hỏa, vân yên, bạch đáng thiêu tàn ngọc thỏ
Mặt trời là lửa, mây là khói, ban ngày đốt cháy vần trăng

Daytime, the sun being fire, the clouds being smoke burn up the moon.

The emperor wanted to show his power by comparing himself with the sun and in making it known to Mạc Ðỉnh Chi that Vietnam is comparable to the moon would soon be wiped out and dominated. Unruffled, Mac Ðỉnh Chi replied in firm and courageous terms:

Nguyệt cung, kim đạn, hoàng hôn xa lạc kim ô
Trăng là cung, sao là đạn, chiều tối bắn rơi mặt trời.

Nightime, the moon being crossbow, the stars being projectiles shoot down the sun.

Thus the Yuan emperor Kubilai Khan ( Nguyên Thê’ Tổ ) had to recognize his talent and granted him the title ” ( Lưỡng Quốc Trạng Nguyên ” ( Doctor of both countries ) for China as well as for Vietnam. this rendered some Chinese mandarins jealous. One of them tried to humiliate him one day by treating him as a bird because of the tone of the monosyllabic language; the Vietnamese give the impression of chirping when they speak:
Quích tập chi đầu đàm Lỗ luận: tri tri vi tri chi, bất tri vi bất tri, thị tri
Chim đậu cành đọc sách Lỗ luận: biết thì báo là biết, chẳng biết thì báo chảng biết, ấy là biết đó.

Birds gather on the branch to study the book Dialogs: What we know we say we know, what we don’t we say we don’t, we know it though.
It was a way to recommend Mac Ðĩnh Chi to show more humility and to behave like a man of Confucian quality ( junzi ). Mac Ðĩnh Chi replied in treating him like a frog because the Chinese have the habit of clicking the tongue when drinking and speaking loudly:
Oa minh trì thượng đọc Châu Thư: lạc dữ đọc lạc nhạc, lạc dữ chúng lạc nhạc, thục lạc.
Châu chuộc trên ao đọc sách Châu Thu: cùng ít người vui nhạc, cùng nhiều người vui nhạc, đằng nào vui hơn.

Frogs assemble in the pond to learn the work Chou Ching : they enjoy blaring alone, they enjoy blaring together, they’re blaring anyhow.
It’s a way to recommend the Chinese mandarin to have a keen mind in order to be able to have the right behavior and a more fair judgment.

In spite of the literary confrontation, Mac Ðĩnh Chi was very much appreciated in China. He was assigned by the Yuan emperor to write the funeral oration in honor of the passing away of a Mongolian princess. Due to the respect that the Chinese traditionally maintained toward talented Vietnamese people, especially the scholars having unprecedented erudition and keen minds, the learned Nguyễn Trãi was saved in extremis by the great steward Houang Fou ( Hoàng Phúc ). He was seen by Chinese generalissimo Tchang Fou ( Trương Phụ ) as a captive to be eliminated, a dangerous and harmful to the Chinese politics of expansion in Vietnam. He was retained by Tchang Fou during his stay at Ðồng Quang ( ancien name of Capital Hà-Nội before he could join the cotton clothed hero Lê Lợi later at Lam Sơn. Without the magnanimous and protective gesture of the eunuch Hoang Fou, Lê Lợi would not have been able to defeat the Ming because it was Nguyễn Trãi, the godsent adviser and eminent strategist that Lê Lợi relied upon to run the guerilla during his ten years struggle against the Chinese.

This literary confrontation began to blurr progressively with the arrival of the French in Vietnam and stopped definitively when emperor Khải Ðịnh decided to put an end to the Vietnamese system of mandarinal contest up until then copied from the Chinese one and based essentially on the Four Classics (3) and the Five Cannons (4) of the wise Confucius (Tứ Thư Ngũ Kinh).

intro1

The last mandarinal contest was organized at Huế in 1918. Another system of recruitment in the French way was proposed at the colonial l period. From then on, Vietnam has no longer the opportunity to measure up literarily with China and to show her its difference, its intellectual resistance and its cultural traits.


(1) : Jou philosophy of first plan of 4th century B.C.
(2) : The Middle-Of-The-Road, one of the basic works of Chinese education.
(3) : The Great Studies, ( Ðại Ho.c ), Middle-Of-The-Road ( Trung Dung ), Dialogs ( Luận Ngữ ) and Mencius’s Book ( ( Sách Mạnh Tử ).
(4):The Book of Odes ( Kinh Thi ), The Historic Documents( Kinh Thư ), The Book of Mutations ( Kinh Dịch ) The Rites( Kinh Lễ ), Springs and Autumn ( Kinh Xuân Thu ).

Le défi (Thách Thức)

defi

English version

Ce mot n’est pas étranger aux Vietnamiens. Par contre, il est synonyme de la persévérance, de la résistance, de l’ingéniosité et de la confrontation pour ces gens frêles, les pieds enfouis dans la boue des rizières depuis la nuit des temps. Ceux-ci ne cessaient pas de relever, de génération en génération, le défi imposé incessamment par les intempéries d’une nature ingrate et inhospitalière et par l’Empire du Milieu, leur grand frère limitrophe et leur ennemi héréditaire. Les Vietnamiens vouaient à ce dernier une admiration étonnante en même temps une résistance implacable dans le but de garder leur indépendance nationale et leurs spécificités culturelles. La Chine tenta de siniser à maintes reprises le Viêt-Nam durant sa domination millénaire mais elle réussit à estomper les particularités sans les faire disparaître complètement. Elle ne tarda pas à s’en apercevoir car à chaque occasion favorable, les Vietnamiens affichaient leur résistance et leur différence. Ils cherchaient à affronter même les Chinois dans le domaine littéraire. Cela a été rapporté par un grand nombre de récits continuant à abonder encore jusqu’à nos jours dans l’histoire littéraire vietnamienne.

Selon l’on-dit, après avoir réussi à mater la révolte des deux soeurs Trưng Trắc Trưng Nhị et de pacifier le Giao Chỉ (l’ancien pays des Viets), le général chinois Mã Viện (Ma Yuan) de la dynastie des Han édifia en 43 à la frontière sino – vietnamienne un pilier haut de plusieurs mètres et portant l’écriteau suivant:

Ðồng trụ triệt, Giao Chỉ diệt
Ðồng trụ ngã, Giao Chỉ bị diệt.

Le Viêt-Nam disparaîtrait pour toujours avec la chute de ce pilier.

Pour éviter sa chute, chaque Vietnamien tenta de le consolider en jetant, à chaque passage, un morceau de terre autour de cette colonne colossale, ce qui permit d’édifier progressivement un monticule faisant disparaître ainsi ce pilier mythique.

Pour ironiser sur la peur et l’angoisse des Vietnamiens de perdre leur patrie, l’empereur des Ming n’hésita pas à s’adresser arrogamment au délégué vietnamien Giang Văn Minh (1582-1639) lors d’une réception, avec des termes inamicaux:

Ðồng trụ chí kim đài dĩ lục
Le pilier en bronze continue à être envahi par la mousse verte.

pour rappeler à Giang Văn Minh l’écrasement de la révolte dirigée par les soeurs Trưng Trấc et Trưng Nhị et la pacification de son pays par les Chinois. Imperturbable, Giang Văn Minh lui répondit avec une perspicacité étonnante et une détermination énergique et courageuse :
Ðằng giang tự cổ huyết do hồng
Le fleuve Bạch Ðằng continue à être teinté avec du sang rouge
pour rappeler à l’empereur des Ming les victoires éclatantes et décisives des Vietnamiens contre les Chinois sur le fleuve Bạch Ðằng.

Ce n’était pas la première fois que cette compétition littéraire avait lieu. A l’époque du règne du roi Lê Ðại Hành ( Le Grand Expéditeur ), le bonze Lạc Thuận eut l’occasion de frapper d’admiration l’ambassadeur chinois Li Jiao ( Lý Giác ) à qui il avait fait passer le fleuve en se déguisant en sampanier. Il n’hésita pas à achever le quatrain entamé d’abord par Li Jiao qui se mit à chanter en voyant les deux oies sauvages jouer sur la crête des vagues:
Ngỗng ngỗng hai con ngỗng
Ngữa mặt nhìn trời xanh
Des oies sauvages, voyez ces deux oies sauvages
Elles dressent la tête et se tournent vers l’horizon
par ses deux vers suivants:
Nước biếc phô lông trắng
Chèo hồng sóng xanh khua

Leurs plumes blanches s’étalent sur les eaux glauques
Leurs pattes roses, telles des rames, fendent les flots bleus.
On constate non seulement la rapidité et l’improvisation du moine Lạc Thuận mais aussi son ingéniosité de mettre en parallèle les idées et les termes à employer dans ce quatrain.
Mais le mérite de la confrontation revient évidemment au lettré Mạc Ðỉnh Chi car ce dernier sut montrer durant son séjour en Chine sa capacité de résistance mais aussi son talent de savoir répliquer savamment à toutes les questions et éviter toutes les embûches. Il fut envoyé en Chine (1314 ) par le roi Trần Anh Tôn après que ce dernier avait défait l’armée des Mongols de Kubilai Khan avec le général Trần Hưng Ðạo. À cause d’un retard inopiné, il ne put pas se présenter à l’heure convenue devant le portail du fort à la frontière sino – vietnamienne. Le mandarin chargé de la surveillance de ce fort accepta d’ouvrir ce portail à condition qu’il réussît de répondre d’une manière appropriée à la question que ce mandarin voulait lui poser et dans laquelle il y avait 4 mots “quan”
Quá quan trì, quan quan bế,
nguyện quá khách quá quan
Qua cữa quan chậm, cữa quan đóng,
mời khách qua đường qua cữa quan

Vous êtes en retard, la porte réservée étant fermée.
Je vous demande de bien vouloir vous présenter devant cette porte.
Imperturbable devant ce défi littéraire, il répondit au mandarin avec une facilité étonnante par la phrase suivante:
Xuất đối dị, đối đối nan, thỉnh tiên sinh tiên đối.
Ra câu đối dễ, đối câu đối khó
xin tiên sinh đối trước
C’est très facile pour vous de poser une question, la réponse n’étant pas évidente.
Je vous demande de bien vouloir poser la question.
On constate que dans cette réplique, il y a non seulement le mot “đối” qui se répète en quatre fois et qui est disposé de la même manière que le mot “quan” mais aussi la virtuosité de savoir respecter les rimes et les règles prosodiques par Mạc Ðỉnh Chi dans son vers tout en faisant connaître au mandarin la situation où il était empêtré avec sa suite. Cela contenta énormément le mandarin chinois. Celui-ci n’hésita pas à ouvrir le portail du fort et à le recevoir en grande pompe. Cet incident fut rapporté à la cour de Pékin et ne tarda pas à porter envie aux meilleurs mandarins lettrés chinois de se mesurer avec lui dans le domaine littéraire.

 

Un beau jour, dans la capitale de Pékin, il était en train de faire une promenade avec son mulet. Comme ce dernier ne trottinait pas assez vite, cela énerva un mandarin chinois qui le suivait de près sur son chemin. Irrité par cette lenteur gênante, le mandarin se tourna vers lui en lui adressant avec un ton arrogant et méprisant:

Xúc ngã ky mã, đông di chi nhân dã, Tây di chi nhân dã?
Chạm ngựa ta đi là người rợ phương Ðông hay là người rợ phương Tây?
En gênant le passage de mon cheval, est -il un barbare venant de l’Est ou de l’Ouest?

Ce mandarin s’inspira de ce qu’il avait appris dans le livre de Mencius (Mạnh Tử )(1) pour désigner les Barbares, ceux ne possédant pas la même culture que l’empire du Milieu par l’emploi des deux mots “Ðông di”. Surpris par ce propos blessant lorsqu’il savait que la Chine fut gouvernée à cette époque par les tribus nomades, les Mongols, Mạc Ðỉnh Chi lui répliqua avec son humour noir:

Át dư thừa lư, Nam Phương chi cường dư, Bắc phương chi cường dư
Ngăn lừa ta cưởi, hỏi người phương Nam mạnh hay người phương Bắc mạnh?
En empêchant la marche normale de mon mulet, est-il fort, l’homme du Nord ou celui du Sud?

L’empereur des Yuan n’hésitait pas à vanter sa puissance en le comparant au soleil et en faisant savoir à Mạc Ðỉnh Chi que le Viêt-Nam, comparable à la lune, serait anéanti et dominé bientôt. Imperturbable, Mạc Ðỉnh Chi lui répondit d’une manière ferme et courageuse:

Nguyệt cung, kim đạn, hoàng hôn xa lạc kim ô
Trăng là cung, sao là đạn, chiều tối bắn rơi mặt trời.
Etant prise pour l’arbalète, la lune avec les étoiles comme des projectiles, détruit facilement dans la nuitée le soleil.

Mạc Ðỉnh Chi s’inspira aussi de ce qu’il avait appris dans le livre Trung Dung (2) pour rappeler au mandarin qu’il n’était pas sûr que les gens du Nord étaient plus forts que ceux du Sud. Ce mandarin pâlit de honte et fut vexé tellement par sa réplique fougueuse et spontanée qu’il fut obligé de déguerpir. Une autre fois, en discutant avec Mạc Ðỉnh Chi tout en voulant connaître sa noblesse d’âme, l’empereur des Yuan lui cita la phrase suivante:

Nhật hỏa, vân yên, bạch đáng thiêu tàn ngọc thỏ
Mặt trời là lửa, mây là khói, ban ngày đốt cháy vần trăng
Etant pris pour le foyer du feu, le soleil avec les nuages comme la source des fumées, consume facilement dans la journée la lune.

L’empereur des Yuan Kubilai Khan ( Nguyên Thê’ Tổ ) dut reconnaître son talent et lui accorda ainsi le titre ” Premier docteur” ( Lưỡng Quốc Trạng Nguyên ) aussi bien en Chine qu’au Viêt-Nam, ce qui rendit jaloux quelques mandarins chinois. L’un d’eux tenta de l’humilier un beau matin en le traitant comme un oiseau car à cause de la tonalité monosyllabique de la langue, les Vietnamiens donnent l’impression de gazouiller toujours lorsqu’ils parlent:
Quích tập chi đầu đàm Lỗ luận: tri tri vi tri chi, bất tri vi bất tri, thị tri
Chim đậu cành đọc sách Lỗ luận: biết thì báo là biết, chẳng biết thì báo chảng biết, ấy là biết đó.
L’oiseau s’agrippant sur une branche lit ce qui a été écrit dans le livre Les Entretiens : Si nous savons quelque chose, nous disons que nous la savons. Dans le cas contraire, nous disons que nous ne la savons pas. C’est ainsi que nous disons que nous savons quelque chose.
C’était une façon de recommander Mạc Ðỉnh Chi de se montrer plus humble et de se comporter comme un homme de qualité confucéenne ( junzi ). Mạc Ðỉnh Chi lui répliqua en le traitant comme une grenouille car les Chinois ont l’habitude de clapper à cause de leur manière de boire ou de parler bruyamment:

Oa minh trì thượng đọc Châu Thư: lạc dữ đọc lạc nhạc, lạc dữ chúng lạc nhạc, thục lạc.
Châu chuộc trên ao đọc sách Châu Thu: cùng ít người vui nhạc, cùng nhiều người vui nhạc, đằng nào vui hơn.
La grenouille barbotant dans la mare lit ce qui a été écrit dans le livre Livre des Documents Historiques (Chou Ching ): certains jouent seuls de la trompette, d’autres jouent ensemble de la trompette. Lesquels paraissent en jouer mieux.
C’était une façon de dire au mandarin chinois d’avoir un esprit sain pour pouvoir avoir un comportement juste et un discernement équitable.

Malgré la confrontation littéraire, Mạc Ðỉnh Chi fut très apprécié en Chine. Il fut chargé même par l’empereur des Yuan de composer une oraison funèbre en l’honneur de la disparition d’une princesse mongole. Grâce au respect que les Chinois savaient entretenir traditionnellement à l’égard des gens de talent vietnamiens, en particulier des lettrés ayant une érudition inouïe et une vivacité d’esprit, le lettré Nguyễn Trãi fut sauvé in extremis par le grand intendant Houang Fou (Hoàng Phúc). Il était aux yeux du généralissime chinois Tchang Fou (Trương Phụ ) un homme captif à abattre, un personnage dangereux et nuisible à la politique d’expansion de la Chine au Viêt-Nam . Il fut retenu par Tchang Fou durant son séjour à Ðồng Quang ((ancien nom donné à la capitale Hà-Nội ) avant de pouvoir rejoindre plus tard le héros à habit de cotonnade Lê Lợi à Lam Sơn. Sans ce geste magnanime et protecteur de l’eunuque Houang Fou, Lê Lợi n’aurait pas pu déboulonner les Ming car c’était Nguyễn Trãi, le conseiller providentiel et le stratège éminent sur lequel Lê Lợi s’appuya pour mener le guérilla durant ses dix années de lutte contre les Chinois.

Cette confrontation littéraire commença à s’estomper progressivement avec l’arrivée des Français au Viêt-Nam et cessa définitivement lorsque l’empereur Khải Ðịnh eut décidé de mettre fin au système de concours mandarinal vietnamien calqué jusqu’alors sur celui des Chinois et basé essentiellement sur les Quatre Livres Classiques (3) et les Cinq Livres Canoniques (4) du sage Confucius.(Tứ Thư Ngũ Kinh).intro1

On nota le dernier concours mandarinal organisé à Huế en 1918. Un autre système de recrutement à la française fut proposé à l’époque coloniale. Dès lors, le Viêt-Nam n’avait plus l’occasion de se mesurer littérairement avec la Chine et de lui montrer sa différence, sa résistance intellectuelle et ses spécificités culturelles.


(1) : Philosophe Jou de premier plan du IV è siècle avant J.C.
(2) : Le Juste Milieu , l’un des ouvrages de base de l’enseignement chinois.
(3) : La Grande Étude, ( Ðại Học), le Juste Milieu ( Trung Dung ), Les Entretiens ( Luận Ngữ ) et le livre de Mencius ( Sách Mạnh Tử).
(4): Le Livre des Odes ( Kinh Thi ), Les Documents Historiques( Kinh Thu ), Le Livre des Mutations ( Kinh Dịch ) Les Rites ( Kinh Lễ ) , Printemps et Automne ).( Kinh Xuân Thu ).

La poétesse Hồ Xuân Hương

hoxuanhuong

English version

En parlant de Hồ Xuân Hương, cela suscite en chacun de nous non seulement une admiration ardente mais aussi une réflexion sur l’époque où le confucianisme continua à drainer tout l’élan vital d’une société hermétique et les lettres, source de prestige social restèrent l’apanage des hommes dans les concours triennaux pour le recrutement des mandarins.

Avant de figurer en bonne place dans l’officielle de l’histoire de la littérature vietnamienne publiée en 1980 par l’institut de la littérature du Vietnam, Hồ Xuân Hương fut dans le passé une source de polémique intarissable entre ceux qui virent en elle une femme merveilleuse osant sans honte les droits de son sexe et l’amour charnel dans la nuit féodale et ceux qui considèrent que sa poésie mettant trop l’accent sur la glorification de l’instinct sexuel fut décevant pour la littérature vietnamienne et une atteinte et une souillure à la femme modèle vietnamienne.

Il faut reconnaître que Hồ Xuân Hương est une femme en avance sur son temps , une femme qui sait se servir de son intelligence pour dénoncer les hypocrisies et les absurdités à une époque  où la société fut réglée par l’immuable éthique confucéenne, une femme qui ose s’insurger contre les interdits et les tabous pour la libération de la femme aussi bien physique que morale.  Elle aime à affronter et à battre messieurs les lettrés avec leurs propres armes.  Elle réussit à échapper à la censure formelle par une habileté peu commune, procédant par allusions et métaphores. 

Thiếu nữ ngủ ngày

Mùa hè hây hẩy gió nồm đông
Thiếu nữ nằm chơi quá giấc nồng
Lược trúc lỏng cài trên mái tóc
Yếm đào trễ xuống dưới nương long
Ðôi gò Bông đảo sương còn ngậm
Môt lạch đào nguyên suối chưa thông
Quân tử dùng dằng đi chẳng dứt
Ði thì cũng dở ở không xong.

La Jeune fille assoupie en plein jour

Frémissement de la brise d’été
A peine allongée, la jeune fille s’assoupit
Le peigne, de ses cheveux, a glissé
Le cache seins rouge s’est défait
Pas de rosées sur les deux collines du Pays des Fées
La source aux fleurs de Pêcher ne jaillit pas encore
L’homme de bien, hésitant, ne peut en détacher sa vue
Partir lui est pénible, mais inconvenant de rester

La Grotte de Cắc Cớ

Ciel et Terre ont fait naître ce rocher
Une fente le divise en deux, noire et profonde
La mousse couvre ses bords et l’ouverture se fait béante
Des pins que secoue le vent battent la mesure
L’eau bien fraîche perle goutte à goutte en clapotant
Et le chemin pour y pénétrer se perd dans le noir
Loué soit le sculpteur qui l’a taillée avec talent
Maintes gens lorgnent après cette fente grande ouverte

Hang Cắc Cớ
Trời đất sinh ra đá một chòm
Nứt ra đôi mảnh hỏm hòm hom
Kẽ hầm rêu mốc trơ toen hoẻn
Luồng gió thông reo vỗ phập phồng
Giọt nước hữu tình rơi lõm bõm
Con đường vô ngạn tối om om
Khen ai đẽo đá tài xuyên tạc
Khéo hớ hênh ra lắm kè dòm


Extrait du livre intitulé ” Aigrettes sur la rivière ” de Mr Lê Thành Khôi.

 sieste

Vịnh cái quạt
Mười bảy hay là mười tám đây
họ ta yêu dâ’u chẩng rời tay
Mỏng dày chừng ấy, chành ba góc
Rộng hẹp dường nào, cắm một cây.
Càng nóng bao nhiêu thời càng mát
Yêu đêm không phỉ lại yêu ngày
Hồng hồng má phấn duyên vì cậy
Chúa dấu vua yêu một cái nầy.

 

La grande poétesse du Vietnam

 

 

L’éventail
Est -ce dix sept ou dix huit? (1)
Laisse moi te chérir et ne pas te quitter
Fin ou épais se déploie ton triangle
Au large ou à l’étroit se fiche la rivure
Plus il fait chaud, plus douce est ta fraîcheur
La nuit ne suffit plus,je t’aime encore le jour
Rose comme la joue grâce au suc du kaki
Rois et seigneurs n’adorent rien que toi


(1) On peut comprendre dix sept ou dix huit branches d’éventail ou dix sept ou dix huit ans


 

Pour parler des choses les plus crues de la société, de l’érotisme en particulier, elle recourut à la description anodine des paysages et d’objets familiers. Le fruit du jacquier, le gâteau Trôi, l’éventail, la grotte de Cắc Cớ, le tissage de nuit , la jeune fille assoupie en plein jour sont les titres de ses poèmes les plus connus et témoignent de son talent et de son don de savoir créer des rythmes comparables à ceux des chansons populaires ( ca dao ) et utiliser un vocabulaire d’une simplicité étonnante dans la poésie. Un manuscrit en “nôm” de la Bibliothèque des Sciences enregistré en 1912 ne comptait que 23 poèmes mais on constate que le nombre des poèmes attribués à Hồ Xuân Hương augmente avec le temps. C’est pourquoi on a mis en doute dans le passé jusqu’à son existence même.

Hồ Xuân Hương serait originaire du village de Quỳnh Ðôi, district de Quỳnh Lưu, province de Nghệ An. Son père Hồ Phi Ðiền est issu d’une famille de lettrés, la famille des Hồ (Hồ Phi ). Selon le chercheur français Maurice Durand, elle n’était pas très favorisée par la nature sur le plan physique en s’appuyant sur les deux vers du fruit du jacquier de Hồ Xuân Hương:

Mon corps est comme le fruit du jacquier sur l’arbre
Son écorce est rugueuse, ses gousses sont épaisses.

Thân em như quả mít trên cây,
Da nó sù sì, múi nó dày

Cette déduction parait peu convaincante du fait que même si elle n’était pas belle, elle devrait être charmante car elle était mariée deux fois puis veuve et ayant beaucoup de célèbres courtisans tels que Chiêu Hồ ( Phạm Ðình Hồ ). A cause de sa verve cinglante et licencieuse, certains voient en elle une obsédée sexuelle, un génie de la luxure, c’est le cas de l’ écrivain Nguyễn văn Hạnh et du chercheur français Maurice Durand dans l’Oeuvre de la poétesse vietnamienne Hồ Xuân Hương, Ecole française d’Extrême Orient, Adrien Maisonneuve, Paris 1968. Par contre, d’autres n’hésitent pas à la défendre à cor et à cri en trouvant en elle non seulement une féministe de la première heure mais aussi une femme ayant le cran de vivre et défier une société de momies et de fantômes. C’est le cas de l’écrivain Nguyễn Ðức Bình dans la revue mensuelle Văn Nghệ ( Arts et Littérature ) no 62.

Le tissage de nuit
La lampe allumée, ô quelle blancheur !
Le bec de cigogne, la nuit durant, ne cesse de gigoter
Les pieds appuient, se relâchent, bien allègrement
La navette enfile la trame, s’en donne à coeur joie
Large, étroit, petit, gros, tous les formats trouvent à s’ajuster
Courtes ou longues, les pièces de toutes dimensions se valent
Celle qui veut bien faire laisse tremper longuement
Elle attend trois automnes avant d’en dévoiler la couleur. 

 

Dệt cửi
Thắp ngọn đèn lên thấy trắng phau
Con cò mấp máy suốt đêm thâu
Hai chân đạp xuô’ng năng năng nhắc
Mô.t suốt đâm ngang thích thiích nhau
Rộng hẹp nhỏ to vừa vặn cả
Ngắn dài khuôn khổ cũng như nhau
Cô nào muốn tốt ngâm cho kỹ
Chờ đến ba thu mới dãi màu

 

 

Si Ho Xuân Hương est une rose avec épines, une voix solitaire presque unique dans la littérature vietnamienne, elle a néanmoins le courage et l’audace de jeter une pierre et de semer le trouble dans une mare stagnante putréfiante que devint la société vietnamienne à la fin du XVIIIème siècle. Contraire à d’autres grands lettrés préférant rechercher la solitude pour s’adonner à la contemplation de la nature et à la méditation dans l’ivresse de l’alcool, Ho Xuân Hương préféra de se battre seule à son époque en se servant de sa verve, de ses poèmes pour exprimer la colère d’une femme révoltée et orageuse contre l’injustice de la société vietnamienne. Elle mérite bien l’hommage que l’écrivain américain Henry Miller rend deux siècles plus tard à une femme écrivain du XXème siècle dans sa préface pour le Complexe d’Icare de Erica Jong, Robert Laffont, 1976:butviet

Elle écrit comme un homme. Pourtant c’est une femme à 100% femme. Sur bien des points, elle est plus directe et plus franche que beaucoup d’auteurs masculins.

 

Le mythe de Táo Quân (Chuyện ông Táo)

tao_quan

English version

Le mythe des Táo Quân repose sur la tragique histoire d’un bûcheron et de sa femme. Ce couple modeste vivait heureux jusqu’à ce que découvrant qu’il ne pouvait pas avoir d’enfants, l’infortuné mari se mit à boire et à maltraiter sa femme. Celle-ci ne pouvant en supporter davantage le quitta et épousa un chasseur d’un village voisin. Mais un jour, fou de solitude et plein de remords, le bûcheron décida de rendre visite à sa femme pour lui présenter ses excuses.

Sur ces entrefaites, le chasseur rentra chez lui. Afin d’éviter tout malentendu, la jeune femme cacha son premier mari dans une étable coiffée par un toit de chaume, située près de la cuisine où le chasseur était en train de fumer son gibier. Par malheur, une braise s’échappa du foyer et mit le feu à l’étable.

Affolée, la jeune femme s’élança vers l’étable en flammes pour sauver son ex-époux. Le chasseur la suivit pour lui porter secours et tous trois périrent dans le brasier. L’empereur de Jade, du haut de son trône céleste, profondément touché par ce triste sort, divinisa les trois malheureux et les chargea de veiller au bien-être des hommes à depuis la position avantageuse de la cuisine. C’est ainsi qu’ils sont dès lors les dieux du Foyer. Pendant la semaine où les dieux sont au ciel, les Vietnamiens craignent que leur maison soit sans protection. Afin de prévenir toute incursion des mauvais esprits dans la maison, ils érigent devant chez eux un cây nêu, haute perche de bambou à laquelle sont suspendues des plaques d’argile sonore ou khanh. Au sommet de cette perche, flotte un morceau de tissu jaune.

Cette coutume trouve ses origines dans une légende bouddhique “Le Tết du bûcheron” selon laquelle les premiers Vietnamiens durent affronter des esprits maléfiques. C’est à cause de cette légende que les Vietnamiens offrent le jour du Tết des fruits, des mets ainsi qu’un équipage et un costume de voyage miniature en papier et toutes choses qui leur serviront à leur voyage au Ciel. Chaque année, le Têt est la fête du renouveau de la Terre et du Ciel.

L’histoire de la moustique (Chuyện con muỗi)

moustique

English version

Il était une fois dans une région lointaine du Viêt-Nam un jeune paysan, brave et généreux de nom Ngọc Tâm. Il avait une femme de nom “Nhan Diệp”. Celle-ci était gracieuse et charmante. Contrairement à son mari qui était économe et laborieux, elle était paresseuse et aimait bien le luxe. Malgré cela, Ngọc Tâm aimait sa femme et lui pardonnait tout. Malheureusement, cette union ne fut que de courte durée car sa femme mourut brutalement un beau matin. Sombrant dans la détresse, Ngọc Tâm ne voulut pas se séparer du corps de sa femme et s’opposa à son ensevelissement. Après avoir vendu ses biens, il s’embarqua dans un sampan avec le cercueil et erra au gré du courant n’ayant en tête aucune destination précise.

Un jour, son sampan l’amena au pied d’une colline verdoyante et parfumée. Descendu sur terre, il découvrit un paysage empreint de beauté avec des fleurs rares, des arbres chargés des fruits variés. Au moment où il continua son exploration, il rencontra soudain un vieillard aux longs cheveux blancs tout comme sa barbiche. Il se dégageait du vieil homme une grande sérénité et une miséricorde étonnante, ce qui lui permit de comprendre qu’il avait devant lui un génie des Lieux. Il se jeta à ses pieds, puis il l’implora de rendre la vie à sa femme.

Pris de pitié pour lui, le génie lui dit: ” Je vais exaucer tes voeux car ton amour et ta douleur sont sincères. Mais puissiez-vous ne pas trop le regretter plus tard !”. Puis il demanda au paysan d’ouvrir le cercueil, de se couper le bout du doigt et de laisser tomber trois gouttes de sang sur le corps de sa femme Nhan Diệp. Aussitôt, celle-ci ouvrit les yeux comme si elle sortait d’une longue léthargie.

Ses forces revinrent très vite. Avant la séparation, le Génie s’adressa à sa femme: “N’oubliez pas vos devoirs d’épouse. Pensez à l’amour que votre époux vous porte et à son dévouement. Soyez heureux tous deux.”

A son retour, Ngọc Tâm, furieux décida de se lancer à la poursuite du riche marchand. Il parvint à retrouver ce dernier après de longs mois de recherche. Il retrouva sa femme et proposa à cette dernière de le rejoindre. Habituée à la vie facile, celle-ci refusa cette proposition. Du coup le paysan fut guéri de son amour et dit à sa femme: << Tu es libre de me quitter. Mais tu dois me rendre les trois gouttes de sang que j’ai versées sur ton corps pour te ranimer >>.
Heureuse de se débarrasser à si bon compte de son stupide mari, Nhan Diệp s’empressa de se piquer le doigt. Mais au moment où le sang commença à couler, elle s’écroula morte. Cette femme frivole et légère ne pouvait pas se résigner à quitter définitivement ce monde. Elle y revint en se transformant en un minuscule insecte poursuivant sans relâche Ngọc Tâm pour lui voler les trois gouttes de sang qui la ramèneraient à la vie humaine.

Cette bestiole est connue plus tard sous le nom de moustique. 

L’histoire de Mục Kiền Liên (Lễ Vu Lan)

muckienlien

 

English version

Comme les Européens, les Vietnamiens ont aussi la fête des Mères. C’est la fête du Vu Lan au 15è jour du 7ème mois lunaire.
Il était une fois une dame méchante au nom de Thanh Ðề. Elle était impitoyable envers les pauvres et surtout envers les mendiants. Elle ne faisait jamais aumône et chassait tout mendiant qui se présentait au portail de sa maison. Elle n’hésitait pas à piétiner des grains de riz, recueillis par les pauvres paysans s’échinant à longueur d’année sur leurs terres. Elle se moquait des bonzes et des bonzesses en cherchant à rompre leur quiétude. Elle blasphémait Bouddha, méprisait les esprits et offrait à la pagode des victuailles de jeûne auxquelles elle avait mêlé des aliments carnés.
Malgré les conseils de son fils Mục Kiền Liên qui fut un bonze de haute vertu, elle ne l’écoutait guère. A sa mort, elle rejoignit le Royaume des Morts et dut payer ses fautes commises dans le monde des vivants: s’asseoir sur un lit à clous, porter sur la tête un seau rempli de sang, rester affamée et assoiffée car tout aliment qu’on lui mettait dans sa bouche se fondait en sang et se muait en flamme.

Lễ Vu Lan

Mục Kiền Liên, une fois l’illumination atteinte, put descendre dans le Royaume des Morts pour voir sa mère. Il fut témoin des châtiments qu’elle encourut. Il ne put rien pour changer le cours justicier du décret céleste et ne put pas non plus se substituer à sa mère. Il fut obligé d’aller voir Bouddha et demanda grâce à ce dernier. Celui-ci lui ordonna d’organiser au 15ème jour du 7ème mois lunaire, la cérémonie de Vu Lan, au cours de laquelle il pourrait solliciter la remise de peine pour sa mère avec les prières et l’aumône.

De retour sur terre, Mục Kiền Liên, le jour venu, dressa un autel en hommage à Bouddha tout en faisant aumône et cérémonie bien austère et fervente. Thanh Ðề, dans le Royaume des Morts, prit conscience de la souffrance comme elle fut sensible à la faim et à la soif. Les difficultés qu’elle rencontrait l’amenaient à se départir au fur et à mesure de sa nature méchante et à connaître le remords. La piété de Mục Kiền Liên remua la porte du Ciel. Le père céleste réexamina le cas de Thanh Ðề, constata qu’elle avait pu se repentir et l’acquitta. Il fut permis à Mục Kiền Liên de descendre dans l’enfer ramener sa mère à la vie.

Depuis lors, Thanh Ðề, de tout coeur, honora Bouddha, respecta les bonzes, secourut les pauvres.  En s’inspirant de cet exemple, les enfants pieux, selon la coutume vietnamienne, au 15ème jour du 7ème mois lunaire, érigent un autel à la mémoire des défunts et font aumône aux pauvres.

La méprise (Thiếu phụ Nam Xương)

English version

thieu_phu_nam_xuong

Autrefois, il y avait un couple qui vivait dans un bonheur parfait. Il venait d’avoir un bébé lorsque la guerre éclata. Le mari fût enrôlé et envoyé combattre aux frontières. Jour et nuit, elle attendait le retour de son mari en puisant toute sa force dans la présence de son enfant. Celui-ci grandissait et commençait à parler. Un soir, un violent orage éclata. Le tonnerre était tellement assourdissant et faisait trembler les fenêtres et les portes. Pris de panique, l’enfant se mit à hurler. Pour le calmer, sa mère lui dit que son père était là et le protégeait. Elle eut l’idée de montrer son ombre sur le mur en lui disant: “N’aie pas peur, voilà ton père”. L’enfant regarda l’ombre et lui dit ” Bonsoir, papa”. Rassuré, l’enfant s’endormit. Depuis ce jour, l’enfant eut l’habitude de réclamer son père et de dire à ce dernier ” Bonsoir ” avant son coucher, ce qui obligea la femme à se pencher tous les soirs devant la lampe pour créer son ombre.

La guerre se termina enfin. Le mari revint à la maison. L’homme découvrait avec tendresse et émotion l’enfant qu’il avait quitté quand il était encore bébé. Au lieu d’embrasser son père, l’enfant le repoussa avec virulence: “Laissez-moi tranquille, vous n’êtes pas mon père. Celui-ci ne vient que la nuit. Le mari, assommé de douleur et blessé dans son amour propre, crut que sa femme le trompait avec un autre homme et décida de ne pas l’interroger. Il se montra dès lors très froid et distant sans se préoccuper ni de l’enfant ni de sa femme qui continuait à lui témoigner son amour. L’incompréhension incita l’homme à s’en aller un beau jour sans laisser aucune adresse.cierge

Les jours passèrent, la femme inquiète, se posait des questions sur l’attitude de son mari et continuait à attendre son retour. Malheureusement, la tristesse et le désespoir s’emparèrent un beau jour de cette jeune femme. Elle décida de mettre fin à ses jours en se noyant dans la rivière après avoir confié son enfant à ses proches.

Ayant appris la mort de sa femme et pris de remords, l’homme revint à la maison. Le soir, lorsqu’il alluma la lampe, son fils content de voir apparaître son ombre sur le mur, s’écria: “Voilà mon papa”. L’homme comprit alors sa terrible méprise. Le lendemain, il emmena son fils au bord de la rivière pour implorer le pardon de sa femme. L’homme lui promit de rester seul jusqu’à la fin de sa vie pour s’occuper de l’enfant et qu’aucune autre femme ne la remplacerait dans son coeur. 

 

La montagne de l’attente (Hòn vọng phu)

English version
honvongphu

Cette montagne, connue sous le nom ” Núi Vọng Phu” (ou la Montagne de la femme qui attend son mari) est située non loin de Lạng Sơn, tout proche de la frontière sino-vietnamienne. Au sommet de cette montagne se dresse un rocher rappelant la forme d’une femme debout avec son enfant dans ses bras. Cette ressemblance est étonnante lors du coucher du soleil à l’horizon. Le récit sur ce rocher est tellement émouvant qu’il devient ainsi l’une des légendes préférées des Vietnamiens et qu’il donne tant d’inspirations aux poètes vietnamiens, en particulier au compositeur Lê Thương à travers ses trois chansons Hòn Vọng Phu I, II et III. (Hòn Vọng Phu).

Autrefois, dans un village de la haute région, vivaient deux orphelins, l’un, un jeune garçon d’une vingtaine d’années et l’autre, sa soeur n’ayant que sept ans. Comme ils étaient seuls au monde, ils étaient tout l’un pour l’autre. Un beau jour, un astrologue de passage dit au jeune garçon lors de la consultation sur leur avenir:

<< Si je ne me trompe pas, vous épouserez fatalement votre soeur avec les jours et les heures de vos naissances. Rien ne pourra détourner le cours de votre destin >>.

Tourmenté par cette terrible prédiction, il décida de tuer un beau matin sa soeur en proposant d’emmener cette dernière dans la forêt pour aller couper du bois. Profitant de l’inattention de sa soeur, il l’abattit d’un coup de hache et s’enfuit. Il décida de changer de nom et de s’établir à Lang Son. De nombreuses années passèrent. Il épousa un beau jour la fille d’un commerçant. Celle-ci lui donna un garçon et le rendit heureux.

Un beau matin, il trouva dans la cour intérieure sa femme en train de sécher ses longs cheveux noirs et assise en plein soleil. Au moment où celle-ci faisait glisser le peigne sur la chevelure qu’elle soulevait de l’autre main, il découvrît une longue cicatrice au dessus de sa nuque. Abasourdi, il lui en demanda la cause. Hésitante, elle commença à raconter son histoire en pleurant:

<< Je ne suis que la fille adoptive du commerçant. Orpheline, je vivais avec mon frère qui, pour des raisons inconnues, il y avait quinze ans, me blessa d’un coup de hache et m’abandonna dans la forêt. Je fus sauvée par les brigands qui m’ont revendue à un commerçant qui venait de perdre sa fille et qui avait pitié de ma situation. Je ne sais pas ce qu’est devenu mon frère et il est difficile pour moi d’expliquer son geste insensé. Pourtant nous nous aimions tellement.>>

Le mari maîtrisa son émotion et demanda à sa femme les renseignements concernant le nom de son père, celui de son frère et de son village natal. Pris par le remords tout en gardant pour lui l’épouvantable secret, il eut honte et horreur de lui-même. Il s’efforça de s’éloigner de sa femme et de son enfant en profitant de la mobilisation décrétée pour s’enrôler dans l’armée et en espérant trouver la délivrance sur le champ de bataille.

Depuis son départ, dans l’ignorance de la vérité, sa femme attendit, patiente et résignée. Chaque soir, elle prenait son garçon dans ses bras et grimpait sur la montagne pour guetter le retour de son mari. Elle faisait le même geste depuis tant d’années.

Un beau jour, arrivée au sommet de la montagne, épuisée et restée debout, les yeux fixés à l’horizon, elle fut changée en pierre, immobile dans son éternelle attente.