Céramique
     
  Bouteille ( Lê)  
 
Bouteille ( Lê )
 

 

 

Il est étonnant de constater que, malgré la sempiternelle domination de la Chine sur le Viêt-Nam, ce dernier arriva à se distinguer brillamment à partir du XIVè siècle dans le domaine de la céramique. Il devint ainsi un acteur essentiel du florissant commerce du Sud-Est asiatique dans ce domaine avec ses jonques et sa boussole connue depuis le XIè siècle.Tome Pirès dans sa Suma Oriental (1515) résuma tous ces échanges et nota l'existence même d'une production céramique vietnamienne destinée à la vente de la Chine. Il y eut même à cette époque l'imitation des bleus et blanc vietnamiens dans les fours chinois de Snatow.

 

Son succès est dû en grande partie au bleu de cobalt qui a insufflé à l'art céramique vietnamien un esprit qui perdurera pendant deux siècles et qui lui permit de conquérir le public étranger même dans les coins les plus refoulés de l'Asie.

   

C'est le cas d'un grand vase- bouteille trouvé du palais Topkapi d'Istanbul portant une inscription en caractères chinois, en bleu sous couverte que l'on peut lire à la vietnamienne : Peint pour le plaisir par Pei de Nam Sách dans la 8è année de Thái Hoà ou un plat à décor floral bleu et blanc du Trésor d'Ardebil  (Musée de Téhéran).

Si le bleu de cobalt a été connu au Viêt-Nam depuis longtemps même avant l'invasion chinoise des Ming, il apparaît que son utilisation s'imposa seulement autour des années 1430-1450. C'est à partir de cette époque que le bleu et blanc supplantèrent définitivement les céramiques monochromes.


C'est grâce à la maîtrise parfaite des techniques de fabrication, de décoration et de cuisson que le potier vietnamien peut cultiver son imagination. Malgré des contraintes de la peinture sous couverte n'empêchant tout repentir, on voit apparaître sur le grès non seulement des dessins de plus en plus sophistiqués mais aussi une variété de pigments, une éruption de formes et des décors originaux qui l'érigent en artiste. Si celui-ci emprunte un bon nombre de dessins décoratifs à la Chine (pivoines, lotus, fleurs, rinceaux etc ..), il a par contre l'idée de créer un style autonome moins hiératique et plus enjoué que son homologue chinois par la vivacité de son trait et par sa spontanéité. Il sait adapter ces éléments décoratifs au style vietnamien : le poisson rouge chinois devenant ainsi un Cá Bống , un poisson d'eau douce vietnamien.

On note également que la céramique vietnamienne ne subit aucune influence occidentale. Il y a la continuité de l'ornementation concentrique sur les assiettes vietnamiennes. Ce n'est plus le cas de la Chine depuis que celle-ci découvrit la perspective à partir du règne de Jiajing (1522-1566). Par contre, la qualité du motif central trouvé sur les assiettes, est nettement supérieure à celle des motifs annexes, ce qui témoigne de l'intervention de plusieurs artisans dans leur réalisation.

   
   La céramique vietnamienne ( Philippe Colomban CNRS)
   Des céramiques vietnamiennes chargées d'histoire (Philippe Colomban)

 

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