L’eau est omniprésente au Viêtnam. L’eau est tellement en osmose avec la terre du Viêtnam et c’est peut-être pour cela que ce pays est désigné souvent par deux mots Ðất Nước (Terre-Eau). C’est aussi ici que nous nous croyons fermement descendants du roi Dragon, Lạc Long Quân, venu des Eaux et de la fée Âu Cơ d’origine terrestre. Nous pouvons dire que c’est ici que la terre et l’eau s’unissent pour donner naissance à un peuple.

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C’est aussi  ici que l’on trouve dans les tombes antiques, des amulettes portant la représentation iconographique  du dragon, un animal mythique à tête de cochon et au corps de serpent , un trait d’union de la Terre et de l’Eau car le cochon désigne la richesse des paysans , symbole de la Terre et le serpent celui de l’Eau.

L’histoire du Viêtnam est aussi une histoire d’eau. L’eau peut devenir meurtrière car elle peut sortir de son lit pour engloutir des récoltes et des villages entiers. Pour atténuer sa colère et sa hargne, on ne cesse pas  de construire  des digues, colmater des brèches, élever des remparts, creuser des canaux. C’est elle qui a pétri l’épaisse identité du peuple vietnamien et a forgé son âme. Elle est aussi nourricière car c’est elle qui fertilise la terre et fait pousser le riz. Mais c’est aussi elle qui est tant de fois complice du peuple vietnamien pour venir à bout des agresseurs étrangers.

PAYS D'EAU    

L’eau a mille visages, autant de couleurs et d’odeurs : tumultueuse et imprévisible dans le fleuve Rouge aux alluvions couleur brique, marine et turquoise le long des côtes en particulier à Cà Ná, calme à Nha Trang, déchaînée et ourlée de grandes vagues à Ðà Nẵng, croupie avec une couleur ambre des rizières et mourant entre les racines des palétuviers dans les arroyos du delta de Mékong.

 Cette eau, on la trouve partout même dans les coins les plus refoulés du Viêtnam. Après quelques moussons, une bassine traînée dehors, une jarre cassée, un fossé au bord de la route peuvent en contenir et deviendront un aquarium de laboratoire de biologie, une pièce d’eau pour l’élevage des têtards ou un mini étang où fleurissent les lotus. C’est aussi à l’entrée des villages que l’on trouve de l’eau stagnante des étangs, recouverte de lentilles d’eau et de liserons aquatiques, compagnons du bol de riz des pauvres.

 L’eau est synonyme aussi de patrie. C’est pour cela que le dernier empereur Duy Tân intronisé à l’âge de 8 ans et exilé plus tard par les autorités coloniales se servait de cette synonymie pour révéler son état d’âme. Un jour, lors d’une promenade à la mer, ses mains étaient si sales qu’un vieux serviteur lui demanda de les laver avec une bassine remplie d’eau.

Il lui posa la question suivante : Si les mains sont sales, on peut les laver avec de l’eau. Mais si c’est l’eau qui est malpropre, avec quoi doit-on la laver ? L’empereur Duy Tân voulait dire que si la patrie était humiliée, avec quoi devait-on laver cet outrage ?

Cette réflexion abasourdit et fit trembloter le vieux serviteur. Sans attendre sa réponse, l’empereur Duy Tân impassible répondit à sa place : Si l’eau est souillée, on va laver avec du sang.

 Si par essence, l’eau est élément protecteur, foetal et vital pour l’homme, elle est en plus pour la plupart des Vietnamiens, la raison d’être dans ce monde car elle est synonyme du mot PATRIE.