Duy_Tân

duytan_empereur

Un grand hommage à l’homme ayant consacré toute sa vie pour son pays et pour son peuple. 

Một đời vì nước vì dân
Vĩnh San đứa trẻ không cần ngôi vua
Tù đày tử nhục khi thua
Tử rồi khí phách ông vua muôn đời

Avec l’accord des autorités vietnamiennes, les cendres de l’empereur Duy Tân enterré jusqu’ici en République Centrafricaine, furent ramenés en grande pompe le 4 Avril 1987 à Huế, la ville des mausolées impériaux de la dynastie des Nguyễn. Cela mit fin un très long et douloureux bannissement qu’avait eu le prince Vĩnh San connu souvent sous le nom “Duy Tân ( ou L’Ami des Réformes ) depuis que son projet de soulèvement contre les autorités coloniales eut été découvert le 4 Mai 1916 à cause de la trahison d’un collaborateur Nguyễn Ðình Trứ .

Duy Tân est un personnage hors du commun qu’aucun des derniers empereurs de la dynastie des Nguyễn ne pourrait égaler. On ne peut que regretter sa disparition subite dûe à un accident d’avion qui a eu lieu à la fin de l’année 1945 lors de son retour de mission au Viêt-Nam. Sa mort continue à alimenter le doute et reste l’un des mystères non élucidés jusqu’à aujourd’hui. On trouva non seulement en lui, à cette époque, la popularité inégalée qu’il a su acquérir auprès de son peuple, la légitimité royale mais aussi une francophilie indéniable, une solution de rechange que le général De Gaulle envisagea de proposer au dernier moment au peuple vietnamien pour contrer le jeune révolutionnaire Hồ Chí Minh en Indochine. S’il était encore en vie, le Viêt-Nam ne connaîtrait pas probablement les dernières décennies néfastes de son histoire et ne serait pas victime de la confrontation Est-Ouest et de la guerre froide. C’est un regret profond que chacun des Vietnamiens ne peut que ressentir en parlant de lui, de sa vie et de son destin. C’est aussi un malheur pour le peuple vietnamien de perdre un grand homme d’état, d’écrire son histoire avec du sang et des larmes durant les dernières décennies.

Son intronisation reste un cas unique dans les Annales de l’histoire du Viêt-Nam. Profitant des agissements suspects anti-français de son père, l’empereur Thành Thái et de la folie déguisée de ce dernier, les autorités coloniales obligèrent celui-ci à abdiquer en 1907 et à s’exiler à la Réunion à l’âge de 28 ans. Elles demandèrent au premier ministre Trương Như Cương d’assumer la régence. Mais ce dernier refusant d’une manière catégorique cette proposition, continuait à demander aux autorités coloniales de respecter strictement l’engagement défini dans le traité de protectorat de Patenôtre (1884) qui a stipulé que le trône revenait à l’un des fils de l’empereur si ce dernier avait cessé de régner (Phụ truyền tử kế).Face à la pression populaire et à la fidélité infaillible de Trương Như Cương à la dynastie des Nguyễn, les autorités coloniales furent obligées de choisir comme empereur, l’un de ses fils. Elles ne cachèrent pas leur intention de choisir celui qui parut docile et sans envergure. Hormis Vĩnh San, tous les autres fils de l’empereur Thành Thái, une vingtaine en tout, furent présentes au moment de la sélection faite à la volée par le résident général Sylvain Levecque. Le nom de Vĩnh San manqua à l’appel, ce qui obligea tout le monde à le chercher partout.

On le trouva enfin sous la poutre d’une charpente avec un visage couvert de boue et trempé de sueur. Il était en train de chasser les grillons. En le voyant dans cet état sordide, Sylvain Levecque ne cacha pas sa satisfaction car il pensa que ce serait sot pour quelqu’un de choisir le jour d’intronisation pour aller chasser les grillons. Il décida de le désigner, sur les recommandations de son proche collaborateur M. J. E. Charles, comme l’empereur d’Annam car il trouva en face de lui un enfant de sept ans timide, réservé, n’ayant aucune ambition politique et ne pensant qu’à s’adonner aux jeux comme les jeunes enfants de son âge. C’était un jugement erroné rejoignant ainsi l’observation constatée par un journaliste français de cette époque dans son journal local:

Un jour de trône a complètement changé la figure d’un enfant de 8 ans.

On s’aperçut quelques années plus tard que ce journaliste a eu raison car Duy Tân a consacré toute sa vie pour son peuple et pour son pays jusqu’au dernier souffle de sa vie.  Au moment de son intronisation, il n’avait que 7 ans. Pour lui accorder la stature d’un empereur, on fut obligé de lui accorder un an de plus. C’est pourquoi dans les Annales de l’histoire du Viêt-Nam, il fut intronisé à l’âge de huit ans. Pour parer à cette désignation erronée, les autorités coloniales mirent en place un conseil de régence constitué des personnalités vietnamiennes proches du résident général Sylvain Levecque (Tôn Thất Hân, Nguyễn Hữu Bài, Huỳnh Côn, Miên Lịch, Lê Trinh et Cao Xuân Dục) pour assister l’empereur dans la gestion du pays et demandèrent à Eberhard, le beau-père de Charles d’être le précepteur de Duy Tân. C’était une façon de surveiller de tout près toutes les activités de ce jeune homme.

Malgré cela, Duy Tân réussit à s’échapper du réseau de surveillance mis en place par les autorités coloniales. Il fut l’un des partisans farouches de la révision des accords de Patenôtre (1884). Il fut l’artisan de plusieurs réformes: diminution des impôts et des corvées, suppression des protocoles de la cour ayant trait au gaspillage, réduction de son salaire etc.. Il protesta énergiquement contre la profanation de la tombe de l’empereur Tự Ðức par le résident général Mahé dans la recherche de l’or, auprès du gouverneur d’Indochine Albert Sarraut. Il réclama un droit de regard sur la gestion du pays, ce qui marqua le prélude des dissensions qui apparurent de plus en plus visibles entre lui et le résident supérieur français. Il fomenta le 4 Mai 1916, avec Trần Cao Vân et Thái Phiên, une rébellion qui fut découverte et matée à cause de la traîtrise de l’un de ses collaborateurs. Malgré sa capture et malgré les conseils flattants du gouverneur de l’Indochine lui demandant de réexaminer son comportement et sa conduite, il continuait à rester impassible et à dire:

Si vous m’obligiez de rester l’empereur d’Annam, il faudrait me considérer comme un empereur adulte. Je n’aurais besoin ni d’un conseil de régence ni de vos conseils. Je devrais traiter les affaires sur le même pied d’égalité avec tous les pays étrangers y comprise la France.

Face à sa conviction inébranlable, les autorités coloniales furent obligées de charger le ministre de l’enseignement de cette époque, le beau-père du futur empereur Khải Ðịnh, Hồ Ðắc Trung d’intenter un procès contre sa trahison envers la France. Pour ne pas compromettre Duy Tân, les deux vieux collaborateurs Trần Cao Vân et Thái Phiên, firent connaître à Hồ Ðắc Trung leur intention d’accepter volontairement le verdict à condition que l’empereur Duy Tân fût sauvé de sa peine capitale. Ils ne cessaient pas de répéter:

Le ciel est encore là. La terre et la dynastie le sont aussi. Nous souhaitons une longue vie à l’empereur.

 

 

Fidèle à la dynastie des Nguyên, Hồ Ðắc Trung ne condamna que l’empereur à l’exil en justifiant le fait que l’empereur était encore mineur et que la responsabilité du complot revenait à ses deux vieux collaborateurs Trân Cao Vân et Thái Phiên.  Ceux-ci furent guillotinés à An Hoà. Quant à l’empereur Duy Tân, il fut condamné à s’exiler à la Réunion le 3 Novembre 1916 à bord du paquebot Avardiana. La veille de son départ, le représentant du résident général lui rendit visite et lui demanda:
Sir, si vous avez besoin de l’argent, vous pouvez le prendre dans la caisse d’état.
Duy Tân répondit sur un ton très poli:

L’argent que vous trouvez dans la caisse est destiné à aider le roi à gouverner le pays mais il ne m’appartient pas en aucun cas surtout à un prisonnier politique.

Pour distraire le roi, le représentant n’hésita pas à lui rappeler qu’il était possible de choisir les livres préférés de sa bibliothèque et de les emmener avec lui durant son exil car il savait que le roi aimait lire beaucoup. Celui-ci acquiesça à cette proposition et lui répondit:

J’aime bien la lecture. Si vous avez l’occasion de prendre les livres pour moi, n’oubliez pas de prendre l’intégralité de tous les volumes de l’Histoire de la Révolution Française de Michelet. 

Son exil marqua non seulement la fin de la résistance impériale et de la lutte monopolisée et animée jusqu’alors par les lettrés pour la défense de l’ordre confucéen et de l’état impérial mais aussi le début d’un mouvement national et l’émergence du nationalisme d’État mis en grand jour par le grand lettré patriote Phan Bội Châu. C’était aussi une occasion perdue pour la France de ne pas savoir prendre l’initiative de donner sa liberté au Viêt-Nam en la personne de Duy Tân, un francophile de première heure.

Son destin est celui du peuple vietnamien. On a fait disparaître délibérément depuis un certain temps toutes les rues portant son nom dans les grandes villes ( Hà-Nôi, Huế, Sàigon ) du Viêt-Nam mais on ne peut pas effacer à jamais son nom chéri dans le coeur de son peuple et dans notre mémoire collective. Il n’est jamais le rival de personne mais il est toujours par contre

le dernier grand empereur
du Viêt-Nam.

À ce titre, je lui dédie mes quatre vers en six-huit:

Toute sa vie a été consacrée pour son pays et pour son peuple
Duy Tân était l’enfant qui ne s’attachait jamais au trône
Il ne connaissait que l’exil et l’humiliation après l’échec de son soulèvement
Sa grandeur d’âme continuait à perpétuité au delà de sa mort.

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