Sa reconnaissance envers l'un d'eux, l'évêque d'Adran, Monseigneur Pigneau de Béhaine, fut exemplaire lors de l'enterrement de ce dernier en 1799 à Saigon. Il avait chargé son fils de diriger le convoi funèbre avec la garde de l'empereur, composée plus de 12000 hommes, sans compter la présence de tous les dignitaires, de son épouse, la reine, de ses enfants et chose étrange sa mère même.
Sa couronne, son empire, il les devait beaucoup à ce missionnaire qui l'avait caché et protégé efficacement lors de la poursuite des Tây Sơn dans la région de Hà Tiên et qui avait recruté pour lui de meilleurs volontaires français ( Chaigneau, Vannier, de Forçant etc ..) dans la reconquête du pouvoir. C'est grâce à ces derniers que l'empereur Gia Long arrivait à construire une marine formidable qui lui permit de remporter des victoires décisives et éclatantes, en particulier celle de Qui Nhơn en 1801 sur les troupes de Tây Sơn. Malgré ses conquêtes territoriales, l'empereur Gia Long n'est pas autant adulé et cité comme c'est le cas de l'empereur Quang Trung Nguyễn Huệ car on lui reproche son maladresse de tuer ses compagnons de route ( Nguyễn Văn Thành , Ðặng Trần Thường etc.. ), son traditionalisme étouffant, son conservatisme et sa volonté de faire mieux que le modèle chinois par son attachement indéfectible à la bureaucratie mandarinale, son imperméabilité aux réformes modernisatrices, son recours aux forces étrangères dans la conquête du pouvoir, ce qui favorise le prélude des interventions étrangères en particulier française au Viêt-Nam.
Ses successeurs Minh Mạng, Thiệu Trị et Tự Ðức ont continué à oeuvrer imperturbablement dans ce conservatisme absolu et un isolationnisme aveuglé tout en maintenant une politique de persécution des missionnaires étrangers en particulier français. |
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Malgré la mise en garde et le mémorandum adressées par Nguyễn Trường Tộ, l'empereur Tự Ðức continuait à persister dans cette politique désastreuse, ce qui justifia l'intervention française par le bombardement de Ðà Nẳng (ou ex Tourane ) par le Catinat en 1856. Le suicide de Phan Thanh Giản a marqué non seulement la fin du dialogue franco-vietnamien mais aussi le désarroi des lettrés et des mandarins face à la puissance militaire française. La bravoure exemplaire de Nguyễn Tri Phương n'a suffi non plus à la contrer. Cela a conduit inévitablement à la conquête du Viêt-Nam par les trois étapes suivantes:
- de 1867 à 1869, la conquête de la Cochinchine,
- celle du Tonkin et de l'Annam (1882-1885)
- et la résistance des Lettrés (1885-1895).
Les résistances passives des empereurs Thành Thái et Duy Tân ne suffisaient plus pour sauver l'empire en perdition. C'était le début de l'organisation coloniale avec une administration purement française en Cochinchine. Ces changements ont favorisé l'apparition d'une bourgeoisie aux valeurs occidentales. Dans le milieu urbain, la vie quotidienne commençait à subir aussi l'influence occidentale. On trouvait dans les intérieurs bourgeois les premiers ventilateurs plafonniers Marinelli, les phonographes qui distillaient toute la journée l'une des chansons en vogue de Joséphine Baker clamant sa double appartenance " J'ai deux amours ", les lits à ressort et à matelas remplaçant les durs bat-flancs en bois etc.... Les Vietnamiens fortunés ont envoyé leurs enfants dans les lycées du protectorat Albert Sarraut au Nord, Chasseloup-Laubat (qui devint plus tard Jean-Jacques Rousseau dans les années 60) au Sud ou dans les établissements réservés à la métropole. Võ Nguyên Giáp, Khái Hưng etc... étaient issus de ces lycées.
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| L'Indochine devint ainsi pendant un demi-siècle une source de matières premières et de main-d'oeuvre à bon marché et surtout un marché permettant d'écouler les matières premières du métropole. Ce déséquilibre dans les rapports franco-vietnamiens entraînait inévitablement les revendications pour l'indépendance du Viêt-Nam, ce qui obligeait les Vietnamiens d'être d'abord sur le chemin de la révolte ( Yên Bái avec Nguyễn Thái Học par exemple ) puis sur le chemin de la déportation ( Hàm Nghi, Duy Tân, Phan Bội Châu, Phan Chu Trinh, Huỳnh Thúc Kháng, Phạm văn Ðồng etc ...) et d'être enfin face à face avec les Français dans une guerre douloureuse au lieu de les réunir dans la voie de coopération, de concertation et de développement commun prônée par le colonel Parfait-Louis Monteil en 1924, un an avant sa mort ou dans la voie d'amitié que l'évêque d'Adran, Monseigneur Pigneau de Béhaine, a su tracer avec l'empereur Gia Long dans la fondation d'un empire. |
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Les maladresses des uns, les ambitions territoriales des autres, l'amertume des uns, la douceur de vivre des autres ont conduit inéluctablement à l'incompréhension et à l'affrontement mais rien n'a affecté l'amitié qui s'est développée depuis un siècle entre ces deux peuples. Cette amitié, on l'a trouvée entre le Livingston de l'Indochine Yersin et ses pêcheurs vietnamiens de Nha Trang, ou entre Monseigneur Pigneau de Béhaine et l'empereur Gia Long ou entre Charles Édouard Hocquart et le peuple vietnamien à travers ses photos. Le commissaire Jean Sainteny en a parlé dans l’histoire d'une paix manquée" à propos du rendez-vous avec Hồ Chí Minh. Les regrets des uns, les sentiments des autres n'ont qu'à affermir la volonté de consolider et d'éterniser cette amitié pour toujours. Le sommet de la francophonie qui s'est déroulé le 14 Novembre 1997 n'est pas étranger à cette amitié bien que 1% de la population vietnamienne d'aujourd'hui sache parler seulement le français. |