Exil

exil

L’exil est quelquefois pour les caractères vifs et sensibles un supplice beaucoup plus cruel que la mort. La romancière Staël a raison de le dire ainsi. L’exil n’est que l’ultime recours envisagé par le Vietnamien quand il n’a plus la possibilité de vivre librement ou qu’il se sent frustré ou impuissant comme le général à la retraite du romancier talentueux Nguyễn Huy Thiệp dans un pays arraché aux pouvoirs étrangers après tant d’années d’efforts et de sacrifices pour choir dans une morne autocolonisation.L’exil est non seulement le commencement d’une nouvelle vie mais c’est aussi le début d’un nouvel espoir. Quelquefois, il est le moyen le plus sûr pour se mettre à l’abri de toute menace et de tout soupçon. C’est le cas du duc Nguyễn Hoàng. Celui-ci, qui en quelques années sortira victorieux de plusieurs batailles éclatantes contre les Mạc, devint un sujet d’inquiétude pour son beau-frère Trịnh Kiểm vers la fin de l’année 1554. Pour accaparer à lui tout seul le pouvoir, ce dernier n’hésita pas à éliminer Nguyễn Uông, le frère de Nguyễn Hoàng.

Face à cette intention malveillante, Nguyễn Hoàng, inquiet et désemparé fut obligé d’envoyer secrètement un émissaire auprès du lettré illustre de ce temps, Nguyễn Bỉnh Khiêm, notre Nostradamus vietnamien pour lui demander ses conseils. Arrivé sur le lieu de sa retraite Bạch Vân am , l’émissaire déposa une centaine de taels d’or devant ce lettré et le supplia de lui donner des conseils. Mais le lettré continua à rester impassible. Seulement vers la fin de l’entrevue, il se releva avec sa canne et se dirigea vers le jardin. Puis en regardant admirablement une montagne artificielle décorative en miniature constituée d’une douzaine de cailloux enchevêtrés et sur laquelle quelques fourmis continuaient à grimper, il commença à dire:

Hoành sơn nhất đái vạn đại dung thân
Một dãy Hoành Sơn có thể dung thân được ở đó
On peut trouver le refuge du côté de la Cordillère Annamitique.

L’émissaire rapporta à Nguyễn Hoàng ce qu’avait dit le lettré Nguyễn Bỉnh Khiêm. Saisi par cette idée géniale, il fit semblant d’être atteint par la folie et demanda à sa soeur, Ngọc Bảo, la favorite de Trịnh Kiểm d’intervenir auprès de ce dernier pour qu’il fût envoyé sur le champ comme gouverneur de la province Thuận Hóa- Quảng Nam, connue comme le coin le plus insalubre et dangereux, habité par les barbares et infesté de fauves. Mais c’était aussi ici que les troupes des Mạc continuaient à guerroyer. Machiavélique, Trịnh Kiểm accepta cette requête sans hésitation car il se saisit de cette occasion pour liquider non seulement Nguyễn Hoàng par l’intermédiaire des Mạc mais pour asseoir également sa létigimité face aux partisans de son beau-père décédé, le général Nguyễn Kim. Grâce à ce stratagème, Nguyễn Hoàng arriva à sauver sa famille et fonda plus tard la Dynastie de neuf seigneurs Nguyễn au Sud, ce qui permit à l’un de ses descendants de nomn Nguyễn Ánh (ou Gia Long) d’entamer la longue marche vers le Sud et de fonder plus tard la dynastie des Nguyên.

De même, Nguyễn Ánh dut passer plusieurs années en exil à Bangkok (Thaïlande) avant de pouvoir reconquérir le trône. L’exil n’est pas toujours l’Eldorado comme on continue à le croire encore aujourd’hui au Viêt-Nam mais il arrive des fois que l’exil est le début d’une aventure périlleuse et d’un cauchemar effroyable sans fin. Plus de 200.000 de boat-people vietnamiens ont péri dans cette aventure à la merci de la mer de Chine et des pirates thaïlandais durant les premières années de la chute de Saigon (1975). D’autres qui arrivèrent à s’en sortir vivants continuèrent à être parqués comme des prisonniers dans des camps en Thaïlande, Malaisie ou Indonésie durant les années 90. L’exil est aussi le début d’un long bannissement, la fin d’un sursaut national et d’une expérience vécue.

C’est le cas du roi Hàm Nghi. Après trois années de lutte dans les régions montagneuses du Quảng Bình, il fut capturé vivant le 1er novembre 1888 à la suite de la trahison d’un chef Mường Trương Quang Ngọc. Malgré sa capture, il continua à alimenter le doute parmi les autorités coloniales car elles trouvèrent en face d’elles un jeune garçon âgé de 18 ans, de taille moyenne, si svelte dans sa démarche et si cultivé surtout, ce qui contredit le fait que selon les rumeurs, Hàm Nghi fut un personnage vulgaire et grossier placé sur le trône par le régent Tôn Thất Thuyết.                                      Hàm Nghi

Aucun signe de faiblesse et de fatighamnghiue n’apparut sur son visage malgré ses trois années de traque, de misère et de faim dans ces régions montagneuses. Il continuait à rester non seulement impassible mais muet aussi sur son identité devant les interrogatoires incessants de ses geôliers. Plusieurs mandarins furent envoyés sur place pour identifier si le jeune captif en question était bien le roi Hàm Nghi ou non mais aucun n’arriva à émouvoir ce dernier sauf le vieux lettré Nguyễn Thuận. 

En voyant le roi qui continuait à faire ce simulacre, celui-ci, les larmes aux yeux, se prosterna devant lui en laissant tomber sa canne. Face à l’apparition subite de ce lettré, le roi oublia le rôle qu’il avait joué contre ses gêoliers, releva ce dernier et s’agenouilla devant lui: “Je vous prie, mon maître “. A ce moment, il se rendit compte qu’il commit un erreur en reconnaissant celui-ci car Nguyễn Thuận fut son précepteur quand il était encore jeune. Il ne regretta jamais ce geste car pour lui, le respect envers son maître passait avant toute autre considération. Grâce à cette reconnaissance, les autorités coloniales étaient sûres de capturer bien le roi Hàm Nghi, ce qui leur permit de pacifier le Viêt-Nam. Quant au roi Hàm Nghi, il fut déporté à l’âge de 18 ans en Algérie. Il ne revit plus le Viêt-Nam pour toujours. Même son corps ne fut pas ramené au Viêt-Nam mais il fut enterré à Sarlat (Dordogne, France). 

L’attachement de tout Vietnamien à sa terre natale est si profond qu’il est impossible pour lui  de ne pas penser  à retourner un jour au Viêt-Nam et à y mourir.

L’exil n’est qu’une période transitoire de sa vie

mais il ne constitue jamais une fin en soi.

 

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