Paysan

 

paysanComme le Viêt-Nam est un pays où le confucianisme influe considérablement sur la société, le paysan vietnamien est relayé toujours au second rang de l’échelle sociale par rapport à un lettré. Même dans la plupart des chansons populaires, on constate une préférence indéniable pour les lettrés. Le rêve d’avoir un mari lettré est toujours une obsession pour une jeune fille vietnamienne d’autrefois:
Chẳng tham ruộng cả ao liền
Tham vì cái bút cái ghiên anh đồ.
On n’a besoin ni des rizières immenses ni des mares entières
On aime seulement le pinceau et l’encre du lettré.

Pourtant, c’est grâce à son labeur et à sa sueur que le Viêt-Nam devient actuellement le troisième exportateur du riz après les Etats-Unis et la Thaïlande. C’est aussi grâce à son sacrifice que le territoire du Viêt-Nam s’agrandit de Lạng Sơn jusqu’à la pointe de Cà Mau.

C’est lui qui prit possession à partir du XVIè siècle, du territoire gorgé d’eau et de soleil qu’est notre Cochinchine lors de la longue marche vers le Sud. C’est encore lui qui devant une invasion doit courir prendre les armes pour défendre la patrie. C’est pourquoi on l’appelle souvent paysan soldat. C’est aussi lui qui s’est révolté le premier contre l’aristocratie et qui donne l’occasion aux frères Tây Sơn de conquérir le pouvoir en 1770 dans le centre du Viêt-Nam. C’est aussi lui qui façonne le paysage des deux deltas, aucune parcelle cultivable ne restant inexploitée. On voit tous les jours dans les champs de ces deltas, des paysans et des paysannes penchées sous le chapeau conique, pieds et mains dans les glaises, continuant à arracher des plants de riz mis en pépinières ou à y les repiquer. Son existence est une lutte continuelle. Il aime davantage sa terre et sa précieuse céréale lui donne tant de soucis et d’ennuis. Il ne cesse pas de résister vaillamment aux intempéries de la nature: sécheresse, inondation, typhon etc.. Il a toujours pour hantise de dompter les eaux. Travailler sur la terre, déjouer les calamités, prévenir les disettes.
Cela suppose sa maîtrise parfaite en matière d’art hydraulique: construction des digues, creusement des canaux, colmatage des brèches, élévation des remparts etc … C’est l’eau qui pétrit son épaisse identité. Il devient plus patient, plus têtu, plus laborieux et plus méthodique. Pour lui, le travail est une vertu suprême, une valeur en soi. Au Nord, le paysan est plus pauvre. Il s’habille de façon plus austère et se comporte avec plus de retenue. Même sur son visage, les pommettes sont plus saillantes, les traits sont plus marqués. Au Sud, le paysan est plus ouvert, moins réservé, plus roublard, plus frimeur et plus extraverti. Malgré cette différence, il y a un point commun entre le paysan du Nord et celui du Sud: le réalisme.

Le terre à terre l’emporte sur la sentimentalité. Son observation aigue de la réalité donne naissance à un humour souvent féroce envers d’autres classes, en particulier les bonzes, les sorciers, les charlatans, les aristocrates etc…. Cet humour, on le trouve à travers les ” Ca Dao” (ou les poèmes populaires).

Thẩy địa, thầy bói, thầy đồng,
Nghe ba thầy ấy thì lông không còn.

Le géomancien, le voyant, le devin
En les écoutant, tu seras complètement dévalisé.

C’est aussi dans les chansons populaires qu’on trouve sa joie de vivre, sa simplicité, sa droiture, son économie. C’est dans ces damiers aquatiques et remplis de boue, jardinés avec minutie et économie que se révèle l’enracinement pluriséculaire du paysan lié à son labeur, ce qui fait de lui un combattant diligent et opiniâtre.
Pour le paysan vietnamien, son domaine, son terroir sont symbolisés par ce constant brassage de la terre (đất) et de l’eau (nước). C’est encore par ces mots đất nước qu’il désigne sa patrie.

Son attachement à cette terre est si profond qu’on peut dire en une seule phrase:

Son destin est celui du Viêtnam.

 

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