Jusqu'à aujourd'hui, on ne connait pas avec exactitude l'origine des Chams. Certains pensent qu'ils venaient de l'Asie continentale et qu'ils étaient refoulés avec les autres populations du sud de la Chine (les Bai Yue) par les Chinois tandis que d'autres (les ethnologues , les anthropologues et  
  les linguistes) mettaient en évidence leur origine insulaire par le biais de leurs travaux de recherche. Pour ces derniers, les Chams étaient sans doute des populations des mers du Sud (des pays de l'archipel et de la péninsule malaise). Les traditions orales chames qui parlent des liens unissant à l'époque légendaire le Champa et Java confortent cette dernière hypothèse.  
 

Surnommés les Vikings de l'Asie du Sud-Est, les Chams vivaient le long des côtes du centre et du sud du Vietnam actuel. Leurs principales activités étaient basées essentiellement sur le commerce. Ils étaient en contact très tôt avec la Chine et des territoires aussi éloignés que la péninsule malaise, peut-être les côtes de l'Inde du Sud. Etant consacrée à des fins religieuses, la sculpture chame n'échappa pas ainsi aux récupercussions politiques et aux influences venant de l'extérieur, en particulier celles de l'Inde, du Cambodge et du Java. Celles-ci devenaient ainsi les principales forces de création, de développement et d'évolution des styles dans leur art.

 
 

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Pour le chercheur français Jean Boisselier, la sculpture chame était en liaison étroite avec l'histoire. Des modifications notables ont eté relevées dans le développement de la sculpture chame, en particulier la statuaire avec les évènements historiques, les changements de dynasties ou les rapports que le Champa avait eus avec ses voisins (Vietnam ou Cambodge). Pour cela, il suffit de citer un exemple: aux XIè-XIIème siècle, l'intensification des contacts surtout violents avec le Vietnam et le Cambodge, l'apparition de nouvelles conceptions en rapport avec les fondements du pouvoir royal peuvent expliquer l'originalité et la richesse du style de Tháp Mắm.

 
 

Etant l'expression du panthéon indien (brahmaniste mais surtout shivaïste et bouddhiste), la sculpture chame recourt plutôt à l'interprétation locale des concepts avec élégance qu'à l'imitation servile. Elle est avant tout un support de méditation et une preuve de dévotion. Sculpter une statue est un acte religieux. Soumis à des normes religieuses, le sculpteur cham, avec ses mains adroites, a réussi à donner avec ferveur à la pierre inerte une âme, une représentation divine permettant de véhiculer le concept religieux qu'il aimait transmettre avec foi. La sculpture chame est pacifique. Aucun scène d'horreur n'est figuré. Il n'y a que des créatures animales un peu fantaisistes (lions, dragons, oiseaux, éléphants etc..) . On ne trouve aucune forme violente et décente dans les divinités. Malgré l'évolution des styles au fil de l'histoire, la sculpture chame continue à garder les mêmes créatures divines et animales dans une thématique constante.

L'art cham a réussi à garder sa spécificité, sa propre expression faciale et sa beauté particulière sans qu'on puisse dire qu'il s'agit d'une copie servile des modèles extérieurs et remettre en cause sa singularité dans la sculpture d'hindouisme en Inde et en Asie du Sud-Est. En dépit du manque d'animation et du réalisme, les oeuvres chames étaient taillées majoritairement dans le grès et beaucoup plus rarement dans la terre cuite et dans d'autres alliages (or, argent, bronze etc...). Etant de dimension modeste d'une manière générale, elles retraçaient les croyances religieuses et les conceptions du monde. Elles ne peuvent pas nous laisser impassibles car elles nous donnent toujours une impression d'étrange. C'est l'une des caractéristiques de la beauté de l'art cham.

     

On trouve dans la sculpture chame des ronde-bosses, des haut-reliefs et des bas-reliefs. Une ronde-bosse est une scuplture autour de laquelle on peut tourner pour voir l'oeuvre du sculpteur. Un haut-relief est une sculpture avec un relief très saillant qui ne se détache pas du fond. Quant au bas-relief, il s'agit d'une sculpture à faible saillie sur un fond uniforme. On relève dans la sculpture chame la tendance de dégager notamment la rondeur des créatures au niveau des reliefs. Peu de scènes figurent dans cette sculpture et on relève le manque de lien ou d'adresse au niveau d'assemblage dans le cas contraire.  

Rondeur des créatures

 
 

Suite

 

  Les créatures trouvées dans la sculpture chame ont tendance de sortir toujours de l'espace qui les entoure avec éclat. Elles ont quelque chose de monumental. Même au cas où elles sont regroupées (dans les oeuvres de Mỹ Sơn, Trà Kiệu retraçant la vie journalière des Chams), elles nous donnent l'impression de rester indépendamment des autres.