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Grâce à ses deux sentences, le poète anonyme a voulu rendre un vibrant hommage au héros national. Celui-ci fut noyé par le généralissime chinois Trương Phụ après que ce dernier eut organisé un banquet somptueux en son honneur. Pour intimider Nguyễn Biểu, Trương Phụ n'hésita pas à lui présenter un plat où on trouvait la tête décapitée d'un adversaire. Au lieu d'être effrayé par cette présentation, Nguyễn Biểu resta impassible, se servit des baguettes pour déloger les yeux et les mangea savoureusement.
Lors de la chute de Saigon en 1975, un anonyme a composé les deux sentences parallèles suivantes:
Nam Kì Khởi Nghĩa tiêu Công Lý
Ðồng Khởi vùng lên mất Tự Do.
Le soulèvement du Sud anéantit la justice
La révolte en marche fait périr la liberté
car les noms des boulevards Công Lý et Tự Do ont été remplacés respectivement par Nam Kì Khởi Nghĩa et Ðổng Khởi dans la ville bouillonnante du Sud.
C'est par le biais de ces sentences que le poète anonyme a voulu mettre en relief sa critique acerbe à l'égard du régime.
Profitant de la subtilité trouvée dans les sentences parallèles et du sens figuré dans la langue vietnamienne, les hommes politiques vietnamiens, en particulier l'empereur Duy Tân, ont eu l'occasion de s'en servir souvent pour sonder ou ironiser sur l'adversaire.
Caressé par l'idée de fomenter depuis longtemps une insurrection contre les autorités coloniales, Duy Tân, profitant de l'excursion maritime qu'il a effectuée avec le premier ministre Nguyễn Hữu Bài à la plage Cửa Tùng (Quảng Trị), proposa à ce dernier de lui donner une réplique appropriée à sa sentence émise:
Ngồi trên nước không ngăn được nước
Trót buôn câu đã lỡ phải lần
Etant assis sur l'eau, on est incapable de la retenir
En commettant l'erreur de jeter l'appât, on n'a plus la possibilité de le retirer.
À travers ces deux sentences, Duy Tân a voulu connaître l'intention politique de son ministre Nguyễn Hữu Bài car le mot "nước" en vietnamien désigne à la fois l'eau et le pays. Il aimerait savoir si ce dernier était de son avis ou à la solde des colonialistes français. Connaissant la conjoncture politique et proche des autorités coloniales, Nguyễn Hữu Bài a préféré l'immobilisme et une politique de concertation en donnant la réplique suivante:
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Ngẫm việc đời mà ngán cho đời
Liệu nhắm mắt đến đâu hay đó
En réfléchissant mûrement sur la vie, on en est dégoûté.
En tentant de fermer les yeux, on n'a qu'à attendre le moment propice.
En ironisant sur son adversaire, Ðặng Trần Thường, celui qui l'a jugé pour son tort d'être le partisan de l'empereur Quang Trung avec la sentence suivante:
Thế Chiến Quốc, thế Xuân Thu, gặp thời thế, thế thời phải thế
À l'époque des Royaumes Combattants ou des Printemps Automnes, quiconque rencontrant le moment opportun, en profite pour devenir celui qu'il est
Ngô Thời Nhiệm a réussi à donner une réplique parfaite à celle annoncée par son adversaire Ðặng Trần Thường, un partisan de l'empereur Gia Long
Ai Công hầu, ai Khanh tướng, trên trần ai,
ai dễ biết ai
On est duc et marquis ou mandarin et ministre; quiconque vivant dans cette société, distingue facilement le rôle que chacun assume.
Il arriva à montrer non seulement sa bravoure mais aussi son mépris à l'égard des gens arrivistes comme Ðặng Trần Thường. Irrité par ces propos vexants, ce dernier donna l'ordre à ses subordonnés de le fouetter à mort devant le temple de la littérature. Ngô Thời Nhiệm n'a pas eu tort de rappeler à Ðậng Trần Thường cette remarque car il fut condamné à mort plus tard par l'empereur Gia Long.
Phu’, c'est le nom en vietnamien qu'on attribue aux sentences parallèles ayant un grand nombre de mots ou de membres. C'est le cas de l'exemple de sentences employées par Ngô Thời Nhiêm et Ðặng Trần Thường. Lorsque celles-ci comprennent plusieurs membres de phrases, trois ( dans l'exemple cité ci-dessus ) ou plus, au milieu desquels on insère un membre très court, on les appelle sous le nom gối hạc ( la rotule de la grue ) en vietnamien car on trouve une ressemblance avec le schéma de la jambe de la grue avec les deux membres longs séparés par la rotule. |