Situles

   

Bien que la situle (ou thạp en vietnamien ) soit considérée avec le tambour de bronze comme l'ombre et le corps ( hình với bóng ), elle reste pourtant méconue du public pour plusieurs raisons. D'abord il y a peu d'écrits sur la situle dongsonienne. Puis l'aire de diffusion des situles est très limitée. Contrairement aux tambours de bronze ayant essaimé partout en Asie du Sud Est et en Chine du Sud malgré leur origine incontestablement vietnamienne, les situles ont été retrouvées par contre en grande partie au Vietnam. Leur concentration se situe dans les bassins des fleuves Sông Hồng (ou fleuve Rouge), Sông Mã et Sông Cả qui délimitaient selon la mythologie vietnamienne, le territoire du royaume de Văn Lang à l'époque des rois Hùng. En Chine, il y a un nombre infime de situles dongsoniennes trouvées provenant probablement d'échanges commerciaux et localisées dans les provinces frontalières Kouang Si (Quảng Tây), Yunnan (Vân Nam) et Kouang Tong (Quảng Đông). C'est aussi le cas de la situle Phong Ðiền (Thừa Thiên Huế) qu'on a retrouvée en même temps qu'un tambour de bronze dongsonien de type I de Heger, sujet à l'échange avec la population de la culture contemporaine de Sa Huỳnh.

   
         
         
         
         
   
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Référence bibliographique:

Thạp Đồng Đông Sơn
Hà Văn Phùng
Nhà Xuất Bản Khoa Học Xã Hội Hànội 2008

 

Mais c'est aussi l'unique situle découverte dans cette région Thừa Thiên Huế jusqu'en 2005. Plus d'un siècle écoulé, depuis la découverte du premier couvercle de la situle dans le tambour de bronze Ngoc Lũ (1893-1894) jusqu'à aujourd'hui, sur 250 situles connues et inventoriées, il n'y a que 15 situles retrouvées en Chine (9 situles dans la tombe du deuxième roi de Nan Yue, Zhao Mei (Triệu Muội), 1 situle dans une tombe de la province Kouang Tong, 4 situles dans la tombe Luobowan (La Bạc Loan )(Kouang Si) ) et 1 situle dongsonienne dans la région de Tianzimiao (district de Cheng-gong, Yunnan). Les 235 situles restantes sont localisées dans les sites dongsoniens "purs" au Vietnam et réparties en deux catégories: 205 situles sans couvercle et 30 situles avec couvercle. C'est seulement en 1930 que la situle fut décrite d'une manière sommaire pour la première fois par un érudit japonais Umeshra Sueji . Puis elle fut évoquée ensuite par l'archéologue suédois Olov Jansé, colloborateur temporaire de l'Ecole Française d'Extrême Orient (EFEO) en 1936 lors des fouilles archéologiques.

Enfin les situles appartenaient à l'aristocratie. C'est ce qu'on a constaté fréquemment lors les fouilles dans les sépultures appartenant jusqu'alors aux nobles et aux seigneurs locaux. La situle n'est pas un emblème de pouvoir ou de puissance mais elle est un récipient (ustensile) à usages multiples (tính đa năng). Elle est employée soit pour contenir de diverses sortes de liquides (eau divine, vin d'autel ou huiles végétales), soit pour faire des réserves de nourriture (poissons, crabes, crevettes, viande de gibier etc ..) en vue de la disette, soit pour contenir des vestiges de balle de riz avec la situle de Làng Vạc (Nghệ Tịnh), soit pour servir de réceptacle d'inhumation (ou à ossements) où on trouve tantôt la dépouille d'un enfant avec la situle Hợp Minh découverte en 1995 à Yên Bái, tantôt un crâne, celui du défunt ou de la victime du sacrifice avec la situle trouvée en 1961 à Thiệu Dương (Thanh Hoá), soit pour contenir les cendres humains lors de l'incinération avec la situle Đào Thịnh (Yên Bái) en 1960, soit pour servir d'objet funéraire pour accompagner le défunt dans l'autre monde avec la situle Vạn Thắng (Phú Thọ) en 1962.

 

   

D'une manière générale, la situle qui se rencontre au Vietnam dans les sépultures riches a un caractère rituel chez les Luo Yue (ou les Dongsoniens). Pour ces derniers, la situle était considérée non seulement comme un ustensile indispensable dans la vie journalière mais aussi un objet que le défunt ne pouvait pas manquer dans l'autre monde. Le passage d'un objet d'usage à un objet funéraire était très fréquent chez les Dongsoniens car il s'agit d'une notion de partage entre les proches du défunt et lui-même, une tradition qui se perpétue sous diverses formes depuis la nuit des temps dans les civilisations antiques, en particulier dans la civilisation dongsonienne.

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