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L’homme peut influer sur sa propre vie. En accomplissant des actes bienveillants envers autrui, il peut trouver son bonheur et améliorer son karma. Il y a même autrefois au Viêtnam une cérémonie du Nam Giao ou Tế Giao, sacrifice au Ciel et à la Terre. C’est au roi l’honneur d’associer tous les ans ses ascendants déifiés à l’hommage rendu au Ciel et à la Terre sur une esplanade monumentale construite en 1806 dans la banlieue sud de Huê. Cette esplanade se compose d’un tertre rond formant le temple du Ciel et dominant un tertre carré représentant le temple de la Terre. Soumis préalablement à une retraite et à un jeûne, le roi monte sur l’esplanade des sacrifices en tant que mandataire de ses sujets pour être en contact avec les forces naturelles de l’univers en vue de se les rendre propices. L’empereur est le seul personnage qualifié pour être l’intermédiaire entre la Terre et le Ciel. Cette triade (Thiên, Nhân, Địa) a été évoquée souvent dans les légendes vietnamiennes. On trouve qu’il y a la volonté du narrateur de montrer dans ces légendes l’attachement profond du peuple vietnamien à la notion du triade en accord avec la nature et la morale
Dans la légende de « Génie de montagne et Génie du fleuve », on trouve une fille nommée Mi Nương sollicitée en mariage par ces deux génies ou dans la légende de Táo Quân, la femme est tiraillée entre l’amour de son ancien mari et celui du nouveau. Dans la légende du « Chique de bétel », la triade (vợ, chồng, em) est représentée par la femme, son mari et son frère jumeau qui une fois décédées, deviennent respectivement le bétel, l’aréquier et la pierre à chaux. |
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Sơn Tinh Thủy Tinh |
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La Chique de bétel |
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La chique de bétel reflète bien la notion d’équilibre et l’harmonie qu’on a trouvées dans la théorie du Yin et du Yang. Pour préparer la chique du bétel, on étend un peu de la chaux éteinte sur une feuille de bétel. Puis on ajoute de l’écorce de racine de l’Artocarpus tonkinese de couleur jaune orangé et on incorpore enfin une noix d’arec finement coupée en tranches. Le tout est introduit dans la bouche et mâchonné lentement. Après une vingtaine de minutes de mastication, on recrache ce qui reste de la chique. Les cinq goûts peuvent être retrouvés dans la chique de bétel: sucré avec la noix d’arec, piquant avec la feuille du bétel, amer avec la racine, salé avec la chaux et acidulé avec la salive. Par l’image de la fraîche liane de bétel sortant de la terre que symbolise la pierre à chaux dans cette légende et enlaçant le tronc de l’aréquier élancé, on veut noter le caractère intermédiaire entre le Yin (Terre) et le Yang (Ciel) dans un accord parfait |
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Miếng trầu
La chique est le prélude de toute conversation (Miếng trầu là đầu câu chuyện), c’est ce qu’on dit souvent dans un vieil adage vietnamien. Son acceptation est lourde de signification et équivaut à un engagement ferme, une parole donnée que nul ne songerait à reprendre Si l’échange a lieu entre une fille et un garçon, cela équivaut à une proposition de mariage ou d’union. Dans la tradition vietnamienne, la chique est le symbole du bonheur conjugal. Elle ne peut pas être manquante dans les rites du mariage. |
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Dans la civilisation du riz inondé, il y a d’autres trinités aussi importantes que la triade (Ciel, Terre, Homme). C’est le cas de la triade (Thủy, Hỏa, Thổ) (ou (en français Eau-Feu-Terre) ou celui de la triade (Mộc, Kim, Thổ) (ou Bois, Métal, Terre). On a besoin de la terre pour la culture du riz, de l’eau et des engrais provenant des cendres provoqués par le feu pour fertiliser le sol. De même, on se sert des plantes pour se nourrir et des métaux pour faire des outils appropriés pour l’agriculture. On s’aperçoit que ces triades ont un élément commun qu’est la terre. C’est pourquoi celle-ci occupe une place centrale dans la gestion des 4 points cardinaux. C’est le pivot autour duquel s’articulent les quatre autres éléments. Dans la vie agricole, l’élément le plus important qui suit l’élément terre, est l’élément eau. C’est la locution suivante : Nhất nước nhì phân (Premièrement l’eau , deuxièmement les engrais) qu’on a entendu dire souvent pour un paysan vietnamien. Comme l’eau est de caractère Yin, on lui attribue la direction Nord car celle-ci lui est compatible avec le froid (l’hiver). Par contre, étant de caractère Yang (dương), l’élément feu de la triade (Thủy, Hỏa, Thổ) est mieux associé à la direction Sud avec la chaleur et le rayonnement ( l’été ). L’élément bois rappelle bien les plantes dont la naissance a lieu souvent au printemps. Cela lui revient d’occuper la direction est avec la croissance du Yang. Quant à l’élément métal de caractère malléable et pouvant prendre différentes formes, il lui revient la direction ouest à laquelle est associé l’automne. Les Vietnamiens trouvent dans la théorie du Yin et du Yang une idée d’alternance plutôt qu’une idée d’opposition. Yin et son élément complémentaire Yang forment une entité qui permet d’aboutir à l’installation d’un bon équilibre et de l’harmonie. Pour eux, le monde représente une totalité d’ordres cycliques constitués par la conjugaison de deux manifestations alternantes et complémentaires. On sait qu’en relation d’opposition, Yin comme Yang chacun porte en lui le germe de l’autre. (Không có gì hoàn toàn âm hoặc hoàn toàn dương, trong âm có dương va trong dương có âm). Le Yin et le Yang sont comme la roue d’un char. Parvenus à leur fin, ils commencent à nouveau et ayant atteint leur limite, ils s’en reviennent.
Un lot de dictons populaires traduisant la loi de la causalité, témoignent concrètement de la mutation du Yin et du Yang.
C’est pourquoi on est habitué à dire en vietnamien « Trong rũi có may » (Dans la malchance, il y aura la chance), « trong dỡ có hay (Dans les défauts, on trouve aussi quelque chose de bien) », « trong họa có phúc (Dans le malheur, il y aura toujours le bonheur) ».
« Sướng lắm khổ nhiều (Plus on est satisfait du désir, plus on va souffrir) », « Trèo cao ngã đau ( Plus on grimpe haut, plus on fait une chute douloureuse) ».
« Yêu nhau nhiều cắn nhau đau. Plus on s’aime beaucoup, plus on se blesse profondément ».
Les biens perdus sont donc parfois la rançon d’une vie humaine. C’est ce qu’exprime clairement le proverbe vietnamien : Của đi thay người (les biens s’en vont à la place des gens). Les facteurs Phúc et richesse doivent varier en sens inverse l’un de l’autre.
C’est grâce à cette bipolarité Yin et Yang que les Vietnamiens ont l’habitude de chercher un bon équilibre dans la vie journalière. Ils tentent de chercher une entente parfaite avec tout le monde et la nature même au-delà de leur mort. C’est ce qu’on a découvert dans la nécropole de Lạch Trương (Thanh Hóa) datant 3 siècles avant J.C. avec les objets de sépultures en bois ( Yang) placés au Nord (Yin) et ceux en terre cuite (Yin) au Sud (Yang). On retrouve cette notion d’équilibre même dans la pagode avec les génies du bien et du mal (Ông Thiện Ông Ác). C’est grâce à cette philosophie d’équilibre que les Vietnamiens ont la capacité de s’adapter à toutes les situations même dans le cas extrême.
C’est aussi ce principe d’équilibre que les dirigeants vietnamiens ont continué à garder dans le passé durant la confrontation avec les pays étrangers. Pour éviter l’humiliation des Mongols vaincus deux fois au Viet Nam, le général Trần Hưng Ðạo proposa de verser des tributs à Koubilai Khan en échange d’une paix durable. Après avoir vaincu les Chinois des Ming, Nguyễn Trãi, le conseiller stratège du roi Lê Lợi n’hésita pas à laisser à Wang Toung ( Vương Thông )à regagner la Chine avec 13000 soldats capturés, à proposer un pacte de vassalité avec un tribut trisannuel de deux statues de taille courante en métal fin en dédommagement de deux généraux morts Liou Cheng ( Liễu Thăng ) et Leang Minh (Lương Minh) morts au combat. De même, le roi Quang Trung fit preuve d’humilité et accepta d’envoyer un émissaire auprès de l’empereur Qianlong pour chercher la paix après avoir écrasé l’armée des Qing à Hànội en 1788 dans un laps de temps très court (6 jours). On ne peut pas oublier non plus la conduite et la souplesse qu’ont menées les dirigeants communistes en matière de diplomatie lors de la confrontation avec les Français et les Américains. Les accords de Genève (1954) et de Paris(1972) témoignent une fois de plus de la recherche d’équilibre ou de la voie du juste milieu qu’ont trouvée avec ingéniosité les Vietnamiens dans la théorie du Yin et du Yang. Au Vietnam, on assimile les objets de forme circulaire (tròn) au Yang et ceux qui sont carrés (vuông) au Yin. C’est une tendance datant de l’époque où l’on croyait que le ciel était rond et la terre était carrée et plate dans la mesure où les Vietnamiens étaient obligés de l’équarrir avant de pouvoir s’en servir dans le labourage et dans la construction des maisons. C’est dans cet état d’esprit que les Bai Yue (dont les proto-Vietnamiens faisaient partie) avaient l’habitude de morceler une portion de terrain en neuf lots en prenant comme modèle le caractère 井 tĩnh (giếng nước). Le lot au centre était prévu pour la construction d’un puits d’eau et les huit lots restants étaient destinés pour la construction des maisons, ce qui constitue ainsi la première unité d’habitation dans la société agricole. Le dicton populaire vietnamien suivant : trời xanh như tán lọng tròn ; đất kia chằn chặn như bàn cờ vuông (Le ciel bleu ressemble à un parasol rivé comme ce sol parfait à un échiquier carré) reflète bien cette croyance. |