Le Bambou (Cây Tre)

bambou

English version

C’est une plante à multiples usages au Viêt-Nam. Grâce à cette plante, tout est possible dans ce pays où rien n’est facile et où on ne se laisse pas rebuter ou arrêter par des obstacles. C’est la plante qui berce la vie des Vietnamiens du berceau à la tombe. Une fois décédé, le corps du défunt repose sur une claie faite avec ce bambou. J.C.Pomonti, le spécialiste des questions d’Asie, a nommé souvent et d’une manière humoristique, notre civilisation dans ses rubriques du journal “Le Monde” sous le label “civilisation du bambou” ou “civilisation de baguette”.

Ami, il faut jouir avant que d’être vieux
Le bambou pousse un temps et l’homme n’a qu’un âge
Jouissons du printemps avant qu’il ne s’en aille
La vieillesse à grands pas va nous rattraper.

On dit aussi en vietnamien:
Tre già làm sao uốn
Un bambou devenant vieux, il est difficile de le courber pour rappeler aux parents qu’il faut éduquer leurs enfants quand ils sont jeunes et qu’il est difficile de le faire quand ils deviennent âgés. 

Autrefois, les Vietnamiens se servirent de ce bois creux si solide et si léger pour construire des cloisons, des haies hautes de plusieurs mètres protégeant leur village contre les pirates. Dans le village, ce bambou suffit à tout. Il fournit la maison tout entière, le bois de charpente comme les murailles, les cloisons et les planchers sont en lattes de bambou nattés. Dans la maison, tout est fait avec ce bois creux (meubles, lits, tables, accessoires divers etc …) même un verre pour boire. Déchiré en lanières, il sert de cordages et de ficelles. On se sert des filaments de bambou, des kélates pour faire des paniers de tout genre pour les transports. On en fait aussi des chapeaux coniques pour s’abriter de la pluie et de soleil. Grâce à ce bois, on sait créer des outillages usuels (le seau pour aller puiser de l’eau, la pipe pour les fumeurs etc…). Il sert aussi à la nourriture des animaux et même à celle des villageois, qui en mangent, en guise d’asperges, les pousses les plus tendres. Même les racines de ce bois creux, on les déterre et on les assèche par le soleil durant des semaines entières. A l’approche du Têt, on s’en sert comme bois de chauffage pour cuire les gâteaux de riz gluant ou pour se protéger contre le froid surtout en hiver dans le Nord et le Centre du Viêt-Nam. Le bambou devient ainsi quelque chose “sacrée”, intime et propre au village. C’est grâce à ces haies faites avec cette plante que le village retrouve non seulement sa tranquillité et son intimité mais aussi ses traditions et ses moeurs. Le bambou devient ainsi le protecteur des villageois. C’est pourquoi dans un proverbe vietnamien on dit que

L’autorité du roi s’arrête devant les haies de bambous du village.

Phép vua thua lệ làng

C’est aussi aujourd’hui seulement dans les villages qu’on trouve cette plante incomparable, celle qui nous facilite la vie. Le bambou et le village sont si étroitement liés qu’on les compare souvent à une personne liée à son ombre. C’est pourquoi on retrouve dans tant de poèmes vietnamiens cette évocation. Cette impression, tout Vietnamien l’aura probablement lors de son passage dans son village natal à travers les quatre vers suivants:

Thì bao nhiêu cảnh mơ màng
Hiện ra khi thoàng cỗng làng tre xanh.

Au moment où on s’adonne à rêver, on voit apparaître de loin le portail du village ainsi que le bambou.

Dừng bước nơi đây lòng ngỗn ngang
Ngùi trông về Bắc nhớ tre làng

En s’arrêtant ici, on se sent désemparé
En se souvenant de son pays avec émotion, on est rappelé à revoir le bambou du village.

Retrouver le bambou c’est retrouver le village. 

C’est pour cela que

le bambou devient ainsi le symbole représentatif du Viêt-Nam

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