Les gongs des Hauts Plateaux: 2ème partie

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Deuxième partie

Ce général tenta de briser toutes les velléités de résistance vietnamienne en faisant fondre tous les tambours de bronze, symbole de leur puissance au combat. Probablement, dans cette destruction, il y avait aussi les gongs dongsoniens car ils étaient en bronze. Selon Nguyễn Việt, directeur du centre de la Préhistoire d’Asie du Sud Est de Hànội, le couvercle de la situle dongsonienne dont le centre est légèrement renflé et orné d’une étoile, ressemble étrangement au gong à bosse des Hauts Plateaux. Il possède aussi des anses avec lesquelles on peut passer des cordes pour le pendre au mur d’une pièce comme un gong. Il est peut-être le prédécesseur des gongs des Hauts Plateaux.

On n’écarte pas non plus l’hypothèse selon laquelle les Dongsoniens tentaient de les cacher à tout prix et de les écouler dans les régions montagneuses grâce à l’échange culturel et économique avec les peuplades des Hauts Plateaux. En s’appuyant sur les recherches linguistiques en particulier celles du chercheur français Michel Ferguson, un spécialiste des langues austro-asiatiques, on est amené à penser que les Viet-Mường étaient présents à l’est de la Cordillère annamitique et sur les rives de la Mer de l’Est (Biển Đông) avant les débuts de notre ère. Pour ce chercheur, le groupe Viet-Mường vivait ensemble non seulement avec les Tày mais aussi avec les peuplades des Hauts Plateaux (les Khamou, les Bahnar etc …). car il y a l’importance du vocabulaire Tày dans la langue vietnamienne et les similitudes de la structure féodale de Giao Chỉ avec celles des Thaïs actuels (descendants des proto-Tày). De plus, il y a dans le vocabulaire des Khamou une strate d’emprunt à une ou plusieurs langues viet-mường. Selon la suggestion de ce chercheur, le royaume de Tang Ming pourrait être l’ancien habitat du groupe Việt-Mường. Cela conforte l’hypothèse selon laquelle les Dongsoniens pourraient être les pourvoyeurs des gongs aux peuplades des Hauts Plateaux par le biais des trocs car ces dernières ne fabriquaient pas elles-même ces gongs malgré leur caractère sacré. Probablement cela est dû au fait qu’étant des agriculteurs sur brûlis, elles n’avaient pas une industrie métallurgique leur permettant de mouler ces gongs. Jusqu’à aujourd’hui, elles les procurent auprès des Kinh (ou Vietnamiens), des Cambodgiens, des Laotiens, des Thaïlandais etc .. avant de les donner à leur musicien à l’ouïe fine. En les martelant avec des coups de maillets de bois dur, ce dernier réussit à donner à ces gongs de provenance diverse un ensemble d’harmoniques remarquable en accord avec les thèmes villageois et tribaux. Le rajustement du son d’un gong est plus important que son achat car il faut rendre le gong en harmonie avec l’ensemble des gongs de l’orchestre et il faut savoir lui donner une âme, une sonorité particulière. Selon le musicologue vietnamien Bùi Trọng Hiền, le fait de ramasser et d’accorder les gongs d’origine diverse et de les rendre harmonieux et conformes à leur esthétique dans un jeu constitue un art grandiose. Le gong doit être sacré avant son utilisation par une cérémonie rituelle pour permettre à son corps de posséder désormais une âme.

Certaines ethnies bénissent du sang des gongs au même titre que les jarres, les tambours etc.. C’est le cas des Mnong Gar signalé par exemple par l’ethnologue Georges Condominas. Le caractère « sacré » des gongs ne peut pas laisser indifférents les Vietnamiens. Pour donner à ces gongs une portée significative, les Vietnamiens ont l’habitude de dire:

Lệnh ông không bằng cồng bà ( Le tambour d’ordonnance de Monsieur ne résonne pas aussi fort que le gong de Madame). Cela explique aussi que l’autorité de Monsieur est moins importante que celle de Madame.

La culture des gongs est localisée dans les 5 provinces du centre (Đắc Lắc, Pleiku, Kontum, Lâm Đồng et Đắk Nông). Une vingtaine d’ethnies (Bahnars, Sedang (Xơ Đăng), Mnongs, Cơ Ho, Rơ Mam, Êđê, Jarai (Giarai), Radhés etc ..) sont recensées dans l’utilisation de ces gongs. Selon l’illustre musicologue vietnamien Trần Văn Khê, dans les autres pays de l’Asie du Sud Est, le joueur de gong reste toujours assis et peut jouer plusieurs instruments associés en même temps. Ce n’est pas le cas des joueurs des gongs des Hauts Plateaux du Vietnam. Chaque joueur peut jouer un seul gong. Il y a autant de gongs que de joueurs dans un jeu. Lire la suite (Tiếp theo)

 

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