Mariage (Hôn nhân)

mariage

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Plus que la loi éternelle du monde, le mariage apparaît en premier lieu au Vietnam comme une alliance de familles dans le but de perpétuer non seulement la lignée mais aussi les coutumes vietnamiennes, en particulier le culte des ancêtres. De plus, les Vietnamiens imprégnés par l’esprit taoïste considèrent que la jeunesse n’a qu’un temps comme les pousses de bambou. C’est pourquoi, on avait l’habitude de se marier très tôt autrefois au Vietnam.

Analogue au Code des Ming en Chine, le Code des Lê fixait l’âge minimal de mariage pour les filles à 13 ans et pour les garçons à 16 ans. C’est pourquoi dans un proverbe vietnamien, on dit que: 
Gái thập tam, nam thập lục
Treize ans pour les filles, seize ans pour les garçons
pour rappeler l’âge que la société vietnamienne accorde pour le mariage. Celui-ci s’effectue toujours dans le cadre confucéen traditionnel. Il est précédé toujours par des négociations menées par des entremetteurs et suivi par l’échange de données astrologiques si les premiers contacts s’avèrent convaincants.

Cela aboutit d’une manière générale, à des promesses de mariage. Celles-ci devaient être tenues et ce sous peine de punitions infligées autrefois par le mandarin local. La fête des fiançailles est aussi l’occasion d’entériner l’engagement définitif du mariage. Quant à celui-ci, il se déroule suivant un cérémonial classique comportant l’arrivée de la future épouse en palanquin, sa découverte par le fiancé,une cérémonie rituelle d’offrande devant l’autel des ancêtres, puis devant les parents des époux, la poignée de mains et l’échange des serments mutuels.

Par contre, on n’emploie pas le même nom pour désigner le mariage d’une princesse ou d’une fille ordinaire. On appelle  » Hạ Giá » lorsqu’il s’agit du mariage de la princesse car le roi donne la main de sa fille à un homme moins puissant que lui, de rang inférieur. ( Ha.veut dire « au dessous » et Giá signifie « marier »). Pour les mariages entre les gens normaux, on dit « Xuất Giá car Xuất veut dire en vietnamien « Sortir ». Autrefois, les mariés se connaissaient rarement.  

Le mariage était considéré avant tout comme un arrangement entre les parents dans le but d’honorer une dette ou de contracter une alliance. Il reflétait aussi l’état d’esprit confucéen ne favorisant jamais la prédominance de l’individu sur la famille et la société. Le mariage de la princesse Huyền Trân avec le roi du Champa Chế Mẫn (Jaya Simhavarman III ) illustrait bien cet état d’esprit.

Pour des ambitions territoriales, il était difficile pour le roi Trần Anh Tôn d’ignorer la promesse de son père, le roi Trần Nhân Tôn d’accorder la main de sa soeur au roi du Champa bien qu’il fût au courant de l’amour porté par cette dernière à son général Trần Khắc Chung. Un auteur anonyme n’hésita pas à le dénoncer à cette époque à travers ses poèmes de sept pieds à la manière des Tang, intitulés « Vương Tường » en comparant la princesse à Vương Tường (ou Wang Zhaojun en chinois) ( Chiêu Quân Cống Hồ) , une concubine de l’empereur des Han, Yuandi ( Hán Nguyên Ðê’)( 48-33 avant J.C.) promise au roi de Xiongnu (shanyu Huhanxie) dans le but de restaurer la paix avec les barbares venant des steppes du Nord de la Chine.

Malgré cela, il y a dans les annales du mariage le cas du général Trần Quốc Tuấn où l’amour triomphait sur la raison et sur la volonté des parents bien qu’il fût connu comme un confucianiste très convaincu. Quand il était encore jeune, il était tombé amoureux de la princesse Thiên Thành, soeur du roi Trần Thái Tôn. Celle-ci ne cachait pas non plus son admiration pour ce jeune général talentueux. Mais il était interdit à ce dernier de concrétiser son intention car son père, An Sinh Vương Trần Liễu, acculé par le premier ministre machiavélique de cette époque, Trần Thủ Ðộ, à céder sa concubine, la princesse des Lý, Thuận Thiên à son frère, le roi Trần Thái Tôn dans le but de perpétuer la dynastie, s’opposait à cette union. Ayant appris un beau jour que le roi avait accordé la main de sa soeur Thiên Thành au fils de Nhân Ðạo Vương, il était abasourdi et tellement attristé et ne savait plus quoi faire bien qu’il fût connu à cette époque comme le meilleur stratège dans la lutte contre les Mongols. En le voyant désemparé, l’un de ses serviteurs connu comme le plus rusé de tous, lui suggérait d’aller s’emparer par surprise, de la fiancée, le jour du mariage. Grâce à cette hardiesse extraordinaire, il arriva à concrétiser son amour, à obtenir le pardon auprès du roi et à conquérir l’estime de son entourage, en particulier celui de son père car ce dernier trouvait en lui non seulement un homme de génie mais aussi un fils digne et apte à laver la honte de la famille. Le mariage est parfois la source des soucis pour ceux qui assument une responsabilité ou un rôle politique sur cette terre des légendes.

C’est le cas de l’empereur Duy Tân. Celui-ci, obsédé par la déchéance et l’exil de son père, l’empereur Thành Thái, par les autorités coloniales, nourrissait incessamment depuis son intronisation à l’âge de sept ans, l’intention de remettre en cause le traité de Patenôtre et de rétablir la souveraineté et l’indépendance du Viêt-Nam par tous les moyens, y compris la force. Il ne pensait jamais à se marier tant que le pays était encore occupé. Cela provoquait tant de soucis et de préoccupations pour sa mère, la reine Nguyễn Thị Ðịnh . Celle-ci voyait au contraire l’immaturité de son fils et le manque d’autorité auprès de son peuple car Duy Tân n’avait pas encore des descendants. Elle ne tardait pas à présenter à l’empereur la liste des 25 jeunes filles nobles sélectionnées et fournies par les mandarins. Mais devant le désintérêt et l’impassibilité de Duy Tân, elle devint furieuse et ordonna à Duy Tân de chercher une concubine dans les plus brefs délais. Etant très pieux, il savait qu’il ne pouvait plus retarder l’échéance et ignorer l’insistance de sa mère. Il répondit alors avec un ton impassible:

Je refuse jusque-là votre liste car je suis amoureux depuis longtemps d’une fille plus âgée que moi d’un an. Celle-ci, je vais la revoir dans dix jours à la plage Cửa Tùng.
Intriguée, la reine-mère décida de l’accompagner lors de la promenade à la plage Cửa Tùng. Duy Tân passait toute sa journée à fouiller le sable . Le soir, la reine-mère décida de l’apostropher:
Ne te sens-tu pas ridicule de chercher ta chérie dans le sable?

Duy Tân tenta de donner des explications avec modestie:
Je ne suis jamais cinglé. C’est vrai tout ce que je vous dis. Si on n’arrive pas à trouver de l’or dans le sable, on le retrouvera à la capitale Huê’.

Dès lors, la reine mère commença à saisir l’allusion que Duy Tân a évoquée. Il s’agit bien de la fille de son maître de nom Mai Thị Vàng. ( Vàng signifie Or en français ).
Intriguée par le choix de son fils, la reine-mère lui demanda de nouveau:
Pour quelle raison tu la choisis?
Duy Tân répondit avec conviction:
Son père Mai Khắc Ðôn m’a appris à lire, à aimer la patrie, à éviter les courtisans et à me servir des fidèles. Je déduis qu’il a appris à sa fille la même chose, n’est ce pas, maman?
Par ce mariage, l’empereur Duy Tân nous a montré qu’il a su être à la hauteur de l’attente de sa mère tout en montrant sa reconnaissance à son maître, l’homme qui lui a appris à aimer cette patrie et en choisissant une femme ayant la même conviction et le même idéal que lui et ne devenant pas une entrave pour son combat politique. 

C’est aussi pour l’amour du Vietnam et pour ce même combat que le leader nationaliste Nguyễn Thái Học et son camarade de parti, Nguyễn Thị Giang s’étaient jurés de devenir mari et femme devant l’autel des ancêtres jusqu’avant leur soulèvement à Yên Ba’i. Ils promettaient de se marier plus tard, une fois leur dessein réalisé. Pour montrer sa détermination et pour sceller leur destin, Nguyễn Thị. Giang demanda à son mari de lui permettre d’avoir un revolver. C’est avec celui-ci qu’elle s’est suicidée après avoir appris l’échec du soulèvement et la condamnation à mort de son mari et de ses compatriotes par les autorités coloniales.

Không thành công thì thành nhân.
On devient un être exemplaire même si on échoue.

De nos jours, le mariage n’est plus précoce comme autrefois, même en milieu rural. Ce recul permet de protéger la mère contre les effets de grossesses juvéniles et de limiter les naissances. Le mariage ne résulte pas non plus de la volonté des parents ou de l’alliance des familles. Par contre, il ne porte plus une valeur symbolique, une signification particulière car les mariés se connaissent souvent dans la plupart des cas avant le mariage. Il ne reflète plus le sacrifice qu’on a demandé souvent aux jeunes mariés pour perpétuer le culte des ancêtres et la lignée.

Il est avant tout la consécration de l’amour

et le gage du bonheur et des malheurs ( duyên nợ en vietnamien ) pour l’éternité.

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