Hamac (Cái võng)

English version

caivong

 

Le hamac est l’instrument très familier des Vietnamiens. Depuis tant de générations, on est habitué à entendre son grincement résonnant à une cadence régulière du Sud jusqu’au Nord du Vietnam. Ce bruit strident mélangé aux cris des pleurs des bambins et aux berceuses devient un air de musique éternel enraciné dans l’âme vietnamienne. Pauvre ou riche, chacun des Vietnamiens possède au moins un hamac. Il est non seulement le berceau des jeunes enfants vietnamiens mais aussi leur balançoire. Il est employé par les adultes pour se détendre. Il est aussi le lit de repos pour les personnes âgées. C’est le seul instrument dont aucun Vietnamien ne peut pas se passer. On a l’habitude de dire au Vietnam qu’on a grandi avec le bruit du hamac (lớn trong tiếng võng) et on vieillira avec les berceuses ( già trong lời ru ) car ces dernières sont chantées inlassablement par les mères ou les grand-mères pour dorloter leurs enfants ou leurs petit-enfants.

En entendant le grincement provoqué par le va-et-vient du hamac et accompagné par des berceuses empreintes de mélancolie, il est impossible pour un Vietnamien de ne pas s’émouvoir car cela ravive les souvenirs de son enfance mais parfois ceux de son premier amour. Les berceuses restent les mêmes mais elles sont chantées cette fois par une jeune mère pouvant être par une coïncidence curieuse, la fille qu’il connut à l’époque où il était encore un jeune adolescent, ou l’ancienne passeuse du bac. C’est sûr qu’il aura dans ce cas le même ressentiment qu’une personne rentrée à son village natal, après tant d’années d’absence, a éprouvé dans la berceuse suivante:

Bước chân vào ngõ tre làng
Lòng buồn nặng trĩu nghe nàng ru con
Bước lên thềm đá rêu mòn
Lòng buồn nặng trĩu nghe buồn võng đưa

Quand on met le pied à l’entrée du village
On se sent attristé en entendant la berceuse qu’elle chante pour dorloter son bambin
Quand on gravit l’escalier en pierre rongé et couvert de mousse
On se sent attristé en entendant le grincement mélancolique du hamac.

On ne peut pas rester insensible lorsqu’on est issu du delta du Mékong et lorsqu’on entend la berceuse suivante:

Ầu ơ .. Bao giờ Chợ Quán hết vôi,
Thủ Thiêm hết giặc em thôi đưa đò,
Bắp non mà nướng lửa lò
Ðố ai ve được con đò Thủ Thiêm.

Âu ơ ..Quand le marché « Chợ Quán » n’a plus de la chaux,
Et la région Thủ Thiêm n’a plus la guerre, je cesserai d’être la passeuse du bac
Les maïs tendres étant mis au fourneau,
Je parie à quiconque d’arriver à me courtiser, le bac de Thủ Thiêm?

Cela nous fait revivre sans doute l’époque de notre jeunesse, l’époque où nous étions encore insouciants, nous aimions bien flirter les jeunes filles parfois même la passeuse du bac
Malgré que le hamac est fabriqué simplement en jute ou en tissu , le bruit provoqué par son va-et-vient continue à se fixer doucement dans l’intimité de notre conscience et dans notre mode de vie spirituel et devient au fil des ans, le sujet le plus abordé dans les poèmes populaires vietnamiens.

Ðố ai nằm võng không đưa,
Ru con không hát, đò đưa không chèo

Parie-t-on à quiconque de s’allonger sur le hamac sans le balancer
de dorloter le bambin sans chanter les berceuses et de conduire le bac sans ramer?

Autrefois, le hamac fut employé aussi pour transporter les femmes ou les mandarins qui ne savaient pas aller à cheval. Le hamac est soutenu par un gros bambou qui repose sur l’épaule de deux hommes trottinant à une allure très cadencée. Pour s’abriter du soleil, une natte de jonc est posée à cheval sur le bambou. Cet assemblage est connu souvent sous le nom « palanquin ». Celui-ci doit respecter certains protocoles lorsqu’il s’agit d’un palanquin employé par les mandarins. En fonction de leur grade, le rang qui accompagnait le palanquin était plus ou moins important. Une ou plusieurs personnes précédant le palanquin officiel portaient des armes (sabres, bâtons etc ..). Sur les côtés du palanquin se tenaient les porteurs de parasol, de boite à bétel, de crachoir, de pipe à eau etc… Ce palanquin ne fut remplacé qu’au moment de l’apparition des premiers pousse-pousse (ou rickshaw) en 1884 à Hànội.

Le hamac était aussi le rêve de la plupart des jeunes filles vietnamiennes de se marier avec un mandarin car dans notre tradition, la jeune mariée était portée toujours par un palanquin précédé par le cheval de son époux mandarin. (Ngựa anh đi trước, võng nàng theo sau).

En Occident, on a l’Oeil de Caïn pour symboliser la torture de la conscience morale. Au Vietnam, pour parler de cette torture, on se réfère souvent au grincement du hamac de « Con Tấm » (ou Cendrillon vietnamien) car ce grincement fait penser à l’âme errante de Tấm, victime d’un complot ourdi par sa demi-soeur Cám et sa marâtre et cherchant à se venger de Cám. Dès l’instant où celle-ci se mit à s’allonger sur le hamac, le grincement du hamac devint si assourdissant et menaçant que Cám eut l’impression que l’âme errante de sa soeur Tấm se substituait au hamac.

De nos jours, dans les villes, les gens aisés remplacent le hamac par le lit pour leurs bambins. Mais il est certain que le lit, malgré son confort et son esthétique, ne peut être reconnaissable comme l’instrument familier, propre et intime du peuple vietnamien car son utilisation est très limitée et il lui manque d’autre part, le grincement qui va de pair avec les berceuses mélancoliques pour devenir un air de musique éternel et irremplaçable.          

 

Malgré sa constitution rudimentaire, le hamac continue à rythmer la vie des Vietnamiens et témoigne au fil des ans, de l’intimité et de la spécificité culturelle du peuple vietnamien.

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