Nguyen-Thai-Hoc

 

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Contrairement à d’autres villes vietnamiennes, Yên Bái n’a aucun charme touristique. Elle n’est qu’une capitale provinciale, une ville fluviale située dans la vallée du Fleuve Rouge à mi-chemin sur la route menant de Hà-Nôi à la frontière chinoise Lào Cai. Malgré cela, elle continue à s’illustrer dans le passé par sa résistance armée animée par les nationalistes vietnamiens dans la lutte pour l’indépendance. Elle incarne non seulement l’espoir du peuple vietnamien de retrouver sa liberté par la force mais aussi l’intrépidité des nationalistes devant la mort après l’échec de leur révolte en 1930. Il faut se placer dans le contexte politique de cette époque pour connaître non seulement les causes de cette révolte mais aussi l’aspiration profonde du peuple vietnamien à l’indépendance après l’échec de Phan Chu Trinh de prôner la priorité du progrès global de la société sur l’indépendance politique, suivi par sa mort et la mise en résidence surveillée d’une autre figure de proue Phan Bội Châu à la capitale Huế par les autorités coloniales.

Malgré la mise en garde du colonel Parfait-Louis Monteil en 1924, peu de réformes étaient engagées en faveur des autochtones. Par contre, l’exploitation de la main d’oeuvre à bon marché dans les plantations d’hévéa était au top de son efficacité et de son horreur. L’écrivain Roland Dorgelès en a parlé dans son ouvrage ” La Route Mandarine “. Cette terre vierge, quand elle s’ouvre sous le choc dégage une haleine mortelle. Autant d’allées tracées, autant de tombes ouvertes. Les hévéas sortaient de terre, grêles et bien en ligne, comme des rangées de croix. Les morts se compteraient par dizaines de milliers pour cause de maladie ou de sous alimentation. C’est pourquoi on ne cessait pas de se plaindre à travers le poème suivant:

Kiêp phu đỗ lắm máu đào
Máu loang mặt đất máu trào mủ cây
Trần gian địa ngục là đây Ðồn điền đất đỏ nơi Tây giết người.

Le coolie a laissé tant de sang
Qui se répandait sur la terre et qui se mélangeait avec le latex de l’hévéa,
C’était ici l’enfer sur terre
Les plantations d’hévéas de terre rouge étaient l’endroit où les colons terriens tuaient des gens.
Pendant un demi-siècle, les colons terriens récupéraient du latex qu’ils transformaient en or. C’était dans ces plantations que se formait le germe de la révolte. Quelques uns comme Nguyễn Văn Viên arrivaient à sortir de cet enfer et rejoignaient ainsi le parti nationaliste vietnamien (Việt Nam Quốc Dân Ðảng ) dirigé par Nguyễn Thái Học. Pour montrer sa ferveur et trouver un écho favorable auprès des déshérités , en particulier des coolies des plantations, Nguyễn Văn Viên prit l’initiative, malgré la réticence de Nguyễn Thái Học, d’assassiner Bazin connu pour son zèle dans le recrutement des coolies et dans l’expédition de ces derniers dans les plantations d’hévéas du Sud Vietnam. La mort de ce dernier donnait aux autorités coloniales l’occasion de relancer la politique de répression tous azimuts.

Le parti nationaliste devint ainsi la cible privilégiée dans cette croisade. Il n’avait plus la possibilité de se mouvoir facilement. S’il ne réagissait pas, ce serait une mort lente car tous ses membres seraient capturés tôt ou tard par les autorités coloniales. S’il réagissait par la révolte, il savait que ce serait un suicide collectif, hasardeux et exemplaire. C’est pourquoi Nguyễn Thái Học avait l’habitude de dire souvent à ses compagnons de parti:

Ðại hà chi thanh, nhân thọ kỷ hà?
Ðợi sông Hoàng Hà trong trở lại, đời người thọ là bao?
En attendant que l’eau du fleuve Jaune devient limpide, combien d’années l’homme peut-il vivre?
Selon les Chinois, le fleuve Jaune ne retrouve sa limpidité que tous les trois cents ans. Nguyễn Thái Học savait très bien qu’il emmenait ses compagnons de parti vers une mort certaine. Il ne pouvait plus attendre. Mais cette mort semblait utile car elle rappelait au peuple vietnamien qu’il n’y avait pas de choix possible autre que la lutte. Elle marquait aussi le début d’une prise de conscience et le réveil de tout un peuple face à son destin qui était jusque -là dirigé par des héritiers indignes de la dynastie des Nguyễn (Khải Ðịnh, Bảo Ðại). La révolte de Yên Bái était un échec incontestable car la plupart des leaders nationalistes étaient capturés.

Par contre, elle jetait une base solide et durable dont le parti communiste vietnamien bénéficiait pour asseoir son autorité et sa popularité auprès du peuple dans les années à venir dans la conquête de l’indépendance. Elle sonnait aussi le glas d’un empire colonial qui avait perdu vainement tant d’occasions pour rétablir le dialogue et la coopération avec les autochtones. Cela se traduisait par la condamnation à mort de tous les leaders nationalistes. Nguyễn Thái Học était le dernier à être guillotiné. Avant son exécution, il était impassible. Malgré sa faiblesse, il tenta de crier à haute voix en français:

Mourir pour sa patrie
C’est le sort le plus beau
Le plus digne d’envie….

Puis il s’allongea sans émotion en face du couperet de la guillotine. “Vive le Viêt-Nam” c’étaient les derniers mots entendus avant la chute du couperet de la guillotine. Son sang gicla partout sous un ciel assombri. Sa tête tomba dans un seau contenant de la sciure de bois. (17 Juin 1930). Il n’avait que 27 ans. Fidèle à la tradition vietnamienne, sa femme Nguyễn Thị Giang ne tarda pas à le suivre en se suicidant le 18 Juin 1930 à l’auberge où ils se rencontraient souvent avant leur mariage. Elle a laissé une lettre dont les phrases illustraient bien l’amour indéfectible qu’elle a porté pour son mari et pour son pays:

Sống nhục sao bằng sự thoát vinh
Nước non vẹn kiếp chung tình
………
Cuộc đời xá kể chi thành bại
Trai trung thì gái phải trinh

Mieux vaut mourir que vivre avec lâcheté
Je préfère éterniser mon amour pour toi et pour notre pays
….
Le succès et l’échec sont insignifiants dans la vie
Toi, tu choisis le dévouement et moi, je préfère la fidélité.

Les dépouilles des treize nationalistes vietnamiens furent enterrées le lendemain sur une colline proche de la gare de Yên Bái.

Si cette ville est moins connue que la plupart des villes vietnamiennes, elle incarne par contre quelque chose qu’aucune ville ne peut avoir. Elle est le symbole de la maturité et de la dignité retrouvée de tout un peuple face à son destin. Elle grandissait vaillamment dans le passé en même temps que le peuple vietnamien dans sa lutte pour l’indépendance.

Việt Nam Quốc Dân Ðảng

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