Cité interdite de Pékin (2ème partie)

Version vietnamienne

Cité interdite de Pékin (2ème partie)

 Malgré le nom qu’il porte, ce palais de la Pureté céleste est témoin de plusieurs intrigues, de rivalités, de complots, de volte-faces et d’assassinats. De plus, derrière le trône, au dessus du paravent, est toujours accroché un panneau transversal portant en épigraphe la devise suivante du troisième empereur des Qing, Shunzhi (ou Thuận Trị en vietnamien): Quang minh chính đại (ou La très grande rectitude). Elle est accompagnée plus tard par les commentaires flatteurs de son successeur, l’empereur Kangxi (Khang Hi): C’est une belle composition de tout temps, rayonnante et éternelle, méritant d’être l’exemple pour la postérité. Malheureusement, derrière ce panneau se cachent depuis toujours les conflits latents de la famille impériale.

Durant les 500 ans de règne des deux dynasties Ming et Qing, on relève plusieurs événements importants ayant eu lieu dans ce palais. D’abord l’empereur Jiajing (Gia Tĩnh) des Ming (1507-1567) connu pour sa débauche et sa cruauté indescriptible, a failli de mourir asphyxié par ses domestiques. Humiliées par son comportement paranoïaque et profitant du sommeil profond de ce dernier, celles-ci ont tenté de le tuer un soir en l’assommant et en serrant son cou avec sa ceinture. Mais à cause de la dénonciation de l’une d’entre elles auprès de l’impératrice, l’empereur fut sauvé in extremis. Ces domestiques furent exécutées sur le champ y comprise la concubine favorite de l’empereur. Puis l’empereur Taichang (Thái Xương) des Ming (1582-1620), de son nom personnel Zhu Changluo (Chu Thường Lạc) mourut subitement après un mois d’intronisation. On lui prête des abus sexuels ou un empoisonnement. Cela provoque une lutte implacable entre les clans pour la prise du pouvoir et d’influence. Cette affaire est connue sous le nom « Affaire des pilules roses » (Án Hồng Hoàn) car avant de mourir subitement, l’empereur a avalé des pilules. Enfin l’avant-dernier des empereurs des Ming, le fils de Taichang, Zhu Youjiao (Chu Do Hiệu) (1605-1628) connu sous le nom de règne Tianqi ( Thiên Hỷ ), se laissa  empêtré dans l’affaire connue sous le nom « Án di cung (Affaire des palais ) ». Profitant du jeune âge de l’empereur, la concubine de son père, Ly Tuyen Thi continua à faire pression sur lui. Elle s’entêta à résider dans le palais Qianqing (Càng Thanh). Elle demanda à l’empereur de lui accorder le titre d’impératrice douairière dans le but de pouvoir s’ingérer dans les affaires d’état. Face à la protestation de la cour et à la  fermeté de l’empereur, elle fut  contrainte de quitter le palais et de vivre dans un autre palais brûlant  complètement quelques semaines plus tard. Heureusement, elle s’en sortit  indemne avec sa fille. On vit dans cette affaire la mainmise de l’empereur malgré sa contestation. Les historiens chinois ont l’habitude de regrouper ces trois affaires ci-dessus et de les désigner sous le nom « Vãn Minh Tam Án (Trois Affaires à la fin de la dynastie des Ming ) ».

Sous le règne des empereurs Qing, on note deux événements majeurs. Malgré son despotisme éclairé, Kangxi (Khang Hi) connut la fin de son règne ternie par les intrigues qui opposaient ses héritiers présomptifs. En nommant au départ son fils Yinreng comme prince héritier à 2 ans, Kangxi décida de changer d’avis et de choisir finalement pour lui succéder son 14 ème fils, le prince Dân Trinh (Yinti). 

Il rangea  secrètement derrière le panneau transversal portant la devise « La très grande rectitude », une boîte contenant ses recommandations suivantes: Truyền vị thập tứ tử ( léguer le pouvoir à mon 14 ème fils) car c’est son fils préféré. Selon l’on-dit, lorsque Kangxi était  gravement malade et éloigné de son fils Yinti en campagne dans la région de Xinjiang, son quatrième fils, le prince Yingzheng profita de cette situation pour saisir la boîte et modifier le contenu en supprimant le mot « thập »(dix), ce lui permit de devenir empereur. Selon certaines rumeurs, après la modification, il se réfugia dans le jardin pour vérifier l’état de santé de Kangxi. Il lui donna entre-temps à boire un bol de ginseng douteux. Pour certains historiens, la mort subite de Kangxi est attribuée à la responsabilité de Yingzheng (Dân Chính) et continue à alimenter les conversations des gens. A peine intronisé en 1723 sous le nom de Yongzheng (Ung Chính), il s’empressa d’éliminer ou d’exiler tous ses opposants potentiels (ses demi-frères et leurs partisans). Soucieux du problème de succession dont il prit connaissance lors de son propre avènement, il mit en place un système ingénieux permettant au souverain en titre de choisir secrètement et sans contestation son successeur en rédigeant une lettre de recommandation désignant le successeur en deux exemplaires, l’un rangé dans une boîte placée derrière le fameux panneau transversal, l’autre porté toujours par l’empereur en titre. En cas du décès de celui-ci, il est possible de chercher l’exemplaire rangé dans la boite et de le comparer avec celui que portait l’empereur décédé pour introniser le nouveau empereur. Aucune contestation n’est possible. Ce système de nomination continue à être maintenu jusqu’au règne de Xianfeng (Hàm Phong). Il est tombé en désuétude car l’empereur Xianfeng avait avec l’impératrice Ci xi, un seul fils, l’empereur Tongzhi (Đồng Trị). Afin de maintenir astucieusement la régence, elle abolit carrément ce système par la désignation successive des empereurs enfants Guangxu (Quang Tự) et Pu Yi (Phổ Nghi).  (SUITE)

 

 

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