Les Lôlô ( Dân tộc Lôlô)

 

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Etant connus en Chine sous le nom de Yi et appelés aussi Mùn Di, Màn Di, La La, Qua La, Ô Man, Lu Lộc Mà par les Vietnamiens, les Lô Lô font partie du groupe linguistique tibéto-birman. Ils vivent nombreux dans les régions montagneuses de la Chine (Sichuan, Yunnan, Guizhou et Kouang Si) sauf une petite minorité originaire de Yunnan qui s’installa dans le Haut Tonkin du Vietnam (Hà Giang,  Đổng Vạc, Cao Bằng et Lào Cai)  lors des deux flux migratoires ayant eu lieu au 15ème et au 18ème siècle. La population de ce groupe ethnique s’élève actuellement à peu près de 4300 individus au Vietnam. Selon les ethnologues, les Lô Lô sont les descendants du peuple nomade et éleveur de moutons Qiang ( Khương tộc ) ayant émigré du sud est du Tibet pour s’établir au Sichuan (Tứ Xuyên)  et au Yunnan (Vân Nam). 

L’une des 54 minorités ethniques au Vietnam


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À l’époque des Printemps et Automne (Xuân Thu), ce peuple était toujours en guerre avec les habitants du fleuve Jaune (Hoàng Hạ), les ancêtres des Chinois. Leur expansion fut stoppée par le duc de Mu (Tần Mục Công) qui régna sur l’état du Qin entre -660 et -621 et qui fut l’un des cinq hegémons (Bá chủ) célèbres de cette période grâce au concours apporté par son chancelier talentueux Baixi Li (Bá Lý Hệ).

Dans le groupe ethnique Lô Lô, il y a deux groupuscules: les Lô Lô bariolés (Lô Lô Hoa) et les Lô Lô noirs (Lô Lô đen). On arrive à les discerner car chaque groupe porte des vêtements légèrement  différents. Si le costume  féminin des  Lô Lô bariolés est marqué par une veste  au col rond, fendue sur la poitrine et décorée de plusieurs morceaux de tissus  triangulaires ou carrés ayant des couleurs époustouflantes (rouges, vertes, pourpres) visibles sur le corps et sur le dos, un bonnet finement orné et un pantalon de couleur indigo  tandis que celui des femmes Lô Lô par une  veste courte et noire au col carré et aux manches colorées (bandes jaunes, roses ou vertes), un fichu et  une jupe. Quant aux hommes,  la tenue est très sobre. Tous vivent de la riziculture inondée et de la culture sédentaire sur brûlis avec le maïs, le riz gluant et le riz ordinaire  dans les districts Đồng Văn, Mèo Vạc,  Bảo Lạc (Cao Bằng) et Mường Khương (Lào Cai).  Ils utilisent dans certains endroits  les champs en terrasses. Leur nourriture principale reste la farine de maïs moulue cuite au bain-marie. Le bouillon ne peut pas être manquant dans leur repas, ce qui nécessite toujours l’usage des bols et des cuillères en bois.                  

彝族  (Dân tộc Lô Lô)

D’une manière générale, les maisons des Lô Lô sont situées dans des endroits  à la fois hauts et secs et surplombant les vallées. Ils préfèrent de vivre à proximité des forêts denses car pour eux les forêts et les ruisseaux sont considérés comme les lieux d’habitation du génie du sol. Ce sont des gens qui aiment vivre en harmonie avec la nature. Ils se servent des hottes à deux bretelles en rotin ou en bambou (giang) pour transporter leurs affaires.  Ils préfèrent de se marier avec les gens de leur ethnie. Ils pratiquent aussi l’exogamie au cas où le mariage a lieu entre les gens des lignages différents. Les Lô Lô sont monogames. La jeune mariée vit dans la famille de son mari. L’adultère est condamnée dans leurs traditions. Par contre, le lévirat est toléré car le jeune frère du décédé peut prendre pour épouse sa belle-sœur. De même, le fils de la tante paternelle est permis d’épouser la fille de l’oncle maternel (cô cậu) mais il est strictement interdit de faire le contraire.
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Dans la famille, tout est décidé par le mari. Les filles héritent des bijoux de leur mère et reçoivent au moment de leur mariage une dot. Quant à l’héritage proprement dit, il revient aux enfants mâles de la famille. Quand une personne est décédée, la famille organise une cérémonie rituelle pour aider son âme de retrouver le chemin qui la conduit vers ses ancêtres. Connue sous le nom de « danse des esprits », cette manifestation rythmée est dirigée par son beau-fils portant sur son épaule un sac contenant une balle en tissu représentant la tête du défunt. Parfois on trouve à la place de la balle  une courge ou un bout de bois sur lequel est dessinée la figure du défunt. Cela montre que les traces de la coutume de la chasse aux têtes restent encore vivaces chez les Lô Lô. Lors des funérailles, ce beau-fils doit porter l’une des extrémités du cercueil. Il lui revient ainsi qu’aux frères de la veuve de jeter les premières poignées de terre dans la tombe du défunt.

Les Lô Lô font une distinction très nette entre les ancêtres proches (moins de 5 générations) et les ancêtres éloignés. (au delà de sixième génération). Pour les ancêtres proches, il y a toujours un autel propre dans chaque famille tandis que pour les ancêtres éloignés, les rites ont lieu dans la maison du chef de la lignée (trưởng tộc).  Analogues aux Vietnamiens, les Lô Lô ont les tambours de bronze dont ils se servent seulement lors des funérailles. Ces tambours sont toujours en couple: un mâle et une femelle. Ceux-ci sont placés sur des supports à côté des pieds du défunt de manière que leurs tympans soient opposés l’un à l’autre. Puis un joueur se tient entre eux et les bat alternativement avec une seule baguette. Un battement pour le tambour-mâle, un autre pour le tambour-femelle, le tout est dans une cadence régulière.

Le joueur doit être un célibataire ou un homme marié dont la femme n’est pas enceinte au moment des funérailles. Etant considéré comme un instrument sacré, le tambour est enterré ou caché dans un endroit à la fois propre et discret. Il n’y a que le chef de la lignée familiale qui connait cet emplacement. Pour les Lô Lô, il y a une légende relative au tambour de bronze:

Il y avait une fois une inondation ayant englouti le pays et ses habitants. Ayant eu pitié pour une fille et son petit frère qui étaient sur le point de mourir, le Ciel se porta à leurs secours en mettant respectivement la fille dans le grand tambour de bronze et le jeune frère dans le petit tambour.  Ces instruments ne furent pas noyés par cette inondation, ce qui permit de les sauver. Après le déluge, ils se réfugièrent dans les montagnes et se marièrent. Ils  étaient devenus ainsi les ancêtres des humains ressuscités.

Analogues aux Vietnamiens et aux Chinois, les Lô Lô fêtent leur nouvel an auquel s’ajoutent d’autres fêtes et d’autres  rites (rite du riz nouveau par exemple). On n’oublie pas de citer aussi la danse au clair de lune, une danse pouvant durer toute la nuit et  réunissant soit une majorité de filles et de garçons du village, soit un groupe de jeunes filles ou de femmes mariées. La danse commence par la formation d’un cercle par les danseurs (ou danseuses). Ceux-ci mettent  les mains  sur les épaules des autres et ils sont accompagnés par des chants et des mouvements simulant les activités quotidiennes comme le pilage et le vannage du riz, la cueillette des fruits ou la broderie etc … Etant la distraction préférée des jeunes, la danse au clair de lune a lieu sur un terrain proche ou au milieu du village et elle peut durer parfois jusqu’à la pointe du jour.

butvietBien que les Lô Lô ne soient pas nombreux au Vietnam, ils se distinguent facilement des autres ethnies par le flamboiement de leurs vêtements et l’attachement profond à la nature. 

minorité Lo Lo (en format pdf)


Références bibliographiques:

  • Ethnic minorities in Vietnam. Đặng Nghiêm Vạn, Chu Thái Sơn, Lưu Hùng . Thế Giới Publishers Hànội 2010
  • Mosaïque culturelle des ethnies du Vietnam. Nguyễn Văn Huy. Maison d’édition de l’éducation. 1997
  • Notes sur quelques danses de minorités ethniques du Nord Vietnam. Phạm Thị Điền. Etudes vietnamiennes. Tome 39 n°3

 

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