Empire de Han Wu Di ( Đế Chế Hán Vũ Đế)

Empire de Han Wu Di

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Sur le plan politique, l’empire de Wudi commença à être mieux affermi dans la mesure où la rénovation du confucianisme offrait la possibilité aux gens ambitieux et brillants de la couche populaire d’accéder à des postes importants dans l’administration qui était jusque-là détenue par la vieille garde constituée essentiellement par les nobles, les taoïstes et les tenants du huanglao. Grâce au concours d’examen, le mérite remplaçait désormais les privilèges de la naissance. Mais son empire n’était pas encore à l’abri d’une rébellion et des rivalités qui continuaient à aller bon train dans la cour des Han. L’échec du séparatisme (en -122 avant J.C.) du seigneur Liu An, connu pour son oeuvre encyclopédique Huainanzi (Hoài Nam Tử) sur les connaissances de l’époque, témoigna de la difficulté de mettre au pas la noblesse, même après une quinzaine d’années de règne de Wudi.

Comme son père, l’empereur Jindi (Hán Cảnh  Đế) , eut connu sous son règne, la révolte organisée par la coalition de sept royaumes montée en -154 avant J.C. par le prince Wu, Wudi décida de mener à son terme le démantèlement systématique des fiefs des seigneurs dans le but de parer à toute tentative de rébellion. Désormais, l’apanage ne revenait pas seulement au fils aîné du roi vassal décédé mais il devait être partagé entre tous les fils de ce dernier. Ceux-ci ne jouaient aucun rôle politique à part le privilège de la fortune que leur fief leur procurait. Par ce morcellement astucieux, il suffit de quelques générations de succession pour faire disparaître des principautés importantes et disperser leurs forces. De plus, il nomma pour chaque région, un inspecteur itinérant (thứ sử) chargé de contrôler et de superviser non seulement les familles puissantes mais aussi les préfets. Quant aux rivalités de la cour, Wudi sut en tirer parti avec habileté en favorisant la confrontation et la compétition de ses conseillers dans les débats parfois stériles afin de consolider un pouvoir central puissant mais juste et moral.

En nommant un secrétariat chargé d’examiner les rapports et les pétitions des ministres, il ôta de facto le rôle du premier ministre. C’est dans cette optique qu’il renforça le caractère autocratique de son règne. Il ne pardonna aucune faute lorsque l’un de ses conseillers ou de ses généraux l’ont commise.

C’est le cas de l’extraordinaire archer Li Guang (Lý Quảng) surnommé « le général volant » par les Xiongnu. Il fut dégradé pour commettre la faute de s’être égaré dans le désert avec ses soldats lors d’un engagement contre les Xiongnu. Mais sa peine put être commuée par une amende de substitution. Le rachat des peines et des amendes était très fréquent à l’époque Han. Même la plaidoirie de la défense risqua de mettre en péril également la vie du défenseur car il était accusé de tromper l’empereur. C’est le cas de l’historien célèbre Sima Qian (Tư Mã Thiên) qui  fut condamné à la castration pour défendre la famille de l’officier Li Ling (Lý Lăng), petit-fils du général Li Guang, taxé de rejoindre les Xiongnu. Les mesures prises par Wudi dans bien des domaines témoignèrent des pires méthodes légistes. Ses conseillers et ses généraux étaient à la merci de ses appréciations. Ils purent  être démis facilement de leur fonction pour des fautes vénielles avant d’être promus ailleurs. Récompenses et punitions faisaient partie de la ligne de conduite que Wudi adopta pour ses collaborateurs. Leur crainte permit à Wudi de développer son art de gouverner à bon escient. Il est rare de trouver sous le règne de Wudi des officiels conservant leur poste au delà de cinq ans excepté Gongsunhe, son ministre des équipages pouvant garder son poste pendant plus trente ans. Il n’y a que l’érudit Dong Zhongdhu qui sut se retirer de la cour au bon moment pour éviter la disgrâce.

Sur le plan économique, sur les conseils de Sang Hongyang (Công Tôn Hoằng), il abolit la loi permettant les riches de battre la monnaie, d’extraire du sel par évaporation et de couler de la fonte. Désormais, l’état monopolisa ces opérations afin d’accroître ses revenus. Pour aider les paysans, l’état achetait certaines marchandises en surabondance lorsque leurs prix baissèrent et les revendit à meilleurs prix en cas de pénurie. Cette mesure avait pour but de contrôler les fluctuations des prix et d’empêcher les spéculations des grands marchands. C’est aussi à l’état d’assurer le contrôle de la circulation des denrées par l’intermédiaire des junshu (ou bureaux des transports de l’état). Wudi créa une taxe sur les biens ( charrettes, bétail, bateaux etc..) des commerçants et des usuriers qui étaient responsables de la déclaration de leurs capitaux. En cas de fraude, ils risquèrent de perdre leurs biens et d’être punis par deux ans de service militaire à la frontière. Selon les documents de l’historien Sima Qian, le début de son règne fut favorisé par les six décennies de la reprise graduelle des forces productives encouragée par ses prédécesseurs. La caisse de l’état accusait un excédent. La population était bien vêtue et nourrie. Ce début de règne était connu comme la période yang où il y avait la stabilité politique en même temps que l’abondance de la nourriture pour toute une population estimée à plus de 50 millions d’habitants selon le premier recensement à grande échelle en l’an 2 après J.C. évoqué par Sima Qian dans ses mémoires historiques. Selon le sinologue français, Marcel Granet, la politique adoptée par Wudi réflètait bien le caractère révolutionnaire. Wudi sut s’intéresser seulement à son intérêt immédiat, tenta de trouver des solutions au cas par cas aux problèmes urgents, délaissés une fois résolus et se servit des collaborateurs pour une courte durée dans le but d’obtenir le résultat escompté. Lorsque ceux-ci étaient connus pour leurs exploits et devenaient trop « dangereux », il décida de les éliminer. La méfiance d’un tyran entouré par des conseillers légistes n’ayant aucune grande profondeur d’esprit, ne permit pas à la Chine de saisir à cette époque la rare opportunité de devenir un pays solide et organisé.

Son empire pouvait vaciller du jour au lendemain. Les Xiongnu constituaient toujours un souci majeur pour Wudi malgré la politique de heqin adoptée jusque-là par ses prédécesseurs. Leur insoumission et leur insolence continuaient à humilier les Han. Pour défaire un ennemi aussi invisible comme les Xiongnu, Wudi fut obligé de réorganiser son armée et de la rendre plus apte à la mobilité dont l’objectif consiste à déloger l’adversaire et saisir son bétail au coeur de son campement par des raids rapides avec un nombre restreint de cavaliers comme cela a été opéré par les Xiongnu. Pour cela, l’usage du char est abandonné dans les engagements militaires. Puis il faut abandonner la tradition des officiels de porter la robe traditionnelle au profit d’un pantalon pour ne pas être gênés dans leur chevauchée et vaincre les réticences des militaires de monter les chevaux car leur position jambes écartées est assimilée à la position accroupie employée par les gens ordinaires. Cette tactique permet de porter des coups aux Xiongnung mais elle n’arrive pas à les soumettre définitivement. C’est pourquoi Wudi dut opter d’autres mesures parmi lesquelles figurent l’amélioration du réseau routier qui est non seulement l’épine dorsale du système économique mais aussi la clé du succès dans le transport des troupes et des vivres. Il y a désormais sur les routes Han des relais postaux, des écuries pour les chevaux, des auberges pour les fonctionnaires, des hôtelleries pour les voyageurs ordinaires et même des geôles pour les prisonniers. Le réseau routier devient ainsi au fil des siècles le facteur clé de l’expansion militaire et l’outil efficace de la pénétration culturelle des Han. Il n’a d’égal que le réseau romain.


Le règne de Wudi marque l’âge d’or de la dynastie des Han. C’est sous ce règne que le Vietnam fut annexé en 111 avant J.C. C’est la première domination chinoise durant presque 1000 ans. 

Références bibliographiques.

  • Précis d’histoire de Chine. Editions de langues étrangères. Beijing
  • Văn Hóa Nam Chiếu-Đại Lý. Nhà xuất bản văn hóa thông tin. Hànội 2004
  • La grande époque de Wudi. Editions You Feng. Dominique Lelièvre. 2001
  • Lịch sử văn minh Trung Hoa. Will Durant. Nguyễn Hiến Lê dịch. NBX Nhà văn hóa thông tin. 2006

Ce réseau routier nécessite en plus, tout le long de la frontière nord dans la région Gansu, l’installation de plusieurs ganisons, autour de leurs tours de guet dont certaines sont hautes de 18m dans le but de surveiller le mouvement des Xiongnu, de le signaler avec les signaux de fumée, de protéger ceux qui empruntent la route et d’engager des actions défensives en coordination avec l’état major. La victoire des Han dépend d’autres facteurs aussi importants que ce réseau routier. L’approvisionnement des vivres pour les garnisons est souvent un défi quotidien sans parler des difficultés majeures rencontrées par l’armée de Wudi dans la poursuite des Xiongnu au de là de la frontière vers des régions inconnues. Cela exige l’engagement d’un nombre élevé de chevaux et la connaissance du terrain améliorée progressivement par le tracé des cartes et le repérage des points d’eau ainsi que la collaboration des populations locales. Parfois, il est indispensable de reconstituer rapidement la cavalerie en cas de perte importante. On peut citer l’exemple de la campagne du Ferghana contre le Dayuan (Đại Uyển) en l’an 104 avant J.C. Sur les 60.000 soldats engagés et 3000 chevaux emmenés, le général de Wudi, Li Guanli (Lý Quảng Lợi) revint avec 10.000 soldats et 1000 chevaux. Pour cela, la cour des Han dut encourager les gens à élever les chevaux pour la remonte, fixer le prix d’un étalon à un prix standard assez élevé et promouvoir l’introduction de races nouvelles des contrées occidentales. La reconstitution rapide de la cavalerie s’avère indispensable dans les expéditions lointaines. Elle n’est pas étrangère au nombre de haras en constante augmentation et à l’amélioration des fourrages par la plantation de luzerne (Chi linh lăng) dont les graines ont été ramenées par Zhuang Qian (Trương Khiên) lors de sa mission d’exploration en Asie centrale. C’est par celle-ci que Zhuang Qian a découvert dans la vallée de Ferghana (Ouzbékistan d’aujourd’hui) les magnifiques chevaux qui suaient le sang (*)(ngựa hãn huyết) et a ramené en -114 avant J.C. quelques spécimens de la même race offerts par les Wusun, les alliés de Wudi en Asie centrale. Leur taille, leur vitesse et leur force plurent tellement au grand amateur de chevaux qu’était Wudi. Mais leur exploit est supposé moins performant que celui des Dayun (Ferghana). Grâce aux sabots plus durs, les chevaux des Dayun peuvent parcourir mille li par jour. Envieux d’avoir les chevaux de ces derniers, Wudi organisa l’expédition militaire contre le Dayuan ayant eu tort de refuser de les lui offrir en échange des cadeaux. Il n’hésita pas à donner plus tard à ces équidés le nom de « chevaux célestes »(tianma)(thiên mã).

Ceux-ci devenaient ainsi le symbole de puissance et de prestige car Wudi se sentit humilié et vexé par le refus d’un petit royaume perdu dans la vallée de Ferghana. Le coût de l’expédition militaire était exorbitant non seulement en équipement et chevaux mais aussi en vies humaines pour un bilan assez mitigé avec une trentaine de chevaux célestes et trois mille étalons et juments plus ordinaires. Pourtant l’armée de Wudi fut triée sur le volet en prenant en grande partie de véritables soldats de métier et des condamnés ainsi que les cavaleries fournies par les commanderies des régions frontalières. Ces soldats enrôlés devaient être capables d’avoir une remarquable endurance physique, d’effectuer de longues marches et d’investir une ville. Selon l’historien Sima Qian, ce n’était pas la mort au combat ou le manque de vivres qui étaient responsables de ces pertes importantes mais seulement la soif et l’obsession des généraux de vouloir gagner la guerre à tout prix car leur vie dépendait de la victoire ou de l’échec de ces opérations. Récompenses et punitions sévères voire condamnations à mort faisaient partie des lots que Wudi leur réservera sans aucune illusion dès leur retour en Chine. Des généraux valeureux furent obligés de se suicider ou se rendre à l’ennemi ( Li Quian, Li Ling, Li Guanli etc…). La campagne de Ferghana était bouclée seulement en un an (Printemps de l’année -102 -Printemps de l’année -101).

Naissance de la route de la soie

Désormais, après la campagne du Ferghana, tous les royaumes situés sur le passage emprunté par l’armée Han ( connu plus tard sous le nom de la « route de la soie » ) acceptaient la vassalité de la Chine excepté les Xiongnu. Pour combattre ces derniers, Wudi tenta de chercher d’abord des alliances avec les ennemis de Xiongnu, les Da Yuezhi (ou grands Yuezhi) en envoyant une délégation conduite par Zhang Qian en Asie centrale en -139. Finalement ce dernier ne réussit pas à remplir sa mission car il fut retenu par les Xiongnu pendant 10 ans avant de parvenir à s’évader pour découvrir durant sa fuite le Ferghana (Dayuan), la Sogdiane (région de Samarcande), la Bactriane (l’actuel Turkménistan) et le nord de l’actuel Afghanistan. Par contre, lors de son retour en Chine en l’an -126 avant J.C., il fit le rapport à Wudi. Cela lui permit de découvrir les pays que Zhan Qian a visités et lui évoquer non seulement la possibilité de rejoindre le royaume de Shendu (l’Inde) à partir de Shu (Sichuan, Tứ Xuyên) mais aussi la puissance d’un empire lointain de nom Daquin (empire romain). À défaut de trouver des alliés contre les Xiongnu, il était possible de trouver désormais des partenaires commerciaux s’intéressant aux produits chinois: soie, objets en laque, outils en fer etc.. en échange du jade, des chevaux et de la fourrure. La route de la soie était ainsi née et devenait le lien entre l’Orient et l’Occident. C’est seulement en l’an -115 que Zhang Qian fut chargé de nouveau par Wudi pour une nouvelle mission diplomatique dans les contrées occidentales. Cette fois, il réussit à ramener non seulement la grande variété des plantes et des produits naturels (luzerne, le vin, le raisin, les noix, les grenades, les fèves, les lainages, les tapis etc… ) mais aussi des éleveurs de chevaux, les Wusun. Impressionnés par la splendeur et la richesse de la cour des Han, ceux-ci acceptèrent de s’associer plus tard à l’entreprise proposée par Wudi et reconnurent implicitement la suzeraineté de la Chine. Cette alliance fut suivie par l’envoi d’une princesse chinoise de sang royal au roi des Wusun qui avait l’occasion de signaler deux fois à Wudi les intentions belliqueuses des Xiongnu durant cette alliance.

 

DEUX MONDES, DEUX PUISSANCES:

Vers l’an 100 après J.C., l’empire des Han était comparable à celui de Rome. L’économie du premier était basée essentiellement sur les paysans tandis que celle du second reposait sur l’esclavage.

(SUITE:  Annexion des royaumes du Sud: Nan Yue et Ye Lang)

 

 


(*) Cette sueur est liée à la présence d’un parasite provoquant des hémorragies.