Concubines sous la dynastie des Nguyễn (Cung tần mỹ nữ)

English version

Trong cunq quế âm thầm chiếc bóng
Ðêm năm canh trông ngóng lần lần
Khoảnh làm chi bầy chúa xuân
Chơi hoa cho rữa nhị dần lại thôi.

Dans le gynécée royal, je suis toute seule avec mon ombre
Tout le long de la nuit, j’attends avec impatience sa visite
Plusieurs printemps ont été partis instantanément
Il cessait de venir et je suis comme une fleur qui se fane.

Ôn Như Hầu

Hormis Gia Long, le fondateur et Bảo Ðại, le dernier empereur de la dynastie des Nguyễn, aucun empereur de cette dynastie n’accordait à son épouse principale le titre d’impératrice durant son règne. Aucun document historique trouvé jusqu’à nos jours ne nous permet de connaître les raisons de ce refus systématique depuis la mise en application du décret de l’empereur Minh Mạng. Par contre, celle-ci reçut seulement ce titre après sa disparition.

Malgré cela, elle était considérée toujours comme la première dame (Hoàng Qúi Phi) dans un gynécée fortement hiérarchisé dans lequel on compta neuf rangs à partir du règne de l’empereur Minh Mạng :

1ère concubine impériale ( Nhất giai Phi ) ( 1er rang )
2ème concubine impériale ( Nhị Giai Phi ) ( 2ème rang )
concubines supérieures ( de 3ème à 4ème rang ) (Tam Giai Tân và Tứ Giai Tân ) simples concubines ( de 5ème rang à 9ème rang ) ( Ngũ Giai Tiếp Dư , Lục Giai Tiếp Dư, Thất Giai Quí Nhân, Bát Giai Mỹ Nhân, Cữu Giai Tài Nhân ).

Venaient ensuite les Dames de la Cour, les suivantes, les servantes subalternes. On estime que ces femmes constituaient avec les eunuques, les reines mères et l’empereur une société minuscule dans la cité pourpre interdite de Huê’. Le statut de ces femmes (même celui des servantes), quoi qu’il fût, s’élevait considérablement lorsqu’elles donnaient naissance à un fils. En parlant de ces concubines, il est impossible de ne pas évoquer l’histoire d’amour de Nguyên Phi, la future impératrice Thừa Thiên Cao Hoàng Hậu avec le prince Nguyễn Ánh, le futur empereur Gia Long. Celui-ci, vaincu par les Tây Sơn (ou les paysans de l’Ouest) en automne 1783, fut obligé de se réfugier dans l’île Poulo Condor (Phú Quốc). Il dut envoyer son fils Nguyễn Phúc Cảnh, âgé de 4 ans et accompagné par l’archevêque Pigneau de Béhaine en France pour demander l’aide militaire auprès du roi Louis XVI (traité de Versailles 1787) et se réfugier à Bangkok ( Thailande ) dans l’attente des renforts français. Avant l’heure de séparation, il s’empressa de couper en deux une barre d’or et remit à son épouse, Nguyên Phi, la moitié en lui disant:

Notre fils est déjà parti. Je suis sur le point de te quitter pour m’installer en Thaïlande. Tu restes ici pour t’occuper de notre reine mère. Je ne connais ni la date de mon retour ni le lieu de nos retrouvailles. Je te laisse la moitié de cette barre d’or comme le gage de notre amour. On aura l’occasion de se revoir plus tard si Dieu m’aura permis de vaincre les Tây Sơn.

Nguyễn Triều

Durant les années d’exil et d’échecs de Nguyễn Ánh dans la reconquête du pouvoir, Nguyên Phi continua à servir et à entretenir avec soin sa belle-mère, la reine Hiếu Khương (l’épouse de Nguyễn Phúc Luân) et à confectionner elle-même les uniformes pour les recrues. Elle arriva à surmonter toutes les difficultés réservées à sa famille et montra son courage et sa vaillance pour s’échapper des pièges tendus par ses adversaires.

Grâce à sa persévérance et à son obstination, Nguyễn Ánh arriva à vaincre les Tây Sơn en 1802 et à devenir notre empereur Gia Long. Au lendemain de ses touchantes retrouvailles, il interrogea son épouse Nguyên Phi sur la moitié de la barre d’or qu’il lui eut remise au moment de leur séparation. Celle-ci alla la chercher et lui la remit. En revoyant la moitié de cette barre dans son état luisant, l’empereur Gia Long fut tellement ému et dit à son épouse Nguyên Phi:
Cet or que tu a réussi à garder dans sa splendeur durant nos années difficiles et mouvementées montre bien que nous étions bien bénis par la grâce de Dieu pour pouvoir être ensemble aujourd’hui. Il ne faut pas oublier cela et il faut en reparler à nos rejetons.

Puis il réassembla les deux moitiés de la barre d’or et remit la barre dans son intégralité à Nguyên Phi. Cette barre d’or devint plus tard, sous le règne de Minh Mạng, non seulement le symbole de l’amour éternel du prince Nguyễn Ánh avec son épouse Nguyên Phi mais aussi un objet de vénération trouvé sur l’autel de l’empereur Gia Long et de l’impératrice Thừa Thiên Cao Hoàng Hậu dans le temple Ðiện Phụng Tiên de la cité pourpre interdite de Huế.

Personne ne s’étonna que, grâce à sa fille Ngô Thị Chánh, l’ancien général des Tây Sơn, Ngô Vân Sở, ne fut pas exécuté sommairement par l’empereur Gia Long lors de sa victoire sur les Tây Sơn car sa fille était la concubine préférée du prince héritier Nguyễn Phúc Ðảm, notre futur empereur Minh Mạng. Quand celui-ci accéda au pouvoir, il n’hésita pas à accorder à cette concubine toutes les faveurs jusque-là réservées uniquement pour son épouse principale. Celle-ci, de son vivant, eut l’occasion de dire souvent à l’empereur :

Même si vous m’aimez tellement, le jour où je serai décédée, je me retrouverai toute seule dans la tombe avec les mains vides.

C’est pourquoi, lorsque celle-ci mourut quelques années plus tard, l’empereur se déplaça jusqu’au lieu de son enterrement tout en prenant avec lui deux taëls d’or. Il demanda ensuite à l’eunuque d’ouvrir les deux mains de la concubine. L’empereur déposa lui-même dans chaque paume un taël d’or et il resserra fortement les deux mains de sa concubine en disant avec émotion:
Je te donne deux taëls d’or pour que tu ne partes jamais avec les mains vides.
Cet amour, on le retrouva une cinquantaine d’années plus tard chez l’empereur poète Tự Ðức. Celui-ci composa, lors de l’obsèque de sa concubine préférée, un poème intitulé “Khóc Bằng Phi” dont les deux vers suivants immortalisaient l’amour et les sentiments que l’empereur Tự Ðức avait réservés pour sa concubine Bằng Phi:

Ðập cổ- kính ra, tìm lấy bóng
Xếp tàn-y lại để dành hơi
Je brise l’ancien miroir pour chercher ton ombre
Je serre tes habits fanés pour garder ta chaleur.

Sous la dynastie des Nguyển, le gynécée prit une dimension importante, Pour consolider son autorité et fidéliser ses subordonnés, l’empereur Gia Long lui-même n’hésita à mettre en place la politique d’alliance en prenant pour concubines la plupart des filles de ces derniers, ce qu’a révélé son confident, le mandarin français J.B. Chaigneau dans ses “Souvenirs de Huê’ 1864”. Mais quelquefois, la concubine de l’empereur peut être issue d’un milieu différent. C’est le cas d’une concubine de l’empereur Thành Thái, le père de Duy Tân. Celle-ci fut la passeuse d’un bac dans la région de Kim Long, connue pour le charme et la grâce de ses habitantes. C’est pourquoi on n’hésita pas à chanter souvent la chanson populaire suivante pour évoquer l’amour idyllique que l’empereur Thành Thái avait réservé pour la passeuse charmante du bac et son audace de se déguiser en un simple voyageur pour visiter Kim Long:

Kim Long có gái mỹ miều
Trẩm yêu trẩm nhớ trẩm liều trẩm đi

Kim Long est connue pour le charme de ses habitantes,
J’aime, je pense, j’ose et je pars.

Encouragée par ce conseil téméraire, la passeuse du bac répondit promptement: Oui Heureux de connaître le consentement de la passeuse, Thành Thái s’éleva, se dirigea vers la passeuse et lui dît avec tendresse:
Ma chère concubine, tu peux te reposer. Tu me laisses le soin de te remplacer pour conduire ce bac.
Tout le monde fut surpris par ces paroles et sut enfin qu’on fut en face du jeune empereur Thành Thái, connu pour ses activités anti-françaises, déchu et exilé plus tard par les autorités françaises à l’île de la Réunion à cause de ses excès et de sa “folie”. Une fois, le bac atteignant la Rivière des Parfums et stationnant à l’embarcadère Nghình Lương, Thành Thái demanda aux voyageurs de payer le ticket et conduisit la jeune passeuse dans sa cité interdite.

D’une manière générale, les concubines vivaient entourées de Dames de Cour, d’eunuques et consacraient leur temps à la broderie et au tissage. Certaines décédaient sans avoir jamais reçu la faveur de l’empereur, sans jamais être sorties du palais.

 

Un poète célèbre du 18ème siècle Nguyễn Gia Thiều connu souvent sous le nom Ôn Như Hầu (à cause de son titre), avait dénoncé l’injustice infligée à ces femmes, leur tristesse et leur isolement dans son oeuvre “Cung Oán Ngâm Khúc” (ou Tristesse du Palais). D’autres jouissaient du statut de favorite mais aucune ne pouvait égaler Ỷ Lan, la favorite du roi Lý Thánh Tôn de la dynastie des Lý qui avait assumé la régence du royaume avec brio durant la campagne menée contre le Champa par son mari.

 

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