Conflits larvés avec le Việtnam (Thaïlande)

Version vietnamienne


Il y a des victoires et des défaites de chaque côté. En conduisant une armée de 20.000 hommes et une flotte, Taksin réussit à chasser après un siège de dix jours, Mo Shi-Lin (Mạc Tiên Tứ en vietnamien) le fils de Mạc Cửu) de Hà Tiên. C’est un allié chinois de poids des seigneurs Nguyễn et le protecteur du fils du dernier roi de la dynastie d’Ayutthaya, Chao Chuy (Chiêu Thúy). Celui-ci continue à être l’un des compétiteurs éventuels à la couronne et un sujet d’inquiétude journalière pour Taksin. À cause de ses revers militaires à Châu Đốc et dans la région de Sadec, Taksin fut obligé d’accepter le traité de paix offert par Mạc Thiên Tứ et d’abandonner Hà Tiên en ruines en échange du retour du prince Chiêu Thúy, de la remise en liberté de la fille de Mạc Thiên Tứ capturée au moment de la chute de Hà Tiên et du maintien sur le trône cambodgien un roi pro-Thaï de nom Ang Non. Dès son retour, Chiêu Thúy fut exécuté ainsi que son frère capturé au Cambodge. Quant au seigneur Nguyễn Phúc Thuần (connu plus tard sous le nom Duệ Tông ), mis en difficulté par la révolte des frères “Tây Sơn (Paysans de l’Ouest)”, il fut obligé de cautionner cet accord et de laisser temporairement aux Thaïs le champ libre dans leur politique d’expansion territoriale sur le Laos et le Cambodge. Mais le trêve fut de courte durée pour Mạc Thiên Tứ car entre-temps, il fut poursuivi par les Tây Sơn ayant réussi à prendre Gia Định (ou Saïgon) en 1776 et à capturer le seigneur Nguyễn Phúc Thuần à Cà Mau. Il dut trouver refuge avec sa famille et ses subordonnés auprès de Taksin à Thonburi (Thailande). Mais ce dernier, obsédé et habité par tant de soupçons et de méfiance, finit d’exécuter sa famille et ses subordonnés parmi lesquels figurait le prince Tôn Thất Xuân. Pour préserver sa dignité et son honneur, Mạc Thiên Tứ se suicida en septembre 1780 en avalant une rondelle d’or. La méfiance de Taksin est de plus en plus envahissante jusqu’au point où elle devient une maladie mentale accompagnée par un comportement paranoïaque et tyrannique.

Rạch Gầm- Xoài Mút

Tableau du Musée national de Saïgon

C’est l’un des traits communs des grands hommes politiques (Ts’ao Ts’ao ( Tào Tháo) des Trois Royaumes, Qin Shi Huang Di (Tần Thủy Hoàng) par exemple). C’est cette méfiance qui le pousse à emprisonner plus tard ses proches en particulier la famille de son gendre Chakri qui était en train de s’engager dans une campagne militaire au Cambodge contre les Vietnamiens du jeune prince Nguyễn Ánh. Chakri ( futur roi Rama 1er) fut obligé de pactiser avec les lieutenants de Nguyễn Ánh, Nguyễn Hữu Thùy et Hồ văn Lân. Ceux-ci lui envoyèrent un couteau, une épée et un drapeau en signe de leur soutien contre Taksin. Ayant réussi de rentrer à temps au moment où éclata un coup d’état renversant ce dernier, le général siamois Chaophraya Mahakasatsuk (ou Chakri) devint ainsi le roi Rama 1er et le fondateur de la dynastie Chakri. Son avènement permet de clore la dynastie de Thonburi et de la remplacer par la nouvelle dynastie avec le transfert de la capitale à Bangkok. C’est ici que le roi Rama 1er tenta de restaurer le style Ayutthaya à travers son palais royal (Bangkok). L’installation de la nouvelle capitale ne correspond pas à un renouvellement de l’art siamois. Rama 1er s’intéressa à poursuivre l’oeuvre inachevée de Taksin le Grand dans la marche vers l’Est. Il n’hésita pas à monter une expédition militaire pour aider le prince héritier Nguyễn Ánh dans sa lutte contre les Tây Sơn. Malheureusement, cette expédition vietnamo-siamoise fut écrasée en 1783 dans les arroyos Rạch Gầm- Xoài Mút de la province Tiền Giang d’aujourd’hui par le roi stratège Nguyễn Huệ. De l’armée siamoise constituée d’au moins de 50.000 hommes et de 300 jonques au départ, il ne restait que 2000 hommes ayant réussi de passer par le Cambodge pour rentrer en Thailande.

Profitant de la méconnaissance géographique du terrain (đia lợi) et de la sous-évaluation militaire des ennemis, Nguyễn Huệ évita l’engagement frontal à Sadec et réussit à faire échouer très vite l’invasion siamoise dans les arroyos proches de Mỹ Tho. Nguyễn Huệ avait besoin d’une victoire éclair car il savait que les Trịnh au Nord Vietnam pouvaient profiter de cette occasion pour envahir Qui Nhơn dans le centre du Vietnam.

Traqué comme une bête fauve et plongé dans l’abîme de tristesse, Nguyễn Ánh fut obligé de s’exiler à Bangkok, accompagné d’une trentaine de mandarins et d’environ 200 soldats pour une courte durée (de 1785 à 1787). Puis il fut rejoint plus tard par les 5000 soldats du général Nguyễn Huỳnh Đức. Selon le professeur vietnamien Bùi Quang Tùng (1), beaucoup de réfugiés préférèrent de rester en Thailande et de se marier avec les Siamoises.

(1) Bùi Quang Tùng: Professeur, membre scientifique de EFEO. Auteur de plusieurs ouvrages sur le Vietnam.


Bibliographie

Pool, Peter A.: The Vietnamese in Thailand, Cornell University Press. 1970. 180pp

The diplomatic worldviews of Siam and Vietnam in the pre-colonial period (1780s – 1850s). Morragotwong Phumplab, National university of Singapore, 2011.

Đại Nam Thực Lục (7 fascicules).

 

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