Le bouddhisme vietnamien (Phật Giáo Việt Nam)

English version

On ne connaît pas avec exactitude la date d’introduction du bouddhisme au Vietnam mais par contre, on est certain que cette nouvelle foi a pénétré au Vietnam par voie maritime par le détroit de Malacca. Le bouddhisme vietnamien est avant tout le bouddhisme Mahayana (Grand Véhicule ou Ðại Thừa en vietnamien). 

Il est moins pur, mélangé souvent aux concepts philosophiques du Confucianisme et du Taoïsme. Comme le Vietnam est situé sur la route de pélérinage entre la Chine et l’Inde, la plupart des lettrés vietnamiens furent à cette époque des moines bouddhistes qui connaissaient bien le Chinois et le Sanskrit. Lorsque le Viêt-Nam se constitua en état indépendant en 939 à la chute de la dynastie des Tang, ce furent les moines bouddhistes, qui seuls détenteurs véritables du savoir, aidèrent les premières dynasties à consolider leur pouvoir.

Beaucoup d’entre eux occupèrent des postes politiques importants, tels Ngô Chấn Lưu et Ðặng Huyền Quang. Ils fournirent aussi les premiers poètes et prosateurs du Vietnam. On peut dire que la littérature vietnamienne était constituée en grande partie, sous la dynastie des Lê antérieurs et des Ly’, des poésies savantes et d’inspiration bouddhiste composées par des bonzes dont Lạc Thuận et Vạn Hạnh faisaient partie. Le premier fut chargé par le roi Lê Ðại Hành de recevoir l’ambassadeur chinois Li Jiao (ou Lý Giác). Pour faire passer le fleuve à ce dernier, le moine Lạc Thuận se déguisa en sampanier.

En voyant deux oies sauvages jouer sur la crête des vagues, Li Jiao se mit à chanter:

Ngỗng ngỗng hai con ngỗng
Ngữa mặt nhìn trời xa
Des oies sauvages, voyez ces deux oies sauvages!
Elles dressent la tête et se tournent vers l’horizon!

Le moine Lạc Thuận n’hésita pas à achever le quatrain sur les mêmes rimes tout en continuant à ramer:

Nước biếc phô lông trắng
Chèo hồng sóng xanh khua
Leurs plumes blanches s’étalent sur les eaux glauques
Leurs pattes roses, telles des rames, fendent les flots bleus.

Le parallélisme des idées et des termes et surtout la rapidité de l’improvisation du moine Lạc Thuận frappèrent d’admiration l’ambassadeur chinois. Quant au second, le bonze Vạn Hạnh, il aida le roi Lý Công Uẩn à éliminer les Ðinh décadents et à fonder la dynastie des Lý (1009-1225) qui transféra la capitale à Thăng Long (actuelle Hànội). Vạn Hạnh fut non seulement un homme politique talentueux mais aussi un moine poète. La dynastie des Lý dut beaucoup son avènement à l’influence et aux conseils de ce bonze, ce qui expliqua la prééminence du bouddhisme à partir de cette date. Il devint ainsi la religion d’état avec une église dirigée par un maître spirituel du royaume (ou Quốc Sư). Beaucoup de souverains de cette dynastie appartenaient à des sectes Thiền (ou zen en japonais ou tchan en chinois).

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Ils favorisèrent grandement le bouddhisme, en particulier le roi Lý Thái Tôn qui, en 1031, après sa victoire sur le Champa, fit construire plus de cent cinquante monastères sans parler de la construction de la célèbre pagode au pilier unique (ou Chuà Một Cột) à la suite d’un rêve. Malgré l’influence bienfaisante du bouddhisme, pour les besoins d’une organisation méthodique et d’une administration efficace du pays, la dynastie des Lý dut adopter le modèle chinois à tous les échelons de l’administration: le remaniement de la hiérarchie des fonctionnaires ( 1089 ), la création des examens ( 1075 ), l’institution d’un collège impérial (1076) (ou Quốc Tự Giám ) destiné à l’enseignement des enfants nobles, la création de l’Académie impériale ( 1086 ) etc …

Grâce au développement de l’instruction laïque, les gens lettrés commencèrent à remplacer les moines. De même la diffusion du savoir permit l’éclosion d’une littérature plus variée et plus riche.    

Le bouddhisme s’essouffla et céda le pas au confucianisme seulement à la fin du XIIIè siècle. Cela était dû à plusieurs raisons: la lutte contre les Mongols donnant naissance à une nouvelle classe dirigeante plus confucianiste que bouddhiste dirigée en particulier par le général Hưng Ðạo Vương Trần Quốc Tuấn, l’apparition d’une nouvelle bureaucratie constituée par des lettrés et celle des oeuvres historiques au détriment des recueils bouddhiques.

La proclamation aux officiers (ou Hịch Tướng Sĩ) de Hưng Ðạo Vương Trần Quốc Tuấn ou la Grande Victoire de Chương Dương célébrée par son lieutenant Trần Quang Khải au moyen de ses quatre vers suivants:

Chương Dương cướp giáo giặc,
Hàm tử bắt quân thù
Thái bình nên gắng sức,
Non nước ấy nghìn thu.
Nous avons ravi les lances au port de Chương Dương
Capturé les barbares à l’embarcadère de Hàm tử
Que la paix soit l’objet de nos suprêmes efforts
Cette terre dure à jamais.vehicule

témoignaient de l’éclosion d’une littérature plus riche, nationale et historique. On continua à assister au déclin du bouddhisme jusqu’en 1963, l’année où le bonze Thích Quảng Ðức s’immola par le feu pour protester contre le régime du président Ngô Ðình Diệm au Sud-Vietnam.

Ce sacrifice ne s’avéra pas inutile car cela permit de précipiter la chute de Diệm quatre mois plus tard et de montrer à la nation toute entière que le bouddhisme, malgré son esprit de tolérance et de non-violence, pourrait constituer un contrepoids notable pour combattre toute forme de dictature et de totalitarisme ayant pour but de saper les fondements moraux et les conceptions de la vérité et de la solidarité trouvées dans la civilisation vietnamienne.

Le bouddhisme vietnamien retrouve ainsi depuis quelques décennies non seulement son rôle politique mais aussi sa place prépondérante qu’il a perdue si longtemps.

                                                                                   

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