Thaïlande (Organisation sociale et politique des Thaïs)

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On peut dire qu’aux deux composantes principales de la religion des Thaïs (culte aux génies (Phra) et aux esprits (Phi) et bouddhisme du Petit Véhicule) s’ajoute l’hindouisme. Celui-ci joue un rôle très important en Asie du Sud est asiatique avant que le bouddhisme theravadà réussisse à s’imposer et à embrasser la Birmanie, la Thaïlande, le Laos et le Cambodge.

Il y a autant de génies que d’esprits malveillants dans le panthéon thaï. Cette croyance animiste n’est pas incompatible avec le bouddhisme theravàda car les Thaïs placent les divinités protectrices (les phra) au niveau intermédiaire entre les hommes et les dieux hindous liés étroitement au bouddhisme theravadà. Ils sont en quelque sorte les serviteurs de Bouddha. Le bouddhisme tolère les rites locaux. C’est pourquoi on trouve souvent un petit temple soigneusement entretenu et dédié à Brahma aux quatre visages (Thần Bốn Mặt) aux alentours des bâtiments importants thaïlandais dans le but de permettre à cette divinité d’éloigner les esprits malveillants et de protéger ces lieux. D’autres divinités ne sont pas passées inaperçues dans les endroits publics (pagodes, aéroports, palais royal etc… )

Etant venus tardivement dans ces pays hôtes, les Thaïs devaient assumer au début tous les métiers « ingrats ». Comme leur peau était basanée, les Khmers les appelaient par le nom Syàma (Xiêm La), un mot sankscrit qui signifie « bronzé ». C’est sous ce nom qu’ils furent mentionnés vers 1050 dans l’une des inscriptions chames de Po Nagar (Nha Trang) comme des prisonniers de guerre lors de la confrontation entre les Chams et les Khmers de l’empire angkorien. Ils étaient apparus aussi comme des éclaireurs hardis, des mercenaires de l’armée de l’empire angkorien dont la présence a été rapportée dans l’un des bas-reliefs d’Angkor-Vat. Selon l’archéologue français Bernard Groslier, ils n’étaient que des montagnards turbulents, sans écriture et sans religion. Ils n’avaient aucune chance d’ébranler même les postes frontières de l’empire khmer et des royaumes môn de culture Dvaravati.

Ce n’est pas le cas des Vietnamiens qui commencèrent à bousculer à la même époque le Champa car selon Bernard Groslier, ces derniers constituant déjà une nation remarquablement équipée par la civilisation chinoise durant la longue domination, pouvaient entamer la lutte à armes et à chances égales avec les Chams. Les Thaïs devaient attendre au moins deux siècles pour assimiler les leçons de leurs maîtres avant de pouvoir les remplacer et les surpasser par la suite. En venant du nord et en contact fréquent avec la culture Dvaravati, ils se convertirent très vite au bouddhisme Theravàda (ou Petit Véhicule) ou (Phật Giáo Nguyên Thủy en vietnamien) mais ils continuèrent à garder leur structure sociale organisée en de puissantes chefferies féodales (ou mường).

Pour les Thaïs, la Thaîlande est considérée toujours comme la grande et la puissante chefferie (Mueang des Thaïs libres ou Mường của các người Thái tự do). Même le paradis est organisé en chefferies administrées par des divinités (ou les Devata). C’est ce qui a été rapporté par les Thaïs du Vietnam. Cela concorde avec la remarque d’Alfred Raquez sur la pratique courante des Siamois dans le regroupement de leurs prisonniers en chefferie:

Les Siamois ne semaient pas leurs prisonniers à travers le royaume. Ils les laissaient au contraire groupés, formant des khong à la tête desquels ils plaçaient des chefs de même origine ou naïkhong. Ceux-ci, magistrats suprêmes, réglaient toutes les affaires de la communauté et se trouvaient presque seuls en rapport direct avec les autorités du pays.

La chefferie est à la base de l’organisation sociale, religieuse et politique des Thaïs. Les chefferies sont considérées petites (mường nhỏ) ou grandes (mường lớn) en fonction de leur taille et de leur importance. Cela correspond respectivement à ce qu’on a en France avec le district ou la province. Mais il y a toujours une chefferie centrale (mường luông) vers laquelle convergent les autres chefferies. C’est ce qu’on observe dans l’organisation des chefferies thaïes au Vietnam. Chaque chefferie est dirigée par un chef ou un seigneur issu de l’aristocratie locale ayant en plus un rôle religieux important. C’est lui qui est chargé d’assumer le culte de l’esprit du sol. C’est pourquoi il a une prééminence sur les villageois. Ceux-ci lui doivent non seulement le service armé en cas d’une guerre mais aussi la corvée. Chaque chefferie a ses propres coutumes. Son organisation administrative et militaire ressemble à celle des Mongols qui permet de distinguer les nobles et les guerriers avec le reste (les roitelets et les paysans serfs). Chacun a son grade ou son rang dans un système nommé sakdina (sakdi signifiant pouvoir et na rizière). Supposons que chaque paysan possède 25 rai (quantité de terre équivalente à 1600 m2 ou rẫy en vietnamien ). Un patron de grade 400 en sakdina peut avoir 16 paysans sous ses ordres car 16= 400/25. Quant à un noble ou un seigneur, il peut avoir 400 personnes sous ses ordres si son grade s’élève à 10000 dans le système  sakdina. (400=10000/25). Bref, en fonction de son grade, il peut disposer d’un certain nombre de gens pour le système de corvées civiles et militaires.

Chaque chefferie est constituée de plusieurs hameaux (ou thôn en vietnamien) gérés chacun par un conseil de notables et ayant 40 ou 50 maisons excepté certain pouvant atteindre jusqu’à 100 maisons. Analogues aux Vietnamiens, les Thaïs installent d’une manière générale leur hameau et leur chefferie dans les plaines alluviales (celle de Chao Praya par exemple ) et les régions ayant des cours d’eau importants et propices à la culture du riz inondé, au transport et à l’interconnexion des routes pour faciliter l’échange avec les autres chefferies thaïes.

Art de Sukhothaï (Nghệ thuật Sukhothaï)

 

 

Version vietnamienne

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Avec le premier grand royaume thaï Sukhothai, on voit naître une nouvelle civilisation qui savait tirer profit de la culture indigène sous l’élan d’une personnalité exceptionnelle et aussi marquante qu’était le roi Rama Khamheng. Pour Georges Coedès, les Thaïs étaient de remarquables assimilateurs. Au lieu de détruire tout ce qui appartenait aux anciens maîtres (Môn-Khmers) comme le firent les Vietnamiens lors de la conquête du Champa, les Thaïlandais tentèrent de se l’approprier et de retrouver les thèmes dans les vieux répertoires môn-khmers pour créer un nouveau style propre et particulier en laissant transparaître les traditions locales dans l’architecture (les chedis) et la statuaire (les Bouddhas). Le Mahàyàna fut abandonné désormais en faveur du bouddhisme du Theravàdà auquel était consacrée entièrement l’esthétique thaïlandaise. Celle-ci tira évidemment ses formules iconographiques et plastiques de l’art khmer et de celui du Dvaravati (Môn).

L’éclosion de l’art de Sukhothaï témoigne d’une volonté d’innovation et d’une vitalité remarquable malgré certaines influences cinghalaises, birmanes et khmères. C’est ce qu’on voit dans la grande création de l’iconographie des Bouddhas. Ceux-ci représentés sous la forme humaine étaient sculptés selon des règles très précises que les artistes thaïlandais devaient respecter minutieusement. Selon Bernard Groslier, il y a un peu d’exagération dans la beauté de ces oeuvres afin de pouvoir accentuer la stylisation et montrer l’originalité d’une société nouvelle et dynamique. L’allongement démesuré trouvé dans les bras et les oreilles et la déformation excessive du chignon supérieur rappellent bien le manque du réalisme.

Malgré cela, la sculpture bouddhique de Sukhothai témoigne incontestablement d’un art entièrement original et d’une période où la nation thaïlandaise avait besoin d’une identité culturelle et religieuse et d’une personnalité propre illustrée par l’exemple trouvé dans la création du Bouddha marchant. Sa forme gracieuse  ne peut pas passer inaperçue et  réussit à pénétrer les Thaïlandais. Une fluidité est trouvée dans le mouvement de ce Bouddha. Son allure est à la fois légère et sereine. Sa tête en forme d’ovale, ses sourcils arqués en demi cercle parfait et prolongés par un nez aquilin et long, sa chevelure en bouclette  surmontée d’une longue flamme (unîsa)(tradition cinghalaise), sa bouche entourée par une double ligne (tradition khmère), ses vêtements collés au corps sont les traits caractéristiques de l’art bouddhique de  Sukhothaï.

Sous le règne de Rama Khamheng (ou Rama le Brave), une nouvelle société se forma à partir de l’héritage môn-khmer. Cette société trouva son modèle administratif et social auprès des Mongols. L’écriture thaïe fut créée et basée sur la cursive khmère qui trouvait sa lointaine origine dans l’Inde méridional. Le bouddhisme theravàda fut adopté comme la religion d’état. Malgré cela, l’animisme continua à se perpétuer comme en a témoigné le culte de l’esprit du sol évoqué par Rama Khamheng. Celui-ci installa sur une colline près de Sukhothai un autel dédié à un esprit nommé Phra Khapung Phi, supérieur à tous les autres esprits pour assurer la prospérité du royaume. Cela lui revint la charge d’honorer ce culte tous les ans. C’est aussi cet état d’esprit qu’on a vu encore au début du XXème siècle au Vietnam avec la cérémonie rituelle de Nam Giao (Huế) célébrée par l’empereur car étant le fils du Ciel, il était censé de demander chaque année la protection et la bénédiction du Ciel pour le pays. (idem en Chine avec le temple du Ciel (Thiên Đàn) à Pékin).

On n’est pas étonné de trouver encore de nos jours cette tradition, cette idée de l’esprit supérieur dans le Bouddha d’Eméraude (ou Phra Keo Morakot), palladium de la Thaïlande et protecteur de la dynastie de Chakri dans la chapelle du palais royal à Bangkok. Pour Bernard Groslier, le parallélisme n’est pas gratuit: les Thaï appartiennent au monde primitif de la pensée chinoise. On se pose des questions à cette comparaison car on ne peut pas ignorer qu’analogues à des Vietnamiens, les Thaï faisaient partie du groupe Cent Yue dont la plupart des ethnies étaient des animistes et appartenaient au monde agricole. Ils étaient habitués à honorer le culte des génies du sol, de l’agriculture ou du village avant d’être sous la coupe de l’influence chinoise. Rama Khamheng réussît à nouer des relations diplomatiques avec la Chine de Koubilai Khan. Il favorisa la venue et l’installation des artisans chinois dans la capitale. Avec leur savoir-faire, le royaume de Sukhothai ne tarda pas à être connu avec ses fameuses céramiques de Sawankhalok.

 

 

Royaume de Sukhothaï (Vương Quốc Sukhothaï)

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En Thaïlande, sur la frange nord du bassin du Ménam, deux princes thaïs de nom Po Khun Bangklanghao and Po Khun Phameung réussirent à libérer Sukhothai de l’emprise des Môn et des Khmers en 1239. Po Khun Bangklanghao devint ainsi le premier roi du royaume thaï indépendant Sukhothai dont le nom signifie « l’aube du bonheur ». Mais c’est plutôt à son fils Rama Khamheng la grande tâche d’agrandir le royaume thaï en conquérant non seulement le nord de la Malaisie jusqu’à Ligor (ou Nakhon Si Thammarat) mais aussi des possessions khmères du côté de Luang Prabang (Laos). En même temps dans le nord de la Thaïlande, après l’annexion de Haripunjaya en 1292, un autre prince thaï allié de nom Mengrai, fonda son royaume Lannathai (royaume du million de rizières) en prenant Chiang Mai pour capitale. Rama Khamheng et Mengrai, deux princes thaïs se partagèrent désormais la domination, l’un dans le centre et l’autre dans le nord de la Thaïlande. D’autres petits royaumes thaïs furent crées à Phayao et à Xiang Dong Xiang Thong (Luang Prabang) au Laos. En Birmanie, le royaume de Pagan n’arriva pas à résister à l’invasion des Mongols. Les Thaïs de Birmanie (ou les Shan) profitèrent de cette opportunité pour démembrer le royaume en plusieurs états shan.

 

 

Nguyễn Huy Thiệp (Version Française)

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Cantonné jusqu’en 1986 dans le travail de dessin des illustrations pour manuels scolaires dans un bureau des Editions de l’Education à Hànội, Nguyễn Huy Thiệp, profitant de la nouvelle politique d’ouverture connue sous le nom  » Ðỗi Mới « ( Renouveau ) lors du 6ème congrès du parti communiste vietnamien, publia en Janvier 1987 son premier recueil intitulé « Les vents de Hứa Tát » paru dans le journal prestigieux de l’Association des écrivains nationaux « Littérature et Art ».

Son succès ne tarda pas. Mais il le dut surtout à son recueil intitulé « La retraite du général » quand celui-ci parut en Juin 1987. Cela provoqua non seulement un séisme dans l’opinion publique vietnamienne mais aussi un espoir de voir drainer dans son sillage une nouvelle génération de jeunes écrivains sans compromission et ayant un esprit d’indépendance et de critique qui semble être quasi inexistant jusqu’alors dans la littérature vietnamienne.

Un général à la retraite
Le coeur du tigre
La vengeance du loup
Les démons vivent parmi nous.
Conte d’amour. Un soir de pluie
L’or et le feu
Mon oncle Hoat
 A nos vingt ans

licorneGrâce à ses recueils de nouvelles, Nguyễn Huy Thiệp devint du jour au lendemain la figure de proue de la littérature vietnamienne. Ses lecteurs y compris ceux de la diaspora retrouvèrent en lui non seulement le talent d’un écrivain mais aussi l’audace de briser le tabou et le non-dit entretenus jusqu’alors par les coutumes et par un système tombé en désuétude. On le considère actuellement comme le plus grand écrivain vietnamien. Avec son style très sobre, il arrive à sensibiliser facilement le lecteur car il sait se servir des métaphores et des allusions avec son langage cru pour décrire la réalité d’aujourd’hui du Vietnam, celle de toutes les aliénations formant actuellement le tissu social du pays.

En sélectionnant des situations et des héros types dans ses nouvelles et ses contes, il nous fait découvrir avec effroi toutes les contradictions de la société vietnamienne, toutes les vérités insupportables, le gangrène du Mal, l’effondrement des valeurs morales d’une société. Il ose déballer sur la place publique la débâcle d’un système, fouailler la chair sociale avec son humour noir et son réalisme glacial. Il arrive à nous montrer toutes les facettes de la société à travers ses textes brefs et dépouillés avec le talent d’un conteur et celui d’un écrivain en rupture totale avec la génération des écrivains compromis avec le régime. S’il arrive à construire ses nouvelles avec une facilité étonnante, cela est dû en grande partie à sa jeunesse qu’il a vécue dans le milieu rural avec sa mère et à sa formation d’historien qu’il a suivie à Hànội dans l’université de Pédagogie à partir de 1970. L’oeuvre de l’historien chinois Si Ma Qian (Tư Mã Thiên) a influé énormément sur ses recueils, en particulier sur son style. Il a déclaré un jour en 1990 au journal français Libération: Je ne crois pas qu’on puisse écrire quand on est déraciné. Il a préféré rester au Viêt-Nam dans le but de pouvoir écrire ses recueils, de relever le constat d’un système et d’exprimer la colère et l’exil intérieur d’un être broyé par des années de boue, de guerre et de privations. Bien qu’il ne fasse jamais de politique, il est toujours suspect aux yeux des autorités vietnamiennes car sa parole libre fait trembler les appareils de l’état et il incarne l’expression symbolique de l’état d’âme de tout un peuple à la quête d’un trésor perdu et volé.

Tous ceux qui ont pris sa défense en particulier le directeur de la revue Văn Nghệ ont été limogés. On n’a pas hésité à lancer dans le passé une campagne de dénigrement dans la presse officielle. On lui reprocha la publication de la trilogie à argument historique qui portait atteinte au héros national Quang Trung à travers l’oeuvre « Dignité ». Malgré la censure, les menaces et les intimidations, les journaux courageux continuent à publier aujourd’hui ses recueils dont certains sont déjà parus en français aux éditions de l’Aube.

Les héros de ses recueils sont des êtres aliénés sexuellement, moralement et socialement. Ce sont des gens ordinaires que les aléas de la vie et le système précipitent dans la perversion, l’humiliation, l’abus, la folie et le profit. Dans « Il n’y a pas de roi », le vieux Kiên préfère reluquer en douce sur les jeunes femmes à poil, en particulier sa bru Sinh car à cause de ses 5 enfants qu’il est obligé de nourrir et d’élever, il n’a pas le moyen de se remarier, ce qu’il dit à son fils Ðoai lorsque ce dernier l’a critiqué ouvertement. C’est choquant de voir mourir d’une crise cardiaque dans « La terre oubliée » un homme âgé de 80 ans, Panh qui a tenté d’abattre un arbre pour relever le défi et pour pouvoir épouser une jeune fille de 14 ans qu’il a connue lors de son passage à Yên Châu. Dans  » Un général à la retraite », son héros, le général retraité Thuận ne sait pas retenir sa parole en osant parler devant son supérieur des trois activités formant le modèle économique indispensable dans le système actuel: le jardinage, l’élevage des poissons et des animaux domestiques. Il expie une faute dont il n’a pas su se préserver. Il préfère une mort honorable à la vie ignominieuse. On l’a enterré avec tous les honneurs militaires. C’est un grand homme. Il est mort pour la patrie au cours d’une mission, ce que le général Chương a dit à son fils. On voit se développer à toutes les couches de la société et à tous les niveaux le profit et le copinage. A chaque pays, ses coutumes, ce qu’a dit Mr Thuyết à ses employés scieurs dans la nouvelle « les scieurs de long ». De même, la bru du général Thuận, profitant de son rôle médecin, chargé des avortements et des curetages, récupère les foetus abandonnés qu’elle ramène à la maison tous les soirs dans une bouteille Thermos pour les faire cuire et pour nourrir les cochons et les chiens bergers constituant actuellement une ressource financière non négligeable pour une famille vietnamienne.

Nguyễn Huy Thiệp continue à croquer rageusement le Viêtnam avec ses recueils et ses contes. Comme les gens du Vietnam, il essaie de trouver une solution à ses besoins quotidiens et de donner surtout un sens, une signification à son existence comme son héros Mr Quý dans « Nostalgie de la Campagne (Thương Nhớ Ðồng Quê) »: Être intellectuel c’est être capable de donner un sens à la vie qu’on mène. Malgré un héritage amer, il se contente d’avoir néanmoins sa consolation à travers ses récits et ses contes.

Mais pour combien de temps encore?

C’est une question à laquelle personne n’est capable de répondre.

Seul l’avenir politique du Viêtnam nous le dira. 

Groupe littéraire indépendant (Tự lực văn đoàn)

 
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  • Hoàng Đạo
  • Thế Lữ
  • Thạch Lam
  • Xuân Diệu
  • Tú Mỡ
  • Trần Tiêu etc…

tulucvandoan

Titres des romans connus

Hồn Bướm Mơ Tiên (1933)
Nữa Chừng Xuân (1934)
Ðoạn Tuyệt (1935)
Trống Mái (1936)
Lạnh Lùng (1937)
Tiêu Sơn Tráng sĩ (1937)
Thoát Ly (1938)
Tắt đèn (1939)
Bướm Trắng (1941)

Articles trouvés sur le Net
Anh phải sống (1937)

Tiểu sữ Tự Lực Văn Đoàn 1930-1945

Il est regrettable de ne pas voir figurer les noms de Nhất Linh et Khái Hưng dans les programmes d’enseignement d’aujourd’hui ou dans les anthologies publiées récemment en langues étrangères au Vietnam. Pourtant, ce sont les deux meilleurs romanciers vietnamiens à l’aube du XXème siècle.

On continue à chercher et à s’arracher les rares rééditions parues au Sud-Vietnam d’avant 1975. Malgré leurs thèmes choisis portant d’une manière générale sur l’amour, sur les contorsions sentimentales, sur les drames de la bourgeoisie latifundiaire etc.. à l’époque coloniale, ils continuent à bénéficier pourtant de l’admiration unanime de la jeunesse vietnamienne d’aujourd’hui, en particulier de celle des jeunes Vietnamiens vivant à l’étranger car leurs écrits sont porteurs non seulement d’une culture plus ou moins occidentalisée mais aussi d’un romantisme purement vietnamien. Ils ont réussi à apporter à leurs œuvres un style novateur, à utiliser un vocabulaire simple débarrassé de tous les mots sino-vietnamiens perçus par les jeunes vietnamiens comme des mots savants, à aborder des thèmes susceptibles d’avoir l’adhésion de la jeunesse: l’amour-sacrifice, l’amour impossible, le vague à l’âme etc.. avec un regard à la fois cornélien et romantique à la manière d’Alfred Musset.

« Hồn Bướm Mơ Tiên » (ou Ame de papillon dans un rêve d’immortalité », »Nữa Chừng Xuân » (ou A mi-printemps) » « Ðoạn Tuyệt ( ou La Rupture ) », « Anh phải sống ( ou Tu Dois Vivre ) » etc … continuent à être les best-sellers préférés par la jeunesse vietnamienne d’aujourd’hui. Il n’est pas étonnant de trouver que le thème du sacrifice abordé, il y a eu une cinquantaine d’années, par Khái Hưng dans son oeuvre, est repris récemment par le jeune romancier talentueux « Nguyễn Huy Thiệp » dans son roman Chảy đi sông ơi (ou Coule, coule ô fleuve) malgré un contexte politique tout à fait différent.

On trouve non seulement dans leurs écrits la modernité au niveau d’emploi des propositions, d’adverbes, d’indicateurs de temps qui étaient absents jusqu’alors dans la prose vietnamienne mais aussi au niveau d’emploi des pronoms personnels. Le « moi » fait son entrée ainsi que les mots « anh », « em », « mình », »cậu » qui, auparavant n’étaient pas employés dans la phrase. On note aussi dans la construction de leurs phrases une grande économie des moyens, une clarté inouïe et une grande efficacité.

Issus du milieu urbain, imprégnés dès leur plus jeune âge de la culture française, il n’est pas étonnant de trouver qu’ils s’inspirent dans leurs oeuvres des modèles de Musset, Lamartine, Daudet etc.. lorsqu’on sait que les oeuvres de ces écrivains français firent partie du programme d’études au lycée français Albert Sarraut ( Hà-Nội ) où Khái Hưng fit ses études à l’époque coloniale. Il fut reçu bachelier en 1927 et enseigna au collège Thăng Long tandis que Nhất Linh rentra au Viêt-Nam en 1930 après avoir suivi ses quatre années d’études scientifiques en France.

Sa rencontre avec Khái Hưng au collège Thăng Long fit d’eux du jour au lendemain un couple littéraire célèbre et inséparable. Ils fondèrent ensemble le club Tự Lực Văn Ðoàn (ou Groupe Littéraire indépendant) en 1933. Khái-Hưng, plus âgé que Nhất-Linh de neuf ans, se considérait pourtant comme le « second » de ce couple et se donnait comme pseudonyme « Nhị Linh » car Nhất-Linh était déjà l’auteur de deux romans en 1926 et 1927. Ils ont eu le mérite d’apporter à la littérature vietnamienne la clarté, la concision, la modernité et de savoir donner surtout à cette dernière l’âme du romantisme vietnamien.

Contrairement à d’autres romanciers de leur époque ( Vũ Trọng Phụng, Ngô Tất Tố par exemple ), ils n’avaient pas un regard aussi aigu sur les inégalités sociales, sur les moeurs et les coutumes rurales. Ils n’avaient pas su s’en servir pour combattre et dénoncer ces inégalités. Par contre, ils tentaient de dépeindre avec beaucoup de finesse et de justesse la couche sociale la plus déshéritée sans être obligés de la défendre à cor et à cri.

Est -ce pour cela qu’on leur reproche le manque de combativité et de réalisme, la tiédeur dans leur manière de dépeindre les réalités de la société urbaine et l’imprégnation d’une culture à l’occidentale. Il est certain que l’épisode des Contes de Musset a pu servir de modèle à Khái-Hưng car l’héroïne de la nouvelle « Anh Phải Sống« , la jeune femme du maçon vietnamien Thức, se laissa couler dans les flots comme Madame des Arcis des Contes « Pierre et Camille » d’Alfred de Musset en 1844. Mais Khái-Hưng a eu le mérite de savoir donner à sa héroïne la noblesse et la grandeur dans la tradition vietnamienne.

On ne peut pas remettre en doute non plus leur patriotisme, leur engagement politique auprès des mouvements nationalistes vietnamiens. A cause de leurs orientations politiques nationalistes et surtout à cause de leur simple idéalisme, tous les deux ont péri comme leurs héroïnes respectives dans « Tu dois Vivre » de Khái Hưng et dans  » Une silhouette dans la brume  » de Nhất Linh. Khái-Hưng est décédé en 1947 dans des conditions mystérieuses près du débarcadère Cửa Gà dans le district de Xuân Trường ( province Hà Nam Ðịnh) tandis que Nhất Linh, déçu d’être incompris, s’empoisonna le 7 Juillet 1963 à Saïgon.

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Leur vie, tous les deux ont essayé de la mener comme leurs héroïnes avec un stoïcisme exemplaire. Leur héritage littéraire qu’ils ont laissé au peuple vietnamien est inestimable. En un mot, ce sont non seulement les pionniers de la littérature moderne du Vietnam mais aussi les romanciers les plus romantiques que le Vietnam ait connus.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Être jeune

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Malgré la guerre qui a ravagé ce pays depuis tant d’années, les jeunes vietnamiens continuent à avoir la rage de vivre. Cela étonne énormément ceux qui ne connaissent pas le Vietnam. Dans ce pays, Etre Jeune relève toujours de l’exploit car les conditions de vie sont extrêmement dures et la nature est aussi extrêmement rude et impitoyable, en particulier pour ceux qui vivent dans le Nord et sur les hautes terres du Centre. Il faut savoir résister vaillamment aux intempéries de la nature mais il faut apprendre à vivre aussi avec les créatures sauvages, à ruser, à les combattre.


On commence à travailler très jeune aussi au Vietnam. Dès leur plus jeune âge dans les zones rurales, les garçons gardent les buffles, les font paître sur les diguettes tandis que les filles aident aux travaux de la maison. Très jeunes, à six ou sept ans, elles savent faire cuire du riz, porter leur petit frère, nourrir les cochons et les canards, porter à boire aux animaux familiers ou participer aux travaux artisanaux familiaux. Dans les années où la guerre a pris de l’ampleur, les jeunes étaient chargés aussi de creuser des tranchées le long des diguettes pour s’y jeter à l’approche des avions, vivant dans des souterrains et des tunnels pour échapper aux bombardements. Les filles ont deux fois plus de travaux que les garçons. Ce sont elles qui étaient les premières à être proposées et vendues comme esclaves ou concubines pour quelques kilos de riz lorsqu’on n’arrivait plus à nourrir une famille de plusieurs enfants dans les années 30-40. Le roman de Ngô Tất Tố  » Quand la lampe qui s’éteint », paru en 1930, nous rappelle cette réalité. Pour payer un fonctionnaire corrompu, une paysanne était obligée de vendre sa fille pour une piastre. Si de nos jours, cette pratique est interdite, on constate quand même un grand nombre de jeunes filles prostituées sur les trottoirs des grandes villes. Dans ces dernières, malgré l’enseignement gratuit, beaucoup de jeunes, pour pourvoir à la subsistance de leur famille, doivent vaquer à leurs petits boulots, vendre des cigarettes ou des journaux, ramasser des sacs plastique etc … Les conditions de vie sont aussi lamentables. Beaucoup de jeunes issus des familles de traîne-misère et de la guerre continuent à grouiller toujours dans des enchevêtrements de baraques mal consolidés, sombres et affreusement sales.

Il y aurait 67000 taudis à Saigon fin 1994. C’est le chiffre retenu par les autorités et diffusé par la presse. On retrouve encore les scènes décrites par le romancier Khái Hưng dans son ouvrage intitulé Les bas-fonds ( Ðầu Ðường Xó Chợ ) avec des trottoirs et des rigoles encombrés en permanence d’épluchures de légumes, de feuilles de bananiers et des lambeaux de chiffons dans les quartiers pauvres des grandes villes.
Face à l’indifférence de la société, le romancier Duyên Anh n’a pas hésité à dénoncer l’indigence de ces jeunes dans ses romans dont le plus connu reste le best-seller « La Colline des fantômes ». En s’inspirant de ce roman, le réalisateur Rachid Bouchareb a retracé l’histoire des amérasiens qui paient le prix de la folie des adultes et de la guerre dans son film « Poussières de vie » en 1994.

Malgré les carences de la vie, on aime à être jeune dans ce pays car si on n’a pas les montagnes de jouets et de cadeaux qui submergent nos enfants en Occident à l’approche de Noël, on a en revanche des jeux populaires, des souvenirs d’enfance inoubliables. Dans les campagnes, on pouvait aller pêcher dans les rizières et poser les nasses dans les arroyos pour attraper les crevettes et les petits poissons. On pouvait chasser les papillons et les libellules avec des pièges faits avec les tiges de bambou. On pouvait grimper dans les arbres pour chercher des nids d’oiseaux. La chasse aux grillons restait le jeu préféré de la plupart des jeunes vietnamiens.

En se promenant en groupe, les oreilles grandes ouvertes au chant des grillons, les yeux scrutant les moindres recoins, on essayait de repérer les tanières d’où sortait le chant. On avait l’habitude de faire sortir l’insecte de son trou en l’inondant de l’eau ou de ses déjections, puis de l’enfermer dans des boîtes d’allumettes, de le faire chanter avec des petites plumes ou de lui faire boire un peu d’alcool de riz pour l’exciter lors des combats des grillons.

etre_jeuneDans les villes, on jouait au foot avec les pieds nus, au milieu de la rue, les poteaux des buts étant constitués par les vêtements entreposés. Les matchs étaient souvent interrompus par le passage des vélos. On jouait aussi au jeu de volant au pied (ou Ðá Cầu) dans la rue. Le volant de la taille d’une balle de ping-pong était fabriqué avec un bout de tissu enveloppant une pièce de monnaie en zinc. 
Nés dans la guerre, les jeunes vietnamiens ne dédaignaient pas les jeux de la guerre. On fabriquait soi-même les fusils en carton ou en bois, on se battait avec des épées en branches. On pouvait jouer aussi aux jeux des cerfs-volants. Cette enfance, cette jeunesse, tous les Vietnamiens l’ont eue même la romancière Marguerite Duras.

Celle-ci n’hésitait pas à rappeler son enfance indochinoise dans son roman Les lieux : Mon frère et moi, on restait partis des journées entières pas dans les arbres mais dans la forêt et sur les rivières, sur ce qu’on appelle les racs (rạch), ces petits torrents qui descendent vers la mer. On ne mettait jamais de souliers, on vivait à moitié nus, on se baignait dans la rivière.

Dans ce pays où la guerre a tant ravagé et où les treize millions de tonnes de bombes et soixante millions de litres de défoliants ont été versés, être jeune dans les années 60-75 était déjà une faveur du destin. Les jeunes du Vietnam actuel ne connaissent plus la peur et la haine de leurs aînés mais ils continuent à avoir un avenir incertain. Malgré cela, dans leur regard, il y a toujours une lueur de la vie intense, une lueur d’espoir. C’est ce qu’on appelle souvent « la magie de l’enfance et de la jeunesse vietnamienne ».

 


Il faut être jeune dans ce pays pour avoir un tel attachement, une impression toujours poignante.

 

 

 

 

Musée de la sculpture chame (Đà Nẵng)

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C’est l’unique musée de la sculpture cham au monde où on trouve les plus belles pièces de statues provenant des sites Mỹ Sơn, de Đồng Dương, de Trà Kiệu et de Pô nagar (Nha Trang)

  • Style de Mỹ Sơn E1 (Phong cách E1)
  • Style de Mỹ Sơn E1 (Phong cách E1)
  • Style de Chính Lộ (Phong cách Chính Lộ )
  • Style de Đồng Dương ( Phong cách Đồng Dương)
  • Style de Tháp Mắm … (Phong cách Tháp Mắm)

Style de Tháp Mắm

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  • Style de Mỹ Sơn E1: vivacité dans l’ornementation, finesse dans les détails…style_dongduong
  • Style de Khương Mỹ: la douceur dans les visages, l’harmonie et la symétrie…
  • Style de Trà kiệu: la beauté des parures, le demi-sourire, la mise en valeur de la beauté féminine ( seins développés, déhanchement etc ..)
  • Style de Đồng Dương: l’apparence faciale typique ( sourcils proéminents, lèvres épaisses avec les commissures …
  • Style de Tháp Mắm: un art poussé à ses limites avec irréalisme et extravagance….

© Đặng Anh Tuấn

Les Français tant aimés

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Les Français tant aimés.

Malgré 100 ans de la colonisation, les Vietnamiens continuent à garder en eux une reconnaissance envers certains Français, en particulier ceux qui apportent leur contribution à la société et à la culture vietnamienne. Ceux-ci sont considérés non seulement comme des grands hommes mais aussi comme des saints. C’est le cas d’Alexandre Yersin et de Victor Hugo. Le premier est l’un des deux seuls français avec Pasteur à avoir des rues à son nom dans plusieurs villes du Vietnam.


Yersin (1863-1943)

fut au Viêt-Nam en 1889 en tant que médecin militaire. Il passa toute sa vie à la recherche des plantes médicinales. Il s’installa à Ðà-Lạt, une station climatique du Viêt-Nam. C’est lui qui introduisit au Viêt-Nam le quinquina et l’hévéa. Sa popularité, auprès des Vietnamiens, doit en grande partie à son attention aux déshérités et aux pauvres au milieu desquels il vit dans une cabane de paille et de chaume dans un quartier des pêcheurs. Il est décédé en 1943 et enterré à Suối Giào au sud-ouest de Ðà-Lạt où chaque 1er mars les habitants de la région viennent encore apporter des bâtons d’encens et des fruits en offrandes. Il y a même un lycée portant son nom à Ðà-Lạt. Tout le Viêt-Nam connaît son nom et chérit sa mémoire. 

Le Livingston de l’Indochine


Alexandre de Rhodes (1593-1660 )

Personne ne conteste ce qu’il a fait pour l’écriture vietnamienne dans le but de faciliter l’évangélisation. Sans ce jésuite français, il est difficile pour le Viêt-Nam de se débarrasser de l’emprise culturelle chinoise.

Celui-ci instaura et perfectionna un premier modèle de romanisation en publiant en 1651, son « Dictionnarium annamiticum, lusitanum et latinum » (Tự Ðiển Việt-Bồ-La) à partir des éléments fournis par ses précédesseurs portugais Gaspar de Amaral et Antonio de Barbosa. Grâce à Alexandre de Rhodes, les Vietnamiens ont une écriture romanisée qu’ils ont l’habitude d’appeler  » quốc-ngữ la tinh ».


Victor Hugo

Grâce à ses oeuvres littéraires ( Les Misérables ) et à sa philosophie humanitaire, il est adulé par les 7 millions adeptes du caodaïsme. « Les Misérables » est un roman à thèse qui pose le problème du rapport entre la criminalité humaine et le milieu social. Il y a un point où les infortunés et les infâmes se mêlent et se confondent dans un seul mot, les misérables.

C’est la faute de la misère, de l’injustice et de l’incompréhension sociale, optant pour la répression. Il reste toujours une chance de sauver les criminels endurcis à force de patience et d’amour. Telle semble être la réponse de Victor Hugo à travers l’histoire de Jean Valjean.

Est-ce par cette thèse humanitaire que Victor Hugo a été consacré par le caodaïsme à l’image de son héros Jean Valjean?

Sacrifice

 

English version

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La vie est un jeu de hasard. La chance est contre nous. Mieux vaut mourir maintenant pour ce pays et laisser l’exemple du sacrifice.

Nguyễn Thái Học

Le Vietnam n’est pas non seulement une terre des légendes et des lettrés mais c’est aussi une terre que les hommes ont conquise, arpent par arpent, sur une nature marâtre depuis plus de quatre mille ans. Le berceau de la nation vietnamienne, le delta du Tonkin, délimité au Nord par les collines douces des Cents-Mille-Monts de la Chine et étranglé au Sud par une chaîne quasi impénétrable, la Cordillère Annamitique, réduit à 15.000 km2 mais riche de toutes les boues arrachées par le Fleuve Rouge continue à être menacé par ce dernier avec le débit changeant de 500 m3 aux basses eaux jusqu’à 35000 m3 durant les plus fortes crues . Pour maîtriser les coups de sabre du Fleuve Rouge, les Vietnamiens recourent  à la méthode d’endiguement, ce qui les oblige à engager non seulement une surveillance accrue des digues mais aussi une lutte perpétuelle. Face aux intempéries incessantes de la nature, aux caprices du fleuve Rouge et aux ambitions territoriales de la Chine, les Vietnamiens doivent leur salut au prix de leur labeur et leur courage mais aussi de leur sacrifice dans leur longue marche vers le Sud.

Ce sacrifice n’est pas étranger à la plupart des Vietnamiens, en particulier à des gens de caractère. Il devient aussi un culte qu’on aime à entretenir et à vanter incessamment au Vietnam pour exalter tout un peuple devant une menace étrangère.

Le sacrifice est le moyen le plus sûr pour entretenir la perfection de la patrie mais il est aussi synonyme du loyalisme et de dignité. Un grand homme est celui qui ose prendre ses responsabilités dans les moments difficiles de sa vie mais c’est aussi celui qui sait se sacrifier pour une bonne cause, en particulier pour sa patrie. Le sacrifice est indissociable du mot « honneur » au Vietnam.

A cause de cette dignité morale, beaucoup d’hommes d’armes ont préféré se suicider au lieu de se rendre (Trưng Trắc, Trưng Nhị, Trần Bình Trọng, Võ Tánh etc..) . C’est pourquoi on est habitué à dire dans une maxime:

Hùm chết để da, người chết để tiếng.
Le tigre mort laisse sa peau et l’homme décédé sa réputation.

L’histoire du Vietnam est aussi l’histoire des sacrifices. Le devoir d’un Vietnamien est de servir sa patrie de tout son cœur. Plus les périls sont grands, plus son loyalisme paraît meilleur.

 

 

 

Le héros se sacrifie pour sa patrie. Quoi qu’il advienne, son honneur ne se salit jamais. C’est le cas du lettré Phan Thanh Giản, signataire du traité franco-vietnamien de 1868. Après avoir échoué dans sa tentative de tenir tête aux Français dans la défense des trois provinces de l’Ouest du delta du Mékong (Vĩnh Long, An Giang et Hà Tiên), il préféra la reddition et décida de s’empoisonner en 1867 car il pensa que c’était le seul moyen pour sauver le peuple et pour montrer sa fidélité à l’empereur Tự Ðức. De même, Nguyễn Tri Phương (1873) et Hoàng Diệu (1882), adversaires respectifs de Francis Garnier et de Henri Rivière préfèrent se suicider après avoir échoué dans la défense de la ville Hànội.

Le sacrifice devint durant l’occupation française le flambeau de l’espoir allumé par des gens inconnus tels que Nguyễn Trung Trực, Phạm Hồng Thái. Le premier accepta de mourir à la place de sa mère capturée après avoir réussi à sauter le navire français « Espérance » lors de son passage sur le fleuve « Nhựt Tảo » à Long An tandis que le second, poursuivi par la police chinoise dans sa fuite, préféra se jeter dans le fleuve après avoir échoué dans sa tentative d’assassinat du gouverneur français Martial Merlin lors de son passage à Canton en 1924. Admirateur de son courage et de son sacrifice pour sa patrie, le gouverneur de Canton enterra plus tard sa dépouille dans un cimetière réservé uniquement pour les 72 héros chinois et connue sous le nom « Hoàng Hoa Cương » en vietnamien.

Si le sacrifice n’est pas un vain mot pour les hommes, il porte aussi une signification particulière pour les femmes vietnamiennes. La princesse Huyền Trân de la dynastie des Trần fut proposée en 1306 pour épouse du roi champa Chế Mân (Jaya Simhavarman) en échange de deux territoires du Champa Châu Ô et Châu Ri’. Elle dut sacrifier sa vie, son amour pour la raison d’état. De même, trois siècles plus tard, une princesse de la dynastie des seigneurs Nguyễn, de nom Ngọc Vạn à laquelle on a attribué souvent le mot  » Cochinchine » ou (Cô chín Chin) ne tarda pas à suivre la trace de Huyền Trân pour devenir la concubine du roi cambodgien Prea Chey Chetta II en 1618 en échange des facilités accordées aux Vietnamiens de s’installer dans la région Ðồng Nai Mô Xoài qui n’est autre que la région de Saigon-Cholon d’aujourd’hui.

Sa petite sœur, la princesse Ngọc Khoa fut donnée en mariage quelques années plus tard au dernier roi du Champa, Po Rômê en 1630. Cette alliance la condamna à être la cible privilégiée des Chams dans leur haine contre les Vietnamiens. Sa présence sur le sol cham servira de prétexte au seigneur Nguyễn Phúc Tần pour monter une expédition et annexer le dernier territoire du Champa en 1651. On ne peut pas reprocher aux Chams de détester la princesse Ngọc Khoa à cette époque car à cause d’elle ils ont perdu leur patrie. Mais Ngọc Khoa illustre par contre pour nous, les Vietnamiens, le sacrifice sublime qu’elle a consenti pour son pays et pour son peuple.

 

 

Estampes vietnamiennes (Tranh dân gian)

 

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English version

Sans la curiosité et l’esprit d’ouverture de ce jeune militaire français, les estampes populaires vietnamiennes dont l’origine remonta au XVè siècle, à l’époque où le lettré Lương Như Hộc avait introduit les techniques de fabrication des estampes au retour de sa mission officielle en Chine, seraient probablement dans les oubliettes et disparaîtraient à jamais avec les vicissitudes de la guerre. 

Henri Oger fut l’un des rares français qui, au début du siècle, a pu découvrir à travers la société vietnamienne hermétique jusque-là aux étrangers, pauvre et arriérée une civilisation millénaire riche en traditions et en coutumes. Il prit l’initiative de réaliser une encyclopédie constituée de 10 volumes, relatant tous les aspects de la société vietnamienne d’autrefois: métiers d’artisans, fêtes, techniques d’agriculture, coutumes ancestrales etc .. en demandant à une trentaine de graveurs de réaliser des dessins gravés sur bois et en faisant imprimer, à cause des conditions climatiques, les planches de ces gravures sur place selon les méthodes traditionnelles vietnamiennes. Il faut reconnaître que l’amour du Vietnam et de son peuple permit à Henri Oger de surmonter à cette époque toutes les difficultés dans la collection des fonds et dans la réalisation de cette oeuvre gigantesque (plus de 4000 dessins en tout). Il n’a reçu aucun aide de l’Etat français. Il a obtenu seulement les souscriptions d’une vingtaine de personnes, au total 200 piastres. Malgré cela, Henri Oger a réussi à la réaliser et à laisser au peuple vietnamien un trésor inestimable. Son oeuvre est restée méconnue du public français et du public vietnamien pendant des décennies. Seulement en 1978, une exposition intitulée  » Les peintres paysans du Vietnam  » eut lieu au Centre culturel de Bourges. estampes_1Trois exemplaires de son oeuvre sont conservés actuellement aux Bibliothèques Nationales de Hanoï et Saïgon Ville mais c’est seulement dans cette dernière qu’on trouve l’intégralité de ses 10 volumes.

Henri Oger

Bibliographie:

Introduction générale à l’étude de la technique du peuple annamite. 2 volumes. Editions: Geuthner-Jouve, Paris.