Groupe littéraire indépendant (Tự lực văn đoàn)

 
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  • Hoàng Đạo
  • Thế Lữ
  • Thạch Lam
  • Xuân Diệu
  • Tú Mỡ
  • Trần Tiêu etc…

tulucvandoan

Titres des romans connus

Hồn Bướm Mơ Tiên (1933)
Nữa Chừng Xuân (1934)
Ðoạn Tuyệt (1935)
Trống Mái (1936)
Lạnh Lùng (1937)
Tiêu Sơn Tráng sĩ (1937)
Thoát Ly (1938)
Tắt đèn (1939)
Bướm Trắng (1941)

Articles trouvés sur le Net
Anh phải sống (1937)

Tiểu sữ Tự Lực Văn Đoàn 1930-1945

Il est regrettable de ne pas voir figurer les noms de Nhất Linh et Khái Hưng dans les programmes d’enseignement d’aujourd’hui ou dans les anthologies publiées récemment en langues étrangères au Vietnam. Pourtant, ce sont les deux meilleurs romanciers vietnamiens à l’aube du XXème siècle.

On continue à chercher et à s’arracher les rares rééditions parues au Sud-Vietnam d’avant 1975. Malgré leurs thèmes choisis portant d’une manière générale sur l’amour, sur les contorsions sentimentales, sur les drames de la bourgeoisie latifundiaire etc.. à l’époque coloniale, ils continuent à bénéficier pourtant de l’admiration unanime de la jeunesse vietnamienne d’aujourd’hui, en particulier de celle des jeunes Vietnamiens vivant à l’étranger car leurs écrits sont porteurs non seulement d’une culture plus ou moins occidentalisée mais aussi d’un romantisme purement vietnamien. Ils ont réussi à apporter à leurs œuvres un style novateur, à utiliser un vocabulaire simple débarrassé de tous les mots sino-vietnamiens perçus par les jeunes vietnamiens comme des mots savants, à aborder des thèmes susceptibles d’avoir l’adhésion de la jeunesse: l’amour-sacrifice, l’amour impossible, le vague à l’âme etc.. avec un regard à la fois cornélien et romantique à la manière d’Alfred Musset.

« Hồn Bướm Mơ Tiên » (ou Ame de papillon dans un rêve d’immortalité », »Nữa Chừng Xuân » (ou A mi-printemps) » « Ðoạn Tuyệt ( ou La Rupture ) », « Anh phải sống ( ou Tu Dois Vivre ) » etc … continuent à être les best-sellers préférés par la jeunesse vietnamienne d’aujourd’hui. Il n’est pas étonnant de trouver que le thème du sacrifice abordé, il y a eu une cinquantaine d’années, par Khái Hưng dans son oeuvre, est repris récemment par le jeune romancier talentueux « Nguyễn Huy Thiệp » dans son roman Chảy đi sông ơi (ou Coule, coule ô fleuve) malgré un contexte politique tout à fait différent.

On trouve non seulement dans leurs écrits la modernité au niveau d’emploi des propositions, d’adverbes, d’indicateurs de temps qui étaient absents jusqu’alors dans la prose vietnamienne mais aussi au niveau d’emploi des pronoms personnels. Le « moi » fait son entrée ainsi que les mots « anh », « em », « mình », »cậu » qui, auparavant n’étaient pas employés dans la phrase. On note aussi dans la construction de leurs phrases une grande économie des moyens, une clarté inouïe et une grande efficacité.

Issus du milieu urbain, imprégnés dès leur plus jeune âge de la culture française, il n’est pas étonnant de trouver qu’ils s’inspirent dans leurs oeuvres des modèles de Musset, Lamartine, Daudet etc.. lorsqu’on sait que les oeuvres de ces écrivains français firent partie du programme d’études au lycée français Albert Sarraut ( Hà-Nội ) où Khái Hưng fit ses études à l’époque coloniale. Il fut reçu bachelier en 1927 et enseigna au collège Thăng Long tandis que Nhất Linh rentra au Viêt-Nam en 1930 après avoir suivi ses quatre années d’études scientifiques en France.

Sa rencontre avec Khái Hưng au collège Thăng Long fit d’eux du jour au lendemain un couple littéraire célèbre et inséparable. Ils fondèrent ensemble le club Tự Lực Văn Ðoàn (ou Groupe Littéraire indépendant) en 1933. Khái-Hưng, plus âgé que Nhất-Linh de neuf ans, se considérait pourtant comme le « second » de ce couple et se donnait comme pseudonyme « Nhị Linh » car Nhất-Linh était déjà l’auteur de deux romans en 1926 et 1927. Ils ont eu le mérite d’apporter à la littérature vietnamienne la clarté, la concision, la modernité et de savoir donner surtout à cette dernière l’âme du romantisme vietnamien.

Contrairement à d’autres romanciers de leur époque ( Vũ Trọng Phụng, Ngô Tất Tố par exemple ), ils n’avaient pas un regard aussi aigu sur les inégalités sociales, sur les moeurs et les coutumes rurales. Ils n’avaient pas su s’en servir pour combattre et dénoncer ces inégalités. Par contre, ils tentaient de dépeindre avec beaucoup de finesse et de justesse la couche sociale la plus déshéritée sans être obligés de la défendre à cor et à cri.

Est -ce pour cela qu’on leur reproche le manque de combativité et de réalisme, la tiédeur dans leur manière de dépeindre les réalités de la société urbaine et l’imprégnation d’une culture à l’occidentale. Il est certain que l’épisode des Contes de Musset a pu servir de modèle à Khái-Hưng car l’héroïne de la nouvelle « Anh Phải Sống« , la jeune femme du maçon vietnamien Thức, se laissa couler dans les flots comme Madame des Arcis des Contes « Pierre et Camille » d’Alfred de Musset en 1844. Mais Khái-Hưng a eu le mérite de savoir donner à sa héroïne la noblesse et la grandeur dans la tradition vietnamienne.

On ne peut pas remettre en doute non plus leur patriotisme, leur engagement politique auprès des mouvements nationalistes vietnamiens. A cause de leurs orientations politiques nationalistes et surtout à cause de leur simple idéalisme, tous les deux ont péri comme leurs héroïnes respectives dans « Tu dois Vivre » de Khái Hưng et dans  » Une silhouette dans la brume  » de Nhất Linh. Khái-Hưng est décédé en 1947 dans des conditions mystérieuses près du débarcadère Cửa Gà dans le district de Xuân Trường ( province Hà Nam Ðịnh) tandis que Nhất Linh, déçu d’être incompris, s’empoisonna le 7 Juillet 1963 à Saïgon.

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Leur vie, tous les deux ont essayé de la mener comme leurs héroïnes avec un stoïcisme exemplaire. Leur héritage littéraire qu’ils ont laissé au peuple vietnamien est inestimable. En un mot, ce sont non seulement les pionniers de la littérature moderne du Vietnam mais aussi les romanciers les plus romantiques que le Vietnam ait connus.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Être jeune

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Malgré la guerre qui a ravagé ce pays depuis tant d’années, les jeunes vietnamiens continuent à avoir la rage de vivre. Cela étonne énormément ceux qui ne connaissent pas le Vietnam. Dans ce pays, Etre Jeune relève toujours de l’exploit car les conditions de vie sont extrêmement dures et la nature est aussi extrêmement rude et impitoyable, en particulier pour ceux qui vivent dans le Nord et sur les hautes terres du Centre. Il faut savoir résister vaillamment aux intempéries de la nature mais il faut apprendre à vivre aussi avec les créatures sauvages, à ruser, à les combattre.


On commence à travailler très jeune aussi au Vietnam. Dès leur plus jeune âge dans les zones rurales, les garçons gardent les buffles, les font paître sur les diguettes tandis que les filles aident aux travaux de la maison. Très jeunes, à six ou sept ans, elles savent faire cuire du riz, porter leur petit frère, nourrir les cochons et les canards, porter à boire aux animaux familiers ou participer aux travaux artisanaux familiaux. Dans les années où la guerre a pris de l’ampleur, les jeunes étaient chargés aussi de creuser des tranchées le long des diguettes pour s’y jeter à l’approche des avions, vivant dans des souterrains et des tunnels pour échapper aux bombardements. Les filles ont deux fois plus de travaux que les garçons. Ce sont elles qui étaient les premières à être proposées et vendues comme esclaves ou concubines pour quelques kilos de riz lorsqu’on n’arrivait plus à nourrir une famille de plusieurs enfants dans les années 30-40. Le roman de Ngô Tất Tố  » Quand la lampe qui s’éteint », paru en 1930, nous rappelle cette réalité. Pour payer un fonctionnaire corrompu, une paysanne était obligée de vendre sa fille pour une piastre. Si de nos jours, cette pratique est interdite, on constate quand même un grand nombre de jeunes filles prostituées sur les trottoirs des grandes villes. Dans ces dernières, malgré l’enseignement gratuit, beaucoup de jeunes, pour pourvoir à la subsistance de leur famille, doivent vaquer à leurs petits boulots, vendre des cigarettes ou des journaux, ramasser des sacs plastique etc … Les conditions de vie sont aussi lamentables. Beaucoup de jeunes issus des familles de traîne-misère et de la guerre continuent à grouiller toujours dans des enchevêtrements de baraques mal consolidés, sombres et affreusement sales.

Il y aurait 67000 taudis à Saigon fin 1994. C’est le chiffre retenu par les autorités et diffusé par la presse. On retrouve encore les scènes décrites par le romancier Khái Hưng dans son ouvrage intitulé Les bas-fonds ( Ðầu Ðường Xó Chợ ) avec des trottoirs et des rigoles encombrés en permanence d’épluchures de légumes, de feuilles de bananiers et des lambeaux de chiffons dans les quartiers pauvres des grandes villes.
Face à l’indifférence de la société, le romancier Duyên Anh n’a pas hésité à dénoncer l’indigence de ces jeunes dans ses romans dont le plus connu reste le best-seller « La Colline des fantômes ». En s’inspirant de ce roman, le réalisateur Rachid Bouchareb a retracé l’histoire des amérasiens qui paient le prix de la folie des adultes et de la guerre dans son film « Poussières de vie » en 1994.

Malgré les carences de la vie, on aime à être jeune dans ce pays car si on n’a pas les montagnes de jouets et de cadeaux qui submergent nos enfants en Occident à l’approche de Noël, on a en revanche des jeux populaires, des souvenirs d’enfance inoubliables. Dans les campagnes, on pouvait aller pêcher dans les rizières et poser les nasses dans les arroyos pour attraper les crevettes et les petits poissons. On pouvait chasser les papillons et les libellules avec des pièges faits avec les tiges de bambou. On pouvait grimper dans les arbres pour chercher des nids d’oiseaux. La chasse aux grillons restait le jeu préféré de la plupart des jeunes vietnamiens.

En se promenant en groupe, les oreilles grandes ouvertes au chant des grillons, les yeux scrutant les moindres recoins, on essayait de repérer les tanières d’où sortait le chant. On avait l’habitude de faire sortir l’insecte de son trou en l’inondant de l’eau ou de ses déjections, puis de l’enfermer dans des boîtes d’allumettes, de le faire chanter avec des petites plumes ou de lui faire boire un peu d’alcool de riz pour l’exciter lors des combats des grillons.

etre_jeuneDans les villes, on jouait au foot avec les pieds nus, au milieu de la rue, les poteaux des buts étant constitués par les vêtements entreposés. Les matchs étaient souvent interrompus par le passage des vélos. On jouait aussi au jeu de volant au pied (ou Ðá Cầu) dans la rue. Le volant de la taille d’une balle de ping-pong était fabriqué avec un bout de tissu enveloppant une pièce de monnaie en zinc. 
Nés dans la guerre, les jeunes vietnamiens ne dédaignaient pas les jeux de la guerre. On fabriquait soi-même les fusils en carton ou en bois, on se battait avec des épées en branches. On pouvait jouer aussi aux jeux des cerfs-volants. Cette enfance, cette jeunesse, tous les Vietnamiens l’ont eue même la romancière Marguerite Duras.

Celle-ci n’hésitait pas à rappeler son enfance indochinoise dans son roman Les lieux : Mon frère et moi, on restait partis des journées entières pas dans les arbres mais dans la forêt et sur les rivières, sur ce qu’on appelle les racs (rạch), ces petits torrents qui descendent vers la mer. On ne mettait jamais de souliers, on vivait à moitié nus, on se baignait dans la rivière.

Dans ce pays où la guerre a tant ravagé et où les treize millions de tonnes de bombes et soixante millions de litres de défoliants ont été versés, être jeune dans les années 60-75 était déjà une faveur du destin. Les jeunes du Vietnam actuel ne connaissent plus la peur et la haine de leurs aînés mais ils continuent à avoir un avenir incertain. Malgré cela, dans leur regard, il y a toujours une lueur de la vie intense, une lueur d’espoir. C’est ce qu’on appelle souvent « la magie de l’enfance et de la jeunesse vietnamienne ».

 


Il faut être jeune dans ce pays pour avoir un tel attachement, une impression toujours poignante.

 

 

 

 

Musée de la sculpture chame (Đà Nẵng)

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C’est l’unique musée de la sculpture cham au monde où on trouve les plus belles pièces de statues provenant des sites Mỹ Sơn, de Đồng Dương, de Trà Kiệu et de Pô nagar (Nha Trang)

  • Style de Mỹ Sơn E1 (Phong cách E1)
  • Style de Mỹ Sơn E1 (Phong cách E1)
  • Style de Chính Lộ (Phong cách Chính Lộ )
  • Style de Đồng Dương ( Phong cách Đồng Dương)
  • Style de Tháp Mắm … (Phong cách Tháp Mắm)

Style de Tháp Mắm

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  • Style de Mỹ Sơn E1: vivacité dans l’ornementation, finesse dans les détails…style_dongduong
  • Style de Khương Mỹ: la douceur dans les visages, l’harmonie et la symétrie…
  • Style de Trà kiệu: la beauté des parures, le demi-sourire, la mise en valeur de la beauté féminine ( seins développés, déhanchement etc ..)
  • Style de Đồng Dương: l’apparence faciale typique ( sourcils proéminents, lèvres épaisses avec les commissures …
  • Style de Tháp Mắm: un art poussé à ses limites avec irréalisme et extravagance….

© Đặng Anh Tuấn

Les Français tant aimés

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Les Français tant aimés.

Malgré 100 ans de la colonisation, les Vietnamiens continuent à garder en eux une reconnaissance envers certains Français, en particulier ceux qui apportent leur contribution à la société et à la culture vietnamienne. Ceux-ci sont considérés non seulement comme des grands hommes mais aussi comme des saints. C’est le cas d’Alexandre Yersin et de Victor Hugo. Le premier est l’un des deux seuls français avec Pasteur à avoir des rues à son nom dans plusieurs villes du Vietnam.


Yersin (1863-1943)

fut au Viêt-Nam en 1889 en tant que médecin militaire. Il passa toute sa vie à la recherche des plantes médicinales. Il s’installa à Ðà-Lạt, une station climatique du Viêt-Nam. C’est lui qui introduisit au Viêt-Nam le quinquina et l’hévéa. Sa popularité, auprès des Vietnamiens, doit en grande partie à son attention aux déshérités et aux pauvres au milieu desquels il vit dans une cabane de paille et de chaume dans un quartier des pêcheurs. Il est décédé en 1943 et enterré à Suối Giào au sud-ouest de Ðà-Lạt où chaque 1er mars les habitants de la région viennent encore apporter des bâtons d’encens et des fruits en offrandes. Il y a même un lycée portant son nom à Ðà-Lạt. Tout le Viêt-Nam connaît son nom et chérit sa mémoire. 

Le Livingston de l’Indochine


Alexandre de Rhodes (1593-1660 )

Personne ne conteste ce qu’il a fait pour l’écriture vietnamienne dans le but de faciliter l’évangélisation. Sans ce jésuite français, il est difficile pour le Viêt-Nam de se débarrasser de l’emprise culturelle chinoise.

Celui-ci instaura et perfectionna un premier modèle de romanisation en publiant en 1651, son « Dictionnarium annamiticum, lusitanum et latinum » (Tự Ðiển Việt-Bồ-La) à partir des éléments fournis par ses précédesseurs portugais Gaspar de Amaral et Antonio de Barbosa. Grâce à Alexandre de Rhodes, les Vietnamiens ont une écriture romanisée qu’ils ont l’habitude d’appeler  » quốc-ngữ la tinh ».


Victor Hugo

Grâce à ses oeuvres littéraires ( Les Misérables ) et à sa philosophie humanitaire, il est adulé par les 7 millions adeptes du caodaïsme. « Les Misérables » est un roman à thèse qui pose le problème du rapport entre la criminalité humaine et le milieu social. Il y a un point où les infortunés et les infâmes se mêlent et se confondent dans un seul mot, les misérables.

C’est la faute de la misère, de l’injustice et de l’incompréhension sociale, optant pour la répression. Il reste toujours une chance de sauver les criminels endurcis à force de patience et d’amour. Telle semble être la réponse de Victor Hugo à travers l’histoire de Jean Valjean.

Est-ce par cette thèse humanitaire que Victor Hugo a été consacré par le caodaïsme à l’image de son héros Jean Valjean?

Sacrifice

 

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La vie est un jeu de hasard. La chance est contre nous. Mieux vaut mourir maintenant pour ce pays et laisser l’exemple du sacrifice.

Nguyễn Thái Học

Le Vietnam n’est pas non seulement une terre des légendes et des lettrés mais c’est aussi une terre que les hommes ont conquise, arpent par arpent, sur une nature marâtre depuis plus de quatre mille ans. Le berceau de la nation vietnamienne, le delta du Tonkin, délimité au Nord par les collines douces des Cents-Mille-Monts de la Chine et étranglé au Sud par une chaîne quasi impénétrable, la Cordillère Annamitique, réduit à 15.000 km2 mais riche de toutes les boues arrachées par le Fleuve Rouge continue à être menacé par ce dernier avec le débit changeant de 500 m3 aux basses eaux jusqu’à 35000 m3 durant les plus fortes crues . Pour maîtriser les coups de sabre du Fleuve Rouge, les Vietnamiens recourent  à la méthode d’endiguement, ce qui les oblige à engager non seulement une surveillance accrue des digues mais aussi une lutte perpétuelle. Face aux intempéries incessantes de la nature, aux caprices du fleuve Rouge et aux ambitions territoriales de la Chine, les Vietnamiens doivent leur salut au prix de leur labeur et leur courage mais aussi de leur sacrifice dans leur longue marche vers le Sud.

Ce sacrifice n’est pas étranger à la plupart des Vietnamiens, en particulier à des gens de caractère. Il devient aussi un culte qu’on aime à entretenir et à vanter incessamment au Vietnam pour exalter tout un peuple devant une menace étrangère.

Le sacrifice est le moyen le plus sûr pour entretenir la perfection de la patrie mais il est aussi synonyme du loyalisme et de dignité. Un grand homme est celui qui ose prendre ses responsabilités dans les moments difficiles de sa vie mais c’est aussi celui qui sait se sacrifier pour une bonne cause, en particulier pour sa patrie. Le sacrifice est indissociable du mot « honneur » au Vietnam.

A cause de cette dignité morale, beaucoup d’hommes d’armes ont préféré se suicider au lieu de se rendre (Trưng Trắc, Trưng Nhị, Trần Bình Trọng, Võ Tánh etc..) . C’est pourquoi on est habitué à dire dans une maxime:

Hùm chết để da, người chết để tiếng.
Le tigre mort laisse sa peau et l’homme décédé sa réputation.

L’histoire du Vietnam est aussi l’histoire des sacrifices. Le devoir d’un Vietnamien est de servir sa patrie de tout son cœur. Plus les périls sont grands, plus son loyalisme paraît meilleur.

 

 

 

Le héros se sacrifie pour sa patrie. Quoi qu’il advienne, son honneur ne se salit jamais. C’est le cas du lettré Phan Thanh Giản, signataire du traité franco-vietnamien de 1868. Après avoir échoué dans sa tentative de tenir tête aux Français dans la défense des trois provinces de l’Ouest du delta du Mékong (Vĩnh Long, An Giang et Hà Tiên), il préféra la reddition et décida de s’empoisonner en 1867 car il pensa que c’était le seul moyen pour sauver le peuple et pour montrer sa fidélité à l’empereur Tự Ðức. De même, Nguyễn Tri Phương (1873) et Hoàng Diệu (1882), adversaires respectifs de Francis Garnier et de Henri Rivière préfèrent se suicider après avoir échoué dans la défense de la ville Hànội.

Le sacrifice devint durant l’occupation française le flambeau de l’espoir allumé par des gens inconnus tels que Nguyễn Trung Trực, Phạm Hồng Thái. Le premier accepta de mourir à la place de sa mère capturée après avoir réussi à sauter le navire français « Espérance » lors de son passage sur le fleuve « Nhựt Tảo » à Long An tandis que le second, poursuivi par la police chinoise dans sa fuite, préféra se jeter dans le fleuve après avoir échoué dans sa tentative d’assassinat du gouverneur français Martial Merlin lors de son passage à Canton en 1924. Admirateur de son courage et de son sacrifice pour sa patrie, le gouverneur de Canton enterra plus tard sa dépouille dans un cimetière réservé uniquement pour les 72 héros chinois et connue sous le nom « Hoàng Hoa Cương » en vietnamien.

Si le sacrifice n’est pas un vain mot pour les hommes, il porte aussi une signification particulière pour les femmes vietnamiennes. La princesse Huyền Trân de la dynastie des Trần fut proposée en 1306 pour épouse du roi champa Chế Mân (Jaya Simhavarman) en échange de deux territoires du Champa Châu Ô et Châu Ri’. Elle dut sacrifier sa vie, son amour pour la raison d’état. De même, trois siècles plus tard, une princesse de la dynastie des seigneurs Nguyễn, de nom Ngọc Vạn à laquelle on a attribué souvent le mot  » Cochinchine » ou (Cô chín Chin) ne tarda pas à suivre la trace de Huyền Trân pour devenir la concubine du roi cambodgien Prea Chey Chetta II en 1618 en échange des facilités accordées aux Vietnamiens de s’installer dans la région Ðồng Nai Mô Xoài qui n’est autre que la région de Saigon-Cholon d’aujourd’hui.

Sa petite sœur, la princesse Ngọc Khoa fut donnée en mariage quelques années plus tard au dernier roi du Champa, Po Rômê en 1630. Cette alliance la condamna à être la cible privilégiée des Chams dans leur haine contre les Vietnamiens. Sa présence sur le sol cham servira de prétexte au seigneur Nguyễn Phúc Tần pour monter une expédition et annexer le dernier territoire du Champa en 1651. On ne peut pas reprocher aux Chams de détester la princesse Ngọc Khoa à cette époque car à cause d’elle ils ont perdu leur patrie. Mais Ngọc Khoa illustre par contre pour nous, les Vietnamiens, le sacrifice sublime qu’elle a consenti pour son pays et pour son peuple.

 

 

Estampes vietnamiennes (Tranh dân gian)

 

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Sans la curiosité et l’esprit d’ouverture de ce jeune militaire français, les estampes populaires vietnamiennes dont l’origine remonta au XVè siècle, à l’époque où le lettré Lương Như Hộc avait introduit les techniques de fabrication des estampes au retour de sa mission officielle en Chine, seraient probablement dans les oubliettes et disparaîtraient à jamais avec les vicissitudes de la guerre. 

Henri Oger fut l’un des rares français qui, au début du siècle, a pu découvrir à travers la société vietnamienne hermétique jusque-là aux étrangers, pauvre et arriérée une civilisation millénaire riche en traditions et en coutumes. Il prit l’initiative de réaliser une encyclopédie constituée de 10 volumes, relatant tous les aspects de la société vietnamienne d’autrefois: métiers d’artisans, fêtes, techniques d’agriculture, coutumes ancestrales etc .. en demandant à une trentaine de graveurs de réaliser des dessins gravés sur bois et en faisant imprimer, à cause des conditions climatiques, les planches de ces gravures sur place selon les méthodes traditionnelles vietnamiennes. Il faut reconnaître que l’amour du Vietnam et de son peuple permit à Henri Oger de surmonter à cette époque toutes les difficultés dans la collection des fonds et dans la réalisation de cette oeuvre gigantesque (plus de 4000 dessins en tout). Il n’a reçu aucun aide de l’Etat français. Il a obtenu seulement les souscriptions d’une vingtaine de personnes, au total 200 piastres. Malgré cela, Henri Oger a réussi à la réaliser et à laisser au peuple vietnamien un trésor inestimable. Son oeuvre est restée méconnue du public français et du public vietnamien pendant des décennies. Seulement en 1978, une exposition intitulée  » Les peintres paysans du Vietnam  » eut lieu au Centre culturel de Bourges. estampes_1Trois exemplaires de son oeuvre sont conservés actuellement aux Bibliothèques Nationales de Hanoï et Saïgon Ville mais c’est seulement dans cette dernière qu’on trouve l’intégralité de ses 10 volumes.

Henri Oger

Bibliographie:

Introduction générale à l’étude de la technique du peuple annamite. 2 volumes. Editions: Geuthner-Jouve, Paris.