Museum of Champa sculpture (Bảo tàng viện Điêu Khắc Cổ)

French version

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It is the unique museum of Chămpa sculpture in the world where one finds the most famous pieces of statues from Mỹ Sơn, Đồng Dương, Trà Kiệu and Po Nagar (Nha Trang) sites.

  • Mỹ Sơn E1 style (Phong cách E1)
  • Chính Lộ style (Phong cách Chính Lộ )
  • Đồng Dương style (Phong cách Đồng Dương)
  • Tháp Mắm style … (Phong cách Tháp Mắm)

Tháp Mắm style

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  • Mỹ Sơn E1 style : vivacity in ornamentation, dedicacy in the details..style_dongduong
  • Khương Mỹ style : gentleness in the faces, harmony and symmetry…
  • Trà kiệu style : beauty in the adornments, the half-smile, the development of feminine beauty ( fully developed breasts, new freedom in the hips etc ..)
  • Đồng Dương style :typical facial appearance (protruding eyebrowns, thick lips with the corners…
  • Tháp Mắm style : art reached in its limits with a lack of realism and extravagance….

© Đặng Anh Tuấn

Bouddhisme du Chămpa (3è partie)

Dynastie chame d’Indrapura

English version

Le dessin du piédestal de Henri Parmentier à l’intérieur du sanctuaire (1)

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est comparé à ce que nous voyons aujourd’hui  au musée de la sculpture du Champa à Đà Nẵng.

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Malheureusement pour une raison inconnue, ses attributs distinctifs ont été confisqués par le bureau du comité populaire dont dépend aujourd’hui le site Đồng Dương. Ils n’ont pas été rendus jusqu’à ce jour au musée cham de Đà Nẵng malgré l’exposition de cette pièce au public depuis longtemps. C’est pourquoi la statue de bronze continue à être l’objet de diverses interprétations iconographiques. En s’appuyant sur les informations fournies (deux boutons de lotus dans ses mains) au moment où il consacra une étude approfondie en 1984, Jean Boisselier pensa à la représentation de Tara. Pour cela, il tenta de se fonder sur les idoles de Đại Hữu, la codification des gestes de la divinité (mudra), le rang dans le panthéon bouddhique, l’ornementation des parures (nànàlankàravati), l’importance du regard et l’existence du troisième oeil pour réussir à identifier la divinité. Certains chercheurs vietnamiens voient dans cette statue, l’épouse Laksmi de Vishnu car dans l’un de ses deux attributs distinctifs, on retrouve la conque (tù và ốc). Pour le chercheur vietnamien Ngô Văn Doanh, il n’y a aucun doute sur l’identité de cette divinité. Il s’agit bien de Laksmindra-Lokesvara car pour lui chaque attribut distinctif a une signification particulière. Le lotus symbolise la beauté et la pureté. Quant à la conque, elle symbolise l’expansion de l’enseignement de Bouddha et l’éveil après le sommeil de l’ignorance. C’est aussi l’hypothèse admise aujourd’hui par les chercheurs vietnamiens. Selon la spécialiste thailandaise Nanda Chutiwongs, ce magnifique bronze s’appelle Prajnàpàramità (Perfection de la Sagesse). Mais cela n’enlève pas la conviction de la plupart des spécialistes qui comme Jean Boisselier continuent à voir aujourd’hui dans cet exceptionnel bronze la séduisante déesse Tara dont la lourdeur des seins reste l’un des traits saillants trouvés dans sa prime jeunesse. Elle est toujours la parèdre du bodhisattva Avalokitesvara.

Dans la deuxième enceinte il y a une longue salle d’attente (ou mandapa) (2 )que Henri Parmentier nomma dans sa description « la salle aux fenêtres ». Puis dans la troisième enceinte (3) se trouve une grande salle à colonnes, longue d’une trentaine de mètres. Elle est probablement la salle de prière des moines (vihara) où trône majestueusement une imposante statue de bouddha auquel est consacré le deuxième autel au soubassement décoré en relief et entouré de deux acolytes nimbés. Ce site bouddhique fut reconnu par les autorités vietnamiennes comme le patrimoine national du pays en mai 2001. La destruction aveuglante provoquée par le bombardement américain durant les années de guerre a laissé pour ce site une unique tour de gopura intacte que la population locale désigne sous le nom « Tháp sáng » (ou tour de la lumière) du fait qu’elle est ouverte aux quatre orients laissant entrer la lumière. Malgré cela, ce site continue à faire revivre un passé glorieux avec son grand monastère qui fut à une certaine époque l’un des centres intellectuels religieux de renom dans l’Asie du Sud Est. C’est ici qu’après sa victoire éclatante sur le Champa en 985, le roi vietnamien Lê Đại Hành (ou Lê Hoàn) ramena au Vietnam un bonze religieux indien (Thiên Trúc) qui était en train de séjourner dans ce monastère. En 1069, le grand roi vietnamien Lý Thánh Tôn réussit à y capturer un moine célèbre chinois Thảo Đường lors de sa victoire sur le Champa. Mais c’est aussi ici qu’en 1301, le roi fondateur de l’école zen (Phái Trúc Lâm Yên Tử) du Vietnam, Trần Nhân Tôn accompagné par le bonze vietnamien Đại Việt et reçu par le roi cham talentueux Jaya Simhavarman III (Chế Mân en vietnamien), le futur époux de la princesse Huyền Trân, passa 9 mois de méditation dans ce centre religieux.

Pour le chercheur français Jean Boisselier, la sculpture chame était toujours en liaison étroite avec l’histoire. Des modifications notables ont été relevées dans le développement de la sculpture chame, en particulier la statuaire avec les événements historiques, les changements de dynasties ou les rapports que le Champa avait eus avec ses voisins (Vietnam ou Cambodge). C’est pourquoi on ne peut pas ignorer que le changement de dynastie favorise un élan créateur dans le développement de la sculpture chame qui s’illustre par un nouveau style particulier que l’on dénomme aujourd’hui sous le vocable de « Đồng Dương ».


icones_dongduong2icones_dongduong1Phong cách  Đồng Dương


Celui-ci ne peut pas passer inaperçu à travers ses caractéristiques suivantes localisées au niveau facial: les sourcils proéminents, reliés en une ligne continue, sinueuse et remontant jusqu’aux cheveux, les lèvres épaisses avec les commissures relevées, une moustache qui est confondue parfois à la lèvre supérieure et un nez épaté, large de face et aquilin de profil, le front étroit et le menton court. L’absence de sourire est à signaler. Ce style continua à se développer en même temps que le bouddhisme mahàyàna dans d’autres régions du Champa sous les règnes des successeurs immédiats du roi bouddhiste Indravarman II. Ceux-ci persistèrent à vénérer tout particulièrement Avalokitesvara et à adopter le bouddhisme comme la religion d’état. C’est ce qu’on a appris grâce aux inscriptions royales. C’est le cas du sanctuaire de Ratna-Lokesvara auquel le roi Jaya Simhavarman Ier, le neveu du roi Indravarman II, accorda son patronage. Ce sanctuaire a été localisé à Đại Hữu dans la région de Quảng Bình. Dans ce lieu sacré, un grand nombre de sculptures bouddhiques ont été exhumées. Puis autour de Mỹ Đức dans la même province de Quảng Bình, on a découvert un complexe bouddhique ayant les mêmes similitudes que celles trouvées à Đại Hữu et à Đồng Dương au niveau architectural et décoratif. La foi bouddhique n’est pas absente non plus à Phong Nha où certaines grottes servant de lieu de culte gardent encore leur empreinte au fil des années. Enfin un temple dédié à la divinité Mahïndra-Lokesvarà fut érigé en 1914 à Kon Klor (Kontum) par un chef nommé Mahïndravarman. Même il y a deux pèlerinages qui furent organisés par un haut dignitaire sur ordre du roi Yàvadvipapura (Java) dans le but d’approfondir le siddhayatra (ou le savoir mystique), ce qui a été rapporté par les inscriptions de Nhan Biểu datant de 911 après J.C. 

Dynastie chame d’Indrapura


Statue de Bouddha, Thăng Bình, Quảng Nam

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  • Indravarman II 854-898
  • Jaya Simhavarman Ier (son neveu) 898-903
  • Jaya Caktivarman (son fils)
  • Bhadravarman III 905-910
  • Indravarman III 916-960
  • Jaya Indravarman Ier 960-971
  • Parameçvaravarman I (Ba Mĩ Thuế) 971-982
  • Lưu Kế-Tông 983-986
  • Harivarman I l991-998
  • Yang Pu Ku Vijaya Srî 998-1007
  • Jaya Indravarman II 1010-1088
  • Harivarman II 1036-1114
  • Indravarman IV1085-1092

Cette foi commença à s’ébranler sérieusement face à l’invasion des gens du Nord (les Vietnamiens) qui venaient d’être libérés du joug d’oppression chinois. Ceux-ci, dirigés par le nouveau roi Lê Đại Hành n’hésitèrent pas à saccager la capitale Indrapura en 982 après que le roi des Cham Parameçvaravarman I (Ba Mĩ Thuế) eut retenu par maladresse et pour une raison inconnue deux émissaires vietnamiens Từ Mục et Ngô Tử Canh et eut soutenu ouvertement Ngô Tiên, fils du roi libérateur de la nation vietnamienne, Ngô Quyền dans la lutte du pouvoir. Le bouddhisme mahayana ne permit pas aux rois cham de retrouver tout ce dont ils avaient besoin dans leur lutte contre les ennemis vietnamiens. Ils commencèrent à douter de la sagesse de cette religion lorsque cette dernière n’arriva pas à séduire jusqu’alors la population locale. Elle continua à rester la religion d’élection personnelle des élites et de leurs rois cham. Ceux-ci préférèrent retrouver désormais leur salut dans l’adoration de leur dieu destructeur Shiva afin de mieux protéger leurs victoires et de leur permettre de résister tant bien que mal aux envahisseurs étrangers (Chinois, Môn, Khmers et Vietnamiens) dans la création, le maintien et la survie de leur nation.

Leur belligérance sempiternelle inspirée probablement par le shivaïsme devint un argument de poids et une justification légitime d’abord pour les Chinois suivis ensuite par les Vietnamiens de mener des interventions militaires et d’annexer progressivement leur territoire dans la marche vers le Sud (Nam Tiến).

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Référence bibliographique


Un bronze de Tārā du Musée de Ðà-Nẵng et son importance

pour l’histoire de l’art du ChampaJean Bosselier, BEFEO, Tome 73, 1984. pp. 319-338.

Về pho tựợng đồng phát hiện năm 1978 ở Đồng Dương . Ngô Văn Doanh 11/01/2012

Glossaire


Avalokitesvara: nom d’un bodhisattva représentant l’infinie compassion du Bouddha.

Bodhisattva: être destiné à l’éveil ( Bồ tát)

Dharma: loi morale (Đạo pháp)

Lokesvara: seigneur du monde. Désignation d’un bouddha ou Avalokistesvara.

Mandapa: édifice religieux à colonnes dans l’enceinte du temple.

Tara: celle qui sauve. Contrepartie féminine d’Avalokitesvara. Très vénérée en Inde et au Tibet.

Vishnu: Dieu qui maintient le monde entre sa création par Brahma et sa destruction par Shiva.

Bouddhisme du Chămpa (2è partie)

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English version

Bouddhisme du Chămpa

La découverte d’un grand nombre d’éléments mahàyaniques, en particulier des statues de la divinité Avalokitesvara, l’icône la plus populaire et la plus adulée du bouddhisme mahàyàna marque incontestablement l’affermissement de son implantation et de sa doctrine au Champa et témoigne de la bienveillance des souverains cham. Cet égard particulier royal lui permet de demeurer ainsi une religion de second plan vivant durant quelques siècles dans l’ombre de l’hindouisme et d’attendre patiemment son heure de gloire et de rayonnement. C’est aux VIIIè et IXè siècles qu’après avoir embrassé certains pays comme l’empire khmer et les royaumes de Crivijaya et de Cailendra, le bouddhisme mahàyanà trouva son plein épanouissement en concordance avec l’arrivée de la nouvelle lignée dirigeante Bhrgu en la personne de Indravarman II. C’est aussi dans les annales chinoises (Tân Đường Thư par exemple) que le nom « Tchan-Tcheng » (ou Campapura ( Chiêm Thành en vietnamien )) fut apparu pour la première fois et remplaça désormais Huanwang (Hoàn Vương) qui était lié jusqu’alors à la lignée royale de Prathivindravarman du Sud (Kauthara)(Nha Trang).

Ayant transféré la capitale à Indrapura (près de Hội An) (ou Faifo) dans la région d’Amaràvati (Quảng Nam et Quảng Ngãi), Indravarman II porta particulièrement une inclinaison personnelle vers le bouddhisme mahàyàna malgré le maintien du sivaïsme comme la religion d’état. On ne peut pas ignorer que le roi Indravarman II a eu l’occasion de rappeler dans ses inscriptions royales que la souveraineté sur le Champa lui a été revenue grâce à la seule faveur du destin et grâce aux mérites acquis dans de nombreuses existences antérieures. Il semble qu’à travers cet enseignement, il soit plus ou moins attaché à la doctrine du bouddhisme, en particulier à l’accomplissement de la propagation du dharma, plus que tout autre roi cham qui trouve son salut dans l’union avec Shiva. Selon Georges Coedès, il aurait été désigné par Vikrântavarman III, mort sans postérité, à la demande des grands sages du royaume. Ce qu’on retient de ce roi, c’est sa ferveur bouddhique, sa sagesse inouïe, sa foi inébranblable à l’égard de Lokesvara ( Seigneur du Monde). Il fit élever en 875 dans sa capitale d’Indrapura sur le site Đồng Dương, un temple bouddhique important non loin du sanctuaire Mỹ Sơn où réside le dieu national Siva Bhadresvara et le consacra entièrement à son dieu personnel qu’est Laksmindra-Lokesvaravuongtrieu_indrapura

On voit aussi dans le choix du nom de ce temple un usage pratiqué désormais par les souverains cham en associant toujours le nom de la divinité protectrice à celui du donateur de l’établissement. Malgré le culte primordial de Shiva pour ses pouvoirs dévastateurs et ses victoires éclatantes dans la protection du royaume, la vénération de Lokesvara représentant un bouddha ou Avalokitesvara (un bodhisattva) symbolise non seulement la paix et la bienveillance mais aussi la protection de cette divinité sur la ville et ses habitants si bien que l’hindouisme et le bouddhisme quoique différents au niveau philosophique et religieux peuvent coexister au Champa. Selon l’archéologue français Henri Parmentier, le site bouddhique Đồng Dương semble englober également la résidence du roi située à l’emplacement qu’on désigne aujourd’hui sous le nom de « ao vuông (mare en forme de carré) ». ll paraît qu’il existe un courant d’eau secret pouvant communiquer avec un puits situé à un kilomètre dans la direction est du site. La construction de celui-ci témoigne d’une volonté d’innovation dans le regroupement de nombreux édifices isolés au sein d’une imposante réalisation architecturale où la présence des influences chinoise et indienne est indéniable.

C’est ce qu’on découvre dans le plan général de ce site. On trouve dans son architecture et sa sculpture certains aspects de l’emprunt de l’art chinois au niveau de la monumentalité et de la puissance tandis que dans la composition des scènes liturgiques et des panneaux de narration il y a une fidélité irréprochable aux conventions décoratives trouvées dans les temples de l’ouest de l’Inde.

L’édification de ce site se développe selon un axe est-ouest long de 1300m avec de nombreux bâtiments en brique répartis dans les trois enceintes successives dont chacune est commandée par un pavillon d’entrée aux redoutables et terrifiants gardiens en pierre (dvàrapàla). Selon la description de Henri Parmentier, c’est dans la moitié de la première enceinte occidentale qu’il trouva en 1905 le sanctuaire (1) le plus important abritant probablement la statue de Laksmindra-Lokesvara auquel le site fut consacré en 875 par le roi Indravarman II. Ce sanctuaire principal est précédé par une tour ouverte aux quatre orients (tháp sáng) et entourée de 9 templions répartis dans une disposition bien ordonnée. Pour la plupart des chercheurs vietnamiens, le grand chef d’oeuvre de l’art du bronze qu’un paysan trouva par hasard en 1978 en cherchant à ramasser quelques briques dans les ruines proches de la première enceinte et qu’on désigne souvent sous le nom de Tara (Phật mẫu Tara), n’est autre que la statue de Laksmindra-Lokesvara (Quan Âm chuẩn đề). Il s’agit bien de Avalokitesvara ayant une apparence féminine sous la forme sinisée du boddhisattva (Bồ tát Quan Thế Âm) car dans ses deux mains on retrouva au moment de sa découverte, un lotus et une conque. Lire la suite (Tiếp theo)

 

Bouddhisme du Chămpa (1ère partie)

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English version

Malgré l’adoption de l’hindouisme comme la religion par les Cham au début de la création de leur nation, le bouddhisme ne manquait pas de faire preuve de son influence notable aupès de leurs élites locaux et leurs dirigeants. Ceux-ci trouvaient dans cette religion un grand nombre d’avantages leur permettant de renforcer non seulement leur légitimité et leur pouvoir mais aussi une touche de divinité indispensable dans leur gouvernance à travers les notions de dharmarajà (Roi vertueux) et de cakravartin (Monarque universel).

Étant censés d’incarner la puissance du dharma, ils étaient investis du mandat sacré de veiller au maintien de l’ordre et de la foi religieuse dans leur royaume.  Ils étaient attachés à la nature divine que la mission leur a octroyée. Analogues aux rois khmers, ils accordaient une importance particulière à leur déification de manière qu’on trouve dans leur nom posthume celui de la divinité suprême censée de veiller à leur origine. C’est le cas du roi Indravarman II avec son nom posthume « Paramabuddhaloka » ( Phật hiệu) . Ils devenaient ainsi des « supra humains » parmi les hommes même s’ils n’étaient pas issus d’origine divine. Le bouddhisme ne tarda pas à les séduire et à les faire adhérer à ses aspects fondamentaux : son esprit tolérant, son caractère libéral, son agrégation à la culture locale, son accent mis sur la moralité. Ils firent venir les missionnaires religieux via des navires de commerce car le Champa attira très tôt les commerçants indiens. Il était réputé depuis longtemps pour ses produits forestiers (bois d’aigle, ivoire, épices etc..). On ne connait pas avec exactitude la date d’introduction du bouddhisme au Champa mais on sait que selon les annales chinoises, il connut la prospérité en 605 de notre ère, date à laquelle l’armée chinoise du général Lieou Fang (Lưu Phương) de la dynastie des Sui (nhà Tùy) a pillé la capitale du Champa Điển Xung sous le règne du roi Cambhuvarman ( Phàn Chí en vietnamien ) et a emporté avec elle 1350 textes bouddhiques rassemblés en 564 volumes après avoir reconquis le Tonkin. (*)gardien

La présence du bouddhisme devrait être perceptible très tôt au Champa comme au Vietnam par voie maritime car selon l’érudit vietnamien Phan Lạc Tuyên, les bonzes indiens furent venus au Vietnam au début de l’ère chrétienne en se basant sur l’histoire du Chu Đồng Tử qui s’était initié au bouddhisme lors de sa rencontre avec un bonze indien. Les missionnaires religieux devaient débarquer au Champa avant de pouvoir rejoindre le Giao Chỉ (ou Vietnam) et la Chine. 

Sous l’égide de ses dirigeants, le Champa favorisa très tôt l’implantation du bouddhisme car il fut mentionné déjà par le moine célèbre Yijing ( Nghĩa Tịnh) lors du retour de son voyage maritime dans l’Insulinde comme l’un des pays de l’Asie du Sud Est tenant en haute estime la doctrine du Bouddha à la fin du VIIè siècle sous le règne Wu Ze Tian ( Vũ Tắc Thiên ) de la dynastie des Tang (Nhà Đường). Grâce aux vestiges archéologiques trouvés dans le centre du Vietnam, on sait maintenant que le bouddhisme mahayàna ( Phật giáo Đại Thừa ) prit pied au cours de la seconde moitié du VII ème siècle et donna naissance à des modèles inédits de Bodhisattva alliant la tradition locale et les éléments stylistiques venus de l’étranger et servant désormais de référence dans tout le pays. Lire la suite

© Đặng Anh Tuấn

 

Vương triều Indrapura

Sanctuaire Po Nagar (2ème partie)

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Sanctuaire Po Nagar (2ème partie)

Mandapa en face du kalan principal

Le kalan principal.

Avec ses 22,8 mètres de haut, ce kalan est l’une des plus hautes tours dans l’architecture chame. Son style est considéré comme le style intermédiaire entre le style Mỹ Sơn A-1 et celui de Bình Định (XIè-XII è siècle). Il se distingue par une base carrée et une toiture effilée à trois étages. Celle-ci est tellement ornée et conservée jusqu’à nos jours qu’il est impossible de ne pas apprécier sa beauté et sa splendeur malgré l’absence visible de la crête (kalasa, résidence de Shiva). L’une des caractéristiques de cette toiture est la présence des animaux en pierre (vahana) (des chèvres au premier étage, des oies (hamasa) au deuxième étage et des éléphants au dernier étage).

Le corps du kalan est flanqué de doubles pilastres rectangulaires sans décor dont la partie inférieure a une double voûte ornée de pétales de lotus. L’arcature des fausses portes est un modèle très orginal. Il s’agit de deux doubles de fers de lance superposés sans décor. Une figure humaine gravée et à peine visible se trouve dans chacune des fausses portes. 

Thánh Mẫu Thiên Y A Na

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Le vestibule est encore intact. On trouve au niveau des jambages la gravure des inscriptions royales datant du XIè au XVè siècle et relatant la liste des offrandes à la déesse. Grâce aux épitaphes, on apprend qu’en 1064 le roi Rudravarman III a restauré le vestibule et le tympan où se trouve la déessse dansante Uma et ses quatre bras. A l’intérieur de la tour, outre la statue de la déesse assise sur un trône de lotus enfoui dans une estrade yoni, on trouve non seulement deux battants de porte en bois de fer intacts à l’époque chame mais aussi les deux statues de deux éléphants en bois placées au fond des encoignures. Celles-ci sont les seules sculptures chames datant de 8ème jusqu’au 9ème siècle et existant encore aujourd’hui.

Le temple du Sudponagar3

Malgré la dégradation de sa toiture au fil du temps, il continue à garder son charme et il est un modèle très original et unique dans l’art du Champa. Il fut construit par le senapati (1) du roi Harivarman dans le but de faire un temple du Sandhakalinga (un linga hermaphrodite) et de présenter ensemble Siva et Bhagavarti sous la forme d’un mukhalinga, mi-dieu, mi déesse. Afin de répondre à cette forme fusionnelle de ces deux divinités masculine et féminine, on voit apparaître une nouvelle adaptation de construction à travers ce temple. Il y a dans cet édifice deux parties: le corps carré rattaché au vestibule et la toiture bombée dont la composition rappelle celles de Hưng Thạnh et de Bằng An.

Le corps de ce temple est relativement bas et possède trois fausses portes ornées de six fers de lance superposées dont la grandeur croit vers le fond. On trouve au niveau de son piedestal des bordures en forme de fleur de lotus. Tout le socle de ce kalan est orné de pétales de lotus gravées dans des carrés.

Son vestibule est assez long et a un fronton surélevé prenant la forme d’un demi-toit scaphoïde.

Grâce aux inscriptions chames, on sait que les tours Sud-Est et Nord-Ouest ont été construites par le gouverneur de Panduraga et commandant en chef Senapati Par ou Parraun du roi Harivarman, l’une pour la divinité Sri Maladakuthara (autre forme de Bhagavati ) et l’autre pour Sri Vinayaka (Ganesa)(2). La divinité Maladakuthara appelée comme la petite déesse (yan pu aneh) était présentée comme la fille de la grande déesse de Pô Nagar.

Temple du Sud-Est

C’est aussi l’une des raisons qui ponagar4explique que la tour du Sud Est était placée à côté de Bhagavarti (kalan principal) et du Sivalinga (temple du Sud).  

Références bibliographiques.danseuse

Les ruines Cham. A la recherche d’une civilisation éteinte. Trần Kỳ Phương. Editeur Thế Giới 1993

Po Nagar de Nha Trang. Anne-Valérie Schweyer. Aséanie 14, Décembre 2004, p. 109-140

Pérégrinations culturelles au Champa. Nguyễn Văn Kự- Ngô Văn Doanh. Editeurs EFEO- Thế Giới Publishers 2005.

Văn Hóa Cổ Chămpa. Ngô Văn Doanh. Editeur Nhà Xuất Bản Văn Hóa Dân Tộc 2002.


(1) senapati: général (tướng)
(2) Ganesa: Nom du dieu à tête d’éléphant. Il est le fils de Pârvatî, la parèdre de Shiva.

Sanctuaire Po Nagar (1ere partie)

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Ce sanctuaire est un passage obligé pour ceux qui ont l’occasion de visiter Nha Trang, la station balnéaire la plus huppée du Vietnam. Situé sur une colline (Cù lao) à l’embouchure de la rivière Cái, il fut construit sans interruption du VIIIè au XIIIè siècle selon les inscriptions trouvées sur place. L’apparition de ce sanctuaire dans le royaume du Champa est liée aux tumultes qu’a connus le Champa au VIIIème siècle. Le royaume du Champa est en fait une fédération de plusieurs états ou plutôt ‘cité-états’ dont la plus puissante joue le rôle de « leader » (vai trò chủ đạo). À l’avènement d’une nouvelle dynastie, son pura accède au premier rang et devient ainsi la capitale du royaume. Grâce aux documents historiques chinois et aux inscriptions chames, on sait que jusqu’au début du VIIème siècle, le pura (ou cité-état) de Singhapura (citadelle du lion) à Trà Kiệu ( dans le disctrict actuel de Duy Xuyên, province de Quảng Nam ) prédomina.

A cette époque, la lignée royale du Nord était toujours protégée par la divinité masculine Bhadresvara, un linga représentant une forme bienveillante de Siva honorée dans le sanctuaire le plus sacré de Mỹ Sơn. Une nouvelle lignée royale ne tarda pas à se faire reconnaître au milieu du VIIIème siècle dans le sud du royaume du Champa (Kauthara) et eut besoin d’une autre divinité pour la protéger. La région de Trà Kiệu et de Mỹ Sơn dans la province actuelle Quảng Nam (province chame d’Amaravâti) perdit ainsi son importance au profit de Khánh Hòa (plaine de Nha Trang) et de Ninh Thuận (région de Phan Rang). Bien qu’on n’arrive pas à localiser jusqu’à aujourd’hui son centre politique du pouvoir (Virapura), on prétend qu’il est quelque part dans les environs de Phan Rang. Par contre, on est certain qu’un événement politique majeur a eu lieu dans le sud de ce royaume car cela est en parfait accord avec la date de 758 donnée dans les annales chinoises pour marquer le début de la période Huanwang (Hoàn Vương en vietnamien) durant à peu près 100 ans. Lin Yi (ou Lâm Ấp en vietnamien), l’ancien nom donné à ce royaume, n’est plus utilisé et il est remplacé par Huanwang dans les textes chinois. Cette divinité est un linga à un visage et est honorée dans le sanctuaire sacré Pô Nagar situé en bord de mer. Elle est clairement féminine et présentée comme la sakti de Siva, Bhagavati.

Malgré la mise en parenthèse de la lignée de Prathivindravarman du Sud rapportée dans les annales chinoises en 859 et la prise du pouvoir suprême par la lignée de Bhrgu dans le nord du royaume à Indrapura (près de Hội An) en 875 avec le nouveau roi Indravarman II, la divinité de Nha Trang dans le Kauthara continuait à être honorée comme la déesse protectrice du royaume. Cela montre la volonté de la lignée de Bhrgu d’intégrer celle-ci dans un système religieux cohérent qui, basé jusqu’alors sur la vénération de Bhadresvara (santuaire de Mỹ Sơn) reconnaît une position de complémentarité à Bhagavarti. La bipolarité religieuse autour du dieu Bhadresvara à Mỹ Sơn et de la déesse Bhagavati à Nha Trang va s’imposer désormais sur l’ensemble du royaume. La vénération de Bhagavarti est conforme non seulement à l’importance accordée au système matrilinéaire adopté par les Chams mais aussi à l’unité dont les Chams avaient besoin à cette époque face à leurs ennemis (Vietnamiens, Khmers et Javanais).

Afin de s’acclimater à un milieu naturel peu familier où les stupas et les constructions religieuses des Chams portant la marque profonde de la culture indienne étaient visiblement étranges, effrayantes et mystérieuses avec les statues de Brahma, Siva, Visnu et Pô Nagar, ces nouveaux venus vietnamiens étaient obligés d’élaborer un mode de vie adapté à leur nouvel environnement culturel. Ils n’hésitaient pas à faire usage des vestiges de la culture Cham pour les transposer dans leur propre univers religieux et leurs propres lieux de culte. Ils tentaient d’établir une harmonie entre les puissances surnaturelles et temporelles des territoires qu’ils avaient réussi de conquérir. Craignant d’importuner des génies locaux capables de leur rendre une vie néfaste, ils s’étaient approprié parfois les lieux de culte des vaincus ou des gens locaux. C’est le cas du sanctuaire de Pô Nagar où la déesse du Champa Uma a été récupérée par les Vietnamiens qui n’hésitaient pas à assimiler la légende de Po Nagar dans une mythologie arrangée à leur manière sans réussir à effacer le substrat cham du mythe. La déesse du Champa devenait ainsi Thiên Y A Na (Thiên Y Thánh Mẫu) des Viêtnamiens. Cette appropriation se renouvelle à d’autres endroits du Vietnam lors de la marche vers le Sud: la dame noire à Tây Ninh ou la déesse Chúa Xứ au mont Sam (Châu Đốc).

Dans son inventaire des tours chames situées sur le site Pô Nagar, l’archéologue français Henri Parmentier a recensé une douzaine d’édifices de culte groupés dans une aire de 500 m2 au sommet d’une colline. À cause des intempéries et de la guerre, il ne reste que 5 édifices répartis sur deux niveaux de constructions. On trouve au sommet deux rangées de tours dont la première est composée de trois tours du nord au sud: la tour principale dédiée à la déesse Yan Pu Nagara (ou Thiên Y A Na en vietnamien), le temple du sud et le kalan du sud-est.

Quant à la deuxième rangée, il reste seulement une tour à toiture recourbée en forme de selle et dédiée aux enfants de Thiên Yana. En face de la tour principale de la premère rangée, au niveau inférieur, se dresse un mandapa non muré et constitué de deux rangées de dix colonnes octogonales en brique, mesurant chacune trois mètres de hauteur et plus d’un mètre de diamètre et entourées par quatorze colonnes similaires de taille moins importante. Ces colonnes étaient destinées à supporter un toit en forme de coque de bateau renversée dont la structure était en bois. Ce mandapa a été construit par Senapati Par et mentionné dans les stèles élevées par ce général du roi Harivarman en 817. Il était relié à la tour principale par un escalier en briques. Ce type d’édifice se retrouve sur d’autres sites chams: Mỹ Sơn (Đã Nẵng), Po Kloong Garai (Phan Rang) ou Bánh Ít (Bình Định). Selon Henri Parmentier, il existait à côté de ces édifices en briques, un temple en bois (ou bimong en cham) qui était en quelque sorte un reposoir pour les offrandes.

Grâce aux inscriptions chames, on apprend qu’en 774, le sanctuaire religieux de Pô Nagar construit en bois fut pillé et détruit par les Javanais (Chà Và en vietnamien). Ceux-ci désignent l’ensemble des populations des mers du Sud càd le pays de l’archipel et de la péninsule Malaise. Il fut reconstruit en 784 en briques et en pierre par le roi Satyavarman. Puis vers le milieu du Xème siècle, le site de Nha Trang fut mis à sac par les Khmers dont les inscriptions parlaient du butin (statue en or) pris à la déesse Bhagavati. Celle-ci fut réinstallée en 965 par le remplacement d’une statue en pierre par le roi Indravarman. La statue du Xème siècle sous le règne du roi Jaya Paramesvaravarman pourrait être celle que l’on peut voir encore aujourd’hui dans la tour principale mais sa la tête fut restaurée à la façon vietnamienne.Lire la suite

 

À la recherche de la civilisation éteinte (3ème partie)

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Troisième partie

Les temples et les tours Chàm sont construits avec des briques en terre cuite. Celles-ci sont associées à des ornements en grès: jambages, pilastres, linteaux, antes etc .. De dimensions variées, ces briques dont les formes sont souvent parallélépipédiques sont chauffées à petit feu. Malgré l’absence du mortier, elles continuent à rester soudées les unes des autres au fil des siècles, ce qui permet aux tours et aux temples de résister tant bien que mal aux attaques des intempéries. Cela constitue encore une énigme pour la plupart des scientifiques et cela prouve que la technique de fabrication et d’utilisation des briques a atteint chez les Chàms un très haut niveau. 

Par contre, selon un grand chercheur vietnamien, spécialiste de l’art Chàm, Trần Kỳ Phương, l’extraordinaire solidité de ces énormes blocs de briques agrégés entre eux provient de l’utilisation d’un mélange d’huile (dầu rái) (résine de Pipterocarpus Alatus Roxb) et de la chaux provenant de la cuisson des coquillages et de la poudre de brique. D’autres chercheurs n’hésitent pas à reprendre la vieille idée qui est pourtant abandonnée depuis longtemps. C’est celle d’une cuisson de l’édifice tout entier en une seule fois. C’est l’hypothèse émise par un chercheur vietnamien Ngô Văn Doanh dans son ouvrage intitulé « La culture du Champa, Editions Culture et Informations, Hanoï , 1994 » (Văn Hóa Chămpa, Thông Tin , Hànội ).

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En admirant ces tours, le voyageur ne peut pas retenir sa tristesse de voir disparaître l’une des civilisations brillantes d’Indochine dans les tourbillons de l’histoire. C’est à nous, les Vietnamiens de redonner à ce peuple vaincu la place et la dignité qu’il mérite dans notre société et de lui montrer notre attachement à sa culture. C’est seulement dans cet esprit d’ouverture et de tolérance que le Vietnam est fier d’être une mosaïque de 54 ethnies. C’est un apport culturel inouï à notre richesse culturelle millénaire.


Références bibliographiques:

Introduction à l’étude de l’Annam et du Champa (Hanoi 1934). I.Y. Claèys
Les états hindouisés d’Indochine et d’Indonésie. (Paris 1948). G. Coedès.
Les ruines Cham. (Thế Giới, Hà Nội, 1993) (Trần Kỳ Phương).
Le royaume du Champa (Paris 1928) G. Maspéro
Indochine, carrefour des arts (Paris, 1981) B. Groslier.
Histoire du Việt-Nam (Hà Nội, 1957) Ðào Duy Anh (1)
La culture du Champa (Editions Culture et Informations, Hanoi, 1994) Ngô Văn Doanh

À la recherche de la civilisation éteinte (2ème partie)

 

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Deuxième partie

L’architecture chame est d’inspiration indienne. Les ouvrages architecturaux sont des ensembles comprenant un temple principal (ou kalan en langue chame) entouré de tours et de temples, le tout englobé dans une enceinte.

Les temples sont bâtis en forme de tour et en briques tandis que les linteaux, les bas-reliefs, les corniches, les tympans etc .., sont en grès. Les règles de la disposition des temples cham ont été bien définies. Cela doit refléter la cosmogonie hindoue. Après avoir érigé le temple-tour, les sculpteurs Chams commencent à exécuter des bas-reliefs sur les murs du temple. Ils se servent des motifs d’ornement comme feuille, fleur, animaux, génies etc … pour évoquer des sujets religieux.

Face au kalan, il y a toujours une tour-portique (gopura) faite de briques avec des colonnes de pierre. Devant celle-ci, se dresse le mandapa. Il s’agit d’un édifice tout en longueur, couvert de tuiles et percé de plusieurs fenêtres et de deux portes orientées suivant la direction est-ouest. C’est un endroit où les Chams ont besoin de méditer et de prier avant d’effectuer la cérémonie rituelle au kalan. Parfois, le mandapa est construit entre le kalan et la tour-portique. Trois types de mandapa ont été trouvés sur les sites chams:

1) mandapa muré et percé de plusieurs fenêtres (Mỹ Sơn)
2) mandapa non muré dont les colonnades supportent une toiture en tuiles (Pô Nagar Nha trang)
3) mandapa dont la toiture est supportée par les colonnes en bois (Pô Kloong Garai , Phan Rang) .

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Le kalan cham est le symbole de l’univers sacré en miniature. Il symbolise la montagne sacrée (meru) au centre de l’univers. C’est ici qu’on trouve le culte d’une divinité ou du couple linga-yoni. Il arrive parfois qu’il est aussi celui des ancêtres ou des rois et des reines sanctifiées. C’est le cas du kalan de Pô Kloong Garai (Phan Rang) ou celui de Pô Rômê (Ninh Thuận).

Sa construction est établie suivant un modèle bien précis: corps de la tour de forme carrée, toiture pyramidale à 3 étages, sommet très pointu en grès. Chaque kalan est composé de trois parties:

le socle ou piédestal symbolisant le monde matériel ou terrestre. (Bhurloka). On y trouve les gravures représentant fleurs, danseuses, animaux, fidèles en prières etc..
-le corps de la tour symbolisant le monde prémonitoire ( Bhurvaloka ). À ce niveau figurent les flammes, les danseuses célestes Apsara, les feuilles stylisées etc …
-la toiture symbolisant le monde spirituel ( Suarloka ). C’est aussi le monde des divinités. A ce niveau, il y a trois étages formant une pyramide et représentant Kailasa, la montagne sacrée de Shiva. Chaque étage comporte tous les éléments d’un temple décrit ci-dessus. Un bon nombre de toits de ces tours étaient à l’origine couverts de feuilles d’or ou d’argent.

1°) Style Mỹ Sơn E-1 (VIIIème siècle)
C’est le style où l’influence de l’art préangkorien est notable.

2°) Style Hoà Lai (VIII-IXème siècle). Simplicité des lignes, voûtes en console, richesse des décorations.

3°) Style Ðông Dương (IXème siècle)

On trouve dans ce style l’influence bouddhiste dominante avec les gardiens de porte, les Dharmapâla, les orants et les piédestaux.

À l’intérieur du kalan, se trouve toujours une salle carrée au milieu de laquelle se trouve la statue d’un génie ou d’un couple linga-yoni. Lors de la célébration du bain de la statue, l’évacuation d’eau en dehors du temple s’effectue grâce à une rigole entourant le socle et dont l’extrémité est orientée toujours vers le Nord.

On trouve toujours devant le kalan et à sa droite un dépôt d’objets de culte. C’est une construction en briques à toiture en coque de bateau renversé dont les fenêtres sont orientées vers la direction est-ouest et dont la porte principale est toujours tournée vers le Nord. Le kalan et ses dépendances sont entourés par une enceinte en briques se fermant à l’endroit de la tour-portique. En se basant sur la forme des voûtes, des pilastres, des corniches, des antes, des pièces angulaires et des motifs de décoration, Philippe Stern a proposé la classification suivante des sites Chàm:

4°) Style Mỹ Sơn A-1 (Xème siècle)
Celui-ci correspond à la période classique dans l’art Chàm avec les chefs-d’oeuvre tels que les danseuses du piédestal de Trà Kiêu du musée de Ðà Nẵng.

5°) Style Pô Nagar Nha Trang (XI-XIIème siècle)
C’est une transition entre les styles Mỹ Sơn A 1 et Bình Ðịnh.

6°) Style Bình Ðịnh (XII-XIIIème siècle)  C’est l’art baroque découvert lors des fouilles en 1934 sur un site de la province Bỉnh Ðịnh avec les animaux fantastiques dans un décor assez extravagant.

7°) Style Pô Kloong Garai (XIV-XVIème siècle)
Il y a plein de lacunes caractérisés par l’omission des significations iconographiques indiennes et la disparition progressive des jambes.Lire la suite (Tiếp theo)

 

À la recherche de la civilisation éteinte (1ère partie)

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Trở về quá khứ với dân tộc Chàm

Première partie

En s’appuyant sur des documents historiques chinois et vietnamiens (1), les deux chercheurs français Gaston Maspéro et George Coedès ont essayé de reconstituer la chronologie chame. Malgré d’importantes lacunes, la mention des Chàms a été évoquée à l’époque où les habitants de la province de Tượng Lâm ( Rinan ) s’étaient soulevés contre la domination chinoise en 192 après J.C. pour fonder un état indépendant dont le territoire s’étend du Quảng Bình jusqu’au Phan Rang. Cet état est réparti en quatre zones: Amaravati (de Quảng Bình à Quảng Nam), Vijaya (de Quảng Ngãi à Phú Yên), Kauthara (Khánh Hoà) et Panduranga (Phan Rang). Deux clans, celui du Nord ( ou le clan des Narikelavamsa ) ( clan Dừa en vietnamien ) et celui du Sud ( ou le clan des Kramukavamsa ) ( clan Cau en vietnamien ) qui par moments guerroyèrent, prirent les rênes du pouvoir par alternance. En fonction de leurs offrandes retrouvées, (noix de coco au Nord et noix d’arec au Sud), ils furent appelés comme des mangeurs de coco au Nord et ceux d’arec au Sud. Ce pays dont la capitale était sans doute à Trà Kiệu (près de Ðà Nẳng) fut connu durant six siècles sous le nom de Lin Yi ( Lâm Ấp ) puis à partir de 758 sous celui de Houan Xang ( Hoàn Vương ). Le nom de Champa (Chiêm Thành ) provenant de la transcription sino-vietnamienne Champapura ( cité des Chàms ) fut cité pour la première fois en 875. C’était avec ce nom que ce royaume fut mentionné maintes fois dans les conflits avec le Viêt-Nam jusqu’à son annexion sous la dynastie des Lê avec le roi Lê Thánh Tôn.


Au début de son existence, ce royaume connut une période de prospérité. On vit la construction d’un grand nombre de temples et de sanctuaires dont le premier était celui du site de Mỹ Sơn ( Belle Montagne ) dédié au culte du linga du dieu roi Civa Bhadresvara par le grand souverain Bhadravarman, c’est ce qu’on a découvert dans les inscriptions écrites en sanskrit. Les fouilles récentes à Mỹ Sơn ont apporté la preuve que Mỹ Sơn n’était pas seulement un lieu de culte mais aussi la nécropole des rois Chàm après l’incinération. On dénombra deux grands ports où le commerce était très florissant: Ðại Chiêm dans la région de Hội An (Faifo) et Thị Nại (Bỉnh Ðịnh)(Sri Bonei). 

Lin Yi (Lâm Ấp)

Du IV au Vè siècle, ce royaume fut en conflit acharné avec les Chinois qui avaient annexé le Viêt-Nam au nord du Col de Ðèo Ngang. Sa capitale Trà Kiệu connue sous le nom de Simhapura (cité du Lion) et située à 50km au sud-ouest de Ðà Nẳng, fut mise à sac vers 446. Le général chinois Tan Hezhi (Ðàn Hoà Chi) a ramené lors de cette expédition des statues en or pour une valeur totale de cent mille taëls d’or ( environ 3600 kg ). La prospérité de cette capitale n’est plus mise en doute à la suite des découvertes d’un grand nombre d’objets en or finement travaillés pendant les années 80. La description détaillée de cette ville a été déjà mentionnée dans un ouvrage d’histoire chinois Shu Jing Zhu (Thuy Kinh Chu) du VIIè siècle après J. C. Elle a été confirmée par les fouilles en 1927-1928 sous la direction de l’archéologue français J. Y. Claèys de l’École française d’Extrême-Orient.

Du VIème au VIIIème siècle, ce royaume retrouva un essor économique et artistique par le biais des relations très développées avec l’Inde et le Tchenla (Chân Lạp) au Sud. On note ainsi une introduction importante des objets étrangers dans l’art du Chămpa. Au VIIIème siècle, les Chàms furent attaqués sans cesse par les Javanais. Ces derniers détruisirent en 774 le temple de Pô Nagar (Nha Trang) construit en bois par un roi légendaire Vichitrasagara.

Ce sanctuaire fut reconstruit à nouveau cette fois en brique par le roi Satyavarman Içvaraloka en 784. D’après ce qu’on a recueilli dans les inscriptions chàms, avant le VIIème siècle, les temples et les tours étaient en bois mais ils ont été incendiés au cours des guerres. C’est seulement au VIIème siècle qu’on vit apparaître les temples et les tours en briques et en grès.

Dès sa montée sur le trône en 854, Indravarman II changea le nom de la capitale de Simhapura dans la région de Trà Kiệu en Indrapura (cité du Dieu de la foudre). Il fit édifier une cité sainte du bouddhisme à Ðông Dương à 20km au sud de Trà Kiệu et rétablit de bonnes relations avec la Chine.

Au début du Xè siècle, sous le règne du roi Indravarman III, le royaume du Champa commença à tisser des relations étroites avec Java. Rien n’est étonnant de voir l’art chàm en contact avec l’art javanais pour tout le siècle.

Par contre, il était en conflit sempiternel au nord avec un nouveau pays, le Ðại Cồ Việt qui venait d’être libéré de la domination chinoise à la fin du Xè siècle et au Sud avec les Khmers. Ceux-ci n’hésitèrent pas à saccager le sanctuaire Po Nagar de Nha Trang vers 950 et dérobèrent la statue d’or qui y avait été installée en 918 par le roi Indravarman II. Les Chams ont engagé des guerres sans merci contre les Khmers durant plus d’un siècle (1112-1220). On nota aussi leurs premiers accrochages sérieux avec le Ðại Cồ Việt en 979. Leur capitale fut pillée en 982 par ce dernier. (l’expédition du grand roi vietnamien Lê Ðại Hành). Face à la pression de celui-ci, le roi Yang Sra Vijaya dut transférer sa capitale dans la région de Vijaya (Bỉnh Ðịnh). Cette nouvelle capitale allait durer jusqu’en 1471 avant d’être transférée à la région de Panduranga (Ninh Thuận).

À cause des dissensions internes et de la guerre de cent ans avec les Khmers, les Chàms ne réussirent pas à stopper au fil des siècles la marche du Sud entamée par les Vietnamiens. Ils durent un dernier sursaut à Binasuor(*) (Chế Bồng Nga) qui battit les Vietnamiens à maintes reprises en pillant leur capitale Thăng Long en 1371 et en 1377 et en faisant fuir leur roi Trần Nghệ Tôn et son premier ministre Hồ Qúi Ly. A cause de la trahison de l’un de ses proches, les Vietnamiens ont réussi à tuer Binasuor. Cela mit fin à la suprématie des Chàms. Ceux-ci devaient céder le terrain aux conquérants vietnamiens et étaient refoulés un peu plus chaque jour dans le Sud. Par la politique d’assimilation, ils étaient obligés d’être disséminés un peu partout dans le centre du Vietnam et dans l’ouest du Sud Viet-Nam, au Cambodge et en Malaisie.

Malgré cela, leur art chàm continue à représenter une partie importante dans l’art du Sud Est Asiatique connu dans le passé sous le nom « art trans-indien ». On le trouve par le biais de leurs vestiges architecturaux religieux. Ceux-ci deviennent la clé de voûte de l’art Chảm. Bien que ces édifices ne soient pas des monuments splendides et grandioses comme Pagan en Birmanie, Angkor au Cambodge, Borobudur en Indonésie, ils sont d’une grande beauté pleine de charme. Certains méritent de faire partie des patrimoines mondiaux de l’humanité car on y trouve à la fois une décoration composée de riches sculptures en grès et des motifs ornementaux finement gravés dans les briques. On peut dire que c’est une broderie de briques et de grès, un joyau unique en son genre pour l’humanité. Rien n’est étonnant de voir la cité sainte Mỹ Sơn d’être classée comme l’un des patrimoines mondiaux de l’humanité.  Lire la suite ( Tiếp theo)


(*) Certains historiens contestent le nom Binasuor donné à Chế Bồng Nga. (nom mentionné par les Vietnamiens dans leurs documents historiques).

Musée de la sculpture chame (Đà Nẵng)

English version

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C’est l’unique musée de la sculpture cham au monde où on trouve les plus belles pièces de statues provenant des sites Mỹ Sơn, de Đồng Dương, de Trà Kiệu et de Pô nagar (Nha Trang)

  • Style de Mỹ Sơn E1 (Phong cách E1)
  • Style de Mỹ Sơn E1 (Phong cách E1)
  • Style de Chính Lộ (Phong cách Chính Lộ )
  • Style de Đồng Dương ( Phong cách Đồng Dương)
  • Style de Tháp Mắm … (Phong cách Tháp Mắm)

Style de Tháp Mắm

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  • Style de Mỹ Sơn E1: vivacité dans l’ornementation, finesse dans les détails…style_dongduong
  • Style de Khương Mỹ: la douceur dans les visages, l’harmonie et la symétrie…
  • Style de Trà kiệu: la beauté des parures, le demi-sourire, la mise en valeur de la beauté féminine ( seins développés, déhanchement etc ..)
  • Style de Đồng Dương: l’apparence faciale typique ( sourcils proéminents, lèvres épaisses avec les commissures …
  • Style de Tháp Mắm: un art poussé à ses limites avec irréalisme et extravagance….

© Đặng Anh Tuấn