Théorie du Yin et du Yang (Âm Dương: 1ère partie)

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La théorie du Yin et du Yang continue à être liée intimement à la vie journalière des Vietnamiens et  trouve son application dans tous les domaines. Est de nature Yin tout ce qui est fluide, froid, humide, passif, sombre, intérieur, immobile, d’essence féminine comme le ciel, la lune, la nuit, l’eau, l’hiver. Est de nature Yang tout ce qui est solide, chaud, lumineux, actif, extérieur, mobile, d’essence masculine comme la terre, le soleil, le feu, l’été.

On retrouve même ce caractère Yin et Yang dans la grammaire vietnamienne par l’utilisation des mots « con » et « cái». 

Analogues aux articles définis « le » et « la », ceux-ci sont employés pour indiquer dans certains cas restreints le genre mais on peut se baser sur le caractère « mobile » ou « immobile » de l’objet qu’ils accompagnent pour indiquer son appartenance à la classe sémantique correspondante. Le mot cái est utilisé dans le cas où l’objet porte le caractère « immobile » (tĩnh vật) : cái nhà (maison), cái hang (grotte), cái nồi (marmite) etc… Par contre, lorsque l’état « mobile » (động vật) fait partie de la nature de l’objet, on se sert du mot « con » pour le précéder. C’est le cas des mots suivants : con mắt (œil), con tim (cœur), con trăng (couleuvre), con ngươi (pupille), con dao (couteau) etc …

L’œil bouge sans cesse comme le cœur palpite. De même la couleuvre se meut ainsi que la pupille. Le couteau est considéré par les Vietnamiens comme un animal sacré. Il est nourri avec du sang, du vin et du riz. Le même nom que porte un objet peut aboutir à deux interprétations différentes en fonction de l’utilisation du mot «cái» ou «con». L’exemple suivant traduit le caractère mobile (con) ou immobile (cái) de l’objet thuyền (ou barque en français) employé: Con thuyền trôi theo dòng nước (La barque s’avance sur l’eau). Cela veut dire que quelqu’un fait avancer la barque avec la rame ou avec le moteur. Par contre, lorsqu’on dit « cái thuyền trôi theo dòng nước « (La barque s’avance sur l’eau), on insiste sur le fait qu’il n’y a personne pour manœuvrer la barque. C’est le flot des eaux qui fait avancer la barque toute seule. Cela note le caractère immobile de la barque. L’influence du Yin et du Yang, n’est pas étrangère à la façon d’attribuer parfois le sexe à des objets courants. C’est le cas du couteau (dao) : dao cái (grand couteau), dao đực ou dao rựa (ou machette). Cette remarque a été notifiée par Alain Thote, l’archéologue et sinologue français, dans son article intitulé « Origine et premiers développements de l’épée en Chine » : Les épées de Yue ont joui dans l’Antiquité d’une très grande célébrité. C’est le cas de  l’épée des entrailles de poisson que le boucher de nom  Zhuan Zhu (Chuyên Chư) a utilisée  pour assassiner le souverain Liao ( Ngô Vương Liêu)  de l’état de Wu (nước Ngô) à l’époque des Printemps et Automnes (Xuân Thu),  Bản Sinh vân vân …Certaines épées portaient un nom et  pouvaient être de sexe masculin ou féminin. L’expression « đực rựa » qu’on entend évoquer souvent dans les conversations pour désigner les hommes, provient de la coutume des Vietnamiens d’autrefois de porter les machettes lors de leur sortie. 

L’association des sexes est visible aussi depuis longtemps au Vietnam dans la riziculture : l’homme laboure et la femme repique. Le soc de la charrue qui transperce la terre (âm)(Yin) symbolise le sexe mâle ( Yang)(dương) tandis que par le repiquage la femme transmet son pouvoir de fécondation (âm)(Yin) aux plants de riz (dương)(Yang). Pour noter la parfaite perfection dans l’union harmonieuse du Yin et du Yang, on est habitué à dire en vietnamien : Unis, mari et femme parviennent à écoper toute l’eau de la mer d’Orient. (thuận vợ thuận chồng tát biển Đông cũng cạn).

Étant riziculteurs, les Proto-Vietnamiens étaient attachés non seulement au sol mais aussi à l’environnement car grâce aux phénomènes naturels (pluie, soleil, vent, nuages etc …), ils pouvaient avoir de bonnes récoltes ou non. La riziculture extensive sur brûlis ou en terrains naturellement inondés dépendait des aléas du climat. C’est pourquoi ils avaient besoin de vivre en harmonie avec la nature. Ils considéraient qu’ils étaient le trait d’union entre le Ciel et la Terre (Thiên-Nhân-Địa). Partant de cette notion, on est habitué à dire en vietnamien : Thiên Thời, Địa Lợi, Nhân Hòa (être au courant des conditions météorologiques, connaître bien le terrain et avoir l’adhésion populaire ou la concorde nationale). Ce sont les trois facteurs clés de la victoire auxquels ont fait référence souvent les stratèges vietnamiens (Trần Hưng Đạo, Nguyễn Trãi,  Quang Trung) dans leur lutte contre les envahisseurs étrangers. Les Vietnamiens tiennent compte de cette triade (Tam Tài) dans leur mode de pensée et dans leur vie journalière. Pour eux, il n’y a pas de doute que cette notion a une influence incontestable sur l’homme lui-même: son destin est dicté par la volonté du Ciel et dépend de sa date de naissance. Avec l’environnement extérieur et intérieur de son logement, il peut recevoir le souffle néfaste ou bénéfique (qi) que génère la terre. L’art d’harmoniser l’énergie environnementale de son lieu d’habitation lui permet de minimiser ses ennuis et de favoriser son bien-être et sa santé. Un terrain plat sans ondulations ni collines est sans vie et manque de souffle qi (Khí). Les Vietnamiens appellent les collines et les montagnes Dragons et Tigres. Les bâtiments devraient avoir un dragon vert à la direction ouest et un tigre blanc à  la direction est. Le Dragon bienveillant doit être plus puissant que le Tigre. (Hữu Thanh Long, Tã Bạch Hổ) càd la montagne Dragon doit être plus haute que la colline Tigre.  La notion d’harmonie prend tout son sens lorsqu’un site adossé à une montagne et entouré de deux côtés par des chaînes de collines permettant de le protéger des vents qui dispersent le Chi (ou énergie cosmique) donne accès à un lac ou à un fleuve où il y a l’eau et la nourriture indispensable à la vie et  le cumul des énergies cosmiques (Chi).

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Nguyễn Trãi (Version française)

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Người anh hùng dân tộc
J’aime honorer la mémoire de ce grand homme politique vietnamien en modifiant légèrement les deux vers qu’il a composés dans son poème « Improvisation » traduit en français par Nguyễn Khắc Viện dans l’Anthologie de la littérature vietnamienne: 

Mille automnes ont passé, l’eau garde son visage
Mille générations ont contemplé la lune pareille à elle-même. 

par mes deux vers suivants:

Mille automnes ont passé, le Vietnam garde son indépendance
Mille générations ont continué à vénérer Nguyễn Trãi, pareil à lui même dans leur mémoire.

© Đặng Anh Tuấn


On peut résumer la vie de ce grand homme politique par le biais du vers 3248 du grand classique de la littérature vietnamienne de Nguyễn Du au XVIIIè siècle:

Chữ Tài liền với chữ Tai một vần
Le mot « Talent » et le mot « Malheur » de tout temps se riment parfaitement. 

pour évoquer non seulement son talent inouï mais aussi sa fin tragique si regrettée par tant de générations vietnamiennes. Face à la force brutale que représentait l’armée chinoise de l’empereur Chenzu des Ming (Minh Thánh Tổ) dirigée par le général Tchang Fou ( Trương Phụ ) lors de son invasion au Ðại Việt ( ancien nom du Vietnam ) au neuvième mois de l’année de Bình Tuất (1406) , Nguyễn Trãi a su donner à ce qu’avait dit Lao Tseu dans le Livre de la Vie et de la Vertu: 

Rien n’est plus souple et faible au monde que l’eau
Pourtant pour attaquer ce qui est dur et fort
Rien ne la surpasse et personne ne pourrait l’égaler
Que le faible surpasse la force
Que le souple surpasse le dur
Chacun le sait.
Mais personne ne met ce savoir en pratique.

une géniale conceptualisation et élaborer une stratégie ingénieuse permettant aux Vietnamiens, faibles en nombre de sortir victorieux lors de cette confrontation et de retrouver leur indépendance nationale après les dix années de lutte. Avec le brave terrien Lê Lợi, connu plus tard sous le nom de règne Lê Thái Tổ et 16 compagnons de lutte liés par un serment de Lung Nhai ( 1406 ) et 2000 paysans au mont Lam Sơn dans la région ouest montagneuse de Thanh Hoá, Nguyễn Trãi arriva à faire de l’insurrection en une guerre de libération et à convertir une bande de paysans mal armés en une armée populaire forte de 200.000 hommes quelques années plus tard.Cette stratégie connue sous le vocable « guérilla », s’était révélée très efficace car Nguyễn Trãi réussît à mettre en pratique la doctrine prônée par le Clausewitz chinois, Sun Zi ( Tôn Tử ) à l’époque Printemps et Automnes ( Xuân Thu ) , basée essentiellement sur les cinq variables suivantes: la Vertu, le Temps, le Terrain, le Commandement et la Discipline dans sa conduite de guerre. Nguyễn Trãi avait l’occasion de dire qu’il préférait conquérir les cœurs plutôt que les citadelles. Quand il y avait l’harmonie entre les dirigeants et le peuple, ce dernier acceptait de combattre jusqu’au dernier souffle. La cause sera entendue et gagnée car Dieu se range toujours à côté du peuple, ce que le sage Confucius a eu l’occasion de rappeler dans ses livres canoniques: 

Thiên căng vụ dân, dân chi sở dục, thiên tất tòng chí
Trời thương dân, dân muốn điều gì Trời cũng theo

Dieu aime bien le peuple. Dieu va accorder tout ce que le peuple lui demande.

On peut dire que chez Nguyễn Trãi, la tendance humaniste de la doctrine confucéenne a pris tout son développement. Pour s’assurer du soutien et de l’adhésion du peuple dans sa guerre d’indépendance, il n’hésita pas à se servir de la superstition et de la crédulité de son peuple. Il demanda à ses proches de monter sur les arbres, de graver à l’aide des cure-dents sur les feuilles avec du miel la phrase suivante: 

Lê Lợi vì dân, Nguyễn Trãi vì thân
Lê Lợi pour le peuple, Nguyễn Trãi pour Lê Lợi 

ce qui permit aux fourmis de manger du miel et de laisser ce message marqué sur les feuilles. Ces dernières étaient emportées par le vent dans les ruisseaux et dans les sources d’eau. En les y récupérant ainsi, le peuple crut que le message venait de la volonté de Dieu lui-même et n’hésita pas adhérer massivement à cette guerre de libération.

Humaniste de conviction, il pensait toujours non seulement aux souffrances de son peuple mais aussi à celles de ses ennemis. Il avait l’occasion de souligner dans une lettre adressée au généralissime chinois Wang Toung que le devoir d’un chef consistait à oser prendre la décision, à dénouer les haines, à sauver les êtres humains et à couvrir le monde de ses bienfaits pour léguer un grand nom à la postérité ( Quân Trung Từ Mệnh Tập). Il laissa aux généraux chinois vaincus Wang Toung ( Vương Thông ), Mã Anh, Fang Chen ( Phương Chính ), Ma Ki ( Mã Kỳ ) regagner leur pays avec 13000 soldats capturés, 500 jonques et des milliers de chevaux. Soucieux de la paix et du bonheur de son peuple, dans son chef d’oeuvre  » Proclamation sur la pacification des Ngô  » ( Bình Ngô Ðại Cáo ), qu’il a rédigé après avoir gagné la guerre et déboulonné l’armée chinoise hors du Vietnam, il rappela qu’il était temps d’agir avec sagesse pour le repos du peuple.

Pour permettre à la Chine de ne pas se sentir humiliée par cette défaite cuisante et pour restaurer surtout la paix durable et le bonheur de son peuple, il lui proposa un pacte de vassalité avec un tribut trisannuel de deux statues de taille courante en métal fin ( Ðại thần kim nhân ) en dédommagement de deux généraux chinois Liou Cheng ( Liễu Thăng ) et Leang Minh ( Lương Minh ) morts au combat.

Dans les premières années de lutte, Nguyễn Trãi connut plusieurs fois des défaites cinglantes et sanglantes (mort de Lê Lai, Ðinh Lễ etc…), ce qui l’obligea à se réfugier trois fois à Chí Linh avec Lê Lợi et ses partisans. Malgré cela, il ne se sentit jamais découragé car il savait que le peuple le soutenait à fond. Il comparait souvent le peuple à l’océan. Nguyễn Trãi avait l’occasion de dire à ses proches: 

Dân như nước có thể chở mà có thể lật thuyền.
Analogue à l’océan, le peuple peut porter le trône mais il peut le faire sombrer. 

La parole de son père Nguyễn Phi Khanh, capturé et déporté en Chine avec d’autres lettrés vietnamiens dont Nguyễn An, le futur bâtisseur de la Cité interdite à Pékin, faisait partie, au moment de leur séparation à la frontière sino-vietnamienne, continuait à être vivace dans son esprit et le rendait déterminé plus que jamais dans sa conviction inébranlable et dans sa juste lutte: 

Hữu qui phục Quốc thù, khóc hà vi dã
Hãy trở về mà trả thù cho nước, khóc lóc làm gì
Tu vas laver la honte de notre pays et venger ton père. A quoi bon t’attacher à mes pas en pleurnichant comme une fillette! 

Il passa des nuits blanches à la recherche d’une stratégie permettant de contrer l’armée chinoise au zénith de sa force et de sa terreur. Etant au courant des dissensions dans les rangs des adversaires, des difficultés que le nouvel empereur Xuanzong des Ming avait sur la frontière du Nord avec les Hungs après la disparition de Chengzu en 1424 et des dégâts que l’armée chinoise avait subis lors de ces derniers engagements militaires malgré leurs succès sur le terrain, Nguyễn Trãi n’hésita pas à proposer au général Ma Ki une trêve. Celle-ci fut acceptée volontiers de deux côtés car chacun pensa à tirer avantage de ce répit soit pour consolider son armée dans l’attente des renforts venant de Kouang Si et de Yunnan et d’un engagement militaire de grande envergure ( chez les Ming ) soit pour reconstituer une armée déjà éprouvée par des pertes importantes et pour changer de stratégie dans la lutte de libération ( chez les Viet ). Profitant de la méconnaissance du terrain par l’armée chinoise de renfort venant de Kouang Si, il ne tarda pas à la manoeuvrer en mettant en oeuvre la doctrine « du plein et du vide » prônée par Sun Zi. Celui-ci avait dit dans son ouvrage « L’art de guerre » : 

L’armée doit être semblable à l’eau
Comme l’eau évite les hauteurs et se précipite dans les creux,
l’armée évite les pleins et attaque les vides. 

ce qui lui permit de décapiter Liou Cheng et son armée dans le « vide » Chi Lăng défini par Sun Zi, dans un défilé montagneux et bourbeux proche de Lạng Sơn. Il ne laissa aucun répit au successeur de Liou Cheng, Leang Minh de regrouper le reste de son armée chinoise en lui tendant un piège mortel aux alentours de la ville Cần Trạm. Puis il profita du succès remporté pour mettre en déroute l’armée de renfort du général chinois Mou Tcheng ( Mộc Thanh ), ce qui obligea ce dernier à déguerpir et à rentrer seul à Yunnan ( Vân Nam ).

Par crainte de perdre le gros de ses troupes dans l’affrontement et par souci de préserver le sang de son peuple, il préféra mettre en oeuvre la politique d’isolement des grandes villes Nghệ An, Tây Ðô, Ðồng Quan ( ancien nom de la capitale Hà Nội ) par l’investissement de tous les forts et de toutes les petites villes environnant celles-ci, par le harcèlement incessant des troupes de ravitaillement et par la neutralisation de toutes les troupes chinoises de renfort. Pour empêcher l’éventuel retour des envahisseurs et pour désorganiser leur structure administrative, il mit en place dans les villes libérées une nouvelle administration dirigée par les jeunes lettrés recrutés. Il ne cessa pas d’envoyer des émissaires auprès des gouverneurs chinois ou vietnamiens de ces petites villes pour les convaincre à se rendre sous peine d’être traduits en justice et condamnés à mort en cas de résistance. Cela s’avéra fructueux et payant car cela obligea le généralissime Wang Toung et ses lieutenants à se rendre sans conditions car ils se rendaient compte qu’il leur était impossible de tenir longtemps Ðồng Quang sans renfort et sans ravitaillement. Ce n’est pas seulement une guerre de libération mais aussi une guerre des nerfs que Nguyễn Trãi a réussi à mener contre les Ming.

L’indépendance reconquise, il fut nommé ministre de l’Intérieur et membre du Conseil secret. Connu pour sa droiture, il ne tarda pas à devenir la cible privilégiée des courtisans du roi Lê Thái Tổ. Ce dernier commença à prendre ombrage aussi de son prestige. Sentant le risque d’avoir le même sort réservé à son compagnon de lutte Trần Nguyên Hãn et imitant le haut conseiller chinois Zhang Liang ( Trương Tử Phòng ) de l’empereur des Han, Liu Bang ( Lưu Bang ou Hán Cao Tổ), il demanda au roi Lê Lợi de lui permettre de se retirer au mont Côn Sơn, l’endroit où il avait passé toute sa jeunesse avec son grand-père maternel Trần Nguyên Ðán, l’ancien grand ministre régent du roi de la dynastie des Trần, Trần Phế Ðế et l’arrière petit-fils du général Trần Quang Khải, l’un des héros vietnamiens dans la lutte contre les Mongols de Kubilai Khan. C’est ici qu’il a rédigé une série d’écrits composés qui rappelaient non seulement son rattachement profond à la nature dont il faisait sa confidente mais aussi son ardent désir de renoncer aux honneurs et à la gloire et de retrouver la sérénité. C’est aussi à travers ces poèmes qu’on trouve en lui un profond humanisme, une extraordinaire simplicité, une sagesse exemplaire et une tendance à la retraite et à la solitude. Il y a insisté sur le fait que la vie d’homme ne dure que cent ans au plus. Tôt ou tard on se retourne en herbes et en poussières. Ce qui compte pour l’homme, c’est la dignité et l’honneur comme la couverture bleue ( symbole de la dignité ) qu’avait défendue énergiquement le lettré chinois Vương Hiền Chi de la dynastie des Tsin lors de l’intrusion du voleur dans sa maison, dans son poème  » Improvisation d’un jour d’été ( Hạ Nhật Mạn Thành ) ou la liberté comme celle des deux ermites chinois Sào Phú et Hua Dzo de l’Antiquité dans son poème « Le Chant de Côn Sơn » ( Côn Sơn Ca ). Malgré la retraite anticipée, il fut taxé de régicide quelques années plus tard et fut supplicié en 1442 avec tous les membres de sa famille à cause de la mort subite du jeune roi Lê Thái Tông, épris de sa jeune concubine Nguyễn Thị Lộ et accompagné par celle-ci au jardin des letchis. On connaît toute chose sauf le coeur humain qui reste insondable, c’est ce qu’il a dit dans son poème Improvisation ( Mạn Thuật ) mais c’est aussi ce qui lui arriva en dépit de sa prévoyance. Sa mémoire fut réhabilitée seulement une vingtaine d’années plus tard par le grand roi Lê Thánh Tôn. On peut retenir en cet érudit non seulement l’amour qu’il a porté toujours pour son peuple et pour son pays mais aussi le respect qu’il a su toujours garder envers ses adversaires et la nature. À ce lettré vietnamien talentueux, il vaut mieux honorer sa mémoire en reprenant la phrase que l’écrivain Yveline Féray a écrite dans l’avant-propos de son roman « Dix Mille Printemps « :

La tragédie de Nguyễn Trãi est celle d’un grand homme vivant dans une société trop petite.

Sacrifice

 

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La vie est un jeu de hasard. La chance est contre nous. Mieux vaut mourir maintenant pour ce pays et laisser l’exemple du sacrifice.

Nguyễn Thái Học

Le Vietnam n’est pas non seulement une terre des légendes et des lettrés mais c’est aussi une terre que les hommes ont conquise, arpent par arpent, sur une nature marâtre depuis plus de quatre mille ans. Le berceau de la nation vietnamienne, le delta du Tonkin, délimité au Nord par les collines douces des Cents-Mille-Monts de la Chine et étranglé au Sud par une chaîne quasi impénétrable, la Cordillère Annamitique, réduit à 15.000 km2 mais riche de toutes les boues arrachées par le Fleuve Rouge continue à être menacé par ce dernier avec le débit changeant de 500 m3 aux basses eaux jusqu’à 35000 m3 durant les plus fortes crues . Pour maîtriser les coups de sabre du Fleuve Rouge, les Vietnamiens recourent  à la méthode d’endiguement, ce qui les oblige à engager non seulement une surveillance accrue des digues mais aussi une lutte perpétuelle. Face aux intempéries incessantes de la nature, aux caprices du fleuve Rouge et aux ambitions territoriales de la Chine, les Vietnamiens doivent leur salut au prix de leur labeur et leur courage mais aussi de leur sacrifice dans leur longue marche vers le Sud.

Ce sacrifice n’est pas étranger à la plupart des Vietnamiens, en particulier à des gens de caractère. Il devient aussi un culte qu’on aime à entretenir et à vanter incessamment au Vietnam pour exalter tout un peuple devant une menace étrangère.

Le sacrifice est le moyen le plus sûr pour entretenir la perfection de la patrie mais il est aussi synonyme du loyalisme et de dignité. Un grand homme est celui qui ose prendre ses responsabilités dans les moments difficiles de sa vie mais c’est aussi celui qui sait se sacrifier pour une bonne cause, en particulier pour sa patrie. Le sacrifice est indissociable du mot « honneur » au Vietnam.

A cause de cette dignité morale, beaucoup d’hommes d’armes ont préféré se suicider au lieu de se rendre (Trưng Trắc, Trưng Nhị, Trần Bình Trọng, Võ Tánh etc..) . C’est pourquoi on est habitué à dire dans une maxime:

Hùm chết để da, người chết để tiếng.
Le tigre mort laisse sa peau et l’homme décédé sa réputation.

L’histoire du Vietnam est aussi l’histoire des sacrifices. Le devoir d’un Vietnamien est de servir sa patrie de tout son cœur. Plus les périls sont grands, plus son loyalisme paraît meilleur.

 

 

 

Le héros se sacrifie pour sa patrie. Quoi qu’il advienne, son honneur ne se salit jamais. C’est le cas du lettré Phan Thanh Giản, signataire du traité franco-vietnamien de 1868. Après avoir échoué dans sa tentative de tenir tête aux Français dans la défense des trois provinces de l’Ouest du delta du Mékong (Vĩnh Long, An Giang et Hà Tiên), il préféra la reddition et décida de s’empoisonner en 1867 car il pensa que c’était le seul moyen pour sauver le peuple et pour montrer sa fidélité à l’empereur Tự Ðức. De même, Nguyễn Tri Phương (1873) et Hoàng Diệu (1882), adversaires respectifs de Francis Garnier et de Henri Rivière préfèrent se suicider après avoir échoué dans la défense de la ville Hànội.

Le sacrifice devint durant l’occupation française le flambeau de l’espoir allumé par des gens inconnus tels que Nguyễn Trung Trực, Phạm Hồng Thái. Le premier accepta de mourir à la place de sa mère capturée après avoir réussi à sauter le navire français « Espérance » lors de son passage sur le fleuve « Nhựt Tảo » à Long An tandis que le second, poursuivi par la police chinoise dans sa fuite, préféra se jeter dans le fleuve après avoir échoué dans sa tentative d’assassinat du gouverneur français Martial Merlin lors de son passage à Canton en 1924. Admirateur de son courage et de son sacrifice pour sa patrie, le gouverneur de Canton enterra plus tard sa dépouille dans un cimetière réservé uniquement pour les 72 héros chinois et connue sous le nom « Hoàng Hoa Cương » en vietnamien.

Si le sacrifice n’est pas un vain mot pour les hommes, il porte aussi une signification particulière pour les femmes vietnamiennes. La princesse Huyền Trân de la dynastie des Trần fut proposée en 1306 pour épouse du roi champa Chế Mân (Jaya Simhavarman) en échange de deux territoires du Champa Châu Ô et Châu Ri’. Elle dut sacrifier sa vie, son amour pour la raison d’état. De même, trois siècles plus tard, une princesse de la dynastie des seigneurs Nguyễn, de nom Ngọc Vạn à laquelle on a attribué souvent le mot  » Cochinchine » ou (Cô chín Chin) ne tarda pas à suivre la trace de Huyền Trân pour devenir la concubine du roi cambodgien Prea Chey Chetta II en 1618 en échange des facilités accordées aux Vietnamiens de s’installer dans la région Ðồng Nai Mô Xoài qui n’est autre que la région de Saigon-Cholon d’aujourd’hui.

Sa petite sœur, la princesse Ngọc Khoa fut donnée en mariage quelques années plus tard au dernier roi du Champa, Po Rômê en 1630. Cette alliance la condamna à être la cible privilégiée des Chams dans leur haine contre les Vietnamiens. Sa présence sur le sol cham servira de prétexte au seigneur Nguyễn Phúc Tần pour monter une expédition et annexer le dernier territoire du Champa en 1651. On ne peut pas reprocher aux Chams de détester la princesse Ngọc Khoa à cette époque car à cause d’elle ils ont perdu leur patrie. Mais Ngọc Khoa illustre par contre pour nous, les Vietnamiens, le sacrifice sublime qu’elle a consenti pour son pays et pour son peuple.

 

 

Dynastie des Han orientaux (Đông Hán)

 

Dynastie des Han orientaux (Nhà Đông Hán)

titre_dynhan_9Au musée des arts asiatiques  Guimet (Paris)

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Chronologie des Han orientaux

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 Đông Hán

25-57: Règne de Guangwudi

57-75: Règne de Mingdi

75-88: Règne de Zhandi

88-106: Règne de Heidi

106: Règne de Shangdi

106-125: Règne de Andi.

125: Règne de Shaodi.

125-144: Règne de Chongdi.

145-146: Règne de Zhidi.

146-168: Règne de Huandi.

168-189: Règne de Lingdi

184: Révolte des turbans jaunes

189: Destitution de Shaodi

189-220: Règne de Xiandi.

190: Montée et puissance du général Cao Cao (Tào Tháo)

220: Mort de Cao Cao et de Xiandi.

Fin de la dynastie des Han

Première domination chinoise

Dans les territoires conquis par les Han, notamment dans le Sud de la Chine, la sinisation continua à battre son plein. C’est pourquoi les révoltes se succédèrent d’abord dans le royaume de Dian (Điền Quốc) (86, 83 av. J.C., 14 apr. J.C., de 42 à 45 ). Elles furent réprimées avec sévérité. Ces soulèvements étaient dûs en grand partie aux exactions des fonctionnaires Han et aux comportements des colons chinois de prendre possession des sols fertiles et de refouler les populations locales dans les coins perdus de leur territoire. De plus, ces dernières devaient adopter la langue, les coutumes, les croyances religieuses des fils des Han. En l’an 40, une grave rébellion éclata dans la province Jiaozhou (ou Giao Châu en vietnamien) incluant à cette époque une partie du territoire de Kouang Si (Quảng Tây) et de Kouang Tong (Quảng Đông). Elle fut menée par les filles d’un préfet local, Trưng Trắc (Zheng Cè) l’aînée et Trưng Nhị (Zheng Èr) sa cadette. Comme le mari de l’aînée Shi Suo (Thi Sách) s’opposait à la politique d’assimilation chinoise menée brutalement par le proconsul chinois Tô Định (Su Ding), ce dernier n’hésita pas à l’exécuter pour faire un exemple contre les insurgés yue, notamment les Vietnamiens. Cette exécution exemplaire révolta les sœurs Trưng et déclencha immédiatement le mouvement d’insurrection dans les territoires yue.

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Poids de natte

destiné à maintenir les bords de la natte grâce à son poids.

 

 

Les deux sœurs Trưng réussirent à y enlever 65 citadelles dans un laps de temps très court. Elles se proclamèrent reines sur les territoires conquis et s’établirent à Meiling (ou Mê Linh). En l’an 41, elles furent vaincues par le général Ma Yuan (Mã Viện, Phục Ba Tướng Quân) (Dompteur des flots) et préférèrent le suicide à la reddition en se jetant dans la rivière Hát. Elles devinrent ainsi le symbole de la résistance des Vietnamiens. Elles continuent à être vénérées aujourd’hui non seulement au Vietnam mais aussi dans certains endroits des territoires Yue de la Chine (Kouangsi et Kouang Tong). Ma Yuan commença à appliquer une politique de terreur et de sinisation à marche forcée en plaçant à tous les échelons de l’administration, des hommes de confiance chinois et en imposant le chinois comme langue officielle dans tout le territoire des Vietnamiens. C’est la première domination chinoise durant presque 1000 ans avant la guerre de libération entamée par le général Ngô Quyền. Entre-temps, Guangwudi (Quang Vũ Đế) réussit à apporter la prospérité et la stabilité dans son empire en réduisant l’impôt au niveau des récoltes et des bénéfices. Après sa mort, analogue à Wudi (Vũ Đế), son fils Mingdi poursuivit la politique d’expansion en lançant une offensive contre les Xiongnu septentrionaux (Hung nô) dans le but de libérer les états d’Asie centrale de la tutelle de ces derniers et de rétablir au profit de la Chine la sécurité de la Route de la Soie (con đường tơ lụa). Le général Ban Chao (Ban Siêu), frère de l’historien Ban Gu (Ban cố) (*) de cette époque, fut chargé de cette expédition militaire. Il réussit à atteindre la mer Caspienne et à soumettre les Yuezhi (Nguyệt Chi hay Nhục Chi) grâce au concours des Kusana.

© Đặng Anh Tuấn


(*) Auteur des Annales de Han (ou Hanshu) (Hán Sử)

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Situles (Thạp đồng)

 

      Version vietnamienne

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Bien que la situle (ou thạp en vietnamien) soit considérée avec le tambour de bronze comme l’ombre et l’image (bóng với hình), elle reste pourtant méconnue du public pour plusieurs raisons. D’abord il y a peu d’écrits sur la situle dongsonienne. Puis l’aire de diffusion des situles est très limitée. Contrairement aux tambours de bronze ayant essaimé partout en Asie du Sud Est et en Chine du Sud, les situles ont été retrouvées par contre en grande partie au Vietnam. Leur concentration se situe dans les bassins des fleuves Sông Hồng (ou fleuve Rouge), Sông Mã et Sông Cả qui délimitaient, selon la mythologie vietnamienne, le territoire du royaume de Văn Lang à l’époque des rois Hùng. En Chine, il y a un nombre infime de situles dongsoniennes trouvées provenant probablement d’échanges commerciaux et localisées surtout dans les provinces frontalières Kouang Si (Quảng Tây), Yunnan (Vân Nam) et Kouang Tong (Quảng Đông). C’est aussi le cas particulier de la situle Phong Ðiền (Thừa Thiên Huế) qu’on a retrouvée en même temps qu’un tambour de bronze dongsonien de type I de Heger, un objet d’échange avec la population de la culture contemporaine de Sa Huỳnh.

Musée d’histoire (Hànội)

Référence bibliographique:

Thạp Đồng Đông Sơn
Hà Văn Phùng
Nhà Xuất Bản Khoa Học Xã

Những dấu vét đầu tiên của thời đại đồ đồng thau  ở Việtnam, NXb Khoa học xà hội, Hànội,1963. Lê văn Lan, Phạm văn Kỉnh, Nguyễn Linh

 

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Le tigre attrape sa proie. C’est ce qu’on a vu sur le couvercle de la jarre en bronze de la sépulture Vạn Thắng. Hànội 2008

 

 

 

Mais c’est aussi l’unique situle découverte dans cette région Thừa Thiên Huế jusqu’en 2005. Plus d’un siècle écoulé, depuis la découverte du premier couvercle de la situle déposé dans le tambour de bronze Ngoc Lũ (1893-1894) jusqu’à aujourd’hui, sur 250 situles connues et inventoriées, il n’y a que 15 situles retrouvées en Chine (9 situles dans la tombe du deuxième roi de Nan Yue, Zhao Mei (Triệu Muội), 1 situle dans une tombe de la province Kouang Tong, 4 situles dans la tombe Luobowan (La Bạc Loan )(Kouang Si) ) et 1 situle dongsonienne dans la région de Tianzimiao (district de Cheng-gong, Yunnan). Les 235 situles restantes sont localisées entièrement dans les sites dongsoniens « purs » au Vietnam et réparties en deux catégories: 205 situles sans couvercle et 30 situles avec couvercle. C’est seulement en 1930 que la situle fut décrite d’une manière sommaire pour la première fois par un érudit japonais Umeshra Sueji . Puis elle fut évoquée ensuite par l’archéologue suédois Olov Jansé, un collaborateur temporaire de l’Ecole Française d’Extrême Orient (EFEO) en 1936 lors des fouilles archéologiques.

Enfin les situles appartiennent à l’aristocratie. C’est ce qu’on a constaté fréquemment lors les fouilles dans les sépultures appartenant jusqu’à lors aux nobles et aux seigneurs locaux. La situle n’est pas un emblème de pouvoir ou de puissance mais elle est un récipient (ustensile) à usages multiples (tính đa năng). Elle est employée

  •  pour contenir de diverses sortes de liquides (eau divine, vin d’autel ou huiles végétales),
  •  pour faire des réserves de nourriture (poissons, crabes, crevettes, viande de gibier etc ..) en vue de la disette,
  • pour contenir des vestiges de balle de riz avec la situle de Làng Vạc (Nghệ Tịnh),
  • pour servir de réceptacle d’inhumation (ou à ossements) où on trouve tantôt la dépouille d’un enfant avec la situle Hợp Minh découverte en 1995 à Yên Bái, tantôt un crâne, celui du défunt ou de la victime du sacrifice avec la situle trouvée en 1961 à Thiệu Dương (Thanh Hoá),
  • pour contenir les cendres humains lors de l’incinération avec la situle Đào Thịnh (Yên Bái) en 1960
  •  pour servir d’objet funéraire pour accompagner le défunt dans l’autre monde avec la situle Vạn Thắng (Phú Thọ) en 1962. 

D’une manière générale, la situle qui se rencontre au Vietnam dans les sépultures riches a un caractère rituel chez les Luo Yue (ou les Dongsoniens). Pour ces derniers, la situle était considérée non seulement comme un ustensile indispensable dans la vie journalière mais aussi un objet que le défunt ne pouvait pas manquer dans l’autre monde. Le passage d’un objet d’usage à un objet funéraire était très fréquent chez les Dongsoniens car il s’agit d’une notion de partage entre les proches du défunt et lui-même, une tradition qui se perpétue sous diverses formes depuis la nuit des temps dans les civilisations antiques, en particulier dans la civilisation dongsonienne. 

Thạp đồng

 


La situle dont la forme est cylindrique et réduite  légèrement au niveau du fond, peut avoir au niveau du col un fin rebord pour faciliter le dépôt d’un couvercle convexe. Elle est munie de deux anses en forme de U renversée avec doubles spirales.  Connue pour son caractère usuel, la situle n’est pas un ouvrage d’art très étoffé par rapport au tambour de bronze. D’une manière générale, on trouve sur le corps du récipient, un ornement décoratif  en léger relief organisé en registres avec les motifs géométriques classiques du répertoire décoratif dongsonien (cercles pointés reliés par des tangentes, frises de losanges ou de hachures verticales etc…) ou un ornement  très simple.

Mais on peut se retrouver avec des situles d’une beauté inégalée et dont la décoration est aussi sophistiquée que celle des tambours de bronze. C’est le cas des situles Đào Thịnh (Yên Bái), Vạn Thắng ( Phú Thọ), Hợp Minh (Yên Bái ) ayant chacune un couvercle orné d’une étoile en son centre ou couronné de figures humaines ou animales en relief dont la disposition s’effectue dans le sens inverse d’une montre. C’est ce qu’on découvre avec 4 couples en copulation sur le couvercle de la situle Đào Thịnh ou 4 fauves saisissant leur proie sur celui de la situle Vạn Thắng. Par contre, 4 pélicans figurent en relief sur celui de la situle Hợp Minh.

En comparant l’ornement  décoratif de pirogues  accompagnées  par des hommes emplumés sur le corps de la célèbre situle de Đào Thịnh avec celui des tambours de bronze de type I de Heger ( Ngọc Lũ, Hoàng Hạ, Cổ Loa, Sông Đà (Moulié) …), on a l’impression d’avoir des produits du même style artistique faits par des habiles bronziers issus de la même école,  ou provenant plutôt d’une  culture commune.  Cela prouve que ces produits ont été crées  par le même propriétaire qui n’est autre que la population de la civilisation Đồng Sơn depuis deux mille ans. Il est difficile d’établir une classification basée sur l’ornementation  car celle-ci porte le caractère symbolique  sur la plupart des situles.

Certains archéologues suggèrent la dimension comme critère de classification mais il y a une gamme de situles allant de la plus grande taille (Hợp Minh, Thiệu Dương, Xuân Lập etc …) jusqu’à la plus petite en miniature (mingqi ou minh khí en vietnamien) (situles retrouvées à Châu Can (Hà Nam), Núi Nấp ( Thanh Hoá ) etc …), ce qui ne permet pas d’avoir une classification souhaitée. Finalement, c’est la notion de couvercle qui a été prise en compte dans la classification des situles. La richesse et la sophistication du décor sont visibles sur toutes les situles possédant un couvercle. Ce n’est pas le cas des situles sans couvercle. Grâce à un léger ressaut au niveau de son col (gờ miệng), on peut identifier une situle avec couvercle ou non même si ce dernier a aujourd’hui disparu.

La situle constitue non seulement avec les tambours de bronze l’un des éléments représentatifs de la culture de Ðồng Sơn mais aussi la preuve irréfutable de l’origine locale dongsonienne au Vietnam.

Elle peut s’inspirer de la hotte (gùi en vietnamien) en osier qu’on retrouve encore aujourd’hui chez certaines minorités ethniques du Vietnam car cette dernière possède aussi des anses permettant de faciliter le fixage des cordons lors du déplacement. Pour certains archéologues, la situle est bien l’image de la hotte que les Dongsoniens avaient l’habitude d’utiliser autrefois avec le couvercle d’autant plus qu’elle était conçue au départ pour servir de réceptacle. Selon l’archéologue vietnamien Nguyễn Việt, certaines situles, en particulier celle exposée au musée de Barbier-Mueller à Genève (Suisse), attestent de la probable influence des habiles bronziers du royaume de Dian (Ðiền Quốc) au Yunnan (Vân Nam). Il est possible que la civilisation de Ðồng Sơn qui s’est développée dans un cadre très ouvert, a échangé réciproquement les informations et les objets avec le royaume de Dian au moyen du fleuve Rouge. En prenant la source au Yunnan, celui-ci était considéré autrefois comme la route de la soie fluviale. Mais cela n’empêche pas d’affirmer d’une manière catégorique que la situle dongsonienne est un objet étranger à la tradition chinoise et qu’elle est de facture locale (ou vietnamienne).

 

 

Bai Yue (Bách Việt)

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English version

Vietnamese version

Les Bai Yue étaient probablement les héritiers de la culture Hoà Bình  (9000-5600 av J.C.), une découverte extrêmement importante de la part de l’archéologue française Madeleine Colani dans la province Hoà Bình du Vietnam. Ils étaient un peuple d’agriculteurs avertis: ils cultivaient le riz en brûlis  et en champ inondé  et élevaient buffles et porcs. Au moment du contact avec les gens nomades du Nord d’origine turco-mongole, les ancêtres des Hán (ou Chinois), ils étaient appelés par ces derniers, sous le nom « les Yue ». Ceux-ci   vivaient disséminés au sud du bassin du fleuve bleu (ou Dương Tử Giang), de Zhejiang (Triết Giang) jusqu’au Jiaozhi (Giao Chỉ)(le Nord du Việt-Nam d’aujourd’hui)  avant l’ère chrétienne et  avaient l’habitude de se servir de la hache dans la riziculture et dans les combats. Les ancêtres des Vietnamiens (ou les Luo Yue) faisaient partie de ces Bai Yue, les propriétaires des tambours de bronze icon_tambour

 

Tambour de bronze exposé au musée Branly (Paris)

Ils se consacraient à la riziculture et se distinguaient des Chinois habitués à cultiver le millet et le blé. Ils buvaient de l’eau infusée avec les feuilles  d’une  plante   connue sous le nom « théier (trà) » qu’ils cueillaient dans la forêt. Ils aimaient danser, travailler tout en chantant et alterner des répliques dans les chants. Ils se déguisaient souvent dans la danse avec les feuilles des plantes. On les retrouva à cette époque dans les provinces actuelles de la Chine du Sud: Foujian (Phúc Kiến), Hunan (Hồ Nam), Guizhou ( Qúi Châu), Guangdong  (Quảng Ðông), Jiangxi (Giang Tây) , Guangxi (Quảng Tây) et Yunnan (Vân Nam) ainsi que dans le nord du Vietnam actuel.

Caractéristiques des Bai Yue

1°) La pratique de couper court les cheveux et le tatouage.

2°) La construction des maisons sur pilotis.  (construction Ganlan).

3°) La tenue en pagne et turban.

4°) Le noircissement ou la mutilation des dents de devant (dents canines).

5°) L’utilisation des palourdes et des amphibiens  dans leur régime alimentaire.

6°) Le moulage et l’utilisation rituelle des tambours de bronze.

7°) La divinisation effectuée avec les os des oiseaux et des volailles en particulier.

8°) Le culte totémique ( oiseaux, reptiles, et amphibiens).

9°) La pratique des enterrements sur les falaises.

10°) La participation active du père  dans la naissance  et  l’éducation de l’enfant et le retour de la mère aux activités rizicoles.

11°)  L’utilisation  intensive des barques et l’expertise dans l’art de guerre  maritime.

12°) La technique de tissage hautement développée.

Đại tộc Bách Việt


 Version vietnamienne

Đại tộc  Bách Việt có lẽ họ là  nhóm bộ tộc  thừa kế của  nền văn hóa Hòa Bình (9000-5600 TCN), một khám phá cực kỳ quan trọng của bà Madeleine Colani ở tỉnh Hòa Bình (Việtnam) . Họ    chuyên sống  về  nông nghiệp:  họ thường đốt nương trồng lúa trên rẫy hay  trên nước và nuôi bò và lợn. Lúc họ tiếp xúc  với những bộ tộc du mục ở phương bắc  thuộc góc Thổ-Mông, tổ tiên người Hán (hay người Hoa) thì họ được gọi bỡi các nhóm người nầy với cái tên Yuê (hay Việt). Đó là tên ám chỉ những dân tộc sống  ở phía nam  sông xanh Dương Tử Giang,  từ Triết Giang đến Giao Chỉ (miền bắc của nước Việt Nam ngày nay) từ thời trước công nguyên    và    thường dùng loại rìu để canh tác và giao chiến. Bộ tộc Lạc Việt (hay Lo Yue), tổ tiên của người Việt, cũng  thuộc về đại tộc Bách Vịệt, chủ nhân của trống đồng.  

Khác hẳn với dân tộc Hoa trồng kê và lúa mì, họ thì sống chuyên  nghề trồng lúa. Họ thường uống nước đun với một loại lá cây họ hái ở trong rừng mà họ thường gọi là trà. Họ  thích nhảy múa,  thường cải trang với lá cây  và  hát  đối đáp trong lúc làm việc.   Thời đó, họ thường định cư ở các tỉnh hiện nay thuộc về miền nam của Trung Quốc: Phúc Kiến, Hồ Nam, Quảng Đông, Giang Tây, Vân Nam và miền Bắc của nước Việt Nam.

Đặc tính của đại tộc Bách Việt

  1. Tục cắt tóc ngắn và xăm mình.
  2. Xây nhà sàn.
  3. Trang phục đặc trưng  với quần ngắn hay váy quấn và đầu đội khăn xếp .
  4. Tục nhuộm răng và nhổ răng ( răng nanh hoặc răng cửa trên).
  5.  Chế độ ăn nhiều sò hến và ếch.
  6. Đúc và sử dụng trống đồng trong các nghi lễ .
  7. Bói bằng xương chim, đặc biệt là xương gà.
  8.  Thờ vật tổ, đặc biệt là chim, bò sát, và cóc hay ếch.
  9. Tục táng trên vách đá.
  10.  Tục lệ người cha tham gia quá trình đỡ đẻ và chăm sóc con nhỏ sau đó để người mẹ trở lại với việc làm đồng.
  11. Sử dụng nhiều đến thuyền bè và điêu luyện về thủy chiến.
  12. Kỹ thuật dệt phát triển cao.

 

Lotus (Hoa Sen)

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English Version
Version vietnamienne

Aucune plante aquatique ne suscite autant l’admiration des Vietnamiens que le lotus. Outre son emblème bouddhique, le lotus est synonyme de la pureté, de la beauté et de la sérénité. Le lotus se distingue des autres plantes aquatiques non seulement par la grâce de sa fleur  à la fois simple et distinguée mais aussi par la richesse des traditions qui l’accompagnent en Asie, en particulier au Vietnam. Dans ce dernier, il fait partie des quatre nobles plantes ( Tứ Quí ) : mai ( prunier ) , liên ( lotus ), cúc ( chrysanthème ), trúc ( bambou ) employées dans la représentation des quatre saisons ( Tứ Thì ). 
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Estampes vietnamiennes (Tranh dân gian)

 

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English version

Sans la curiosité et l’esprit d’ouverture de ce jeune militaire français, les estampes populaires vietnamiennes dont l’origine remonta au XVè siècle, à l’époque où le lettré Lương Như Hộc avait introduit les techniques de fabrication des estampes au retour de sa mission officielle en Chine, seraient probablement dans les oubliettes et disparaîtraient à jamais avec les vicissitudes de la guerre. 

Henri Oger fut l’un des rares français qui, au début du siècle, a pu découvrir à travers la société vietnamienne hermétique jusque-là aux étrangers, pauvre et arriérée une civilisation millénaire riche en traditions et en coutumes. Il prit l’initiative de réaliser une encyclopédie constituée de 10 volumes, relatant tous les aspects de la société vietnamienne d’autrefois: métiers d’artisans, fêtes, techniques d’agriculture, coutumes ancestrales etc .. en demandant à une trentaine de graveurs de réaliser des dessins gravés sur bois et en faisant imprimer, à cause des conditions climatiques, les planches de ces gravures sur place selon les méthodes traditionnelles vietnamiennes. Il faut reconnaître que l’amour du Vietnam et de son peuple permit à Henri Oger de surmonter à cette époque toutes les difficultés dans la collection des fonds et dans la réalisation de cette oeuvre gigantesque (plus de 4000 dessins en tout). Il n’a reçu aucun aide de l’Etat français. Il a obtenu seulement les souscriptions d’une vingtaine de personnes, au total 200 piastres. Malgré cela, Henri Oger a réussi à la réaliser et à laisser au peuple vietnamien un trésor inestimable. Son oeuvre est restée méconnue du public français et du public vietnamien pendant des décennies. Seulement en 1978, une exposition intitulée  » Les peintres paysans du Vietnam  » eut lieu au Centre culturel de Bourges. estampes_1Trois exemplaires de son oeuvre sont conservés actuellement aux Bibliothèques Nationales de Hanoï et Saïgon Ville mais c’est seulement dans cette dernière qu’on trouve l’intégralité de ses 10 volumes.

Henri Oger

Bibliographie:

Introduction générale à l’étude de la technique du peuple annamite. 2 volumes. Editions: Geuthner-Jouve, Paris.