Maison communale (Đình Làng: phần 2)

 Version vietnamienne

Deuxième partie

On est habitué à dire : Cầu Nam, Chùa Bắc, Ðình Ðoài pour rappeler la réputation  des trois régions spécifiques de l’architecture traditionnelle vietnamienne. Ðình Ðoài insinue ainsi la région Ðoài (Hà Ðông, Sơn Tây) où figure un grand nombre de đinh réputés. (Tây Ðằng, Mông Phụ , Chu Quyến etc…). C’est dans cette région proche de la montagne et des forêts qu’on trouve du bois précieux, résistant et dur indispensable à la construction des đình.

Origine du mot Ðình

Le mot đình vient de l’idéogramme chinois ting. Malgré cela, le đình dans l’architecture vietnamienne ne correspond pas à la description du ting des Chinois. Ceux-ci l’employaient au cours du temps pour désigner un pavillon isolé ayant pour but de goûter les joies culturelles (thưởng ngoạn văn hóa) ou une maison de repos (đình trạm) pour un voyageur ou  un mandarin en mission ou un temple pour le culte du génie des remparts à l’époque des Han. Dans ce sens, on retrouve le même type de ting au Vietnam avec le đình Trấn Ba au temple Ngọc Sơn (Hànội) ou Thủy Ðình ( Ðình sur l’eau) en face de la pagode Thầy (Chùa Thầy) (Hà Tây). En s’appuyant sur l’origine du mot Ðình, certains spécialistes n’hésitent pas à penser que le culte du ting chinois a inspiré celui du đình vietnamien. Pour l’écrivain et journaliste vietnamien Hữu Ngọc, le génie des remparts a été remplacé par le génie tutélaire du village pour s’adapter au goût des Vietnamiens. Mais il y a plusieurs raisons ne permettant pas de conforter cette hypothèse.

D’abord, le đình vietnamien qui doit sa solidité à un ingénieux système de colonnes, de tenons et de mortaises,  était édifié sur pilotis (sans fondation coulée). Cela permet de faciliter parfois son déplacement ou son réorientation au cas où son installation initiale n’apporte pas la prospérité et le bonheur au village après plusieurs décennies d’exploitation. Ce type de construction nous fait penser à certains chercheurs, en particulier au chercheur français Georges Cœdès.   Pour lui, le đình vietnamien était influencé incontestablement par le style architectural « indonésien ».

Cela ne met pas en cause ce qu’on a déjà découvert sur les tambours de bronze vietnamiens avec la maison sur pilotis et un toit incurvé. (le tambour Ngọc Lữ ). On sait très bien que les Dongsoniens ( les ancêtres des Vietnamiens ) furent établis le long de la côte du Nord Vietnam (1er millénaire avant J.C.). Ils furent considérés comme des « Indonésiens » (ou Austroasiens (Nam Á en vietnamien)), les Bai Yue. Selon le chercheur vietnamien Trịnh Cao Tường, un spécialiste dans l’étude des maisons communales (đình) des villages vietnamiens, l’architecture de la maison communale vietnamienne exhaussée sur pilotis témoigne de l’écho de l’esprit des Dongsoniens continuant à se perpétuer encore dans la vie journalière des Vietnamiens. De plus, ce type d’édifice ressemble à la bâtisse commune sacrée rôong (nhà rồng) sur pilotis qu’on est habitué à trouver chez les populations austro-asiatiques, en particulier les ethnies du Tây Nguyên  (Hauts Plateaux du Centre du Vietnam ). Analogue à la maison communale des Vietnamiens, la bâtisse rôong cumule un grand nombre de fonctions sociales: salle de conseil du comité villageois, centre d’hébergement des visiteurs occasionnels, lieu de ralliement de tous les villageois etc. Certains đinh vietnamiens sont munis de planchers en bois servant de siège de réunion ou de divan pour les notables et les villageois. Ce n’est pas le cas des ting chinois.

Đình Mông Phụ (Sơn Tây)

 

 

Au XVIIIème siècle, on recensa à peu près 11.800 villages au Vietnam. Cela veut dire qu’il y a autant de maisons communales (ou đình) que de villages. Comme les Vietnamiens ont l’habitude de dire : l’eau qu’on boit rappelle la source (Uống nước nhớ nguồn), il y a toujours en eux une reconnaissance, une gratitude envers ceux qui leur ont rendu service ou envers leur pays. C’est pourquoi rien n’est surprenant de voir un grand nombre de personnages historiques (héros nationaux et locaux) ou légendaires (Génie de la Montagne Tản Viên par exemple) et de bienfaiteurs faisant partie des génies tutélaires des đình. Ceux qui ont accompli des actions d’éclat ne sont pas non plus oubliés. De plus, parmi ces génies tutélaires, il y a aussi les enfants, les mendiants et les voleurs. Ceux-ci meurent de mort violente  à une heure sacrée (ou giờ thiên), ce qui leur confère des pouvoirs surnaturels pour protéger les villageois contre tous les maux et tous les malheurs.

Grâce à ces dieux communaux, le village retrouve non seulement la tranquillité et la prospérité mais aussi les règles, la justice et la morale. Ils sont en quelque sorte la personnification de cette autorité suprême qui puise toute sa force dans le village lui-même. En fonction de leur rôle plus ou moins rempli, ils peuvent recevoir des brevets royaux (sắc phong) qui leur accordent les grades de « génie du rang supérieur (ou Thượng đẳng thần) » ou de « génie du rang moyen (ou Trung đẳng thần) » ou du « génie du rang inférieur (Hạ đằng thần) ». Cette institution permet au roi de rétrograder ceux d’entre eux ne réussissant pas à remplir leur mission lorsqu’ils n’arrivent pas à rétablir l’ordre  au village ou en laissant périr les villageois. Etant gardés avec soin et jalousie dans le Hậu Cung (ou palais intérieur), ces brevets royaux sont la fierté indescriptible de tout le village. Si ce dernier n’a pas son génie tutélaire, il est obligé d’emprunter le génie tutélaire d’un autre village ou de le remplacer par le génie du sol (thổ thần). Au cas où les  deux villages sont unis par un culte commun au même génie tutélaire, ils doivent s’arranger de manière que le jour de fête soit fixé à une date convenue dans chaque village et que tout le monde puisse y participer par l’envoi d’une délégation lors de la procession.

Contrairement aux temples construits et entretenus aux frais de l’état, les maisons communales sont aux frais des villages car il s’agit bien d’un culte local. Les richesses trouvées dans la décoration des đình et leurs dimensions dépendent à la fois de l’aisance financière et de la générosité des villageois. On trouve dans chaque village des parcelles de terre appelées rizières des rites (ou tế điền) ou rizières des génies (ruộng thần từ) dont l’exploitation sert à entretenir le đình et dont la superficie peut atteindre parfois  plusieurs dizaines de mẩu (ou 0,36 ha) dans certains villages d’avant 1945. C’est aux autorités hiérarchiques locales la responsabilité d’administrer le đình ainsi que le village comme « une petite cour« . Les règles, les mœurs et les traditions sont appliquées avec sévérité et elles sont plus respectées que l’autorité du roi à cette époque. Les femmes ne sont pas admises dans le đình. C’est pourquoi on a l’habitude de dire en vietnamien « Phép vua thua lệ làng » (L’autorité du roi cède devant la coutume du village).[Lire la suite]

 

Maison communale (Đình Làng: Phần 1)

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Vietnamese version
English version

Première partie

Đình Làng, ce sont deux mots qu’il est difficile de séparer dans l’esprit des Vietnamiens car partout où l’on trouve un village vietnamien, il y a aussi quelque part une maison communale, un đình. Couvert toujours de tuiles, celui-ci est un bâtiment colossal en bois et construit sur pilotis. Contrairement à la pagode qui se ferme sur elle-même, le đình n’a ni portes ni mur et communique directement avec l’extérieur. Sa large toiture imposante ne peut pas passer inaperçue de loin avec ses angles rebroussés (đầu đao). Son emplacement est l’objet d’études minutieuses de géomancie. Sa construction est réalisée dans la plupart des cas sur un terrain assez aéré considéré comme un espace sacré et orientée de manière à avoir accès à une pièce d’eau ( lac, rivière , puits) dans le but de recueillir le summum du bien-être. ( tụ thủy, tụ linh, tụ phúc ). C’est le cas du đình Tây Ðằng avec une pièce d’eau remplie de lotus devant son entrée en été ou  đình Ðồng Kỵ ( Từ Sơn, Bắc Ninh) érigé en face d’une rivière ou đình Lệ Mật (Gia Lâm, Hanoï) avec un large puits. La maison communale vietnamienne est édifiée souvent dans un cadre de verdure avec les banians centenaires, frangipaniers, aréquiers etc…


On ne peut pas définir mieux son rôle que celui qui a été écrit sommairement par Paul Giran dans son ouvrage intitulé: Magie et Religion annamites, pp 334-335, 1912:

Le đình où demeure le génie protecteur de chaque village (thành hoàng) est le foyer de la vie collective de la communauté. C’est ici que se font les réunions des notables et que se traitent les questions d’administration ou de justice intérieure. C’est aussi ici que se font les cérémonies religieuses et que s’accomplissent tous les actes qui sont la vie de la société vietnamienne.


On peut dire qu’il est en quelque sorte la mairie d’une ville d’aujourd’hui. Mais il est mieux considéré que cette dernière car il est le lien affectif de toute la communauté du village. À travers lui, le Vietnamien peut retrouver non seulement ses racines mais aussi les aspirations et les souvenirs communs du village où il est né et il a grandi. Son attachement profond à son village, en particulier à son đình ne trahit pas l’expression de ses sentiments qu’on a l’habitude de trouver dans les chansons populaires suivantes:

Qua đình ngả nón trông đình
Ðình bao nhiêu ngói thương mình bấy nhiêu….

En passant devant la maison communale, j’incline mon chapeau conique pour la regarder
Autant elle a de tuiles, autant je t’aime ….

ou bien

Trúc xinh trúc mọc đầu đình
Em xinh em đứng một mình cũng xinh
……………………………
Bao giờ rau diếp làm đình
Gỗ lim ăn ghém thì mình lấy ta ….

Le joli bambou-ivoire pousse à l’entrée de la maison communale
Tu es jolie, ma mie même si tu te tiens toute seule.
……………………………………
Chaque fois que le đình peut être érigé à partir des laitues
et que le bois « lim » peut être comestible, nous pourrions nous marier …

L’image d’un đình est ancrée intimement dans le cœur des Vietnamiens car le đình est le symbole de leur identité et de leur origine. Déjà, au XIIème siècle, sous la dynastie des Lý, parut un édit stipulant que sur tout le territoire vietnamien, chaque village dut construire son propre đình. Celui-ci suivit les Vietnamiens au cours de leur marche vers le Sud du XIIème au XVIIIème siècle. D’abord il s’implanta dans le Centre du Vietnam en passant par les provinces Thanh Hóa et Nghệ An sous la dynastie des Lê, puis par les provinces Thuận Hóa et Quảng Nam sous les Mạc et enfin dans le delta du Mékong à la pointe de Cà Mau avec les seigneurs des Nguyễn. Sa construction évolua pour s’adapter non seulement au nouveau climat, aux nouvelles terres acquises et aux nouveaux matériaux disponibles trouvés sur place mais aussi aux traditions et aux mœurs locaux tout au long du parcours sur des milliers de kilomètres durant les 4 siècles d’expansion. Hormis les Hauts Plateaux, berceau de la culture ancestrale des minorités ethniques, le đình réussit à se distinguer dans la diversité avec un style et une architecture propre à tous les recoins du Vietnam.

Construit quelques siècles plus tôt, le đình du Nord reste le modèle de  référence pour la plupart des Vietnamiens car il est retenu non pas pour son caractère esthétique mais plutôt pour son caractère original. Il est le symbole authentique de la vie rurale des Vietnamiens au fil des siècles. C’est lui qui a été érigé le premier par la culture villageoise vietnamienne dans le delta du Fleuve Rouge. Le đình du Nord n’est pas seulement un assemblage de colonnes, d’arbalétriers et de toutes sortes d’éléments soudés par des mortaises et des tenons, reposant sur le sol ou  des fondations en pierre mais c’est aussi une armature en bois sur laquelle s’appuie la toiture qui la consolide de son propre poids. L’une des caractéristiques de la maison communale vietnamienne réside  dans le rôle des colonnes servant de soutien à la toiture.   Plus les colonnes sont grosses,  plus l’armature est stable. 

        Maison communale Ðình Bảng ( Tiên Sơn, Bắc Ninh )

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Son aspect est très imposant grâce à ces colonnes principales volumineuses. C’est le cas du đình Yên Đông détruit par un incendie (Quảng Ninh) et dont les colonnes principales atteignent 105 cm de diamètre. Cette impression est illustrée souvent par l’expression qu’on a l’habitude de dire en vietnamien: to như cột đình ( colossal comme la colonne du đình ). C’est ce qu’on trouve dans le fameux « Ðình Bảng » avec ses 60 colonnes en bois de fer (gỗ lim) et sa grande toiture terminée par les angles rebroussés en forme des pétales de lotus.     Lire la suite                                                      

Đình Bảng (Bắc Ninh)

Être élève (Đạo nghĩa làm người học trò)

English version

À la mémoire de mes professeurs,
les Frères de Jean-Baptiste de la Salle.

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Être élève au Vietnam
Aucun Vietnamien ne peut rester impassible lorsqu’on a l’occasion de lui rappeler les années d’étude qu’il a passées à l’école avec ses maîtres. L’image de son école continue à être gravée intimement dans sa mémoire. C’est ce qu’a ressenti le compositeur Phạm Trọng Cầu à travers la chanson « Trường làng tôi » (L’école de mon village) . Comment pourrait-il oublier tous ceux qui ont contribué à lui donner une éducation, à lui apprendre le savoir et à le mettre sur le chemin d’apprentissage de la vie? Pour lui, un mot, une journée d’étude à recevoir d’eux, sont suffisants pour justifier cette reconnaissance.

Trường làng tôi » (L’école de mon village)

C’est aussi ce qu’on ne cessa pas de lui répéter lorsqu’il était encore un jeune enfant:

Nhất nhật vi sư Bán tự vi sư

Học một ngày cũng thầy Học nữa chữ cũng thầy

Une journée d’étude que quelqu’un t’a donnée te suffit pour l’appeler maître. Même un demi-mot le justifie également . Sans maître, il ne peut pas devenir celui qu’il est aujourd’hui. Il doit pour une large part son existence, sa réussite et surtout son éducation à son maître car c’est lui qui lui a appris non seulement le savoir mais aussi la sagesse et l’apprentissage de la vie. La remarque célèbre suivante : Không thầy đố mầy làm nên (Sans maître, tu ne peux pas réussir) continue à envahir son esprit et à justifier son comportement, ses sentiments profonds à l’égard de son maître. Il accorde à celui-ci un rôle si crucial qu’il n’hésite pas à se servir du mot « maître » (ou Thầy en vietnamien ) pour appeler quelquefois son père car ce dernier était la première personne qui lui a donné la première leçon d’éducation. C’est pourquoi le maître reste le deuxième personnage à respecter dans la trilogie confucéenne immuable suivante: Quân, Sư, Phụ.

Quel que soit son âge, sa fonction, son niveau d’instruction, il continue à rester toujours le petit élève, le jeune disciple de son maître. Il ne consent pas à négliger son respect envers son maître même dans les moments périlleux de sa vie. C’est ce qu’a montré l’empereur Hàm Nghi à l’égard de son maître Nguyễn Thuận devant les autorités coloniales. Celles-ci étaient incapables de reconnaître physiquement Hàm Nghi lors de sa capture. La seule personne capable de l’identifier était son maître. C’était pourquoi ce dernier fut emmené de force devant le jeune Hàm Nghi. Pour le respect de son maître âgé, il ne pouvait pas laisser celui-ci s’agenouiller devant lui. Il fut obligé d’empêcher son maître d’effectuer ce geste. À cause de cette attitude inopportune, il fut identifié ainsi par les autorités coloniales. Il préféra mourir au lieu de commettre une faute irréparable envers celui qui lui a appris non seulement la dignité et le courage mais aussi le devoir envers son peuple et son pays. C’était aussi le cas de l’empereur Duy Tân avec son précepteur Eberhard chargé de le surveiller et de rapporter toutes ses activités aux autorités coloniales. Au lieu d’être haï, il devint ainsi l’un des personnages que Duy Tan continuait à respecter durant ses années de règne. On a l’habitude de dire en vietnamien :

Kính thầy mới được làm thầy
 
Il faut respecter le maître avant de pouvoir devenir maître plus tard.

C’est dans cet esprit confucéen que le jeune élève vietnamien était formé. Il essaie d’être toujours à l’écoute de son maître. Il adopte quelquefois une attitude ambiguë pour ne pas vexer ou gêner son maître bien qu’il ne soit pas entièrement d’accord avec lui. C’est ce respect que l’empereur Gia Long a su maintenir envers son tuteur, son guide spirituel, l’évêque d’Adran, Monseigneur Pigneau de Béhaine durant ses années de règne. L’âge n’influe pas sur le comportement de l’élève à l’égard de son maître qui est bien des fois plus jeune que lui. Il est choquant et émouvant de voir quelquefois un vieil élève, les bras croisés devant un jeune maître mais cela ne contredit jamais les sentiments intimes, l’attachement profond et sincère qu’il continue à garder pour son maître comme pour sa mère et pour son pays. Il sait ce que le maître attend de lui. Il essaie d’être à la hauteur de cette attente, ce qui le met quelquefois dans des situations délicates et aberrantes où il est lui-même en compétition avec son maître. C’était le cas de Phạm Duy Trĩ avec son maître Nguyên Khắc Kính lors d’un concours royal qui eut lieu en 1562 sous la dynastie des Mac. Issu d’une famille très pauvre et orphelin de père très jeune, il était élevé par sa mère qui n’hésita pas à proposer à son maître le seul buffle qu’elle possédait afin que ce dernier connu pour ses années d’expérience en matière d’enseignement dans son village, acceptât de prendre son fils comme disciple. Ému par le sacrifice de sa mère, le maître Nguyễn Khắc Kính consentît à le prendre comme élève. Quelques années plus tard, grâce à à son assiduité et à son intelligence, il parvint à surpasser son maître, ce que ce dernier eut constaté lors des concours provincial et général où il fut aussi candidat. En connaissant parfaitement l’état d’esprit de son élève et les sentiments profonds que celui-ci continuait à lui réserver, il ne voulait pas qu’à cause du respect à son égard, son élève fût pénalisé et ne mit pas tout son poids et toute son ardeur dans ce concours royal. C’était pour cela qu’il lui dit:
Si tu ne veux pas être brillant à ce concours, j’arriverai à comprendre ton comportement, tes sentiments. Mais tu dois rappeler que ce concours est réservé pour celui qui mérite d’être choisi pour servir le pays. Tu dois prendre en compte les intérêts de la nation avant les considérations personnelles. Il ne faut pas trahir ton idéal et ton pays.
Il lui rappela la phrase que tout maître d’école aimait répéter souvent à son élève:

Bất nhượng ư sư
Không nên nhường thầy.
Ne concède pas ce que tu mérites pour ton maître.

Ému par ces conseils, Phạm Duy Trĩ acquiesça de la tête et retint ce que son maître lui avait dit. Il réussit à ce concours royal et obtint le titre de Trạng nguyên ( 1er docteur ). Quant à son maître, il fut classé second et reçut le titre de Bảng Nhãn ( ou 2è docteur ).
Les sentiments que le Vietnamien a pour son maître ne s’effacent jamais avec le temps, ce qu’a montré le seigneur Nguyễn Phúc Nguyên à l’égard de son maître spirituel et son conseiller Ðào Duy Từ . Pour le remercier, le seigneur Nguyễn Phúc Nguyên n’hésita pas à lui rendre un vibrant hommage en donnant à l’une de ses fortifications se trouvant dans le centre du Vietnam le nom « Lũy Thầy (fortification du maître). Celle-ci a été construite dans le but de contrer les Trịnh au Nord Viêt-Nam. Grâce à cette appellation, il réussît à donner une grande portée à sa reconnaissance à travers l’histoire et la nation entière. Cette fortification continue à être connue encore aujourd’hui avec ce nom.

Par contre ces sentiments deviennent au fil des années une sorte de ciment qui lie un peu plus le Vietnamien à son école, à son village et à sa terre natale. Ils sont aussi un gage d’affection et de respect que le Vietnamien aime donner à son maître dans son esprit confucéen.

Être confucianiste (Làm người đạo Khổng)


Version française

English version

Xã hội Việt Nam bị ảnh hưởng sâu sắc bởi Nho giáo được du nhập vào Việt Nam ở thời kỳ thống trị lâu dài của Trung Hoa  (111 TCN – 939 sau Công nguyên). Do đó người Việt đã được thấm nhuận ít nhiều những ý tưởng mà được Đức  Khổng Tử miêu tả trong Ngũ Kinh. Ông hay thường  dạy bảo  những gì đúng đắn và phù hợp với quan điểm đạo đức qua  5 mối quan hệ (Ngũ Luân) mà xã hội Việt Nam hay thường dựa lên: mối quan hệ giữa vua và tôi, giữa cha và con, giữa chồng và vợ, giữa họ và anh em và sau cùng giữa họ và  các bạn bè. Nhờ vậy, người Việt rất coi trọng gia đình, mà họ luôn  xem coi đó là nơi để họ rèn luyện đạo đức và gắn bó mật thiết với làng mạc quê quán nơi họ sinh trưởng và tổ tiên của họ.

Điều này giúp cho xã hội Việt Nam không chỉ tìm được sự bền chặt mà còn có được sự vững chắc, ăn sâu xa vào cội rễ và hữu hiệu để khắc phục được mọi thế lực ngoại bang trong những thời kỳ khó khăn và quyết định của lịch sử Việt Nam. Xã hội được người Việt xem coi là một phần mở rộng của vòng gia đình. Người Nho giáo Việt không bao giờ coi thường lòng hiếu thảo, kính trọng người già, lý tưởng của lòng trung thành, tình hữu nghị và danh dự.

Muốn  biết tâm hồn Việt, bạn phải nắm bắt được sự ngọt ngào của nó. Người Việt nói chung không có hành vi gây hấn trừ khi bị làm mất mặt, đặc biệt là danh dự. Sự tha thứ  rất là Việt Nam. Đây là những đặc điểm cốt yếu của người Việt được nhạc sỹ Trịnh Công Sơn mô tả.

Danh dự là một trong những đức tính mà Nho gia Việt cố gắng gìn giữ cho đến cuối đời. Ngọc hòa tan có thể giữ được độ trắng, cây tre vẫn giữ  thân thẳng khi được  tiêu dùng. Sự tồn tại cá nhân được xem  nhẹ so với danh dự. Đấy là những câu nói tóm gọn lại  tinh thần của người Nho giáo Việt. Đây là trường hợp của tướng Võ Tánh, người bất chấp lời khuyên nên bỏ chạy của vua Gia Long, em rể  của ông. Ông vẫn muốn hy sinh bản thân vào năm 1801 bằng cách cho nổ tung một căn nhà chứa đầy bột nổ  để bảo vệ không chỉ danh dự  cho chính mình mà còn cứu mạng hàng nghìn binh sĩ của mình trước quân Tây Sơn hùng mạnh đang vây hãm thành Quy Nhơn. Nhờ thế  ông  giúp vua Gia Long giành được chiến thắng  vẻ vang và quyết định tại Phú Xuân (Huế). Nhưng người thể hiện rõ  được nét con người Nho giáo Việt vẫn là người anh hùng dân tộc  Trần Hưng Đạo. Người ta tìm thấy ở vị tướng này tất cả những đức tính của một người nhân đức vẹn toàn (đây là tổng hợp của tất cả những đức tính được Khổng Tử mô tả trong Kinh điển).

Cha của ông Trần Liễu là anh trai của vua Trần Thái Tôn. Ông  nầy không có con. Để củng cố và trường tồn vương triều, tể tướng Trần Thủ Độ đã không ngần ngại ép công chúa Thuận Thiên, vợ lẽ của cha Trần Hưng Đạo đang mang thai ba tháng, kết hôn với vua. Nổi giận, cha ông là Trần Liễu rất đau đớn nói với ông: Sau này, nếu con không trả thù được cái nhục nầy và lên ngôi thì ta sẽ không bao giờ có được hạnh phúc ở Suối vàng. Ông không phản đối những lời  này nhưng ông không bao giờ lưu ý đến những lời nhắn nhủ của cha mình cả. Mặt khác, vào một ngày đẹp trời, để  thăm dò  ý  định của các con, ông lại hỏi ý kiến của ​​chúng về vấn đề này. Con trai thứ ba  của ông lại  khuyến khích ông nên chiếm đoạt ngai vàng. Ông ta cấm con  gặp lại   ông cho đến cuối đời sau khi suýt giết chết con ông ngay tại chỗ. Là một dứa con ngoan,, ông giữ  nhớ lại tất cả những lời cha dặn nhưng ông cố gắng gạt lợi ích cá nhân sang một bên để hành động phù hợp với lợi ích quốc gia.

Lòng trung thành của ông là không lay chuyển đối với nhà vua. Có một ngày  đẹp trời, trong chuyến du ngoạn cùng nhà vua, khi cầm trong tay một cây gậy có đầu nhọn bằng sắt nhọn, ông không ngần ngại rút nó ra để bày tỏ lòng trung thành của mình. Cũng chính ông đã trấn an nhà vua hãy tiếp tục chiến đấu chống lại quân Mông Cổ (Nhà Nguyên) và không chịu đầu hàng nên nói với vua rằng: Nếu muốn đầu hàng thì trước hết ngài  phải  chặt đầu thần. Nhờ lòng dũng cảm, sự quyết tâm, bền bỉ và cao thượng, Việt Nam đã hai lần liên tiếp giành chiến thắng trước quân Mông Cổ của Hốt Tất Liệt vào năm 1257 và 1287. Ông chưa bao giờ lợi dụng quyền hành chỉ huy quân sự của mình để ban ân cho bất cứ ai cả. Ông đã giao việc đó cho nhà vua khi ông còn là tổng tư lệnh quân đội Việt Nam. Ông thực thi quyền lực của mình một cách công bằng cho tất cả mọi người,  từ  lớn đến  nhỏ. Cũng nhờ ông mà Nho giáo đạt đến đỉnh cao vào thời điểm này và trở thành hình mẫu độc đáo cho việc tổ chức nhà nước và xã hội Việt Nam.

Mặc dù vậy, Nho giáo thường bị chỉ trích vì đã trói buộc người dân, đặc biệt là phụ nữ, trong tình trạng nô dịch vĩnh viễn và là một trong những nguyên nhân tạo ra yếu tố bất động vốn mang lại lợi ích lớn cho giai cấp thống trị và bóp nghẹt mọi tinh thần dấn thân cũng như mọi cải cách tỏ ra cần thiết cho sự tiến bộ, gây ra hậu quả thảm khốc cho Việt Nam vào đầu thế kỷ 20 với sự sụp đổ của đế chế  nhà Nguyễn kéo theo sau đó  những sự kiện đáng tiếc trong suốt những thập kỷ vừa qua.

Không có gì đáng ngạc nhiên khi thấy con người trong xã hội Nho giáo, đặc biệt là giới trí thức Việt Nam ngày nay. Họ thường xuyên phải đối mặt với tình thế tiến thoái lưỡng nan không thể vượt qua được. Họ  vẫn bị giằng co giữa sự tiến bộ xã hội và các giá trị đạo đức mà Nho giáo tiếp tục ảnh hưởng đáng kể trong tim và tâm trí của họ vào thời điểm nầy. Xã hội Việt Nam cần được cải cách để thích ứng tốt đẹp hơn với những thay đổi kinh tế và xã hội mà Việt Nam cần có sau bao nhiêu năm chiến tranh. Ngày nay thật khó biết  được chủ nghĩa xã hội, dựng lên như một giáo điều của nhà nước, đã thực sự  có đóng một vai trò ở mức độ nào  trong quá trình chuyển đổi xã hội hiện nay. Nhưng cũng không thể đánh giá được mức độ ảnh hưởng của Nho giáo  ở thời điểm nầy.

Mỗi người Việt Nam chúng ta hôm nay phải tìm ra con đường đúng đắn cho mình và cư xử đàng hoàng để không hổ thẹn là “Con Rồng cháu Tiên”, nhất là đối với những người sống ở nước ngoài.

La société vietnamienne est profondément influencée par le confucianisme qui fut introduit au Vietnam à l’époque de la longue domination chinoise (111 av. J.C.-939 après J.C.). C’est pourquoi le Vietnamien est imprégné plus ou moins des concepts décrits par le sage Confucius dans les « Livres Canoniques » ( Ngũ Kinh )« . Il est habitué à enseigner ce qui parait juste au point de vue moral et approprié en tenant compte des Cinq Relations (Ngũ Luân) sur lesquelles repose habituellement  la société vietnamienne: celles qui existent entre souverain et sujet, père et fils, mari et femme, entre lui  et ses frères aînés et enfin  entre lui et ses amis. Grâce à cela, le Vietnamien accorde une grande importance à sa famille qu’il considérait toujours comme un terrain d’entraînement moral et s’attache fortement aux forces du sol en particulier à son village natal et à ses ancêtres. 

Cela permet à la société vietnamienne de trouver non seulement sa cohésion mais aussi sa solidité, ses profondes racines et son efficacité pour venir à bout toutes les forces étrangères dans les moments difficiles et cruciaux de l’histoire du Vietnam. La société est considérée dans une large mesure par le Vietnamien comme une extension du cercle familial. Le confucianiste vietnamien ne néglige jamais la piété filiale, le respect des personnes âgées, l’idéal de loyauté, l’amitié et l’honneur.


Pour connaître l’âme vietnamienne, il faut en saisir la douceur. Le Vietnamien est d’une manière générale dénué d’agressivité sauf quand on lui fait perdre la face, en particulier son honneur. Le pardon est très vietnamien. Ce sont les traits essentiels du Vietnamien décrits par le Bob Dylan vietnamien « Trịnh Công Sơn« . L’honneur est l’une des qualités que le confucianiste vietnamien tente de conserver jusqu’à la fin de sa vie. Le jade qui se dissout peut conserver sa blancheur, le bambou consommé gardant la tige droite. L’existence individuelle est très légère par rapport à l’honneur. Ce sont les phrases qui résument l’état d’esprit de l’homme confucianiste vietnamien. C’est le cas du général Võ Tánh qui malgré les recommandations de son beau-frère Gia Long de prendre la fuite, préféra se sacrifier en 1801 en se faisant sauter dans un pavillon rempli de poudre pour défendre non seulement son honneur mais aussi la vie sauve des milliers de ses soldats face à l’armée des Tây Sơn puissamment armée immobilisée à cause du siège à Qui Nhơn, ce qui permit à l’empereur Gia Long de remporter à Phú Xuân ( Huê’ ) une victoire retentissante et décisive. Mais celui-ci qui illustre bien l’homme confucianiste vietnamien reste le héros Trần Hưng Ðạo. On trouve en ce général toutes les qualités d’un homme de ren ( ren étant la somme de toutes les vertus décrites par Confucius dans les Livres Canoniques ).

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Son père Trần Liễu était le frère du roi Trần Thái Tôn. Celui-ci n’avait pas d’enfant. Pour consolider et perpétuer la dynastie, le premier ministre Trần Thủ Ðộ n’hésitait pas à forcer la princesse Thuận Thiên, la concubine du père de Trần Hưng Ðạo, enceinte de trois mois, d’épouser le roi. Révolté, son père Trần Liễu lui dit au moment d’agonie: Plus tard, si tu n’arriverai pas à venger cette offense et à prendre le trône, je ne serais jamais content au pays des Sources. Il ne contesta pas ces propos mais il ne prit jamais en compte les recommandations de son père. Par contre, un beau jour, pour connaître les intentions de ses enfants, il redemanda leur avis à ce sujet. Son fils cadet l’incita à usurper le trône. Il lui interdit de le revoir jusqu’à la fin de sa vie après avoir failli de tuer ce dernier sur le champ. Très pieux, il retint tout ce que son père lui avait dit mais il tenta de laisser de côté les intérêts personnels pour agir conformément aux intérêts de la nation.

Sa loyauté était sans faille envers le roi. Un beau jour, lors d’une excursion en jonque avec le roi, ayant eu dans la main un bâton dont le bout extrême portait un morceau de fer pointu, il n’hésita pas à l’enlever pour lui prouver sa loyauté. C’était aussi lui qui rassura le roi de continuer la lutte contre les Mongols et de ne pas céder à la reddition en lui disant: Si vous voulez vous rendre, vous devez me couper la tête d’abord. Grâce à son courage, sa détermination, sa ténacité et sa magnanimité, le Vietnam arriva à sortir victorieux deux fois de suite contre l’armée mongole de Kubilai Khan en 1257 et 1287.

Il ne profita jamais de son commandement militaire pour octroyer les faveurs à qui que ce soit. Il laissa au roi le soin de le faire au moment où il fut commandant en chef de l’armée vietnamienne. Il exerça son pouvoir avec une justice égale pour tous, petits ou grands. C’est aussi grâce à lui que le confucianisme atteignit à cette époque son apogée et devint ainsi le modèle unique de l’organisation de l’état et de la société vietnamienne.

Malgré cela, on reproche souvent au confucianisme le fait de maintenir le peuple en particulier les femmes, dans un assujettissement permanent et d’être l’une des causes génératrices du facteur d’immobilisme qui avantage largement la classe dirigeante et étouffe tout esprit d’entreprise et toutes les réformes s’avérant indispensables pour le progrès, ce qui provoqua au début du XXème  siècle de graves conséquences catastrophiques pour le Vietnam avec la chute de l’empire des Nguyễn suivie par les événements regrettables durant les dernières décennies.

Il n’est pas étonnant de voir que l’homme issu de cette société confucéenne, en particulier l’intelligentsia vietnamien d’aujourd’hui, est confronté souvent à ce dilemme insurmontable. Il est toujours tiraillé entre le progrès social et les valeurs morales du confucianisme qui continuent à exercer une influence notable sur son cœur et sur son esprit à un moment où la société vietnamienne nécessite d’être réformée pour s’adapter mieux aux mutations économiques et sociales. Le Vietnam en a besoin après tant d’années de guerre. Il est difficile de connaître aujourd’hui dans quelle mesure que le socialisme érigé en dogme d’état, a joué véritablement un rôle dans la transformation sociale en cours. Mais il est impossible d’évaluer aussi le degré d’influence du confucianisme à l’heure actuelle.

C‘est à chacun de nous, en tant que Vietnamien, de trouver aujourd’hui sa juste voie et de se comporter dignement pour ne pas avoir honte d’être « Fils du Dragon et Neveu de l’Immortelle », en particulier pour ceux qui vivent à l’étranger. 

 

Être lettré (Sĩ Phu)

 

 

mandarin

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Jeune ou âgé, le lettré (Sĩ) est toujours bien considéré dans la société vietnamienne. On lui accorde non seulement tant d’égards mais aussi la première place dans la hiérarchie sociale avant les paysans (Nông), les artisans (Công) et les commerçants (Thương). C’est pourquoi ces derniers ne cessent pas de le ridiculiser à travers les chansons populaires.

Ai ơi chớ lấy học trò
Dài lưng tốn vải ăn no lại nằm

N’épousez jamais un étudiant
Il a le dos long, cela coûte cher pour le tissu
Une fois repu, le voilà étendu

Muni d’un bagage intellectuel, le lettré ne se laisse pas vexer par ces propos et tente de répliquer avec un air ricaneur:
Hay nằm đã có võng đào
Dài lưng đã có, áo trào nhà vua
Hay ăn đã có thóc kho
Việc gì mà chẳng ăn no lại nằm

 Sĩ phu

Il y a le hamac pour celui qui aime s’étendre
Il y a l’habit octroyé par le roi lorsqu’on a le dos long
Habitué à manger, on a le stock de riz au magasin du roi
Aucune tâche ne se termine par le coucher, une fois repu.

ischol

Cette considération data de l’époque où le confucianisme fut employé comme le modèle unique de l’organisation de l’état.  Le recrutement du lettré en tant que mandarin était basé essentiellement sur les concours littéraires qui avaient lieu tous les trois ans au grand temple de Confucius ou temple de la littérature (Văn Miếu). Celui-ci fut construit par le roi Lý Thánh Tôn en 1070 et fut transformé en 1076 en Collège des Enfants de la Nation (ou Quốc Tự Giám). A partir de 1484, le nom du lettré reçu au concours mandarinal fut inscrit sur le stèle avec la mention de sa date de naissance et de ses exploits.

 

Cette pratique de l’inscription sur stèle ne fut supprimée qu’en 1778. C’est pourquoi le rêve d’être reçu devint une obsession pour la plupart des lettrés. Certains ont été reçus aux concours avec une facilité étonnante (Nguyễn Bĩnh Khiêm, Chu văn An ou Lê Quí Ðôn). D’autres ont échoué plusieurs fois, ce qui a provoqué en eux une amertume virulente. C’était le cas du lettré Trân Tế Xương dont les poèmes avaient toujours une ironie mordante. Son échec sempiternel a influé énormément sur ses œuvres. Outre le savoir littéraire, le candidat reçu ou le futur mandarin devait posséder tous les concepts de mandat céleste, de piété filiale, de fidélité au roi (nghĩa tôi) et toutes les valeurs donnant la cohésion à la vision confucéenne. Doté de ces concepts, le lettré tentait d’honorer sa mission non seulement jusqu’à la fin de ses jours mais aussi au détriment de sa vie.  C’était le cas du lettré Nguyễn Du qui préférait se retirer au lieu de servir la nouvelle dynastie après la chute des Lê. C’était aussi le cas du lettré Phan Thanh Giản décidant de s’empoisonner en recommandant à ses fils de cultiver la terre et de ne postuler aucun poste lors de l’occupation de la Cochinchine par les Français en 1867. Quant au lettré Nguyễn Ðình Chiểu, auteur du best-seller « Lục Vân Tiên » et l’une des plus nobles figures des lettrés, il ne cessa pas d’apporter un soutien moral à la résistance à l’époque coloniale. 

Galerie des photos

Dans sa vision confucéenne, le lettré tentait de maintenir coûte que coûte et d’appliquer strictement ces principes à moins que le roi ne fût plus digne de l’obéissance qui lui était due. Dans ce cas, le lettré épris de justice pouvait renverser le roi car celui-ci était dépossédé du Mandat du Ciel. C’était le cas du lettré Cao Bá Quát qui participa au fameux « soulèvement des Sauterelles » (ou Giặc Châu Chấu) au nom des Lê contre le roi Tự Ðức et qui fut pris et exécuté par ce dernier en 1854. Bien que le lettré fût l’un des piliers fondamentaux de la société sur laquelle tant de dynasties vietnamiennes s’appuyaient, pour gouverner le pays, il était aussi  le défenseur légitime des valeurs morales, en particulier des cinq relations humaines (ou Ngũ Luân c’est-à-dire entre le roi et ses sujets, entre le père et son fils, entre le mari et sa femme, entre le cadet et ses aînés et entre lui et ses amis). Cela permettait d’avoir la cohésion sociale et l’identité nationale à travers des siècles. Pourtant  c’était  le facteur d’immobilisme et d’isolationnisme culturel qui s’avéra mortel pour l’empire des Nguyễn à partir de 1840. En continuant à sous-estimer la puissance étrangère et en maintenant son conservatisme, l’empire des Nguyễn  était incapable de s’adapter aux réformes modernisatrices prônées par le lettré moderniste Nguyễn Trường Tộ. Il devenait ainsi l’obstacle majeur à toute mutation dont le Vietnam avait besoin pour faire face aux ambitions des puissances étrangères, ce qui le condamnait à disparaître  lors de la conquête française.

Le lettré faisait partie d’une population de 40000 personnes dont 20000 environ furent des détenteurs de grades en 1880. Le dernier lettré connu pour son patriotisme et pour son réformisme, était le lettré Phan Chu Trinh (ou Tây Hồ ). Celui-ci était partisan des réformes et prônait la priorité du progrès global de la société et de la diffusion du savoir moderne sur la simple indépendance politique. Sa déportation à Poulo Condor et surtout son décès en 1926 ont mis fin au rêve de tous les Vietnamiens de retrouver le Vietnam indépendant avec une politique de non-violence et de décolonisation graduelle que le lettré a prônée et défendue avec acharnement et conviction pendant tant d’années.

Phan Chu Trinh

phanchutrinh

Son état d’âme, il essayait de révéler à travers son poème intitulé

Le Cierge

 

Il veut de sa flamme luire jusqu’au fond des ténèbres
Car son cœur est brûlé du souci d’éclairer
Mais la porte entrouverte laisse filtrer la bise 
Dans la nuit qui finit, à qui confier ses larmes ?

Đèn Sáp

Cháy đầu bởi đỡ cơn tăm tối,
Nóng ruột càng thêm sự sáng soi.
Mở cửa vì đâu nên gió lọt,
Trót đêm nhỏ giọt tỏ cùng ai.

Ce sont les larmes d’un grand lettré vietnamien. Mais c’est aussi le cri du désespoir d’un grand patriote vietnamien

face au destin de son pays.

Être jeune au Vietnam (Thời thiếu niên)

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Sống thời thiếu niên

French version

English version

Mặc dù  chiến tranh đã tàn phá đất nước này bao nhiêu năm qua, những đứa  trẻ Việt vẫn tiếp tục mong muốn khát khao được sống. Ở đất nước này, «Sống trẻ» luôn luôn  là một kỳ tích bởi vì điều kiện sinh sống rất cực kỳ  khó khăn cũng như  thiên nhiên vô cùng khắc nghiệt nhất là ở các vùng núi miền Bắc và các  vùng đất  Tây Nguyên. Phải biết chịu đưng được thời tiết khắc nghiệt  của thiên nhiên mà còn phải biết tinh ranh và hoà  mình sống chung với những sinh vật hoang dã nhất là phải biết khắc phục được chúng. Các thiếu nhi bắt đầu đi làm việc rất «sớm» ở Việt Nam.

Ngay từ khi còn lúc nhỏ ở các vùng nông thôn, các đứa trẻ biết chăn trâu, thả trâu ăn cỏ  trên các bờ đê trong khi các thiếu nữ lo giúp việc nhà. Tuy còn nhỏ tuổi, các thiếu  nữ mới sáu, bảy tuổi mà đã biết nấu cơm, bế em trai, cho heo vịt ăn, biết múc nước cho gia súc uống hay là  tham gia vào các nghề thủ công của gia đình.

Trong những năm chiến tranh leo thang, các thiếu niên còn có nhiệm vụ đào các hầm hào  dọc theo bờ đê để  ẩn trốn khi có các máy bay tiến đến gần, sống trong các đường hầm nhầm để tránh khỏi các trận oanh tạc. Các thiếu nữ thì có công việc làm nhiều gấp đôi hơn các thanh niên. Đôi khi  các thiếu nữ  còn  là những nạn nhân  đầu tiên bị  bán làm nô lệ hoặc làm  vợ với giá tiền vài kilô gạo khi chúng không có thể tiếp nuôi gia đình nhiều con vào những năm 1930 và 1940. Cuốn tiểu thuyết “Tắt đèn” của Ngô Tất Tố xuất bản năm 1930 đã nhắc nhở chúng ta về thực tế này. Nếu ngày nay, tuy cái thói quen này bị cấm, chúng ta vẫn còn thấy một số lượng không ít  các cô gái trẻ bán mình  trên vỉa hè ở các thành phố lớn. Ở  các nơi nầy, mặc dù giáo dục được miễn phí ngày nay, nhiều đứa bé trẻ tuổi, phải đi làm những công việc lặt vặt, bán thuốc lá, bán báo, nhặt túi ni lông,  vân vân .. để phụ giúp gia đình. Các điều kiện sinh sống cũng còn tồi tệ. Nhiều thiếu  niên xuất thân từ những gia đình nghèo khó vẫn  tiếp tục sống trong những căn lều tồi tàn, tăm tối và  bẩn thỉu kinh khủng. Có ít  nhất 67.000 nhà  ổ chuột ở Sàigòn vào cuối năm 1994. Đây là con số mà  được chính quyền công bố và báo chí đăng tải. Chúng ta vẫn tìm thấy những cảnh tượng mà được tiểu thuyết gia Khái Hưng miêu tả trong quyển có tựa đề  « Đầu Ðường Xó Chợ » với  các vỉa hè và các rãnh nước ngổn ngang rác rưới  vỏ rau, lá chuối và những mảnh vải vụn trong những xóm nghèo ở các thành phố lớn.

Trước sự thờ ơ của xã hội, tiểu thuyết gia Duyên Anh đã không ngần ngại tố giác sự nghèo khó của những đứa trẻ này trong các tiểu thuyết của ông mà trong đó được nổi tiếng nhất vẫn là quyển có tựa đề « Ngọn đồi của Fanta« . Lấy cảm hứng từ cuốn tiểu thuyết này, đạo diễn Rachid Bouchareb đã  kể  lại câu chuyện về những đứa con lai phải trả giá cho sự điên rồ của các người lớn và chiến tranh trong phim có  tựa đề tên là  « Bụi đời  (hay Poussières de vie)»  vào năm 1994.

Bất chấp những thiếu thốn trong cuộc sống, các đứa trẻ vẫn thích sống ở đất nước này vì nếu chúng không có  được  cả núi đồ chơi và quà tặng mà các trẻ em ở phương Tây được có gần đến lễ Noël thì  chúng lại có những trò chơi phổ biến, những kỷ niệm của tuổi thơ khó mà quên được. Ở nông thôn, chúng có thể đi câu cá trên cánh đồng lúa và đặt bẫy trong các kênh rạch  để bắt tôm cá. Chúng có thể  săn  bướm và bắt chuồn chuồn bằng cách  làm bẫy  từ các thanh tre. Có thể trèo cây để tìm tổ chim. Săn dế vẫn là trò chơi yêu thích của hầu hết các đứa trẻ Việt lúc còn bé.

Chia ra từng  nhóm, đôi tai mở to lắng nghe tiếng kêu của dế, mắt nhìn chăm chú  mọi ngóc ngách, chúng cố gắng xác định vị trí các hang ổ chứa mà từ đó  ra tiếng dế gáy. Chúng hay thường làm cho dế chui ra khỏi lỗ bằng cách cho nước vào  hay nước tiểu, sau đó nhốt nó trong hộp diêm, làm cho nó gáy với những chiếc lông nhỏ hoặc cho nó uống một chút rượu đế  để kích thích nó trong các trận chọi dế.

Ở các thành phố, chúng  chơi đá  bóng bằng chân trần, ở giữa đường phố. Các trận đấu thường bị gián đoạn bởi những chiếc xe đạp vượt qua. Chúng cũng hay chơi đá cầu  trên các đường phố.

Sinh ra trong thời  chiến tranh, các đứa trẻ  Việt không hề coi thường các trò chơi  chiến tranh. Chúng tự làm súng bằng các bìa cứng hoặc gỗ hay  chúng  chiến đấu bằng kiếm với  các nhánh cây. Chúng cũng có thể chơi trò thả diều. Tuổi thơ này, tuổi trẻ này, người Việt nào cũng từng có, kể cả tiểu thuyết gia Marguerite Duras.

Bà không ngần ngại nhớ lại thời thơ ấu ở Đông Dương của mình trong cuốn tiểu thuyết  « Các nơi (Les lieux) »: Tôi và anh trai, chúng tôi ở cả ngày, không phải ở  trên cây mà ở trong rừng và trên sông, nơi được gọi là rạch. Đấy là những dòng nước nhỏ này được chảy xuống biển. Chúng tôi không bao giờ mang giày cả, chúng tôi sống một nửa khỏa thân, chúng tôi thường  tắm ở sông.

Ở  một đất nước mà chiến tranh đã tàn phá quá nhiều  với  13 triệu tấn bom và sáu mươi triệu lít chất gây rụng lá được trút xuống, « sống  trẻ » trong những năm 60-75 đã là một sự ưu ái của số mệnh. Những đứa  trẻ Việt ngày nay không còn biết sợ hãi và căm thù như những đàn anh của họ, nhưng họ vẫn tiếp tục có một tương lai quá bấp bênh.

Mặc dù vậy, trong cái nhìn của họ, lúc nào vẫn luôn luôn có  một tia sống mãnh liệt, một tia hi vọng tràn trề. Đấy thường được gọi là “kỳ  diệu của tuổi thơ và tuổi trẻ Việt Nam”. Phải sống thời niên thiếu ở đất nước nầy mới có  sự quyến luyến, một  ấn tượng mãi mãi  thấm thía.

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Être jeune

Malgré la guerre qui a ravagé ce pays depuis tant d’années, les jeunes vietnamiens continuent à avoir ardemment la rage de vivre. Dans ce pays, « Etre jeune » relève toujours de l’exploit car les conditions de vie sont extrêmement dures comme la nature aussi  rude et impitoyable, en particulier dans les régions montagneuses du Nord Vietnam et sur les Hauts Plateaux du Centre. Il faut savoir résister vaillamment aux intempéries de la nature mais il faut apprendre à vivre et à ruser aussi avec les créatures sauvages et surtout à les combattre.  

On commence à travailler « très jeune » aussi au Vietnam. Dès leur plus jeune âge dans les zones rurales, les garçons savent garder les buffles et  les font paître sur les diguettes tandis que les filles aident aux travaux de la maison. Très jeunes, à six ou sept ans, elles savent faire cuire du riz, porter leur petit frère, nourrir les cochons et les canards, porter à boire aux animaux familiers ou participer aux travaux artisanaux familiaux. Dans les années où la guerre a pris de l’ampleur, les jeunes étaient chargés aussi de creuser des tranchées le long des diguettes pour s’y jeter à l’approche des avions et  vivaient dans des souterrains et des tunnels pour échapper aux bombardements. Les filles ont deux fois plus de travaux que les garçons. Ce sont elles qui étaient les premières victimes  à être proposées et vendues comme esclaves ou concubines pour quelques kilos de riz lorsqu’on n’arrivait plus à nourrir une famille de plusieurs enfants dans les années 30-40. Le roman de Ngô Tất Tố  «Quand la lampe s’éteint», paru en 1930, nous rappelle cette réalité. Si de nos jours, cette pratique est interdite, on constate quand même un grand nombre de jeunes filles prostituées sur les trottoirs des grandes villes. Dans ces dernières, malgré l’enseignement gratuit aujourd’hui, pour pourvoir à la subsistance de leur famille, beaucoup de jeunes doivent vaquer encore  à leurs petits boulots, vendre des cigarettes ou des journaux, ramasser des sacs en  plastique etc. Les conditions de vie sont aussi lamentables. Beaucoup de jeunes issus des familles de traîne-misère et de la guerre continuent à grouiller toujours dans des enchevêtrements de baraques mal consolidés, sombres et affreusement sales. Il y aurait 67000 taudis à Saigon fin 1994. C’est le chiffre retenu par les autorités et diffusé par la presse. On retrouve encore les scènes décrites par le romancier Khái Hưng dans son ouvrage intitulé « Les bas-fonds (Ðầu Ðường Xó Chợ) » avec des trottoirs et des rigoles encombrés en permanence de déchets, d’épluchures de légumes, de feuilles de bananiers et des lambeaux de chiffons dans les quartiers pauvres des grandes villes. 

Face à l’indifférence de la société, le romancier Duyên Anh n’a pas hésité à dénoncer l’indigence de ces jeunes dans ses romans dont le plus connu reste le best-seller « La Colline de Fanta ». En s’inspirant de ce roman, le réalisateur Rachid Bouchareb a retracé l’histoire des amérasiens qui paient le prix de la folie des adultes et de la guerre dans son film « Poussières de vie » en 1994.  

Malgré les carences de la vie, on aime à être jeune dans ce pays car si on n’a pas les montagnes de jouets et de cadeaux qui submergent nos enfants en Occident à l’approche de Noël, on a en revanche des jeux populaires, des souvenirs d’enfance inoubliables. Dans les campagnes, on peut aller pêcher dans les rizières et poser les nasses dans les arroyos pour attraper les crevettes et les petits poissons. On peut chasser les papillons et attraper les libellules avec des pièges faits avec les tiges de bambou. On peut grimper dans les arbres pour chercher des nids d’oiseaux. La chasse aux grillons reste le jeu préféré de la plupart des jeunes vietnamiens lorsqu’ils sont encore jeunes.

En se promenant en groupe, les oreilles grandes ouvertes au chant  des grillons, les yeux scrutant les moindres recoins, on essaie de repérer les tanières d’où sort le chant. On a l’habitude de faire sortir le grillon de son trou en l’inondant de l’eau ou de son urine, puis de l’enfermer dans des boîtes d’allumettes, de le faire chanter avec des petites plumes ou de lui faire boire un peu d’alcool de riz pour l’exciter lors des combats des grillons.

Dans les villes, on joue au foot avec les pieds nus, au milieu de la rue, les poteaux des buts étant constitués par les vêtements entreposés. Les matchs sont souvent interrompus par le passage des vélos. On joue aussi au jeu de volant au pied (ou Ðá Cầu) dans la rue.

Nés dans la guerre, les jeunes vietnamiens ne dédaignent pas les jeux de la guerre. On fabrique soi-même les fusils en carton ou en bois, on se bat avec des épées en branches. On peut jouer aussi aux jeux des cerfs-volants. Cette enfance, cette jeunesse, tous les Vietnamiens l’ont eue même la romancière Marguerite Duras. Celle-ci n’hésitait pas à rappeler son enfance indochinoise dans son roman « Les lieux »: Mon frère et moi, on restait partis des journées entières pas dans les arbres mais dans la forêt et sur les rivières, sur ce qu’on appelle les racs (rạch), ces petits torrents qui descendent vers la mer. On ne mettait jamais de souliers, on vivait à moitié nus, on se baignait dans la rivière. 

Dans ce pays où la guerre a tant ravagé et où les treize millions de tonnes de bombes et soixante millions de litres de défoliants ont été versés, être jeune dans les années 60-75 était déjà une faveur du destin. Les jeunes du Vietnam actuel ne connaissent plus la peur et la haine de leurs aînés mais ils continuent à avoir un avenir incertain.

Malgré cela, dans leur regard, il y a toujours une lueur de la vie intense, une lueur d’espoir débordante. C’est ce qu’on appelle souvent « la magie de l’enfance et de la jeunesse vietnamienne. Il faut être jeune dans ce pays pour avoir un tel attachement, une impression toujours poignante. 

Les fleurs dans la culture vietnamienne

English version
Vietnamese version

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Les fleurs dans la culture vietnamienne

Dans leur tradition culturelle, les Vietnamiens accordent une grande importance aux fleurs. On constate leur préférence marquée pour les noms des fleurs dans le choix des prénoms féminins. On a même une anecdote sur le prénom que le grand roi Lý Thánh Tôn de la dynastie des Lý a choisi pour sa concubine impériale Ỷ Lan connue plus tard sous le nom Linh Nhân Hoàng Hậu. Un jour, sur le chemin de retour dans la capitale, le roi fut accueilli par les villageois en liesse. Il s’aperçut qu’il y avait une jeune paysanne d’une beauté extraordinaire continuant à l’observer timidement de loin tout en s’adossant à un magnolia. Désireux de la connaître, il la fit venir devant lui. Épris de sa beauté et de son intelligence, le roi lui demanda de l’épouser et lui accorda le prénom  » Ỷ Lan  » (Ỷ Lan càd s’adosser à un magnolia). Elle fut connue plus tard dans l’histoire du Vietnam comme l’une des plus grandes reines prenant un grand nombre de mesures sociales pour les déshérités et les femmes surtout.

Par contre, il y a un prénom « Hoa (ou Fleur en français) » que personne n’avait le droit de prendre sous la dynastie des Nguyễn. C’est celui de la favorite Hồ Thị Hoa du prince héritier Nguyễn Phước Ðảm, le futur empereur Minh Mạng. Etant morte de façon prématurée, celle-ci était la fille du mandarin Hồ Văn Bôi et servait pieusement ses beaux- parents, l’empereur Gia Long et l’impératrice Thuận Thiên Cao Hoàng Hậu.

Pour immortaliser l’affliction qu’ils continuaient à porter à leur bru, ils interdirent désormais à leurs proches et à leurs sujets l’usage du mot « Hoa » non seulement dans le choix des prénoms mais aussi dans l’attribution des noms aux édifices publics. À cause de cette interdiction, le marché Ðông Hoa de Huế devint ainsi le marché central Ðông Ba. La province Thanh Hoa fut appelée désormais la province Thanh Hoá. Le pont enjambant la rivière Thị Ghè à Saigon changea de nom et prit le nom Cầu Bông à place du nom Hoa Bắc . Pourtant « Hoa » est le mot le plus employé dans le chef d’œuvre de la littérature vietnamienne Kim Vân Kiều de Nguyễn Du. Sans compter les noms des fleurs évoqués, on y recense au moins 130 vers portant le mot « Hoa ». De plus, ce dernier figure dans un grand nombre de termes et d’expressions ayant des connotations florales dans la littérature vietnamienne:

  • Hoa diện, mặt hoa : visage fleuri (Avoir un beau visage)
  • Hoa chúc: Fleur de la torche (la lampe de la chambre nuptiale)
  • Hoa niên: Fleur de l’âge (la jeunesse)
  • Hoa tay: Avoir la pulpe des doigts en forme de la fleur (être très adroit)
  • Số đào hoa: être né sous l’étoile de la fleur de pêcher (Etre le préféré des femmes)
  • Nguoi tài hoa: Homme de talent à l’image d’une fleur (Etre talentueux et distingué)
  • Hoa tai : Fleur de l’oreille (Boucle d’oreille)
  • Hoa đèn: Fleur de la lampe (charbon de la mèche d’une lampe à huile)
  • Hoa khôi: Fleur de premier rang (Être la plus belle fille)
  • Hoa đá: Fleur de pierre (Corail)
  • Hoa vương: Reine des fleurs (Pivoine)

Những loại hoa trong nền văn hóa Việtnam

En ce qui concerne la fleur de pierre, il y a une anecdote rappelant l’époque où le Vietnam fut troublé par les guerres internes incessantes entre les deux familles gouvernantes, les Trịnh et les Nguyễn. C’est l’une des farces d’un mandarin de nom Nguyễn Quỳnh servant le seigneur Trịnh Cương et connu fréquemment sous le pseudonyme « Cống Quỳnh » ou « Trạng Quỳnh ». Le seigneur Trịnh Cương était très gourmand. Il ne pensait qu’à vivre dans l’opulence et dans la débauche. C’était pour cela que Cống Quỳnh tenta de le ramener à la raison et à la sagesse. Il lui dit qu’il savait préparer un petit plat très délicieux connu sous le nom Hoa đa’ (Fleur de pierre).

Le seigneur Trinh Cương lui demanda de le préparer. Mais il précisa au seigneur qu’il fallait attendre au moins deux jours pour pouvoir savourer ce plat car il devait le mijoter durant cette période. Le seigneur Trịnh Cương accepta cette proposition. Rentré chez lui, il demanda au serviteur d’aller chercher au marché les algues comestibles et de les mijoter avec de l’eau. Affamé par cette longue attente, le seigneur Trịnh reconnut que le plat préparé par Cống Quỳnh était délicieux même s’il ne contenait que des légumes après l’avoir goûté et mangé. On trouve quelques romans célèbres classiques portant les noms des fleurs. C’est la cas du roman Nhị Ðộ Mai (Les pruniers ont refleuri) et Hoa Tiên (Les feuillets fleuris). Le premier écrit par un auteur anonyme  contient 2826 vers écrits en nôm et il provient d’une œuvre chinoise. C’est l’histoire de fidélité au roi ainsi que la piété filiale, la loyauté, la gratitude et l’amour. Quant au deuxième roman, il a été composé par le lettré Nguyễn Huy Tự. Ce roman comprend plus de 1770 vers écrits en Six-Huit pieds (lục bát). C’est le premier poème romantique vietnamien tout en restant fidèle à la pensée confucéenne.

 

 

Malgré une grande variété d’espèces florales trouvées sur cette terre des légendes, les Vietnamiens ne cachent pas leur préférence à certaines plantes. Ils n’hésitent pas à classer quelques-unes dans la catégorie des plantes nobles. Parmi celles-ci, on peut citer :
 
Mai (Fleur d’abricotier)
Lan (Magnolia)
Cúc (Chrysanthème)
Sen (Lotus)
Mẫu đơn (Pivoine)
Hoa hồng (Rose)

Ces plantes ou leurs fleurs ont chacune une signification particulière et éthique dans la tradition vietnamienne. L’abricotier (mai) est le symbole de l’homme supérieur. Il arrive à résister au froid et aux intempéries de la nature et continue à fleurir au mois de février, ce qui le permet de symboliser le printemps dans la représentation des quatre saisons (Tứ Thì). A l’occasion du Tết, pour un Vietnamien, il ne manque jamais sur l’autel des ancêtres quelques branches de l’abricotier (ou de pêcher) en fleurs qui sont choisies de manière que les fleurs éclosent jusqu’au moment de la fête. La fleur d’abricotier est très adorée par les lettrés et les intellectuels vietnamiens. Un homme de caractère et indépendant comme Cao Bá Quát, qui ne sachant pas se plier aux servitudes mandarinales, dut reconnaître que, durant toute sa vie, il ne courbait que sa tête devant la fleur d’abricotier.

Nhất sinh đê thủ bái hoa mai
Suốt đời chỉ cúi đầu trước hoa mai
Toute ma vie, je ne courbe que ma tête devant la fleur d’abricotier.

Un autre lettré Ðào Tấn, le père des pièces de théâtre de la région Bình Ðịnh dans le Centre du Vietnam, nourrissait aussi l’espoir de mourir un jour auprès des pruniers. C’était pourquoi, de son vivant, il a choisi son pseudonyme « Mộng Mai (Rêver aux fleurs de prunier) et a eu l’occasion de révéler son état d’âme à travers les deux vers trouvés dans l’un de ses poèmes :

Núi mai rồi giữ xương Mai nhé
Uớc mộng hồn ta là đóa Mai

C’est la montagne des pruniers où sera enterré ma squelette d’abricotier.
Je continue à rêver que mon âme serait la fleur d’abricotier.

Ce n’était pas une utopie pour lui car lors de sa mort (juillet 1907) on l’a enterré à la montagne Huỳnh Mai qui est éloignée du jardin des pruniers de quelques kilomètres. Contrairement aux Chinois, ce sont les fleurs d’abricotier  et de lotus qui sont plus appréciées que la pivoine. C’est pour cela qu’on les appelle Hoa Khôi (Fleurs de premier rang).

On a une préférence pour la fleur d’abricotier car le lotus est réservé plutôt au bouddhisme bien qu’il soit aussi le symbole de l’homme de qualité confucéen (junzi). C’était la plante choisie par le lettré Mạc Ðỉnh Chi pour révéler son talent inouï et son génie indescriptible lorsque le roi Trần Anh Tôn hésita à le nommer « Premier docteur » en le trouvant trop laid au moment de la remise du diplôme. Pour convaincre le roi, il se compara au lotus dans un puits en jade en composant devant le roi le poème intitulé « Ngọc tỉnh liên phú (Le lotus dans un puits de jade) ».

Giống quý ấy ta đây có sẳn
Tay áo nầy ta chứa đã lâu
Phải đâu đào , lý thô màu
Phải đâu mai, trúc dãi dầu tuyết sương
Cũng không phải tăng phường câu kỷ
Cũng không là Lạc Thủy mẫu đan
Cũng không là cúc, là lan
Chính là sen ở giếng vàng đầu non.

Cette espèce précieuse, je l’ai eue à ma disposition
La manche de cette veste l’a contenue depuis longtemps
Elle n’est ni le pêcher, ni le jambosier perdant l’éclat de la couleur
Elle n’est ni l’abricotier ni le bambou exposés aux intempéries de la neige et des rosées
Elle n’est pas non plus la baie dont l’odeur doit être évitée
ou la pivoine de Lạc Thủy (1),
ou le chrysanthème ou la fleur du magnolia
mais c’est le lotus dans un puits en or au sommet de la montagne.

Mạc Ðỉnh Chi a eu l’occasion de composer une oraison funèbre en l’honneur de la disparition d’une princesse mongole lorsqu’il avait été envoyé en Chine comme l’ambassadeur du Vietnam. Ce jour là, devant la cour impériale, on lui a donné un papier sur lequel il y avait quatre lignes, chacune contenant un seul mot « premier » ( một ). C’était à lui l’honneur de composer le poème et de compléter le reste des lignes pour rendre un vif hommage à la mémoire de cette princesse. Imperturbable, il réussît à le faire à la surprise et à l’admiration de toute la cour impériale mongole en désignant la princesse comme une fleur:

Trời xanh một đám mây
Lò hồng môt giọt tuyết
Vườn thượng uyển môt cành hoa
Cung quảng hàn (2) một vầng nguyệt
Than ôi! Mây tan! Tuyết tiêu!
Hoa tàn! Trăng khuyết !

Le ciel d’azur a un amas de nuages
La poutre de couleur rose a une goutte de neige 
Le jardin impérial a une branche de fleur 
Le palais Quảng Hàn (2) a un disque lunaire
Dommage ! Les nuages disparaissent ! La neige fond !
La fleur se fane ! La lune est incomplète!

Quant au chrysanthème, il est non seulement l’apanage de l’automne mais aussi le symbole de la sérénité et l’indifférence des gens aux honneurs et à la gloire . Analogue à la fleur d’abricotier, la fleur du magnolia est le symbole de la beauté féminine. Elle désigne souvent une jeune fille dans les compositions poétiques.

Bien que la pivoine soit considérée comme une fleur noble, elle n’a pas la portée significative comme elle continue à l’avoir en Chine (3). Probablement, à cause de l’influence chinoise, on continue à garder cette coutume. La pivoine est évoquée souvent dans l’art ornemental vietnamien ou dans les légendes (Histoire du mandarin Từ Thức et de l’Immortelle Giáng Hương par exemple).

Quant à la rose, elle est le symbole de l’amour et de l’affection. Pour connaître la valeur et la portée de signification que les Vietnamiens accordent à cette fleur, il faut lire le roman « Bông Hồng cài áo (Une rose agrafée sur la veste) » du moine zhen vietnamien Thích Nhất Hạnh. Il tente de nous rappeler à travers sa narration que chacun de nous a une mère unique à laquelle nous négligeons de penser à cause des aléas de la vie. Nous oublions souvent que si nous avons encore aujourd’hui chacun de nous, une mère, c’est que Dieu nous laisse encore un trésor inestimable. Nous avons encore la chance de pouvoir l’aimer et de lui montrer notre affection. C’est pour cela que nous pouvons continuer à agrafer une rose sur notre veste car seuls, nous avons encore cette joie immense, intime et indescriptible que tant de gens n’ont plus eu depuis longtemps. Sur cette terre des légendes on ne voyait plus  des fleurs blanches de myrte (Hoa Sim) déposées par les jeunes filles sur les tombes de leurs amants ayant succombé vaillamment pour défendre leur idéal et leur patrie. Ceux-ci n’avaient pas la chance d’y voir revenir un jour la paix. Ils n’avaient pas l’occasion d’agrafer sur leur veste une rose même si leur mère serait encore en vie. C’est à ces gens valeureux que tous les Vietnamiens veulent offrir une rose pour l’amour qu’ils ont eu vraiment pour ce pays. Ils veulent leur montrer leur sincère affection et leur profonde reconnaissance. Sans la bravoure, le sacrifice et la grandeur d’âme de ces gens, le Vietnam ne pourrait pas garder jusqu’à aujourd’hui son indépendance, son identité culturelle et  ses traditions millénaires.

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(1) Lạc Thủy : un fleuve connu en Chine.
(2) Cung quảng hàn : le palais mythique chinois trouvé sur la lune.
(3): Une anecdote sur la pivoine de Luoyang avec l’impératrice Wu Ze Tian ( Võ Tắc Thiên) de la dynastie des Tang.

Chapeau conique (Nón lá)

Version française
Version anglaise

Cho đến ngày nay chưa có tài liệu lịch sử nào xác định rõ ràng thời gian nào cái nón lá được ra đời  nhưng chỉ  thấy dạng thức thô sơ tiền thân của nó (mũ lông chim) được khắc trên  các cổ vật Đồng Sơn (như  trống đồng Ngọc Lữ hay thạp đồng Đào Thịnh) cách đây 2500-3000 năm trước Công Nguyên. Từ ngàn xưa,  để chống nắng và che mưa nhất là sống trong khu vực khí hậu nhiệt đới, nắng lắm mưa nhiều nên  ông cha ta đã nghĩ ra  để tận dụng những nguyên liệu dễ kiếm từ thiên nhiên (như lá cọ, lá buông, lá hồ, lá cối, lá dừa, lá dứa  rơm vân vân) và sáng chế ra chiếc nón lá. Rồi  nó trở thành từ  đó  vật dụng cần thiết trong cuộc sống bình dị  thường ngày của người  dân Việt. Ở khắp mọi miền đất nước, đâu đâu cũng có hình dáng của nó. Trên đê dưới ruộng, trên bờ dưới sông, lúc nào nó cũng dãi nắng dầm mưa  cùng  người nông dân. Đôi khi  nó còn trở thành dụng cụ tạo gió cho người nông dân  giữa lúc hè nóng oi bức. Nó cũng  theo chân gót của người bán hàng rong ở khắp nẽo đường thành phố. Nón lá đã từ lâu  trở thành một biểu tượng đặc trưng  trong nền văn hóa Việt. Nó còn  tô thêm nét  đẹp duyên dáng cho  người phụ nữ  Việt  dịu dàng với chiếc áo dài hay chiếc áo bà ba.  

Dựa  trên các nguồn sử liệu  thì nguời  đầu tiên đề cập chiếc nón Việt là Chu Khứ Phi  thời Nam Tống trong  cuốn: Lĩnh Ngoại Đại Đáp (嶺外代答序) viết về  phong tục nhà Lý của chúng ta vào khoảng năm 1178. Nguời Giao Chỉ  đầu đội nón trôn ốc [nguyên văn là 螺笠  cái loa lạp, cái nón có hình như trôn ốc].  Sau đó, dựa theo  Lĩnh Ngoại Đại Đáp của  Chu Khứ Phi, sử gia nhà Nguyên Mã Đoan Lâm có miêu tả lại trong “Văn hiến thông khảo” vào năm 1307 như sau: nón hình xoắn ốc, hình dáng của nó giống như những con ốc… được làm rất khéo từ lạt tre mỏng. […] Hình ảnh sớm nhất về nón lá của người Việt được ghi nhận là trong bức họa “Trúc Lâm đại sĩ xuất sơn đồ” của Trần Giám Như vào khoảng năm 1363. Trong bức họa này,  được thấy rõ có  hai người đàn ông đội nón có hình dáng khác nhau. Người thứ nhất đội chiếc nón vành xòe rộng, bên trên lại có cái chũm nhô cao. Còn người kia cũng đội chiếc nón cũng rộng vành nhưng chớp nhọn.   Như vậy thời đó  nón đã dành cho  nhiều tầng lớp người khác nhau, từ giàu sang đến kẻ nghèo, từ quan trên đến người hầu hạ rồi. Dưới thời nhà Trần, ở làng Ma Lôi (Hải Dương ngày nay) đã sản xuất chiếc nón lá. Lúc đầu nón Ma Lôi chỉ lưu hành ở trong dân gian nhưng về sau vua Trần trông thấy đẹp mắt nên cải tiến một loại nón để  cung tần mỹ  nữ  dùng  trong hoàng cung và được gọi là nón thượng. Nón Ma Lôi được dùng sau đó  trong lực lựợng thủy quân do tướng Trần Khánh Dư chỉ huy nhầm để phân biệt với quân lính phương Bắc.

Qua bức họa trên “Trúc Lâm đại sĩ xuất sơn đồ” của Trần Giám Như cho ta thấy rõ rệt thứ nhất  là thân phận, giai cấp  của mỗi người đội nón  thứ hai là  nón nó có một hành trình biến đổi qua nhiều thế kỷ với nhiều kiểu dáng khác nhau và mang đậm về sau dấu ấn văn hoá điạ phương  (như nón ba tầm hay nón quai thao  ở miền bắc Việt Nam, nón Huế, nón Bình Định, nón Quảng Nam  vân vân)  để rồi  ngày nay  cái nón lá lại trở  thành vật dụng thân thiết và bình dị  của mọi tầng lớp nhân dân, một bạn đồng hành thường ngày của người dân Việt. Không chỉ trong đời sống hằng ngày, hình ảnh của nón lá còn được phổ biến  trên các sàn diển thời trang và trở thành nguồn cảm hứng thiết kế  hiện nay cho các nhà mốt. Nó còn là món quà lưu niệm mà  được các du khách nước ngoài hay thường mua khi trở  về nước.

Jusqu’à ce jour, il n’existe pas de documents historiques précisant  clairement la  période de la  création  du chapeau conique. Par contre seule sa forme primitive (chapeau de plumes) a été vue gravée sur les artefacts de la culture de  Đồng Sơn  (comme le tambour de bronze  Ngoc Lũ ou la situle de  bronze  Đào Thịnh) il y a 2500 à 3000 ans avant J.-C.

Depuis l’Antiquité, pour  vivre et se protéger du soleil et de la pluie dans un climat tropical,  nos ancêtres ont pensé à utiliser des matériaux facilement trouvables dans la nature  comme les feuilles de certaines plantes (pandan, cocotier, buông, hồ,  cối) et  de la paille et ont réussi à inventer le chapeau conique. Ce dernier est  devenu dès lors  un élément indispensable à la vie quotidienne des Vietnamiens. On le voit partout  dans tous les recoins du pays. Il devient inséparable du paysan, de la digue jusqu’à la rizière ou du rivage jusqu’au fleuve. Parfois le paysan s’en sert comme un éventail pour se détendre sous un soleil accablant. On le voit suivre souvent le marchand ambulant dans les rues de la ville. Il devient depuis longtemps un symbole caractéristique de la culture vietnamienne. Il ajoute une touche d’élégance à la femme vietnamienne à travers sa tunique ou à son veste à amples manches.

D’après des sources historiques, la première personne à mentionner le chapeau conique vietnamien était Zhou Qunfei (Chu Khu Phi)  de la dynastie des Song du Sud dans son  livre intitulé :Lĩnh Ngoại Đại Đáp (嶺外代答序), retraçant les  coutumes de notre dynastie Lý en  1178. Les habitants de Giao Chi portaient des chapeaux  coniques [le texte original est 螺笠 le  loa lap, un chapeau en forme de coquille conique].  Plus tard, en se basant sur le livre   Zhou Qunfei, l’historien de la dynastie des Yuan Ma Duanlin  (Mã Đoan Lâm)  le décrit dans «Văn hiến thông khảo » en 1307 comme suit: le chapeau  ressemblant à la forme de l’escargot etc. est fabriqué d’une manière très méticuleuse  à partir de fines bandes de bambou. […] La plus ancienne image des chapeaux coniques vietnamiens se trouve dans le tableau «Trúc Lâm đại sĩ xuất sơn đồ  évoquant le  retour du roi moine Trần Nhân Tôn à la vie royale, illustré  par le moine dessinateur chinois   Trần Giám Như   en  1363. Dans ce tableau, on voit apparaître deux hommes portant des chapeaux de formes différentes. La première personne portait un chapeau à large bord au milieu duquel on fait ressortir sa portion saillante. L’autre personne portait également un chapeau à large bord  très pointu. À cette époque, les chapeaux étaient destinés à de nombreuses catégories  de personnes différentes, des riches aux pauvres, des fonctionnaires aux domestiques. Sous la dynastie des  Trần, le village de Ma Lôi (aujourd’hui Hải Dương)  fabriquait  des chapeaux coniques. Au début, ceux-ci étaient populaires et connus seulement par le peuple, mais plus tard, le roi des Trần a trouvé  qu’ils étaient  tellement beaux. Il n’a pas tardé  à apporter des améliorations à ces chapeaux en vue de leur usage par les concubines dans le palais royal.  Dès  lors ces chapeaux étaient connus sous le nom « nón thượng ». Le chapeau de Ma Lôi  était utilisé  plus tard dans la marine nationale  commandée par le général Trần Khánh Dư pour se différencier de celui  porté par  les soldats  venant du Nord.

À travers le tableau ci-dessus «Trúc Lâm đại sĩ xuất sơn đồ» de Trần Giám Như, on peut repérer premièrement le statut social de chaque personne portant le chapeau. Puis deuxièmement le chapeau a connu un long parcours de transformation au cours de nombreux siècles avec de nombreux modèles différents portés chacun par la culture locale (comme le chapeau Ba Tầm ou Quai Thao dans le nord du Vietnam, le chapeau Huế, le chapeau Bình Định, le chapeau Quảng Nam, etc.) de sorte qu’aujourd’hui le chapeau conique est devenu un objet familier et simple de toutes les classes de la société, un compagnon inséparable du peuple vietnamien. Étant connue non seulement dans la vie quotidienne, l’image du  chapeau conique est également exhibée lors des défilés de mode et  est devenue aujourd’hui une source d’inspiration pour les maisons de mode. C’est aussi un objet de souvenir que les touristes étrangers  aiment acheter souvent lors du retour dans leur pays.

En portant  la tunique vietnamienne avec son chapeau conique, Miss Isabelle Menin
   honore la beauté  de la culture traditionnelle lors du concours de

Miss Grand International  2023 au Vietnam

 

Yếm Đào

English version

French version

Là một phần không thể thiếu  của  áo tứ thân, yếm được xem như là chiếc áo che ngực phổ biến nhất của người phụ nữ Việt thưở xưa. Tìm thấy trong việc chế  tạo  của nó một miếng vải vuông bằng lụa hoặc vải bông  nhờ các dây brơten đặt chéo sau cổ  hay buộc  đằng sau lưng nhầm che, nâng đỡ ngực và để trần thân trên khiến gây nên sức hút quyến rũ mà còn tạo nên sự mát mẻ dễ chịu trong những ngày hè. Ngược lại, vào mùa đông, yếm đào trở thành  phần nào chiếc áo lót bên trong của chiếc áo tứ thân của người  phụ nữ Việt  để  chống chọi lại với cái lạnh khắc nghiệt.

Trong truyền thống Việt Nam,  thắt đáy lưng ong là một trong những nét đặc trưng của vẻ đẹp nữ tính. Đây có lẽ là lý do tại sao sự ra đời của chiếc áo này được liên kết với truyền thống nhầm để  làm nổi bật  đường cơ thể của phụ nữ bằng cách tạo cho nó có  được hình dạng cơ thể phân khúc của con ong vò vẽ. Chiếc yếm này được dùng bởi mọi tầng lớp  dân chúng, không  trừ  ngọai lệ  nào cả. Nhưng  nhờ  qua màu sắc nên có thể  dễ  dàng phân biệt các loại người dùng nó. Màu nâu dành cho  các thôn nữ còn các cô gái có học thức lại thích màu sắc hài hòa, trang nhã và kín đáo. Còn đối với người cao tuổi, màu tối vẫn được sử dụng nhiều nhất. Mặc dù vậy, theo quan sát, có thể thấy yếm mặc với các màu sắc diêm dúa.

Nguồn gốc của yếm chúng ta không biết từ đâu đến nhưng chúng ta nhận xét yếm được  xuất hiện lần đầu tiên dưới triều đại nhà Lý vào thế kỷ 11. Nó đã trải qua bao  lần sửa đổi  trong thời gian trôi qua  trước khi yếm được  trở thành gần đây một món hàng thời trang quyến rũ cạnh tranh với chiếc  áo dài. Ngày xưa, yếm  được đi kèm với việc mặc váy và đội khăn xếp bằng vải (đen hoặc nâu) hoặc khăn luôn kết thúc bằng hình « mỏ quạ » trên trán. Chỉ đến thời vua Minh Mạng, quần đen mới được áp dụng để thay thế váy.

Yếm là nguồn cảm hứng vô tận cho các thi nhân Việt Nam, trong đó có cả  nữ  thi sĩ  trứ  danh Hồ Xuân Hương. Bà nầy đã có dịp miêu tả không chỉ hình ảnh lãng mạn và quyến rũ của chiếc áo yếm Việt này mà còn cả sự hồn nhiên của một thiếu nữ sống trong một xã hội được cai trị bởi đạo đức Nho giáo bất biến, trong bài thơ có tựa đề: Thiếu nữ ngủ ban ngày.

Mùa hè hây hẩy gió nồm đông
Thiếu nữ nằm chơi quá giấc nồng
Lược trúc lỏng cài trên mái tóc
Yếm đào trễ xuống dưới nương long
Ðôi gò Bông đảo sương còn ngậm
Môt lạch đào nguyên suối chưa thông
Quân tử dùng dằng đi chẳng dứt
Ði thì cũng dở ở không xong.

Yếm đào được trích dẫn nhiều lần trong các bài thơ phổ biến. Nó còn thể hiện được  sức mạnh và mãnh liệt tình yêu qua hai câu thơ sau đây:

Trời mưa trời gió kìn kìn.
Đắp đôi  dải yếm hơn nghìn chăn bông.

Rất khó chia tay người mà  bạn đã yêu thương trừ khi bạn đã trở thành chiếc  yếm đào  để có thể nắm giữ lại tình yêu đấy thôi . Đây là những gì chúng ta được có trong hai câu thơ dưới đây:

Kiếp sau  đừng hóa ra người
Hóa ra dải yếm buộc người tình nhân.

Version française

Faisant partie intégrante de la tunique à 4 pans (Áo tứ thân), Yếm est en quelque sorte le cache-seins le plus populaire porté par les Vietnamiennes d’autrefois. On trouve dans sa fabrication un carré de tissu en soie ou en coton dont les extrémités sont fixées par les bretelles  se nouant derrière le dos et au niveau du cou dans le but de couvrir et soutenir la poitrine et laisser nu le reste de la partie supérieure du corps, ce qui provoque non seulement l’attrait de la séduction mais aussi la fraîcheur agréable durant les jours d’été. Par contre en hiver, elle devient en quelque sorte le sous-vêtement en dessus duquel s’ajoute  la tunique à 4 pans afin de permettre aux Vietnamiennes de se protéger contre le froid rigoureux. 

Dans la tradition vietnamienne, la taille de guêpe (thắt đáy lưng ong) est l’un des traits caractéristiques de la beauté féminine. C’est peut-être pour cela que la naissance de ce cache-seins est liée à cette tradition permettant de mettre en valeur la ligne du corps de la femme en  lui donnant la forme  du  corps segmenté de la guêpe.Cette camisole  a été portée par toutes les couches de la population sans exception. Mais il y a la notion de couleur permettant de différencier les catégories des gens qui la portent. La couleur marron est destinée aux  paysannes tandis que les filles éduquées préfèrent des couleurs harmonieuses, élégantes et discrètes. Quant aux personnes âgées, la couleur foncée reste la plus employée. Malgré cette observation, il est possible de voir Yếm  portée  avec des couleurs excentriques. 

On ne connait jamais sa provenance mais on note que Yếm fut apparue pour la première fois au XIème siècle sous la dynastie des Lý. Elle subit beaucoup de modifications au fil du temps avant d’être redevenue récemment un article de mode glamour, le concurrent de la tunique (Áo dài). Dans l’ancien temps, elle était accompagnée par le port d’une jupe et d’un turban en étoffe (noir ou brun)  ou d’un fichu se terminant toujours  par un « bec de corbeau » au dessus du front. (khăn vuôn mõ quạ). C’est seulement sous le règne de l’empereur Minh Mạng que le pantalon noir fut imposé à la place de la jupe.  

Galerie des photos

 

 

Yếm est une source inépuisable pour les poètes vietnamiens parmi lesquels figure la célèbre Hồ Xuân Hương. Celle-ci a eu l’occasion de décrire non seulement l’image romantique et glamour de cette camisole vietnamienne mais aussi l’innocence de la jeune fille vivant dans une société réglée par l’immuable éthique confucéenne, dans son poème intitulé : La Jeune fille assoupie en plein jour (Thiếu nữ ngủ ngày). 

Mùa hè hây hẩy gió nồm đông
Thiếu nữ nằm chơi quá giấc nồng
Lược trúc lỏng cài trên mái tóc
Yếm đào trễ xuống dưới nương long
Ðôi gò Bông đảo sương còn ngậm
Môt lạch đào nguyên suối chưa thông
Quân tử dùng dằng đi chẳng dứt
Ði thì cũng dở ở không xong.

Frémissement de la brise d’été
A peine allongée, la jeune fille s’assoupit
Le peigne, de ses cheveux, a glissé
Le cache seins rouge s’est défait
Pas de rosées sur les deux collines du Pays des Fées
La source aux fleurs de Pêcher ne jaillit pas encore
L’homme de bien, hésitant, ne peut en détacher sa vue
Partir lui est pénible, mais inconvenant de rester.

Yếm est citée tant de fois dans les poèmes populaires. Elle traduit la force et l’intensité de l’amour à travers ces deux vers suivants: 

Trời mưa trời gió kìn kìn.
Đắp đôi  dải yếm hơn nghìn chăn bông.

Il pleut et il fait du vent avec intensité.
Se couvrir d’une paire de Yếm mieux que se procurer mille couettes.

Il est difficile de se séparer de la personne dont on est tombé amoureux à moins qu’on soit devenu cette camisole (ou Yếm) pour pouvoir la retenir. C’est ce qu’on a dans les deux vers ci-dessous:

Kiếp sau  đừng hóa ra người
Hóa ra dải yếm buộc người tình nhân.

Dans la prochaine vie, il ne faut pas naître en tant que homme
Il faut se muer en camisole pour retenir l’amante.

 

Cité interdite de Pékin (3ème partie)

 

Cité interdite de Pékin: 3ème partie

Version vietnamienne

English version

La tradition d’apposer des clous dorés sur les portes exista à l’époque des dynasties Sui et Tang (581-907). En ce qui concerne la cité interdite, on voit cette pratique sur ses 4 portes principales, mais il y a une seule  possédant cinq passages et le reste à 3 passages. C’est la porte du Midi (Ngọ Môn). À part la porte de l’Est (Ðông Hoa Môn) ayant 8 rangées de 9 clous dorés (8*9=72, un nombre pair divisible par 2 et un multiple de 3), les autres portes ont chacune 9 rangées de 9 clous dorés (9*9=81, un nombre impair et un multiple de 3). 

On trouve non seulement dans l’utilisation de ces clous le caractère structurel et décoratif mais aussi l’aspect solennel et majestueux du régime féodal de cette époque.

Clous de porte

On se pose des questions sur le choix du nombre pair (ou Yang) de clous dorés posés sur la porte de l’Est. On n’arrive pas à résoudre cette énigme jusqu’aujourd’hui. Certains pensent que lors des obsèques des empereurs Jiaqing (Gia Khánh) et Daoguang (Ðạo Quang), on emprunte le passage de cette porte pour l’enterrement. C’est pourquoi elle est connue aussi sous le nom « porte du démon »(Qủi môn). Cela pourrait expliquer l’utilisation du nombre pair (ou Yang) de clous dorés car c’est par cette porte qu’on rejoint le monde Yin des ténèbres (Âm Phủ). Le nombre de clous dorés posés sur les portes est aussi fixé en fonction de l’importance de la fonction assumée par l’occupant dans le régime féodal.

Du fait que l’empereur est le fils du Ciel, il est censé d’avoir moins de pièces (9999 étant le plus grand nombre Yin) pour sa cité par rapport à ce que possède Dieu dans le ciel pour sa résidence (10.000) (nombre Yang). Il s’agit bien d’un nombre symbolique représentant une infinité dénombrable en Chine. Lors de l’enquête menée en 1973, on arrive à dénombrer seulement 8704 (nombre Yang)  pièces à la cité interdite.

Brûleur d’encens

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Quant à la couleur jaune, dans la théorie du Yin et du Yang et de ses 5 éléments, on la voit associée non seulement à la terre mais aussi à la position centrale dans la gestion des choses, des espèces et des quatre points cardinaux. Etant la couleur du soleil à son zénith, le jaune radieux n’appartient qu’à l’empereur car elle est le symbole de la vénération et de la protection divine. Il fut interdit au peuple de se servir d’un certain nombre de couleurs: rouge, jaune, bleu d’azur etc. à cette époque. Par contre, dans la Chine antique, on avait le droit d’utiliser les couleurs suivantes: le noir, le blanc et le gris. Rien n’est étonnant de retrouver les deux couleurs dominantes: le pourpre et le jaune dans toutes les constructions de la Cité. (les murs pourpres et les tuiles vernissées jaunes des toits des édifices). Il y a quand même quelques exceptions qui ne sont pas étrangères au respect de la théorie du Yin et du Yang et de ses 5 éléments. C’est le cas du pavillon de la Culture (Wenyuan) abritant une bibliothèque. Il est recouvert de tuiles vernissées noires. Le feu reste toujours le sujet d’inquiétude dans la cité. Il est déclaré plusieurs fois sous la dynastie des Qing. Le dernier en date a eu lieu au moment où l’empereur Guang Xu était sur le point de se marier avec sa cousine Long Dụ (Long Yu) dans un mois. C’est un mauvais présage pour le mariage.

Arguant de ce prétexte, l’impératrice douairière Cixi exécuta sur le champ les deux eunuques responsables de la mise en place des lanternes. Dans le cas du pavillon de la Culture (Wenyuan), on fait allusion à la couleur noire, symbole de l’eau utilisée pour sa toiture  dans le but de prévenir le feu et de protéger les collections de livre. D’autres pavillons  situés près de la porte de l’Est Dong Hua Men (Ðông Hoa Môn) supportent une toiture de tuiles vernissées vertes car ils correspondent aux logements des princes. C’est aussi la couleur verte associée à l’Est dans la théorie de 5 éléments (Ngũ Hành).

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Paris Août 2017