
Les Vietnamiens accordent une grande importance à l’art culinaire, en particulier à leur manger. Celui-ci est une première nécessité dans leur vie journalière et dans leur culture. Rien n’est surprenant de voir qu’un grand nombre de mots usuels ont été préfixés par le mot « ăn » bien que l’utilisation de ce dernier ne soit pas justifiée dans la signification de ces mots. Parmi ceux-ci, on peut citer: ăn nói ( parler ), ăn mặc ( habiller ), ăn ở ( vivre ), ăn tiêu ( consommer ) , ăn ngủ ( dormir ), ăn trộm ( voler ), ăn gian ( tricher ), ăn hối lộ (corrompre), ăn hiếp ( opprimer ) etc .. On a l’habitude de dire souvent : Trời đánh tránh bữa ăn pour dire que même Dieu n’ose pas déranger les Vietnamiens durant leur repas.
Leur manger est élaboré soigneusement selon le concept du Yin et du Yang et de 5 éléments (Thuyết Âm Dương Ngũ Hành) qui est à la base fondamentale de leur civilisation Văn Lang. Yin -Yang (Âm Dương) est la représentation de deux pôles de toutes choses, une dualité à la fois contraire et complémentaire. Est de nature Yin tout ce qui est fluide, froid, humide, passif, sombre, intérieur, d’essence féminine comme le ciel, la lune, la nuit, l’eau, l’hiver. Est de nature Yang tout ce qui est solide, chaud, lumineux, actif, extérieur, d’essence masculine comme la terre, le soleil, le feu, l’été. L’homme est le trait d’union entre ces deux pôles ou plutôt entre la Terre (Dương) et le Ciel ( Âm ). L’harmonie peut être trouvée seulement dans l’équilibre que l’homme apporte à son environnement, à son univers et à son corps.
La nourriture des Vietnamiens trouve ainsi toute sa préparation méticuleuse et sa particularité dans la relation dialectique de la théorie du Yin et du Yang. Elle témoigne aussi du respect de la tradition culturelle millénaire d’un pays agricole et d’une civilisation connue pour la culture du riz avec sa technique de la rizière inondée (trồng lúa nước). C’est pour cela que le riz ne peut pas être manquant dans un repas vietnamien. Il est à la base d’un grand nombre de plats vietnamiens. (bánh cuốn, bánh xèo, phở, bún , bánh tráng, bánh chưng etc.) (raviolis, crêpe, soupe tonkinoise, vermicelle, galette de riz, gâteau de riz etc.). Le riz peut être complet, rond, long, concassé, parfumé, gluant etc. Plus qu’un aliment, le riz est pour les Vietnamiens la preuve intangible de leur culture Bai Yue, la trace d’une civilisation qui ne se perd pas sous le poids de la longue domination chinoise.
Âm Dương trong nghệ thuật ẩm thực của người Việt
La manière de manger des Vietnamiens n’est pas étrangère non plus à la recherche du juste milieu prôné dans le concept du Yin et du Yang. « Manger ensemble » exige à leurs yeux un certain respect, un certain niveau de culture dans l’art de manger car il y a l’interdépendance indéniable des convives dans le partage alimentaire et spatial. On a l’habitude de dire : Ăn trông nồi , ngồi trông hướng. On doit faire attention à la marmite du riz lorsqu’on mange et à l’orientation au moment où on est assis. C’est la maxime que les parents vietnamiens ont l’habitude de dire à leurs enfants quand ils se mettaient à table et étaient encore de jeunes garçons. On doit se comporter au juste milieu lorsqu’on est invité à un repas. On n’a pas le droit de manger trop vite pour éviter d’être taxé d’impolitesse mais on ne peut pas manger trop lentement à son rythme car on peut laisser les autres convives dans l’attente.
On n’est pas permis de vider les plats ou la marmitée car on se sent trop gourmand. Par contre, on ne connaît pas le savoir-vivre si on mange un tout petit peu, ce qui pourrait vexer l’hôte de la maison. Ce comportement circonspect peut être résumé par le dicton suivant: Ăn hết bị đòn, ăn còn mất vợ. (Vider la marmitée mérite une fessée, en laisser le reste conduit à la perte de l’épouse). C’est cette recherche constante de l’équilibre évoqué dans la théorie de Yin et de Yang que le Vietnamien doit exercer avec habileté dans un repas . On ne peut pas ignorer non plus le caractère « varié » que porte la nourriture vietnamienne. Celle-ci se caractérise par la diversité et l’exubérance visible des couleurs des ingrédients dans sa préparation.













